‹ Des diarrhées chroniques et de leur traitement par les eaux de PlombièresChapitre 9 sur 10 · OC · texte numérisé non relu

OC

Dans ce tableau, l'arsenic a été considéré à l'état de sel sodique dans les quatre premières sources, et à celui d'arséniate de fer dans la cinquième, en raison de ses affinités connues.

La température deseaux thermo-minérales de Plombières présente une diversité fort considérable dans les différentes sources. Nous savons qu'elle varie entre Li° et 7:S°c. Il résulte des travaux de MM. Jutier et Lefort que le degré de minéralisation des sources est en rapport direct et progressif avec leur température.

Couleur Les eaux minérales chaudes de Plombières sont d'une admirable limpidité, et elles conservent toute la transparence après leur refroidissement, ce qui prouve que les substances qui les minéralisent

leur sont intimement unies et combinées, ou que leur division y est excessive.

Odeur. Les eaux de Plombières n'ont aucune odeur.

Onctuosité. Au toucher, les eaux de Plombières présentent une douceur onctueuse fort remarquable. Cette douceur, qui se communique, qui pénètre la peau, y laisse après le bain une indicible sensation de bienêtre.

Cette propriété n'est peut-être pas tout à fait égale dans toutes les sources ; elle est plus marquée dans celles qui sont plus chaudes. C'est sans doute à la soude et à la matière organique que l'on doit attribuer cette propriété.

Saveur. On remarque aussi que l'eau thermale n'est nullement désagréable à boire, et qu'elle n'excite pas le dégoût qu'on éprouverait infailliblement en avalant de l'eau commune échauffée dans nos foyers ; c'est une circonstance qu'il faut encore ajouter à celles qui donnent un caractère spécial à la thennalité naturelle.

Il faut boire l'eau en sortant de la source ; car si on la laisse reposer 24 ou 30 heures à l'air libre, elle prend un goût fade, nauséeux, extrêmement désagréable.

Pesanteur spécifique. La densité des eaux thermale de Plombières, ramenées par le refroidissement au degré de l'eau distillée, ne diffère pas beaucoup de celle-ci ; les sources tièdes ainsi que les sources savonneuses et ferrugineuses présentent même une pesanteur spécifique moindre.

: ï La grande source du bain Romain, celles du Crucifix, de l'Enfer, du bain des Dames et de la source Muller paraissent être les seules dont la pesanteur spécifique l'emporte sensiblement sur celle de l'eau distillée.

Les eaux de Plombières s'emploient en bains, en douches. On les prend aussi en boisson . Enfin il y a à Plombières des etuves qui nous permettent de répondre à certaines indications.

Nous n'avons pas à entrer dans de grands détails sur le mode d'emploi des eaux de Plombières en général.

Nous nous sommes étendus sur ce sujet dans un autre ouvrage (1). Nous ne voulons ici parler des bains et des douches qu'au point de vue des diarrhées chroniques.

L'action des bains sur l'organisme dépend non-seulement de leur degré de chaleur, mais encore de leur durée. Nous avons à les étudier sous ce double point de vue, et pour saisir plus facilement les effets qu'ils déterminent, nous les diviserons en trois catégories : les bains frais, les bains tièdes, les bains très-chauds.

Bain frais. Le bain frais est celui dont la température est au-dessous de celle du sang. Dans ce bain on éprouve les effets suivants : diminution du volume du corps, ralentissement de la circulation, et par conséquent des battements du pouls : pâleur du visage, rides de la peau, sentiment de refroidissement, aug-

(I) Guiili 1 médical aux eaux de Plombières.

tation de la sécrétion urinaire et même, dans certains cas, des sécrétions intestinales.

Les bains frais sont calmants. Parleur action ils diminuent l'irritabilité de la peau, et tempèrent la trop grande excitabilité de l'organisme.

Ce bain doit être extrêmement court, car il faut craindre, après une concentration aussi complète, les effets d'une réaction trop violente.

Bain tiède. On s'accorde généralement à appeler bain tiède celui dont la température est à peu près celle du corps humain, c'est à dire à 4- 35° ou + 36° centigrades. Voici, d'après M. le docteur Kuhn, les effets immédiats du bain tempéré : « Les bains d'eau douce au degré d'indifférence produisent un sentiment de bien-être général et une sorte de détente qui se propage sympathiquement de la surface cutanée auxparties internes; ils ont pour effetd'équilibrer, de régulariser l'action nerveuse, et de répartir d'une manière égale et uniforme l'activité vitale dans tout l'organisme.

« Aussi sont-ils sédatifs ou modérateurs par excellence et doués de la propriété de donner plus de facilité, plus d'aisance au jeu des fonctions. S'il existe dans l'économie un travail fluxionnaire ou d'excitation, ni trop ancien ni trop intense, ils l'éparpillent en quelque sorte entre tous les sécréteurs et sur toute la périphérie et parviennent ainsi à dissiper des mouvements congestionnels fixés sur un point plus ou moins circonscrit ; ainsi s'explique le bien-être qu'ilsproduisent à la suite de grandes fatigues.

« Ce qui caractérise ces sortes de bains, c'est qu'ils ne provoquent point de réaction ; s'ils ramènent l'équilibre, c'est sans secousse; s'ils calment, c'est uniquement parce qu'ils rétablissent l'harmonie en faisant cesser les causes de troubles et d'irritation. >

Ces bains sont essentiellement sédatifs. Ils réussissent surtout chez les personnes névropathiques, chez les malades qui ont eu des diarrhées à la suite de maladies aiguës, ou bien dans les cas d'entérite. Enfin chez les herpétiques, quand nous ne voulons pas produire une action trop vive du côté de la peau.

Bain très-chaud . Le bain est très-chaud lorsque sa température est au-dessus de celle du sang, c'est-à-dire au-dessus de 38° centigrades.

