‹ Des déviations des arcades dentaires et de leur traitement rationnelChapitre 39 sur 53 · BU REDRESSEMENT EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

BU REDRESSEMENT EN GÉNÉRAL

Quelle que soit la cause de la position vicieuse occupée par les dents, il est de toute évidence que, pour en modifier la direction d’une manière permanente, un double travail est nécessaire : 1° provoquer la résorption de la paroi, contre laquelle la dent redressée s’appuie; 2° favoriser la reproduction de la paroi, dont s’éloigne la dent redressée. — L’établissement d’une loge alvéolaire, droite et solide, est la conséquence de ce double travail.

C’est un fait acquis en chirurgie qu’une pression, même modérée, exercée sur un os d’une manière continue, en amène la résorption : la simple pression exercée par un anévrysme amène la résorption d’un os contigu ; le développement des tumeurs intra-osseuses, dont la force mécanique est à peine supérieure à la force d’expansion des vaisseaux, raréfie les os les plus, résistants et en soulève les couches superficielles, en leur donnant la minceur du parchemin. Enfin

le traitement du genu valgum par les procédés de douceur (méthode de M. Le Fort, par opposition au traitement brusque de Delor) nous en fournit encore un exemple.

Le tissu osseux des alvéoles n’échappe point à celte loi ; l’action mécanique exercée sur la couronne d’une dent se transmet à la racine, et celle-ci, comprimant la paroi alvéolaire, en raréfie le tissu.

Il importe, si l’on veut obtenir une raréfaction simple, sans complication, que l’effort soit exercé, sur la couronne de la dent, d’une manière continue et toujours avec la même intensité. — Trds sont les avantages qui résultent de l’emploi du caoutchouc.

C’est là un caractère essentiel, qui différencie le mode d’action que nous préconisons de la luxation brusque, accidentelle ou chirurgicale des dents, luxation dont la conséquence est la périostite aiguë, dont on ne peut pas toujours régler la marche à son gré, et qui souvent se termine par suppuration, en amenant le décollement du périoste, la nécrose de la dent et souvent même de l’alvéole.

Le déplacement lent, progressif et calculé, produit par le caoutchouc, amène un élargissement notable de l’alvéole* élargissement qui se traduit par un ébranlement de la dent; Cet ébranlement est la conséquence d’un processus plus complexe qu’on ne serait tenté de le soupçonner au premier abord : l’observation nous montre en effet que la dent est devenue plus longue, douloureuse et mobile.

L’élongation dépend du gonflement de la membrane péri^ dentaire, irritée jusque dans la partie profonde du cône alvéolaire. La mobilité tient à deux modifications anatomiques qui se succèdent. Il y a d’abord une mobilité primitive, due à la compression du périoste, compression qui amène l’irri-

tation, puis le gonflement de la membrane péridentaire et, comme conséquence, l’élévation de la dent dans son alvéole, où elle devient plus facile à mouvoir, en raison même de la forme conique de sa racine. Cette modification apparaît d’emblée, avant même que l’ostéite raréfiante ait pu commencer; mais bientôt se manifeste la mobilité secondaire , due à l’établissement du travail de résorption irritatif de l’alvéole osseux.

Nous trouvons un exemple de mobilité primitive dans l’épreuve à laquelle on soumet parfois les dents, alors qu’atteintes de caries latérales nous les écartons, à l’aide de caoutchouc distendu, ou de toute autre substance, pour obtenir l’espace nécessaire à la bonne confection de l’obturation.

Une fois le corps distendant enlevé, les dents reviennent progressivement sur elles-mêmes et ne tardent guère, en reprenant leur première position, à perdre leur sensibilité et à se consolider. On ne saurait admettre, dans ces cas, que l’alvéole se soit élargie par suite de résorption, puis con« tractée par un dépôt de tissu osseux nouveau ; mais tout s’explique* si l’on admet, ainsi que nous l’avons dit plus haut, que les dents sont soulevées dans leurs alvéoles.

Dans les redressements par pression, on voit, dans les deux premiers jours, les dents traitées céder facilement, puis, tout Semble s’arrêter, pour reprendre ensuite sa marche, mais avec beaucoup plus de lenteur. Ces deux périodes représentent manifestement, l’une l’élargissement de l’alvéole membraneux, l’autre l’élargissement de l’alvéole osseux.

