‹ Des déviations des arcades dentaires et de leur traitement rationnelChapitre 30 sur 54 · C. Loc. cit · texte numérisé non relu

C. Loc. cit

Personnellement, nous avons eu maintes fois l’occasion d’observer cette variété d’hétérotopie. Nous ne reproduirons

Fig. 14. — Hétéhotopie, par migration double, de la canine et de la première

PETITE MOLAIRE GAUCHE [CoJI. jierS.].

que deux cas représentés fig. 14 et 15 et se rapportant à la migration double de la canine et delà première petite mo-

Fig. 15, — Hétérotopie par migration double de la canine et de la première

PETITE MOLAIRE DROITE [CMI . JieVS .) .

laire, Tune à droite, l’autre à gauche, et cela, sur des sujets différents.

A ces deux observations nous ajouterons l’observation, reproduite plus haut, et portant le n® 1851, dans laquelle nous trouvons la canine droite en hétérotopie, par absence congénitale de l’incisive latérale. Les observations précédentes portent sur le maxillaire supérieur et ne visent que la région antérieure ; cependant cette anomalie se rencontre, quoique plus rarement, sur le maxillaire inférieur, et peut même occuper la région des molaires. Nous 'pourrions en citer plusieurs cas, qu’il nous a été donné d’obser-

ver* Nous signalerons seulement la disposition anormale représentée par la figure 16. On compte sur ce maxillaire inférieur : en avant, les quatre incisives, les deux canines et les deux premières petites molaires; plus en arrière, et séparées des premières par un espace d’un centimètre, se trouvent les secondes petites molaires, puis deux grosses

Fig. 16. — Hétérotopie bi-latérale des secondes petites molaires inférieures.

Un intervalle de plus d'un centimètre sépare la j^remière petite molaire de la

seconde,

molaires qui offrent tous les caractères des dents de douze ans, et enfin les deux dents de sagesse. Le sujet nous a affirmé que les dents extraites étaient de grosses molaires, avec de fortes racines. Vu l’âge du sujet (52 ans), on est obligé d’admettre qu’au moment où la dentition était complète il y avait migration réciproque de la deuxième petrte molaire et de la première grosse molaire.

Cependant, nous ne pouvons pas, d’après ces seules données, et n’ayant pas eu entre les mains les dents extraites, affirmer que nous avons affaire à des organes de remplacement. Bien que le sujet n’ait conscience d’aucune extraction antérieure, une seconde hypothèse se présente.

Cette migration ne serait-elle pas plutôt simple, et due, soit à l’absence congénitale de la première grosse molaire

permanente (fait non encore signalé, que nous sachions, pour la mâchoire inférieure), soit â une extraction précoce de la dent de sept ans? La grosse molaire de lait étant restée en sa place, la deuxième petite molaire aurait évolué dans l’espace laissé libre par la dent enlevée.

Dans la première hypothèse, nous nous trouverions en présence de ce phénomène particulier, que M. Magitot désigne sous le nom de transposition, et dont il cherche l’explication dans un entre-croisement des deux cordons dentaires ; il admet ainsi que la même caiise, qui tend à porter l’un des cordons dans un sens, ferait dévier l’autre dans un sens opposé. De plus, comme ces anomalies sont plus fréquentes à l’arcade supérieure et paraissent limitées à la partie située en avant des premières grosses molaires, il invoque la nature spongieuse du corps même du maxillaire. Or, dans le cas présent, la transposition porte sur la première grosse molaire du maxillaire inférieur, c’est-à-dire sur une région à peu près constituée exclusivement par de la substance osseuse compacte; acceptant la seconde hypothèse, nous ne verrons dans cet' exemple qu’un cas manifeste d’hétérotopie secondaire.

Ainsi donc, en dehors de la migration du cordon folliculaire, nous croyons que l’on peut admettre d’autres causes, susceptibles d’amener, d’une façon tout aussi plausible, ces différentes variétés d’anomalies de disposition : un défaut de concordance entre l’évolution de l’organe et celle des parties voisines, une éruption tardive ou une chute précoce naturelle ou accidentelle de la dent caduque. ~ De plus, l’absence congénitale ou acquise d’une dent permanente peut déterminer la sortie, dans une position déviécj d’un organe originairement bien disposé^ et comme con»

séquence amener au delà des limites normales la persistance d’un organe temporaire.

Dans la fig. 17 les deux types d’hétérotopie se trouvent représentés. Nous avons, en effet, d’un côté, à droite, évolu-

'Fig. 17. — Hétérotopie des deux canines.