Les effets produits par ce bain sont tout différents de ceux que nous venons de décrire.

Sous l'influence du bain très-chaud, la peau rougit et se gonfle sensiblement; la chaleur augmente, le pouls est plus fréquent et plus dur, la respiration s'accélère, la face devient turgescente, se couvre de sueurs; il se produit rapidement un sentiment d'anxiété suivi de vertiges et quelquefois de syncope.

€ Les bains chauds, dit le docteur Kuhn, ont pour effet d'augmenter l'activité du système vasculaire, d'accélérer la circulation et d'appeler vers la peau et la muqueuse aérienne un mouvement sécrétoire ou d'exhalation plus ou moins intense. Ils provoquent un mouvement centrifuge, tout comme les bains frais déterminent un mouvement centripète.

« Par leur action sur l'appareil circulatoire, ils pro-

duisent une stimulation générale, un état de surexcitation de l'organisme et peuvent devenir plus ou moins nuisibles ou dangereux chez les sujets nerveux, chez ceux qui sont disposés à des congestions de tète ou à des hémorrhagies et chez toutes les personnes affectées de maladies du cœur et des gros vaisseaux.

«Mais, par cela même qu'ils accélèrent la circulation et qu'ils déterminent un transport fluxionnaire vers la périphérie , les bains chauds communiquent un surcroit d'activité, une certaine secousse aux fonctions de la vie organique ; ils sollicitent le travail des absorbants intérieurs, et favorisent ou déterminent par le mouvement éliminatoire qu!ils suscitent, le départ des principes morbifiquesou la résolution d'engorgements viscéraux.

« Ce qui les caractérise, par conséquent, c'est leur qualité stimulante et leur aptitude à provoquer dans la sphère organique un travail éliminatoire dépuratif et résolutif. »

Les bains très-chauds sont indiqués dans un certain nombre de cas. Leur emploi doit être rigoureusement surveillé, car les malades s'exposeraient aux plus grands dangers s'ils prenaient ces bains sans l'assistance du médecin.

En étudiant ces différents bains, nous n'avons pas déterminé d'une manière rigoureuse la température des bains. En effet, les aptitudes individuelles ne nous permettent pas de fixer un chiffre précis. Il y a des personnes pour lesquelles un bain à 32° c. est encore très-chaud, tandis que pour d'autres il est déjà froid.

Employés avec de grandes précautions,les bains très-

chauds, par la puissante révulsion qu'ils provoquent sur toute la surface cutanée, nous ont souvent rendu de très-grands services dans le traitement de l'arthritisme et de ses manifestations. Nous les employons souvent dans le traitement des diarrhées arthritiques et dans certains cas, dans le traitement des intoxications paludéennes.

La douche est ce mode d'administration des eaux par lequel on percute ou lotionne une partie ou la totalité du corps. Les douches sont générales ou partielles, générales quand leur application s'étend au corps entier a vec ou sans la tète ; locales ou partielles, quand elles s'appliquent sur une ou plusieurs parties du corps.

La douche générale se divise en douche en pluie, douche en cercle, douche écossaise, etc. Les douches locales sont les douches intestinales, vaginales et })érinéales.

Relativament à leur température, les douches sont chaudes ou froides. Lorsqu'elles sont chaudes, l'action du calorique s'ajoute à l'action stimulante de la percussion. Elles excitent les tissus, exaltent leur sensibilité; elles accélèrent la circulation, augmentent la chaleur, et provoquent la rubéfaction de la peau.

Les douches froides au contraire pâlissent d'abord l'endroit sur lequel elles frappent ; mais aussi, quand la percussion a cessé, une réaction se manifeste =ur les parties douchées, et il se produit alors les mêmes effets de stimulation que dans la douche chaude. Mais ce n'est pas par le même mécanisme physiologique.

C'est sur l'impression que produisent sur la peau l'action du froid et celle de la chaleur, et sur les réac-

tions qui en sont la conséquence, qu'est basée la douche écossaise. C'est une douche alternativement chaude et froide administrée successivement et à plusieurs reprises, durant un temps plus ou moins long.

« Pendant les changements de température qu'on détermine au moyen de cette douche, la peau devient le siège d'actions et de réactions brusques et fréquentes, qui retentissent sur les centres nerveux. On obtient ainsi, suivant le degré de chaleur employé, un effet simplement tonique et fortifiant, une sédation du système nerveux ou des transpirations modérées. C'est un moyen dont on fait grand usage à Plombières : il est vraiment précieux dans une foule de cas, particulièrement lorsqu'il s'agit de combattre des accidents qui se lient à quelques désordres de la vie de nutrition » (Lhéritier).

La douche chaude, appelée douche à la Tivoli, est dite douche dérivative lorsqu'elle est dirigée sur une partie du corps qu'on cherche à fluxionner aux dépens des autres. La température en est assez élevée et on doit la répéter pendant plusieurs jours ; sans cela la réaction qui succède à l'action dérivative produirait un effet opposé à celui qu'on veut obtenir.

La douche est dite douche résolutive, quand elle est dirigée sur des régions occupées par quelques viscères engorgés, sur dés tumeurs formées par le foie, la rate, l'utérus ou l'ovaire, dans le but de fondre ces tumeurs. Les douches à la Tivoli, données, avec certains ménagements, sur toute la surface du corps, au sortir du bain, ont une action révulsive très-puissante. Elles sont très-indiquées dans le traitement de certaines

I OH CHAPITRE vi.

manifestations viscérales de l'arthritisme. Les douches ascendantes , intestinales , sont fréquemment employées dans le traitement de la diarrhée à Plombières. Leur emploi exige la plus grande surveillance.

