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ARTICLE II

Organisation du follicule de la dent sortie de son alvéole.

Fortement serré entre la racine de la dent et la pa roi de l’alvéole chez l’adulte, le follicule dentaire a ses parois tellement amincies et tellement adhérentes à ces deux parties, que c’est avec peine qu’on le suit | dans toute son étendue.

A cet état cependant on peut encore parfaitement reconnaître sa continuité avec la muqueuse buccale, comme je l’ai déjà fait remarquer. Il est formé de deux feuillets membraneux : l’un externe de nature fibreuse, confondu avec le périoste propre de Pal véole; l’autre, interne, plus vasculaire que le premier, adhérent à la racine de la dent, jusqu’au collet inclusivement. Ces deux feuillets réunis constituent le périoste alvéolo-dentaire des anatomistes. L’avulsion des dents en produit souvent la séparation ; l’interne conserve avec la dent les adhérences qu'il avait avec elle dans l’alvéole, et ilest seul arraché.

Il est difficile de dire précisément en quoi consiste l'organisation de la papille; la seule chose bien positive à cet égard, c’est qu’elle est formée par la terminaison des nerfs et des vaisseaux dentaires, et que ces deux élémens organiques y sont réunis en proportion sensiblement égale.

Les dents reçoivent des vaisseaux de deux sources distinctes, suivant qu’ils appartiennent à la paroi du follicule ou à sa papille.

Les vaisseaux de la paroï du follicule dentaire font suite à ceux de la membrane muqueuse gengivale. Leurs troncs principaux sont placés du côté du goulot du follicule, du côté du collet de la dent; tandis que leurs rameaux anatomosés en plezus sont dirigés vers le fond du follicule.

Les vaisseaux de la papille sont ceux qui forment le pédicule du follicule de la dent. Ils émanent de troncs spéciaux logés avec les nerfs dentaires dans des conduits creusés dans l’épaisseur des os maxillaires. Ces vaisseaux ne s’anastomosent point avec les autres ; ils sont disposés d’une manière inverse. Leurs troncs, en effet, correspondent au fond de l’alvéole, et leurs plus fines ramifications à l'extrémité de la papille, par conséquent à un point supérieur au*collet de la dent. Kul

Les artères et Les veines des dents sont faciles à vour et à injecter ; mais je ne sache pas que personne ait jamais vu les vaisseaux lymphatiques de ces organes; Vassertion de Mascagni relativement aux lymphatiques de l’émail, montreseulement une chose, savoir : que les hommes les plus instruits, que les hommes qui ont le plus observé la nature elle-même, et qui par conséquent devraient plus que lesautres s’attacher aux faits, ne sont pas toujours exempts de la tendance

qu'ont les esprits légers etsupenficiels à prendre pour la vérité les fruits, de leur imagination. 4

Les nerfs des dents sont de deux ordres. pré triut Vaisseaux. Ceux des parois d du Sollicule : sont très-fins et continus avec les nerfs de Ja membrane muqueuse de la bouche. “Les autres divisés seulement dans la papille concourent à former son pédicule.

Lés vaisseaux elles nerfs des dents forment, comme on le voit, deux systèmes distincts ; Pan pour l'éxtérieur du folicole. l'autre pour tithat té rentrée dans la cavité de l'est éide. dentaire. Le premier est continu immédiatement au système vasculaire et ner veux. de la membrane, buccale; l'autre présente une sourcespéciale. Les différens états pathologiques des dents permettent journellement de constater la séparation que je viens d'établir et sur laquelle les anatomistes, à mon avis, n ont pas a assez insisté. ;

Les mêmes troncs fournissent les artères et les nerfs des deux rangées dentaires. l'artère maxillaire interne et. le EAr, trifacial. Il L a seulement cette différence entre les dents supérieures et les dents inférieures, que des rameaux spéciaux fournissent pour les premières aux dents antérieures et aux dents postérieures, tandis que pour Les dernières le même raméau donne à toutes les dents.

