‹ Des délits et des peinesChapitre 35 sur 82 · DE L USAGE DE METTIŒ LA TÊTE A PUIX · texte numérisé non relu

DE L USAGE DE METTIŒ LA TÊTE A PUIX

mériter les supplices. On fait une injure à la nation étrangère, on empièle sur son autorité, on l'autorise à faire de semblables usurpations chez ses voisins.

Si le criminel est encore dans le pays dont il a violé les lois, le gouvernement qui met sa tête à prix découvre sa faiblesse. Lorsqu'on a la force de se défendre, on n'achète pas les secours d'autrui.

D'ailleurs, l'usage de mettre à prix la tête d'un citoyen renverse toutes les idées de morale et de vertu, qui sont déjà si faibles et si chancelantes dans l'esprit humain. D'un côté, les lois punissent la trahison; de l'autre, elles l'autorisent. Le législateur resserre d'une main les liens du sang et de l'amitié, et de l'autre il récompense celui qui les brise. Toujours en contradiction avec lui-même, tantôt il cherche à répandre la confiance et à rassurer les esprits soupçonneux, tantôt il sème la défiance dans tous les cœurs. Pour prévenir un crime, il en fait naflre cent.

De pareils usages ne conviennent qu'aux nations faibles, dont les lois ne servent qu'à soutenir pour un moment un édifice en ruine et qui croule de toutes parts.

Mais^ à mesure que les lumières d'une nation s'étendent, la bonne foi et la confiance réciproque deviennent nécessaires, et l'on est enfin contraint de les admettre dans la politique. Alors, on démêle et on prévient plus aisément les cabales^ les artifices, les manœuvres obscures et indirectes. Alors aussi l'intérêt général est toujours vainqueur des intérêts particuliers.

Les peuples éclairés pourraient trouver des leçons

daus quelques siècles d'ignorance, où la morale particulière était soutenue par la morale publique.

Les nations ne seront heureuses que quand la saine morale sera étroitement unie à la politique. Mais des lois qui récompensent la trahison, qui allument entre les cito^^ens une guerre clandestine, qui excitent leurs soupçons réciproques, s'opposeront toujours à cette union si nécessaire de la politique et de la morale ; union qui rendrait aux hommes la sûreté et la paix, qui soulagerait leur misère, et qui amènerait entre les nations de plus longs intervalles de repos et de concorde que ceux dont elles ont joui jusqu'à présent.

L'usage barbare de mettre la tête d'un accusé à prix n'existe plus depuis longtemps en France. Mais à cet usage ancien en avait succédé un autre. « Il y a des cas, dit Jousse, où les juges peuvent promettre une récompense à ceux qui arrêteront tel ou tel coupable ; ce qui a lieu à l'égard des crimes énormes. » (Tom. H, p. 201.) Si cette coutume est moins inhumaine, elle n'est pas moins immorale : promettre une primo pour Tarrestation des prévenus à des citoyens qui ne sont point tenus à cet office par leurs fonctions, c'est corrompre le sentiment d'humanité dans les âmes et provoquer indirectement à la violation de toutes les relations sociales.

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