Absence congénitale de l'incisive latérale droite et persistance des deux canines

temporaires {Coll. pers.].

tion de la canine en hétérotopie secondaire, par suite d’absence congénitale delà petite incisive permanente; à gauche,

Fig. 18. — Hétérotopie de deux canines permanentes

Ayant amené la résorption physiologùiue ep la chute normale des deux jJetites molaires de lait, avec persistance des deux dents caduques homologues {Coll, jier s.).

hétérotopie primitive de la canine, avec persistance des deux dents temporaires ; signalons la persistance des deux dents caduques homologues.

Dans l’exemple suivant, représenté fig. 18, nous remarquons, chez ce jeune collégien de seize ans, que les seules dents per-

manentes qui aient évolué sont, en allant d’avant en arrière : les deux incisives médianes, les deux canines et les deux premières grosses molaires; les incisives latérales, les canines et les grosses molaires de première dentition persistent. Les incisives et les grosses molaires de remplacement occupent leur lieu d’élection normal, mais les canines ont évolué en hétérotopie et occupent la place généralement réservée aux premières petites molaires. — Le fait principal qui ressort de cet examen, c’est que nous nous trouvons en présence d’un retard dans l’évolution de certaines dents, retard compliqué d’une anomalie de position des deux canines, hétérotopie secondaire évidemment due à l’absence des premières petites molaires permanentes, fait que démontrera d’ailleurs la marche ultérieure de l’évolution. C’est bien plutôt, croyons-nous, dans cet ordre d’idée, qu’il convient de chercher la vérité, au point de vue de tous ces phénomènes tératologiques, que d’admettre, ainsi que des auteurs l’ont prétendu, la transformation surplace d’un follicule qui engendrerait, par exemple, une canine à la place d’une petite molaire et vice versât

Hétérotopie par genèse. — Sous le nom d’hétérotopie par genèse on désigne un phénomène qui consiste en ce que, les arcades dentaires étant complètes, on voit apparaître sur un point quelconque de l’organisme une dent n’ayant aucune connexion avec les follicules normaux.

1. Les exemples reproduits ci-dessus (fig. 17 et 18) nous montrent chez deux sujets différents, dont l’un est âgé de plus de vingt ans, les deux canines de lait persistantes, du seul fait de l’évolution anormale des canines permanentes.

Ces exemples ne sont du reste pas rares; nous en possédons, pour notre part, un certain nombre.

Ces anomalies se présentent, le plus généralement, sous la forme de kystes congénitaux, se terminant soit en s’ouvrant spontanément, soit en abcédant, à la suite d’inflammations successives. Les faits existant dans la science sont très nombreux,et ont été relatés par Lebert, dans un remarquable mémoire sur les kvstcs dermoïdes.

Nous laisserons de côté ces faits, pour ne mentionner que ceux, moins nombreux, qui se rapportent plus directement à notre sujet. Tel est le fait recueilli par Goubeaux, et rapporté par Magitot, d’une dent située à la paroi interne du crâne et comprimant la masse encéphalique. MM. Robin et Félizet ont présenté à la Société de biologie^ un cas où, chez un cheval adulte, les deux fosses temporales se trouvaient renfermer chacune une dent cylindroïde.

Nous ne saurions terminer ce paragraphe, consacré à l’hétérotopie, sans mentionner un fait très curieux, observé dans la clinique de mon père. Un sujet d’une cinquantaine d’années portait depuis longtemps un appareil prothétique, lorsque, sans cause appréciable, il se mit à en souffrir. L’examen de sa bouche permettait de constater que les gencives étaient tuméfiées en plusieurs endroits ; sur un point même, il existait une petite ulcération au centre de laquelle un stylet, introduit dans un pertuis, nous fit constater la présence d’un corps dur et poli. Vu l’âge du sujet, notre première idée fut que nous avions devant nous un cas de nécrose du maxillaire supérieur, pouvant reconnaître pour cause le corps dur que nous avions reconnu à l’exploration et qui, vu la sensation produite, ne pouvait être qu’une dent restée incluse* Cependant, cela ne suffisait pas pour expliquer les

1; Comptes t’endus et Méni. de h Soc; de Biologie, 1865, p. 167,

autres centres inflammatoires, existant également du côté opposé. Cinq semaines après, le cloute n’était plus permis, plusieurs dents émergeaient au-dessus du maxillaire. Les dents précédemment tombées étant bien des dents de seconde dentition, nous nous trouvions en présence d’un cas de troisième dentition manifeste.