II faut que le médecin entre dans les détails les plus minutieux pour initier le malade au mécanisme de cette douche et à son emploi. Si on laisse pénétrer dans l'intestin une trop grande quantité d'eau à la fois, il peut survenir, par suite de la distension de l'intestin, des accidents assez graves. Mais si le malade suit bien les prescriptions et les recommandations médicales, il peut tirer de cette douche les plus grands avantages. L'action exercée sur la muqueuse intestinale, par l'eau, qui agit à la fois par sa température et par sa minéralisation, donne des résultats fort remarquables, et nous ne craignons pas d'attribuer aux douches ascendantes bien prises, une part trèslarge dans la guérison des diarrhées chroniques que nous avons soignées à Plombières.

11 existe à Plombières des étuves générales et des étuves partielles.

Les effets physiologiques et thérapeutiques que l'on éprouve dans ces deux sortes d'étuves ne sont pas les mêmes. Aussi doit-on, suivant les indications, recourir tantôt ù l'un, tantôt à l'autre de ces modes d'administration.

Quand on reste dans l'étuve générale, voici ce qui se produit au bout de quelque temps. La peau se recouvre d'abord de gouttelettes de vapeur d'eau condensée; elle s'assouplit, devient plus douce. La chaleur générale augmente, et la circulation s'accélère légère-

ment; bientôt la surface du corps tout entière se recouvre de sueur ; la respiration devient plus fréquente.

A ce moment, les fonctions paraissent s'exercer avec plus de facilité, et l'on éprouve une sensation de bien-être. — Au bout de quelque temps, les phénomènes dus à l'action de l'étuve s'accusent davantage. La peau rougit et se tuméfie de plus en plus ; son tissu, pénétré de fluide, se congestionne, se gonfle; tous les vaisseaux se distendent ; le battement des artères prend de l'ampleur et se précipite ; la face devient vultueuse, les yeux sont rouges; un torrent de sueur ruisselle sur tout le corps; une soif ardente se fait sentir. Il survient une certaine fatigue musculaire et une tendance au sommeil.

La plupart de ces phénomènes persistent encore quelques instants après la sortie de l'étuve, surtout lorsque le malade est chaudement enveloppé et qu'il continue à boire pendant quelque temps.

Dans les étuves en boîtes, la tête étant placée en dehors de la vapeur, on continue à respirer l'air extérieur, et on peut y rester plus longtemps ; bien que la chaleur y soit moins élevée, les phénomènes de congestion et d'excitation cutanée s'y produisent à la longue à peu près au même degré.

Il en est de même des étuves partielles ; les membres qui sont plongés acquièrent la même chaleur, la même turgescence ; mais les symptômes généraux ne s'y manifestent qu'à un très-faible degré.

Les qualités alcalines et onctueuses des vapeurs dans lesquelles on est plongé, la nature particulière du calorique, font qu'on en supporte la température

élevée beaucoup plus facilement et plus longtemps que dans les étuves artificielles , et les sueurs qui s'ensuivent sont loin d'affaiblir et d'énerver comme dans les établissements ordinaires; elles paraissent au contraire, chez beaucoup de personnes, raviver toutes les fonctions de l'économie et rendre au corps une souplesse et une énergie toutes nouvelles.

Nous nous servons des étuves dans certains cas de diarrhées arthritiques et de diarrhées d'origine paludéenne.

Nous faisons usage de l'eau de la source des Dames dans le traitement de certains cas de diarrhée.

Ordinairement cette eau produit un peu de constipation, soit qu'elle provoque une suractivité dans les vaisseaux absorbants des voies digestives, soit au contraire que, par une sorte d'astriction directe, elle raréfie les sécrétions intestinales.

Nous n'avons pas ici la prétention de fixer les règles du traitement hvdro-minéral des diarrhées chroniques. En effet, chaque malade présente des indications particulières, presque toujours il existe avec la diarrhée certaines complications qui exigent telles ou telles modifications du traitement. Enfin tous les malades ne supportent pas de la même manière les effets du traitement, et l'on est souvent obligé, au milieu de la saison, de modifier les prescriptions médicales.

La classification des eaux de Plombières, comme celle de toutes les eaux à faible minéralisation, a donné lieu à des divergences considérables de la part des auteurs. L'annuaire des eaux de la France les range parmi les eaux bicarbonatées, les auteurs du

Dictionnaire des eaux minérales parmi les eaux sulfatées sodiques (à part la source ferrugineuse qu'ils font rentrer dans la classe des ferrugineuses bicarbonatées). M. Bazin les range dans les eaux arsenicales.

La plupart des auteurs n'ont pas admis une classe d'eaux arsenicales. Les uns parce que la quantité d'arsenic était très-peu considérable, les autres parce que voyant l'arsenic dans presque toutes les eaux, ils considèrent ce corps comme un principe de commune minéralisation.

«Nous comprendrions qu'on ne fit pas une classe d'eaux arsenicales, si cette classe était destinée à contenir toutes les sources qui offriraient à l'analyse des traces d'arsenic. Celles-ci sont aussi nombreuses que les sources dans lesquelles ce principe existe en quantité pondérable sont rares. Or, nous nous défions de l'extrême dilution des doses, aussi bien en chimie qu'en homœopathie. La présence de l'arsenic étant considérée comme problématique, nous croyons son action nulle ou peu s'en faut. Le rôle de ce corps, s'il enjoué un, est si effacé que nous ne devons en tenir aucun compte.

Mais il n'en est pas de même quand l'arsenic se trouve en quantité pondérable, et qu'il est facile de l'isoler. Alors il est difficile d'admettre qu'il n'exerce pas une action sur l'organisme sain, et qu'il ne traduise pas, par des effets thérapeutiques, des propriétés spécifiques (Bazin).

M. le D r Lhéritier attribue à peu près exclusivement à l'arsenic l'action thérapeutique des eaux de Plom-

bières. MM. Lebret et Durand-Fardel, dans l'article du Dictionnaire des Eaux minérales, consacré à Plombières, répondent à M. Lhéritier à propos de la guérison du rhumatisme et des paralysies, que l'on ne sait pas ce qui agit le plus, dans la cure de ces affections, de l'arsenic, de la température de l'eau, du mode d'administration de celle-ci, etc.