Quoi qu’il en soit, les troncs des vaisseaux et nerfs dentaires sont placés au dessous où au dessus: des alvéoles suivant les mächoires ; et au niveau de chacune de ces cavités ; ils leur envoient un ou plusieurs rameaux qui traversent de petits pertuis dont le fond de l’alyéole est creusé ; ils form ent le pédicule du fol-

licule, pénétrent immédiatement! dans la. dent, traversent, l'ouverture de Vréilé de sa r acine . se ramifient dans la papille. Her

Mais il S’élève aa tie 2 beancoup plus à ardue que toutes celles que j'ai agitées jusqu'ici: les vaisseaux etles nerfs vont-ils au-delà du follicule des dents ? Serépandent-ils dans. la partie ossiforme de ces organes ?

Robimisiob d’abord un fait qui dominé toute da discussion, savoir: Que personne n'a vu ni nerfs ni vaisseaux dans la partie ossiforme des dents, et que tout ce qui a été avancé à cet égard est marqué au coin de la plus pure hypothèse.

A l’époqueà laquell les deritsétaient-comptées parmi les piéces du squelette, on les considérait comme vasculaires au même degré.que les,os, mais alors même plus d’un anatomiste, ‘s’en tenant à la sévère observation des choses, se leva pour professer unetopinion différente. Il faut avouer, du reste, que le défaut de notions précises sur le follicule dentaire et sur sa séparation de la partie ossiformedes dents, a dû mettre souvent dans des camps opposés des om: qui au fond professaient la même. oatrinse ceux-ci A buant àla denttonte entère ce qui n'appartenait qu’à son follicule; ceux-là généralisant en. M à inverse des faits qui n’appartenaient qu'a la partie ossiforme de cesorganes.

Heureusemeht aujourd’hui que ces deux éleméus anatomiques des dents , lostéide et le follicule, sont pariaitement LS FF une semblable confusion

n’est plus possible, le moment paraît arrivé de poser la question de nouveau et de décider entre les doctrines contraires qui ont été professées avec un égal talent par Mascagni , Blake , etc. d’une part, pr Hunter et Cuvier de l’autre.

Les partisans de l'existence des vaisseaux et des nerfs dans la partie ossiforme des dents allé guent :

1° Qu’une dent saigne et que sa blessure est sensible, lorsqu'elle a pénétré à une certaine profoudeur ;

2° Que les acides y développent une sensibilité particulière ;

3° Que les dents se colorent quand on nourrit un animal avec de la garance;

4* Que certaines caries , certaines plaies superficielles déterminent une sensibilité trés-vive dans les dents ; |

5o Que les fractures ou les solutions de continuité des dents se cicatrisent parfaitement ;

6° Que les dents s’altéreraient promptement comme les dents artificielles, si elles ne contenaient pas les élémens de l'organisation ;

7° Que dans certaines maladies, dans le choléra, par exemple, les dents prennent une teinte rouge.

Mais ceux qui soutiennent avec Eustachi , Duverney, Hunter , Cuvier, etc. que les dents ne contiennent ni vaisseaux ni nerfs, répondent avec juste raison :

1° Que si les plaies profondes des dents fournis-

sent du sang, et développent de vives douleurs, cela dépend de ce que la papille a été intéressée avec la partie ossiforme de la dent; et que ces phénomènes impliquent pas plus la vascularité de l'ostéide dentaire, que le saignement de la plume du jeune oiseau, lorsqu'elle a été coupée prés de la peau, n’implique la vascularité de la partie cornée de la plume ;

2° Que le phénoméne de l’agacement peut être expliqué avec Fallope par l’imbibition de livoire et par l’action directe de l’acide sur la papille;

3° Que la coloration des dents par la matière de la Sarance dépose bien plus contre que pour la vascularité des dents; car si Hunter à parfaitement établi que, dans ces cas, la matière colorante est déposée dans Les parties de la dent qui se forment pendant le temps que dure lexpérience, il a constaté aussi que les parties anciennement développées conservent leur couleur primitive; ce qui n'arrive pas aux os véritables, avec lesquels on veut à tout prix les comparer.

