OBSERVATION XXIX
prise dans le service de Monsieur le Professeur Gayet en collaboration
avec le docteur Aurand.
L. C.…, 12 ans, écolier, habitant à la Caille, près de Lyon, se présente à la consultation gratuite le 8 octobre 1900.
Le malade dit avoir reçu sur l’œil droit, il y a 15 jours, une pierre lancée par une explosion de poudre, sans cn connaître la direction. Il ressentit une vive douleur; il nous dit n'avoir pas perdu complètement la vue aussitôt après le choc. Il raconte cependant que 3 ou 4 minutes après l'accident, il ne pouvait distinguer nettement les objets de l'œil blessé: il voyait seulement l'ombre
d’une personne. Il a remarqué, de plus, devant son œil, dans son
Gr
champ visuel, une tache centrale, qu'il ditêtre tantôt jaune, tantôt blanche, tantôt grise. Il nous raconte que ses paupières ont presque aussitôt gonflé et sont devenues bleuàtres. Les douleurs ont disparu le surlendemain, le gonflement des paupières a un peu diminué, elles ont présenté les diverses teintes. caractéristiques de l’évolution de l’ecchymose. Trois jours après l’accident, la vue s’était sensiblement améliorée.
Actuellement, on constate encore des traces de l’ecchymose palpébrale. La conjonctive bulbaire est un peu rouge. La cornée et l'humeur aqueuse sont transparentes. La pupille est moyennement dilatée, mais non centrale; la partie externe de l'iris est moins large que la partie interne. Sur la portion inféro-externe, se voient deux lignes grisätres, reconnues aussitôt comme des traces de déchirures. À la loupe et à l'éclairage oblique, on voit que ces deux déchirures, placées l’une au-dessus de l’autre, partent du bord interne de l'iris, s'étendent approximativement (particulièrement la déchirure supérieure) dans le sens du rayon de l'iris jusqu’au milieu de la largeur de cette membrane. Elles ont toutes deux sensiblement une forme de trapèze à sommet externe et irrégulier.
Elles divisent le sphincter, dont on voit les points séparés par les déchirures faire saillie dans la chambre antérieure. Entre les lèvres de la plaie s'étendent des fibres grisâtres allant de l’une à l’autre, correspondant à la couche la plus profonde de l'iris: le feuillet pigmentaire postérieur est respecté. Les dimensions de la pupille, prises au pupillomètre, sont de 6 millimètres dans les diamètres vertical et horizontal, un peu plus grandes dans le diamètre correspondant aux déchirures, qui, dans leur ensemble, dessinent une sorte d’encoche. La pupille réagit à la lumière et à la convergence seulement dans la moitié interne. On instille 5 à 6 gouttes d’une solution d'éserine à 1 pour 800, et dix minutes après, la pupille s'est rétrécie sensiblement, prenant une forme très elliptique à grand axe horizontal. Elle présente maintenant dans ce diamètre 4 millimètres, 3 seulement dans le diamètre vertical. Au bout de 20 minutes, la pupille s’est encore rétrécie. Diamètre horizontal = 3 millimètres, diamètre vertical = 2 millimètres. Les lèvres de la déchi-
rure supérieure se sont de plus écartées sous l’action de l’éserine’
tandis que la déchirure inférieure s’est rétrécie et allongée horizontalement dans le sens de la traction des fibres sphinctériennes. À l'éclairage oblique, on peut constater un trouble étoilé derrière le cristallin et à sa partie externe. À l'examen ophtalmoscopique, on trouve des lésions maculäires. On aperçoit, en effet, au niveau de
la macula une tache rougeâtre, arrondie, à bords nets. La papille
est normale. Acuité visuelle, œil droit =— ; œil gauche= x avec 0,5
d’hypermétropie. L'étude de l'amplitude d’accommodation par l’optotype donne 12 dioptries du côté sain, amplitude normale chez un garçon de 12 ans. La skiascopie donne — 5 dioptries de l’œil droit, + 0,50 de l'œil gauche. A l'examen du champ visuel, on observe du côté de l'œil blessé un scotôme central s'étendant presque jusqu'au 20° degré. |
15 octobre. — L'état de l’œil n’a pas changé. L’acuité visuelle est la même. Par un examen minutieux de l'iris, on constate à sa partie la plus inférieure, au voisinage des déchirures, l’existence d’ un point noirâtre de la grosseur d’une tête d’épingle, qui avait passé inaperçu au premier examen et qu'on reconnaît comme un caillot sanguin en voie de résorption, résidu probable d’un hyphœma.
22 octobre. — L'iris réagit un peu plus rapidement. L’acuité visuelle ne s’est pas améliorée. Les objets sont cependant moins troubles. La tache maculaire parait un peu plus grisàtre.
Le malade n’est plus revu.