Ces nouvelles dents, modifiées dans leur forme, apparaissaient, ainsi que le montre la figure 19, sans ordre et au hasard. La première dent qui apparut fut la grosse molaire gauche, puis une petite molaire droite, puis la canine gauche, puis l’incisive latérale ; du même côté, les grandes incisives ne se montrèrent pas, etc. Le moulage reproduit

Fig. 19. — Tuoisièwe évolution dentaire, après cinquante ans.

On y remarque dos anomalies concernant V éruption, la position, la disposition

et la nutrition^ [Coll. iJcrs.).

(fig. 19) a été pris au moment où*une seconde petite molaire se montrait à droite. La chute suivit de près la sortie de ces organes; cinq mois à peine s’étaient écoulés, c|u’aucune dent ne restait plus sur l’arcade. Nous avons conservé les dents que nous avons pu recueillir, et il est facile de reconnaître que la couronne, comme les racines de ces dents, présentent des anomalies de nutrition. Rien de semblable ne s’est montré pour l’arcade inférieure.

Cet exemple est remarquable à un double point de vue :

J’ulie pari, il semble résoudre la question de la possibilité d’une troisième dentition; d’autre part, on y trouve réunies toutes les anomalies possibles : anomalies d’éruption, de nutrition et de disposition.

En résumé, les faits d’bétérotopie sont très nombreux. Nous ne saurions en citer ici tous les cas multiples, qui intéressent plutôt la science tératologique que l’art dentaire. Pour plus de renseignements, nous renvoyons aux différents travaux qui ont été publiés sur ce sujet, au mémoire de Magitot sur les kystes des macboires, et surtout à son traité si intéressant des anomalies du système dentaire dans la série animale.

Antéversioa.

On eniend Ânlêversion la projection des dents en avant. Cette difformité est bien plus fréquente à la mâchoire supérieure qu’à la mâchoire inférieure. Au point de vue du nombre et de la position desdents affectées, l’antéversion peut ])résenter tous les degrés, chaque groupe dentaire, comme nous l’avons dit plus haut, pouvant constituer cette anomalie. C’est ainsi que l’on peut voir les incisives centrales, plus rarement les incisives latérales, ou enfin les canines, participer à cette déviation.

La position peut varier de l’état normal, déjà, comme on le sait, un peu entaché de prognathisme, jusqu’à IKP. I.e Cosmos (1877) relate l’observation d’un nègre chez lequel les deux incisives occupaient cette position.

Dans les cas de prognathisme nettement accusé, les canine.; peuvent être entraînées avec la région incisive, ce qui produit alors un intervalle entre ces dents et les premières petites molaires. C’est cet intervalle, appelé diastéma^ qui.

s’accentuant de plus en plus chez les espèces animales placées au-dessous de l’homme, constitue la barre chez certains mammifères.

L’hérédité semble jouer un rôle assez considérable dans le prognathisme partiel ou total, mais dans tous les cas qui n’entraînent pas primitivement une déviation des dents canines. Cependant, on rencontre des cas d’évasement exagéré de la région antérieure de l’arcade denlaire supérieure, dans lesquels il est de toute impossibilité d’établir des antécédents.

Bans ces anomalies relatives, dues à des modifications dans la morphologie du squelette de la face et du crâne, la face présente un profil qui lui est propre ; la lèvre supérieure est saillante, relevée, et semble trop courte pour recouvrir l’arcade dentaire. Les dents, exposées â l’air, se dessèchent : de là, ce tic particuliér de la langue, venant de temps à autre les lubrifier de manière à faciliter le glissement de la lèvre, laquelle^d’ailleurs ne peut s’abaisser complètement sans effort. Le profil, qui de la racine du nez jusqu’à l’extrémité des dents incisives, se projetait fortement en avant, subit un retrait brusque, proportionnel à bf difformité, pour venir retrouver la ligne normale du menton. Bans certains cas, la bouche est béante ; les arcades dentaires sont séparées par un intervalle qui peut atteindre 10 millimètres ; la langue se montre entre elles, et la prononciation acquiert un caractère particulier, qui vient encore ajouter à 'læ difformité physique.

Indépendamment de riiérédilé et du développement exces^ sif des rebords alvéolaires, on peut encore trouver une cause d’antéversion dans une déformation de l’arcade supérieure ou inférieure. L’anomalie est alors une conséquence du développement anormal ou incomplet des apophyses ptérygoïdes

el ■quelquefois iiièuie du s))Iiéiioïde loul enlier. Cet os, placé couiuie un coin, ainsi que l’indique son nom, se trouve être le. üiand ré'inlaleur de la base du crâne. Que la parabole de l’arcade inférieure présente une ouverture plus petite que celle . de l’arcade supérieure, les incisives viendront alors peser, d’une façon anormale, sur la face postérieure des dents correspondantes diiliautet les forceront à s’incliner en avant; il en est de meme pour l’arcade supérieure. Un arrangement régulier de larges dents, dans une mâchoire à parabole peu ouverte, obligera toute la partie antérieure de cette arcade à s’étaler en avant de l’arcade inférieure, restée normale, et toute cette partie se trouvera ainsi en antévei'sion.