L’élargissement de l’alvéole est bien un phénomène biologique, dans lequel l’action mécanique n’intervient que comme cause occasionnelle. C’est, en effet, dans l’adolescence et dans la jeunesse, à l’âge où les manifestations de la vie pré-

sentent leur maximum d’intensité, que les faits dont nous parlons s’observent, avec leurs caractères les plus accusés ; c’est à cet âge que la formation du tissu osseux se produit avec le plus de netteté et avec le plus de solidité.

L’ostéite, en effet, se montre sous un nouvel aspect; à l’ostéite raréfiante du début va succéder une ostéite que l’on pourrait appeler complémentaire : c’est Y ostéite productive l.

Dans cette alvéole élargie, la raréfaction s’arrête à un moment donné, mais l’irritation persiste, et elle a pour conséquence la formation de cellules nouvelles, dont l’évolution constituera des tissus osseux nouveaux, destinés à former la nouvelle alvéole.

Il faut, d’ailleurs, qu’il y ait une certaine irritation, produite dans l’alvéole, pour que la résorption ait lieu. — L’opération devient du reste d’autant plus difficile que le sujet est plus âgé ; les parties osseuses, moins vasculaires, se modifient plus difficilement, et c’est alors qu’une pression exagérée et surtout intermittente peut avoir des conséquences fâcheuses. Tel a été le point de départ d’expériences multiples que j’ai tentées en 1877, à l’hôpital Beaujon, sous les auspices du professeur Dolbeau. Malgré les conditions exceptionnelles dans lesquelles je me trouvais placé, et après une année d’attente, je n’ai pu obtenir rien de concluant, les traitements appropriés ayant eu raison d’affections graves qui, au premier abord, avaient paru incurables. En 1878, M. le professeur Le Fort a mis la même bienveillance à m’aider de ses conseils, et, si les expériences que j’ai tentées sur des animaux aussi peu dociles que des chiens ne m’ont pas donné tous les résultats que j’espérais obtenir, je n’en suis pas moins heureux de le remercier ici publiquement de la gra- 1 . Corail et Ramier. Traité d'h biologie, p. 546.

cieuselé avec laquelle il a mis à ma disposition toutes les ressources de son laboratoire, pour les recherches expérimentales que j’ai entreprises sur cette matière.

Cependant, d’après les nombreux sujets qu’il m’a été donné de revoir, et qui ne présentent rien d’anormal, après des traitements qui remontent aujourd’hui à plus de vingt ans, je crois être en droit d’affirmer, soit au point de vue de la solidité des dents, soit au point de vue de leur élongation, que les alvéoles, résorbés partiellement sous l’action du traitement, se reforment ; que les dents, replacées dans leur position physiologique normale, acquièrent, en retrouvant des rapports pour lesquels elles avaient été créées, une force et une durée qu’elles n’auraient certainement pas eues dans la position vicieuse qu’elles occupaient.

Durée du traitement. — - La durée du traitement dépend d’abord de l’âge du sujet, de sa constitution, de son état de santé, et de certaines dispositions locales dont le diagnostic est difficile, dans un grand nombre de cas. Lorsque les dents antagonistes feront obstacle au retour des dents dans leur position vicieuse primitive, ainsi que cela se voit dans la rétroversion, le traitement, après la réduction, sera de courte durée. Dans le cas contraire, c’est-à-dire dans l’antéversion, où il faudra avoir recours à des moyens mécaniques, à des appareils dits de maintien, le traitement sera plus long et l’application de ces appareils devra toujours excéder la durée de la réduction. La réduction en effet répond à l’élargissement consécutif de l’alvéole, phénomène relativement rapide, et destiné à ne pas durer, tandis que le maintien de la réduction est subordonné à l’établissement de couches osseuses nouvelles. C’est précisément ce phéno-

mène d’ossification complémentaire de l’alvéole qui exige le plus de temps, et est soumis aux plus grandes irrégularités de durée ; tant qu’il ne se sera pas produit, avec tous les caractères de solidité suffisante, la dent, évoluant dans cet alvéole incomplètement redressé, tendra à reprendre sa position première.

Tout ce qui vient d’être dit devra être pris en considération avant de déterminer le mode de traitement. On devra tenir compte également, au point de vue clinique, de la susceptibilité à l’irritation et à la douleur, du nombre et de la condition des dents à déplacer, du volume de ces organes, de leurs anomalies morphologiques, de l’étendue et de la forme de la portion alvéolaire du maxillaire et, enfin, de la configuration de la même portion chez les parents. Ainsi, chaque cas présentera sa particularité et le traitement devra être varié en conséquence.

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