DEUXIÉME CLASSE
En abordant l’histoire de l'anatomie des dents considérées dans la série des animaux, il nest impossible de résister au besoin que j'éprouve de tenter un certain degré de généralisation des faits qui se présentent à moi de toutes parts; le champ que j'ai à parcourir est,en effet, tellement vaste, les divisions en sout tellement vartées,que faute de cette méthode qui élève et simplifie la question tout à la fois, je courrais grand risque de m’y égarer ou d'en négliger quelque coin important.
L'idée li plus générale qu'on puisse prendre des dents, du point de vue où je me trouve placé, c’est assurément cell: qui les représente comme des partes résistantes , | lacées à l'entrée du canal digestif ou dans un lieu peu éloigné de cette entrée, destinées à saisir, à diviser les alimens et quelque-
fois employées comme moyens d'attaque ou de défense.
Les deuts sont une production du système tégumentaire interne; ce sont de véritab'es phanéres de la membrane digestive, dans use dépression de laquelle ils sont logés par leur extrémité adhérente.
Iudépendamment deleurs rapports constansavec la membrane tégumentaire , les dents en présentent un autrequi l’est beaucoup moins, mais dont l’importance est notoire : je veux parler de celui qu’elies ont avec le système osseux. Tantôt elles n'ont avec lui aucune espece de connexions; tantôt, et le plus souvent,elles viennent prendre un point d'appui sur lui, soit à sa surface, soit dans «les cavités spéciales qui portent le nom d’alvéoles.
En général,les dents sont réunies en série, ou tout au moins sont opposées les unes aux autres par leur extrémité lib'e, de manière à constituer des pinces à mors plus ou moins aigus, plus ou moins trañchans ou aplatis. Sans cette dernière circonstance, en effet, elles ne pourraient accomplir les fonctions qui leur ont été «'éparties.
Les organes dentaires dont la q'ialité est bien déterminée sont essentiellement composés de deux élémens, la partie secrétante et la partie secrétée.
La partie secrétante, matrice, follicule, bulbe, germe, est une dépendance immédiate du système tégumentaire;c'est un pelit sacanalogueàcelui ds follicu-
les sébacés, avec cette différence seulement, qu'il donne naissance, de son intérieur, à une saillie de forme variable qui constitue la papille ou le noyau pul eux. Un faisceau de vai:seaux et de nerfs tient toujours sa base unie aux parties voisines ; tandis que son extrémité opposée présente une ouverture, goulot du foll cule , qui est fermte avant l’éruption de la dent , et par laquelle celle-ci se porte à Pextérieur un peu plus tard.
La partie secrétée ou le produit, est la dent proprement dite. Sous le rapport orgarique, c: n’est qu'une partie secondaire; mais pour les usages; c’est la partie principale. Sa forme varie tellement qu’il est impossible d’en faire mention ici; disons seulement qu’elle se compose de deux parties : la couronne et la racine, la dernière im; lint e dans le follicule et presqu: toujours creuse pour recevor la papille, la première libre par sun extrémilé.
La matrice des dentsa l’organisation membraneuse des tégumens en général; la seule ch :se qu’elle offre de bien spécial, c’est Paccro:ssement coasidérable du corps papillaire dans un point de so 1 étendue. La dent, au contra re, est formée dcouches calcaires ossiformes, emboiïtées 1 s uses dans les autres et auxquelles les vaisseaux et les nerfs du ge me sont complètement étrangers. Pour tout dire enfin sur les deux parties élémentaires des dents, lune est tout à fait vivante, d ruée même d’une vitalité supérieure à celle de beaucoup d’autres organes, l'iu-
tre est placée en dehors de l’organisation; la première enfin, comme je l'ai avancé en com'uencant, est la glande en quelque sorte, la seconde est le produit.
Les deux parties des dents se forment toujours successivement, comme on le comprend, le follicule d’abord, la partie produite après. La partie proluite apparaît à l'intérieur du follicule, y reste quelque temps incluse, et se développe sur la papille par couches m'nces qui l'embras-ent, se moulent sur el'e et lui sont simplement juxtaposées. La papille secrète ces couches, et sa secrétion conti ue plus ou moins long-temps; les cou ches formées les dernières ‘ajoutent toujours à la face interne de celles qui ont précédé, la dent s’alonge, et son extrémité est repoussée, jusqu’au moment où ne pouvant plus rester ontenue exactement dans son follicule, elle se porte à l’extérieur.
Dis son issue au dehors, tantôt la dent dilate le goulo! de son follicule, et tantôt elle se fraie une rou!'e un pe: différente.
Après son éruption, la dent continue, pendant un temps plus ou moins long, à s’accroitre, toujours par addition de couches suc ‘essives à l’intérieur des premières; mais alors aussi commence pour elle un travail de destruction qui procède de l'extérieur à l'intérieur, et qi résulte des usages mêmes auxquels la de est employée.
Quelques dents, les incisives des rongeurs, par
exemple, peuvent réparer au fur et à mesure les pertes que lusure leur fait éprouver ; mais d'autres bien moins disposées, et livrées en quelque sorte sans défense aux agens de destruction qui les entourent, sont minées au bout d’un temps plus où moins long.
La nature, par les. bornes plus ou moins étroites
qu’elle met à l’accroissementde la plupart des dents, a, pour ainsi dire, marqué les limites de l'existence
des animaux, carun moment arrive où, privés de ces parties, ils ne peuvent plus saisir leur proie, la divi= ser, ou l’altérer d’une manière suffisante pour qu'elle puisse ultérieurement être convenablement modifiée par les sucs digestifs. 5 Le système dentaire possète cependant quelques moyens de prolonger sa durée, de tromper, de tourner en quelque sorte , les agens de destruction qui lassiègent ; déjà j’ai mentionné cette circonstance que quelques dents s’alongent, se reproduisent continuellement vers leur base pendant que les frottemens les usent, les amoindrissent à l’extrémité opposée. Maisil en existe une autre non moins remarquable , je veux parler du renouvellement de certaines dents, du remplacement dedents vieillies, usées, et sur le point d'être hors de service, par des dents jeunes, neuves, et beaucoup p'us propres que les premières à remplir le but de la naturec’est principalement ce travail de remplacement de certaines dents, suivant un mode qui varie du reste beaucoup dans la série des animaux, et qui a tou-
jours lieu, que l’on désigne sous le nom de denti- Lion.
Les dents ne sont pas importantes seulement sous le rapport des fonctions qu’elles remplissent dans l’économie, elles peuvent encore fournir au médecin et au zoologiste d'importantes données pour la détermination de âge, du régime et, Jusqu'à un cerlain point des mœurs et des habitudes des animaux ; aussi comprend-on aisément tout le soin qu’on doit apporter dans leur étude,