« Mais conclure du particulier au général, comme le font ces auteurs, et avancer que l'arsenic, ayant une action douteuse dans ce cas, doit être inactif dans tous, est une faute. N'abuse-t-on pas chaque jour de ce médicament dans toute espèce d'affection cutanée, et n'est-il pas reconnu partout le monde comme le spécifique de l'herpétis?

Pourquoi dès lors ne pas reconnaître à des eaux arsenicales, qui en contiennent des doses très-appréciables, les mêmes propriétés? Quelle est la substance, qui, unie à l'arsenic dans l'eau des sources, vient en combattre et en annuler l'action ? Qu'on la signale, si elle existe, sinon il faudra bien admettre que cette solution arsenicale dont vous faites usage devra donner lieu aux résultats que vous attendez des solutions pharmaceutiques de même nature » (Bazin).

Pour l'auteur que nous venons de citer, les eaux contenant de l'arsenic méritent une place à part. Leur spécialité d'action est bien définie; elles doivent être considérées comme le spécifique hydrologique de l'herpétis.

Nous croyons, avec M. Bazin, qu'on doit ranger les eaux de Plombièresdansleseaux arseniatées sodiques.

Il est difficile de séparer chacun des éléments qui

entrent dans cette question si complexe des causes de l'efficacité des eaux.

Nous ne croyons pas que l'action des eaux de Plombières soit due tout entière à la présence de l' arsenic. La haute température de ces eaux, le calorique ont une part incontestable. Le mode d'emploi, le mode d'application surtout, jouent un grand rôle dans les succès que l'on obtient.

Le calorique joue, dans la combinaison des principes minéralisateurs, ainsi que dans les effets thérapeutiques des eaux minérales, un rôle si important, que lorsqu'on les transporte pour les prendre loin de leurs sources, elles ne produisent plus, à beaucoup près, les mêmes effets, malgré le soin qu'on peut avoir de les ramener, par la chaleur douce du bain-marie, à leur température naturelle. Cette observation a été faite de tous les temps. « Quo propius aqua bibitur à fonti, eo cfficacior; quo remotius eo fit languiclior.» (Hoffmann). a Au point de vue physique, dit Pâtissier, la chaleur des eaux thermales ne diffère pas de celle de nos foyers; mais, au point de vue thérapeutique, elle ne peut nullement lui être comparée. »

Rappelons ici ce fait si concluant de la facilité avec laquelle nos malades boivent sans souffrance et sans dégoût l'eau sortant de la Source des Dames à plus de 50° c. Tous s'accordent à dire qu'ils n'en éprouvent qu'une sensation dechaleur agréa ble à l'estomac, tandis que l'eau commune, échauffée au même degré, serait loin de produire les mêmes effets et serait bien difficilement conservée dans l'estomac.

Mais si l'arsenic n'est point exclusivement l'âge n

thérapeutique des eaux de Plombières, nous croyons qu'il est l'agent principal qui agit surtout dans nos eaux.

Si l'on étudie les symptômes que l'arsenic détermine chez l'homme en santé, lorsqu'il est administré à très-petites doses, on remarque les mêmes effets géraux chez les malades qui suivent le traitement hydrothermal à Plombières.

Quant au point de vue thérapeutique, qu'il nous suffise de rappeler l'efficacité des eaux de Plombières, comme de la médication arsenicale, dans la cachexie paludéenne, l'herpétisme, le rhumatisme, les affections nerveuses générales ou localisées, les maladies chroniques du tube digestif.

Nous allons étudier maintenant le traitement des diarrhées chroniques primitives.

Nous avons eu l'occasion d'observer un certain nombre de malades qui, à la suite de maladies aiguës, avaient vu la diarrhée prendre le caractère de la chronicité par un mécanisme analogue à celui que nous avons précédemment décrit, d'après M. Durand- Fardel. Chez les uns, la diarrhée existait sans être accompagnée d'autres phénomènes du côté de l'appareil digestif (gastralgie, dyspepsie). Chez d'autres, la diarrhée se compliquait de gastralgie, mais le plus communément de dyspepsie.

Dans ces cas, lorsque la maladie n'était point trop ancienne, nous nous sommes bien trouvé de l'usage des bains prolongés, de l'eau des Dames en boisson, et enfin des douches ascendantes prises avec les plus

grandes précautions. Le régime alimentaire suivi par les malades avait la plus grande importance.

Nous donnons ici l'observation d'un cas de diarrhée chronique, consécutif à une variole, et remarquable par l'absence d'autres phénomènes du côté du tube digestif, par l'intensité de la diarrhée et par la guérison.

Observation VIII.

Madame X arrive à Plombières le 13 août 1872.

Le lendemain de son arrivée, la malade vient nous consulter.

La malade est âgée de 48 ans. C'est une femme assez grande, robuste, présentant un certain embonpoint, et la figure couverte de cicatrices de variole. Elle nous raconte que, jusqu'en 1870, elle s'est toujours bien portée, et a eu quatre enfants, sans aucune maladie de l'utérus.

En 1870, elle a eu une variole très-confluente, et, pendant sa convalescence, des abcès considérables et extrêmement nombreux. Sa convalescence a duré deux mois.

La diarrhée a commencé pendant le cours de cette suppuration prolongée; malgré la médication employée pour la combattre, le nombre des garde-robes a été en augmentant, et est de 8 à 16 par jour. Les matières sont séreuses. C'est principament à partir de cinq heures du matin qu'un besoin impérieux force la malade à se le'-'er, et les selles se succèdent dans la matinée jusque vers midi. Dans la journée, il y en a encore, mais beaucoup moins fréquentes.