L’éruption tardive ou incomplète des premières dents molaires permanentes produit le meme résultat. L’éruption des dents de sagesse peut encore déterminer ces modifications, d’une façon moins appréciable cependant, soit en repoussant en avant toutes les dents, soit en faisant ressortir les petites incisives, en forme d’ailettes. Citons enfin, pour mémoire, la pression mécanique résultant d’habitudes vicieuses, telles que la succion du pouce ou de la langue.

La difformité n’est pas limitée seulement à l’os incisif. Les canines, elles aussi, peuvent être déviées, et quelquefois môme ôti*e seules atteintes, c'est-à-dire se trouver seules situées en dehors de l’arcade, d’ailleurs régulièrement formée par les autres dents. Elles émergent alors toujours d’un point élevé, se dirigent obliquement en avant et viennent soulever les lèvres, à la manière de deux défenses. Pour nous, cetle difformité serait, ainsi que nous l’avons démontré plus haut, un cas de migration secondaire qu’on pourra, dans la majeure partie des cas, attribuer à des extractions intempestives.

Il résulte des observations rapportées plus haut que

la déviation peut porter sur les molaires et même être unilatérale, c’est-à-dire que les dents molaires conservent d’un côté leurs rapports normaux avec les dents inférieures, tandis que de l’autre côté on voit la petite molaire correspondre à la canine du bas, et ainsi de suite pour toute la série, les dents étant tontes déplacées d’un cran en avant, constituant ainsi une antéversion asymétrique. Aussi sommesnous surpris de lire dans Magitot que « l’arcade dentaire a n’éprouve jamais en totalité la déviation qui constitue « l’anomalie de direction ; la pièce molaire resterait inva- (( riable, et toutes les déviations dans la direction du système « dentaire seraient exclusives à la région antérieure, compocc sée des incisives, des canines ; parfois même celles-ci échap- « peraient à la déviation! » Cette affinnation nous semble beaucoup trop absolue.

L’antéversion est beaucoup plus rare à la mâchoire inférieure, et même nous ne la rencontrons guère que dans les cas de prognathisme total, comme dans la macroglossie, où cette antéversion des dents aboutit à une véritable luxatioij de ces organes. 11 convient de rapporter à un mécanisme analogue l’exemple cité par Tomes, dans lequel un renversement considérable de la région mentonnière s’était produit pendant l’enfance, par la rétraction lente d’une cicatrice de brûlure de la région antérieure du cou. Nous avons été personnellement témoin d’un cas semblable, durant le cours de nos études médicales : il s’agissait d’un jeune sujet de 20 à 25 ans; la lèvre avait disparu à la suite d’une brûlure qui occupait toute la région antérieure du cou; les brides cicatricielles avaient opéré une rétraction tellement considérable, que le maxillaire inféneur était arqué ; les dents inférieures étaient étalées en forme d’éveïitail, et les incisives occupaient

une position horizontale. I/ankylose de rarticulation lemporo-maxillaire peut également amener une obliquité considérable des dents ‘ ; mais ce sont là des difformités que l’on ne saurait faire rentrer dans le cadre que nous nous sommes tracé.

Nous devons encore citer le n“ 51 du musée de l’ampliithéatre des hôpitaux, qui nous présente, chez un sujet adulte rachitique, un menton de galoche très prononcé, dû à un développement excessif du corps même du maxillaire inférieur ; les dents occupent cependant la direction du fil à plomb, et nous trouvons, de chaque côté, entre les canines et les petites molaires, un espace considérable de quatre millimèlres, constituant le diastéma.

§ O. — Rétroversion.

Dans cette difformité, les dents peuvent encore, théoriquement, être considérées comme ayant leurs extrémités radiculaires, c’est-à-dire leurs points d’implantation, situés sur la même ligne parabolique que précédemment, le grand axe de la dent s’inclinant en dedans, pour constituer Vopisthognathwne. en passant, qu’en dehors de ces

existe une position intermédiaire, dans laquelle les dents sc rencontrent bout à bout; c’est ce qui constitue l’orthognathisme.

'Ainsi donc, dans la rétroversion^ les dents sont situées en arrière des dents de la mâchoire inférieure, qui, loin de contribuer à la réduction spontanée, tendent à accentuer la

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