DÉFINITION — HISTORIQUE
Les contusions du globe de l'œil, causes si fréquentes des affections oculaires, semblent souvent ménager l'iris. Cela doit-il nous étonner, connaissant la situation et les rapports de celte membrane ? L'iris, en effet, baigne dans un liquide, l'humeur aqueuse. Il s'applique en arrière sur le cristallin qui ne peut être considéré comme absolument fixe, n'étant maintenu que par la faible zonule de Zinn et matelassé par le corps vitré. Son bord interne estlibre dans l'intérieur de l'humeur aqueuse. Son bord externe est relié à une membrane légèrement élastique, la sclérotique. En un mot, toute contusion n'agira sur lui que d'une façon indirecte, el n'aura sur lui qu'un faible retentissement. Nous savons de plus que l'iris est une membrane musculaire et, par conséquent, a comme moyen de résisiance son élasticité.
Les résultats des contusions pourront être des déchirures de celte membrane. Ces déchirures siègeront dans la largeur même du tissu, ou au niveau de son bord
externe, ou, au contraire, intéresseront son bord interne,
s'étendant radiairement plus où moins loin en dehors. De ces diverses lésions les plus fréquentes sont certainement ce que les auteurs décrivent sous le nom de décollement de l'iris, d'iridodialyse, et consistant en une déchirure de l'iris concentrique à la pupille, siégeant au niveau de sa circonférence externe, au point où son tissu est lc plus mince.
Les ruptures du lissu irien n'intéressant ni ce bord externe, ni son bord interne sont extrêmement rares el, bien qu'elles aient élé observées isolément, viennent ordinairement compliquer les déchirures du bord interne de l'iris.
Celles-ci peuvents'étendre plus ou moins loin : {toujours elles atteindront le sphincter irien dont les fibres circuaires les plus internes s'étendent jusqu'au bord même de la pupille. Elles peuvent intéresser toute l'épaisseur de l'iris ou respecter luvée, le feuillet pigmentaire postérieur à cette membrane.
Inversement, la ruplure pourra ne porter que sur ce feuillet, respectant entièrement l'iris: on aura alors à faire à ce que les auteurs allemands ont décrit sous le nom de colobôme traumatique du feuillet pigmenlaire de Fliris « Pigmentblalt ».
Nous laisserons de côté cette dernière lésion pour ne nous occuper que de la précédente, toutes deux pouvant se produire indépendamment lune de l'autre.
Nous nous proposons donc d'étudier les déchirures de l'iris, s'étendant de son bord interne vers la sclérotique produite par une contusion portée au niveau du globè oculaire. Nous écartons également les déchirures
du même genre produites par un corps pénétrant.
La connaissance de ces déchirures ne peut manquer d'avoir son importance. Ce sera, comme nous le verrons ultérieurement, au point de vue de l'assurance sur les accidents du travail, questions sur lesquelles le praticien est interrogé si souvent : quels seront les dommages causés par de telles lésions? Le médecin militaire ne doitil pas connaître les troubles de vision qu'elles engendrent? Un malade atteint de semblables lésions pourra avoir une tendance à exagérer ces troubles, simulation contre laquelle l'ophtalmologiste est quelque-
fois entièrement désarmé.
La première observation de déchirure du bord interne de l'iris qui ait été publiée, remonte à 1838. Elle fut rapportée par Josenhans et parut dans le « Corresponden: Blall» de Wuttemberg. L'auteur mentionne le cas comme très rare. En 1855, White Cooper publia dans un journal de Londres trois cas «d'une lésion peu connue de l'iris, survenant à la suite de violences extérieures», qu'il fit suivre de remarques sur les altérations concomitantes des autres membranes de l'œil et sur la manière de remédier aux conséquences entrainées par celte lésion de liris.
Nous en trouvons un autre cas dans le « Prager medi cinische Wochenschrift » de 1871, dans un rapport médicolégal de Blumenstock sur quelques cas de blessures de l'œil. Puis, en 1875, Hirschberg cila un cas de «commolio relinæ » dans lequel on relève une très légère déchirure du bord pupillaire de l'iris.
De Wecker, à propos de cette lésion, cite dans le traité
de Græfe-Sœmisch paru en 1876 deux observations qu'il
rapporte sans grand détail. Nous en relevons une autre dans un journal allemand de l'année suivante, publiée par Meyerhôfer. En 1878, Vermyne put en présenter deux cas à un congrès américain. La même année, Von Arlt, en Allemagne, dans un rapport sur les blessures de l'œil, fit quelques remarques sur les déchirures du bord interne de l'iris.
Il faut arriver jusqu'en 1880. pour (trouver, dans le traité des « Blessures de l'œil» d'Yvert, une élude un peu importante de cette lésion. L'auteur passe en revue les divers symptômes oculaires qui accompagnent. en rappelant un cas qu'il a observé quelques années auparavant à la consullation du docteur Galezowski. Nous nous permettrons de discuter plus loin la valeur clinique de ce cas.