M mc X... nous dit que la température, le changement d'air, les émotions légères n'ont aucune influence sur le nombre des garde-robes, ni sur le caractère de la diarrhée. La nature des aliments n'a point paru non plus exercer d'influence sur la diarrhée.

Bien des remèdes ont été essayés et rien n'a pu jusqu'ici triompher de sa maladie.

La malade ne présente rien d'anormal du coté des poumons.

CHAPITKE VI

Il existe uu très-léger bruit de souffle anémique au cœur et dans lus vaisseaux du cou. Cependant la malade ne s'essouffle pas facilement et est encore très-active, malgré son embonpoint. L'appétit est conservé, la soif normale. Pas de flatuosités dans l'estomac. Le ventre est mou, se laisse déprimer sans provoquer de douleurs. Il n'y a jamais eu de coliques hépatiques ni des coliques néphrétiques. Urines normales; pas d'hémorrhoïde. La malade n'a jamais eu d'attaques de nerfs, aucuns symptômes nerveux.

! t aoùl . Nous conseillons à M n,e X... de prendre ses bains à la température de 38° cent., durée trois quarts d'heure, le premier jour : un quart de verre d'eau de la source des Dames, et douche ascendante. Quatorze selles.

Le.21.M m, X... a pris huit bains. Elle a augmenté progressivement la durée deses bains, et reste une heure et demie dans sa baignoire, à 38° c. Bile boit, le matin et le soir, un demiverre d'eau de la source des Dames. Chaque jour, une douche amendante avec introduction. La malade est un peu fatiguée. Le nombre des g anle-robes et la consistance des matières n'ont pas changé.

Le 18. La malade a [iris quinze bains Sa fatigue a disparu. Elle a pris treize douches ascendantes. Les selles sont moins fréquentes 8 à 12, et la malade croit qu'elles ont gagné sous le rapport de la consistance. État général assez bon.

3 septembre. 21 bains, 1H douches ascendantes. Il y a environ 6 à 8 selles par jour, mais la consistance est beaucoup moins liquide La malade est un peu découragée ; elle trouve que la saison est linie et qu'elle a encore la diarrhée. Nous lui conseillons de persister. A la lin des bains, on porte la température de l'eau a 10°, cela produit une révulsion gêné raie très -énergique, tout en ramenant un peu de faiblesse. L'appétit est bon.

Le 10. La malade a pris 28 bains et 2,'> douches ascendantes.

Le 9. 2 selles liquides.

Le 10. idem.

Le 11. Une seule garde-robe moulée ; la joie de la malade est immense, depuis deux ans cela ne lui était pas arrivé.

Elle reste encore trois jours à Plombières et part le 14 septembre.

Au mois de janvier 1873, nous avons reçu des nouvelles de cette dame, qui nous disait que sa guérison ne s'était pas démentie.

Dans cette observation, nous remarquerons d'abord que l'amélioration n'a été obtenue qu'à la suite d'un traitement plus long qu'à l'ordinaire, et ensuite la marche très-regulière de l'amélioration.

Bien avant que l'on ne connût l'usage de l'arsenic contre la cachexie paludéenne, les eaux de Plombières jouissaient d'une grande réputation contre les fièvres anciennes. En 1565, Jean Winter signalait leur action bienfaisante contre ces maladies. Aujourd'hui que l'action de l'arsenic a été mise hors de doute dans le traitement des fièvres intermittentes, nous croyons pouvoir admettre, avec M. Lhéritier, que la vertu des eaux de Plombières contre la cachexie paludéenne est due à la présence de l'arsenic. Dans les diarrhées toxiques, d'origine maremmatique, les eaux de Plombières donnent des résultats remarquables.

Nous devons l'observation suivante à l'obligeance de notre ami et prédécesseur M. le D r Hutin.

Observation IX.

M. X..., habitant Canton (Chine), nous est adressé, en 1863, pour une diarrhée chronique, durant depuis dix-huit mois déjà, et qui a résisté à tous les moyens employés contre elle.

Cette diarrhée était survenue à la suite d'un long séjour dans des rizières aux environs de Canton.

A son arrivée à Plombières, le malade avait de 12 à "20 seigles par jour; il est très-a (faibli.

Le traitement dura cinq semaines, et consista en bains de

une à deux heures de durée, en eau des Dames (4 et 5 verres), et en petites douches rectales prises avec les plus grandes précautions. Les garde-robes furent d'abord moins pressantes et plus rares, puis lesmatières se lièrent peu à peu, et, à la lin ee son séjour, elles étaient complètement moulées. La santé générale s'était relevée successivement, en suivant la même progression régulière.

Nous remarquons, dans cette observation, l'origine de la diarrhée, le bon effet obtenu à la suite d'un traitement très-long, et enfin la marche très-régulière de la guérison.

Voici une autre observation que nous avons recueillie en 1869 :

Observation X.

M. X..., 51 ans, ancieD capitaine au long cours, arrive à Plombières le o juillet 1869, et vient immédiatement nous consulter. C'est un homme très-grand , maigre robuste, la figure hàlée. Il nous raconte qu'il a longtemps navigué dans les Indes, qu'il y a eu les fièvres, des troubles gastro-intestinaux. Il ne navigue plus depuis deux ans. Depuis trois ou quatre ans, il est sujet à une diarrhée persistante, qui jadis alternait avec de la constipation; mais, depuis deux ans, il a toujours de la diarrhée. Les fonctions digestives sont relavement bonnes. L'appétit est conservé, les aliments ne paraissent pas avoir d'influence sur la diarrhée. Un peu de dyspepsie stomacale après les repas. De 8 à 12 selles par jour. Il a toujours été maigre. Il n'est pas trop affaibli. Il a déjà six enfants.