4° Que les plaies et les caries superficielles ne développent de la douleur qu’en produisant la destruction des dents, et les rendant moins propres à préserver la papille contre les agens extérieurs de toutes sortes avec lesquels elles se trouvent en contact continuel ;

5° Que si les fractures et les autres solutions de continuité se cicatrisent, c’est toujours à la faveur d’une production ossiforme nouvelle sécrétée

en dedans par la papille, et qui maintient la continuité de lostéide dentaire, comme cela arrive aux ongles qui ont subi des altérations analogues; et que si on a trouvé des balles dans le centre de défenses d’éléphant sans trace aucune du trou par lequel elles étaient entrées, cela n’établit pas le moins du monde que ce trou à été rempli par le suc même de la défense ; mais que, suivant la remarque de Cuvicr, la balle n’était pas entrée par le côté où elle adhère, que venue du côté opposé, elle avait traversé l’alvéole et la base encore mince de la défense, s'était logée dans le noyau pulpeux, et qu’ensuite, saisie par les couches sécrétées par ce noyau, elle était restée prise dans leur intervalle. (M. le docteur Duval a Lien voulu me montrer une pièce pathologique de ce genre qui fait partie de sa riche collection, et je demeure convaincu, après cetexamen, que la balle dans ce cas était venue se loger au centre méme de la base de la papille et que celle-ci irritée par sa présence, a sécrété abondamment autour du corps étranger une matière ossiforme qui l'a entouree.)

G° Que la partie ossiforme des dents natu relles ne s’altère pas, comme les dents artificielles, par une raison analogue à celle qui fait que les ongles ne se desstchent pas tant qu'ils restent adhérens à leur malice; parce qu’ils sont entourés de parties qui les abreuvent de sucs dont ils s’imbibent et qui les maintiennent dans leur état normal. |

7° Que la couleur rouge que prennent les dents,

dans certaines maladies, que celle qu’elles ont, par exemple, chez les cholériques; est Le fait d’une simple imbibition qui a lieu de dedans en dehors, et dont les matériaux sont apportés dans la cavité dentaire par les vaisseaux nutriciers de la papille.

Je pourrais à la rigueur n’en tenir aux faits que je viens de rapporter, ct laisser au lecteur le soin de tirer la conséquence qui ressort de la discussion à laquelle je l'ai, en quelque sorte, fait assister ; mais, pour qu'on ne puisse me faire le reproche d’avoir évité une difficulté, en citant les argumens opposés des partisans des deux doctrines rapportées plus haut, je vais maintenant me mettre moi-même en cause et émettre mon opinion particulière sur ce point difficile d'odontologie :

1° Les vaisseaux et les nerfs sont tout-à-fait étrangers à l’ivoire et à l'émail ;

2° J'admets avec Blake, Fox, MM. Duval, Oudet, Toirac, etc., que l’ostéide dentaire jouit dans ses couches superficielles d’une sensibilité particulière qui se révele surtout, dans certaines espèces de carie qui commencent, comme M. le docteur Duval l'a fort bien démontré, entr: l’émail et l'ivoire, dans les cas où la couche émailleuse a été enlevée, dans le limage , etc.

3° Serait-il possible que cette sensibilité fût inhérentea laligne crisätre qu! est intermédiaire à l’ivoire el à l'émail, que Cuvier croit form£e par un prolongement de la lame interne du Jollicule, et dans laquelle il resterait quelques-uns des nerfs que

cette lame possédait avant d’avoir été prise entre les deux substances de la dent, au moment de leur formation ?

4 Enfin, si cette explication que je me hasarde à mettre enavant, paraît fondée, l’instantanéité du phénomène de l’agacement se comprendra alors plus facilement , puisque, dans cette manière de voir, l'acide qui le produit n’aura besoin que d’imbiber l'émail, substance peu épaisse, et qu’ainsi il agira presque au point de contact.

Du reste toute la question relative à la présence ou à l’absence de vaisseaux et de nerfs dans la partie ossiforme des dents se résume en ceci : y a deux choses dans les dents, l'organe producteur et la partie produite; l'organe producteur, ou follicule, est la partie essentiellement nerveuse et vasculaire; le produit, l'ivoire et l'émail sont des substances calcaires, dans lesquelles on rencontre bien quelque peu de matière organique, mais d’une matière qui na pas subi l’organisation nervosovasculaire.

Sans doute, il n’est pas impossible que des vaisseaux se développent dans certaines dents qui se soudent avec les alvéoles, et qui font corps de la sorte avec les os maxillaires; mais c’est là un étal anormal qui dépose seulement en faveur de ce fait général, que de la matière organique sécrétée dans un point de notre corps peut être mise en œuvre, en quelque sorte, et revêtir une organisation véritable, et qui ne renverse en rien la doctrine qui a été établie.

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