Franke, de Hambourg, publia en 1886 un travail intitulé : « Des déchirures du sphincler de l'iris el remarques sur le mécanisme des ruplures de la choroïde ».. Après avoir rappelé et résumé les diverses observations publiées jusqu'à lui, il cite un eas qui lui est personnel, reconnaissant la grande rareté de cette lésion. Il s'efforce d'expliquer le mode de production de ces déchirures, toujours faciles à reconnaître, di'il. Il veut attirer l'attention des ophtalmologistes sur celle question, et espère que la publication des cas observés et les recherches ultérieures permettront d'avoir une connaissance plus précise de ce mode de blessure. Dans un rapport paru l'année suivante, il cite deux autres cas personnels, et résume une observation publiée quelque temps auparavant par un auleur italien, le docteur Gallenga. Presque
à la même époque, Pfalz publiait dans un journal alle-
mand l'observation d'un malade ayant présenté à la suite d'une violente contusion une déchirure de l'iris et une myopie progressive. Ce cas, dit-il, vient à l'appui de l'opinion de Franke sur le mécanisme de ces déchirures.
En 1889, Blanke, de l'université de Greifswald, fit son travail inaugural sur «un eas de triple rupture du sphincler de l'iris. » Elève de Schirmer, il expose dans sa thèse l'interprétalion que donne ce savant professeur du mode de production de ces ruptures. Après avoir rappelé les opinions émises par les auteurs qui se sont occupés de la question, il en donne lui-même une explication.
L'année suivante, E. Pohlenz, élève de l'éminent professeur de Grœfe publiait également son travail inaugural sur «les déchirures du sphincler de l'iris, el les ruplures de la choroïde. » Il rapporte deux cäs personnels. Il ne fait qu'une étude très brève de la première lésion.
Dans ces dernières années, plusieurs observations ont élé encore publiées, en Amérique, par le docteur Harlan : en Russie, par Kazaurow et Ginsbourg. Ces auteurs ne font que mentionner les cas. Praun, dans son trailé des « Blessures de l'œil », paru en Allemagne lan dernier, cite un cas observé dans la clinique du professeur Ernsbourg, qu'il considère comme très rare. Enfin nous trouvons dans les «Archives d'oplhalmologie » allemandes de 1889 un article intitulé : « De la production des déchi rures de l'iris ». où les’ auteurs, le professeur Weiss et le docteur Klingelhôüffer, de Mayence, discutent les diverses théories émises jusqu'à ce jour pour expliquer le mode de production de ces déchirures, et montrent qu'elles ne
peuvent expliquer tous les cas, et particulièrement eeux
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qu'ils ont pu observer. Leur étude, disent ces auteurs. demande encore des recherches.
Monsieur le D'Aurand, chef des travaux du laboratoire de la clinique ophtalmologique de Lyon, a bien voulu attirer notre attention sur ces déchirures du bord interne de l'iris par contusion, dont la plupart des auteurs classiques ne font que mentionner en passant l'existence. Il lui a été permis d'en observer un certain nombre de cas, dont il a relevé les observations avec le plus grand soin. Ces malades ne sont pas toujours facilement suivis, car les déchirures peuvent, par elles-mêmes, n'entrainer que peu de troubles du côté de la vision. et ces lésions ne sont ordinairement pas les raisons pour lesquelles ils viennent consulter ; d'autre part, les altérations concomitantes évoluent en des temps très divers, et les malades se présentent. comme nous le verrons plus loin, plus ou moins longtemps après leur accident, ce qui rend parfois difficile l'interprétation des signes cliniques. Aussi, relèveronsnous des cas où l'existence d'une rupture doit être discutée, el nous nous efforcerons d'établir un diagnostic différentiel de cette lésion avec d’autres également rares avec lesquelles elle peut être confondue en raison de l'époque
tardive à laquelle le premier examen a été fait.
Nous nous sommes efforcé de réunir dans ce travail les notions acquises sur ces déchirures, de les compléter, auant qu'il nous à été possible, par l'observation d'un cerlain nombre de cas. Nous publions à la fin de cette thèse les observations que nous avons pu trouver dans la littérature et celles que Monsieur le docteur Aurand a bien voulu mettre à notre disposition, recueillies pour la
plupart dans la clinique si variée de Monsieur le profes-
Sn NOR
seur Gayet. Nous avons eru bon d'en dresser un tableau synoptique mettant en relief les principaux caractères de ces déchirures, avant d'en étudier :
1° L'étiologie ; |
2° La pathogénie ; 3° La symptomatologie ; 4° Le diagnostic :
»° Le pronostic :
6° Le traitement.
répondant ainsi aux vœux de nos prédécesseurs sur la
question.