Le malade n'a jamais eu d'accidents du côté des organes thoraciques ni du côté du foie ou des reins, points d'antécédents arthritiques. Il transpire modérément et n'a pas d'hémorrhoïdes. Nous conseillons à M. X... de prendre des bains, de boire de l'eau de la source des Dames, et enfin des douches ascendantes tous les deux jours. Le 10 juillet, il trouvait à la suite de sa cinquième douche ascendante, une certaine dilfé-

renée dans la consistance des matières diarrhéiques. Le malade avait très-bien supporté les fatigues des premiers jours du traitement, et fait tous les jours de longues excursions dans les environs.

17 juillet. Le malade a pris déjà 13 bains et 7 douches ascendantes. Il constate une amélioration sensible dans l'état de ses garde robes Nous prescrivons une douche ascendante tous les jours.

Le 23. Le malade a eu depuis deux jours des garde-robes moulées, son état général est excellent, et il quitte Plombières .

Nous avons revu M. X..., eu 1871 et en 1872. Sa guôrison ne s'était pas démentie.

Cette observation est remarquable par la rapidité avec laquelle est survenue la guérison et par la durée de celle ci, puisque, depuis quatre ans, cette diarrhée n'est point revenue.

L'observation suivante offre certains points intéressants qui nous engagent à la publier :

Observation XI.

M. X..., âgé de 32 ans, arrive à Plombières le 23 août 1871. Il n'habite la France que depuis trois à quatre ans. Sa jeunesse s'est passée dans une de nos colonies, où il a eu une assez bonne santé jusqu'à 18 ans. Il fit un premier voyage en France où il resta un an. Il y contracta une syphilis pour laquelle il fut soigné immédiatement. De retour dans sa patrie, il contracta les fièvres à plusieurs reprises A 23 ans, il s'est marié et a eu des enfants bien portants.

La diarrhée s'est établie peu à peu, et est passée définitivement à l'état chronique depuis trois ans. Les selles sont telle ment fréquentes le matin, le besoin si impérieux que le malade ne peut sortir de chez lui. Il prend des doses trèsélevées de thériaque.

Presciiption. — Bains tièdes, eau des Dames, douches ascendantes.

Au bout de dix jours, le malade n'a constaté aucune amélioration. Nous l'envoyons à l'étuve tous les deux jours.

Au bout de quinze jours, le malade commence à trouver une petite amélioration. Nous l'engageons à diminuer la quantité de thériaque dont il a coutume de faire usage,

Au bout de vingt et un jours, M. X. ne prend plus de thériaque et trouve une l'amélioration qui l'engage à persister. A la fin de son traitement, le 2o septembre, il ne va plus qu'une ou deux fois à la garde-robe par jour. Les matières, sans être complètement moulées, sont d'une consistance très-satisfai- • santé.

Nous avons publié cette observation, parce que nous croyons que c'est encore là un cas de diarrhée maremmatique. La syphilis, contractée à l'âge de dix-huit ans , bien soignée , nous paraît devoir être écartée comme cause pathogénique de la diarrhée. Il s'est marié à vingt-cinq ans et a eu des enfants bien portants.

Enfin ici l'amélioration a été lente à se produire. Nous avons employé les étuves, parce que les fonctions de la peau ne paraissaient pas se faire avec facilité.

Les diarrhées arthritiques sont fréquentes, et nous avons eu bien souvent l'occasion de traiter à Plombières ces manifestations de l'arthritisme.

En général, elles cèdent assez facilement au traitement hydro-minéral, mais la guérison définitive ne s'obtient point toujours dès la première saison. Les malades, après une amélioration qui dure quelques mois, voient souvent revenir la diarrhée, parce que, chez les arthritiques, une foule de causes la font revenir facilement. Les moindres imprudences, le plus petit écart de régime, la moindre inobservation des

prescriptions hygiéniques peuvent déterminer le rétablissement de la diarrhée.

Dans la pratique thermale, l'observation est une chose assez difficile. Les malades qui viennent nous consulter nous sont adressés par leurs médecins ordinaires. Une fois leur saison finie, nous les perdons de vue. Un sentiment de discrétion professionnelle nous empêche de les suivre, et nous ignorons souvent quels sont les résultats définitifs de la cure. Un petit nombre nous écrit pour nous donner des renseignements sur les effets consécutifs. Or, nous ne considérons comme des observations sérieuses que celles des malades dont nous pouvons avoir par la suite des renseignements. Quand un malade quitte une station à la fin d'un traitement hydro-minéral, il n'est pas possible de finir son observation par le mot guérison. Car on voit souvent une grande amélioration à la fin de la saison; mais, pour avoir le droit de la considérer comme une guérison, il faut que le temps soit venu lui donner une consécration définitive.

Nous le répétons, chez les arthritiques, il faut se méfier des résultats trop rapides, et il ne faut pas craindre de prévenir les malades, qui ne sont que trop souvent tentés de se croire guéris, et négligent alors d'observer les prescriptions ultérieures.

Les moyens balnéothérapiques que nous possédons à Plombières nous permettent de faire suivre aux arthritiques tous les modes de traitement que leur état réclame. Pour les manifestations intestinales de l'arthritisme, les douches ascendantes nous servent également comme dans le traitementdes autresvariétés

de diarrhées, mais c'est surtout aux bains chauds, aux douches à la Tivoli et aux étuves que nous avons recours. L'eau de la source des Dames est également employée avec succès.

Pendant la durée du traitement, il convient d'éloigner, autant que possible, les malades des causes de refroidissement; ils doivent éviter l'humidité avec le plus grand soin.

L'observation suivante est intéressante à plusieurs points de vue. D'abord, à cause du diagnostic et de la nature de la diarrhée, ensuite à cause du résultat.

Observation XII.

M. X..., âgé de 72 ans, arrive à Plombières le 3 août 1871. C'est un beau vieillard, grand, mais la figure pale, un peu boursouflée. 11 nous raconte qu'il a toujours eu les entrailles délicates ; mais qu'il n'a jamais eu de grandes maladies. Depuis quelques années, la diarrhée a pris un caractère chronique; les selles sont nombreuses, complètement liquides.

On l'a soigné pour une entéro-colite et on l'a soumis à un régime très-débilitant. On a proscrit l'usage des viandes rouges, du café, etc. Il est soumis à un régime rigoureux : viandes blanches, veau et volaille, un peu de vin, pas de thé ni décalé, etc., puis lavements laudanisés, etc.

Il se plaint surtout du régime qui lui est imposé et que la tendre sollicitude de ses enfants rend encore plus rigoureux. Il est sans appétit, la langue est blanche, la bouche pâteuse.

Nous examinons M. X..., et nous ne trouvons, en explorant l'abdomen, aucun signe de phlogose, point de sensibilité.

Nous interrogeons M. X..., et nous appelons son attention sur des douleurs qu'il ne nous avait pas signalées. Il se rappelle, en effet, avoir été facilement en proie à des douleurs vagues, siégeant tantôt dans les lombes, tantôt dans les muscles du cou, tantôt dans les membranes.

Mais «.'lies n'ont jamais eu un grand caractère d'intensité, et, comme elles se déplaçaient continuellement, le malade n'y avait pas attribué une grande importance.

Nous faisons commencer le traitement, consistant en bains, douches ascendantes et eau des Dames en boisson. Dès le second jour, le malade vient à nous, nous déclarant que l'eau à boire ne peut pas être tolérée, que son estomac est de plus en plus souffrant, qu'il a un profond dégoût pour les aliments: bref, nous reconnaissons tous les signes d'un embarras gasrique très-prononcé.

Nous peneons que le régime du malade était la principale cause de cet état de l'estomac, ei, pour nous, nous n'avions pas affaire à une entérite, mais à une diarrhée arthritique.

Nous proposons au malade de cesser l'usage de l'eau des Dames, et nous lui permettons de manger une côtelette, de boire du vin de Bordeaux coupé avec l'eau de Bussang et un peu de café.

Au bout de quelques jours de ce régime, l'embarras gastrique avait disparu, et M. X... mangeait avec appétit; mais la diarrhée ne s'était pas modifiée Le temps était devenu mauvais, la pluie durait depuis quelques jours, nous engageons M. X... à se soumettre à l'usage de la flanelle ; malgré ses répugnances, il se servit d'une ceinture abdominale en flanelle. Nous continuons l'usage des bains, qui ne fatiguent plus le malade, des douches à la Tivoli sur tout le corps. Nous lui faisons essayer de nouveau l'usage de l'eau des Dames, et et il la supporte parfaitement. Enfin, nous avons recours aux étuves. A la fin d'un séjour de vingt-cinq jours, M. X... avait vu la diarrhée diminuer régulièrement, et les selles devenir de plus en plus consistantes.

A son départ, nous lui prescrivons de porter un caleçon de flanelle, et surtout d'éviter les causes de refroidissement et l'humidité.

Au mois de novembre 1871, il nous écrivit pour nous annoncer qu'il s'était bien trouvé jusqu'à la fin d'octobre, qu'il avait même eu un peu de constipation, mais qu'après un refroidissement, il avait eu une crise diarrhéique qui avait duré plusieurs jours. — Nous avons revu M. X..., en décembre 1872, c'est-à-dire quinze mois après son séjour à Plombières.

Sa santé générale était assez bonne, il n'avait plus .le diarrhée, et nous a dit observer avec les plus grands soins les prescriptions hygiéniques que nous lui avions tracées.

Il était bien convaincu de la nature arthritique de sa diarrhée, et prenait les plus grandes précautions contre le froid et l'humidité.

Nous croyons pouvoir insister sur ce point, c'est que cette diarrhée était bien une diarrhée arthritique, que le premier traitement ne pouvait qu'affaiblir le malade, et que la guérison a été due aux moyens énergiques employés à Plombières, et à l'observation des prescriptions hygiéniques par la suite.

Voici une autre observation de diarrhée arthritique :

Observation XIII.

M. X .., âgé de 7-2 ans, grand, fort, est envoyé à Plomliiéres en 1SG8 et adressé à notre prédécesseur M. Hutiu. Ce malade avait de la diarrhée ou de la constipation, en rapport avec des douleurs rhumatismales musculaires assez violentes dans les muscles de la paroi pectorale et des lombes. Ordinairement pendant les crises rhumatismales, la diarrhée cessait; il y avait de la constipation, puis dés que les manifestations rhumatismales cessaient, la diarrhée reparaissait. 11 y avait ordinairement de .'> à 7 selles par jour.

Le malade fut soumis par M. Ilutin au traitement suivant : liains, douches ascendantes, et eau des Dames en boisson. Le traitement dura un mois et fut suivi d'une grande amélioration.

En 1869, M. X. revient à Plombières et nous lui donnons des soins, avec notre confrère M. Hutin. M. X. s'est fort bien trouvé de son séjour à Plombières, et pendant l'hiver de 18f>8- 18U9, les crises rhumatismales ont presque entièrement disparu et la diarrhée a été excessivement rare. Nous soumettons M. X. au même traitement que l'année précédente.

En 1872, M. X .. est revenu à Plombières pour la troisième

fois. Pendant l'hiver de 1871 à 1872, il avait vu revenir les douleurs rhumatismales et la diarrhée, mais avec beaucoup moins d'intensité qu'autrefois. M. X... était revenu de luimême recourir aux eaux de Plombières. Nous l'avons soumis au traitement hydro-minéral, qu'il supporte parfaitement malgré son âge avancé. A son départ la diarrhée avait complètement cessé.

Nous pourrions multiplier ces citations.

Nous avons un grand nombre de ces observations qui offrent presque toutes ce caractère curieux des alternances de diarrhées avec les autres manifestations de l'arthritisme.

Pour M, Bazin, les eaux naturelles, spécifiques de l'herpétis, sont les eaux arsenicales. Plombières, rangée avec raison par l'éminent médecin de Saint-Louis, parmi les eaux arséniatées sodiques, a été préconisée depuis longtemps pour le traitement de certaines maladies de la peau. Winter, Baccius, Wilhem, et plus tard Biett et M. Bazin, ont signalé les heureux effets de l'emploi des eaux de Plombières contre les manifestations cutanées de l'herpétis.

Nous n'avons pas à nous en occuper ici , mais seulement à démontrer l'efficacité des eaux dans le traitement des diarrhées herpétiques.

M. le D r Hutin, notre prédécesseur à Plombières, a eu l'occasion d'observer un grand no"mbre de diarrhées herpétiques. Il a vu, dans un très-grand nombre de cas, les manifestations cutanées alternant avec les manifestations intestinales. Le plus souvent, la diarrhée survient à la suite de la disparition des manifestations cutanées.

L'observation suivante en est un exemple :

Observation XIV.

M. X..., âgée de 38 ans, arrive à Plombières le 3 juillet 18Ci). Il nous raconte qu'il y a une quinzaine d'années, il fut pris .l'une affection cutanée pour laquelle il suivit des traitements très-différents. 11 y a dix ans, en 1839, il fut envoyé à Louëche, où il fit une saison complète. A la suite de ce traitement, les manifestations cutanées disparurent presque entièrement, mais il survint des troubles gastro intestinaux, dont l'intensité alla en augmentant,

11 eut d'abord des alternatives de diarrhée et de constipation puis la diarrhée s'établit d'une façon permanente. Il souffrait en même temps d'une dyspepsie flatulente très-accentuée.

Cependant l'état général est fort bon; M. X... est grand et fort, Actuellement, il souffre après chaque repas de gonflement d'estomac et a, chaque jour, de 5 à 8 selles diarrhéiques. Depuis son séjour à Louëche, les manifestations cutanées se sont h ii m' >. à deux ou trois reprises, à des éruptions aux mains, aux cuisses et au visage.

Nous constatons, en explorant l'abdomen, une certaine sensibilité à droite. M. X... commence son traitement le 4 juillet IXi,'.". 11 consiste en bains, douches ascendantes et eau des Dames en boisson. Les premières douches ascendantes, mal prises, provoquent de la tympanite et des coliques assez rives.

M. X... cependant arriva bien vite à bien les supporter.

A la suite d'un séjour de 25 jours à Plombières, il partit avec une amélioration remarquable. La dyspepsie avait complètement disparu, les selles avaient diminué de fréquence; les matières s'étaient liées peu à peu et avaient même pris une consistance demi solide. Les eaux n'avaient provoqué aucune poussée du côté de la peau.

Au mois de mars 1870, nousvimes M. X.... Il nous confirma la guérison de sa dyspepsie. Quelques semaines après son départ de Plombières, il nous dit avoir eu une éruption bornée à la face dorsale des deux mains. Il n'avait plus de diarrhée, mais soutirait encore quelquefois dans le côté droit pendant le travail de la digestion.

DFS DIARRHÉES CHRONIQUES. 125

Nous conseillâmes à M. X... de revenir faire une saison à Plombières.

Il arriva le 20 juin 1870 pour faire sa seconde saison. Il supporta fort bien le traitement et repartit le 12 juillet. Nous avons revu M. X... en mai 1871; il nous déclara que sa diarrhée était complètement guérie; la sensibilité abdominale avait disparu et notre malade, à cette époque, se portait parfaitement bien.

Nous rapprocherons cette observation de l'observation publiée au chapitre IV. Toutes les deux sont des cas curieux de diarrhées herpétiques, où la nature de la diarrhée est incontestable, et qui, toutes deux, ont été améliorées par les eaux de Plombières.

Nous avons eu à observer à Plombières des cas de diarrhées qui étaient bien évidemment dues à un état nerveux particulier.

Les heureux résultats de l'emploi de l'arsenic dans le traitement de l'état nerveux, bien exposés par les travaux de M. Isnard, de Marseille, et par M. le professeur Tessier, de Lyon, nous expliquent les succès que l'on obtient à Plombières dans certains cas de diarrhées nerveuses.

L'effet éminemment sédatif de ces eaux agit dans presque toutes les affections douloureuses du tube digestif (gastralgie, entéralgie, etc.). Nous lui attribuons les heureux résultats obtenus dans une foule de cas.

Dans certains cas de diarrhées chroniques, il n'est pas toujours facile de leur assigner une cause et de les faire rentrer dans les cadres de notre division. Parmi ces cas-là, nous avons eu des succès et aussi des insuccès. Il en a été de même dans certains cas de diar-

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rhées sur la nature desquelles nous nous croyions parfaitement édifiés.

A quelles causes devons - nous rattacher ces insuccès?

Pour nous, après avoir examiné attentivement ces observations, nous sommes persuadés que, presque toujours, le traitement a été mal suivi. Enlin, il est certain que l'ancienneté de la maladie, la constitution du malade, certaines complications, sont des éléments qui augmentent ou diminuent les chances de guérison.

Nous croyons cependant pouvoir dire que les eaux de Plombières sont indiquées dans les diarrhées chroniques primitives, dans les diarrhées d'origine paludéenne, dans les diarrhées arthritiques, herpétiques et nerveuses.

Elles sont, au contraire, contre-indiquées d'une manière formelle dans les diarrhées tuberculeuses et cancéreuses.

Il en est de même dans les cas de cachexies avancées.

Elles ne peuvent pas non plus être employées utilement dans les diarrhées urémiques, syphilitiques et scrofuleuses, dans les cas de dégénérescence amyloïde de l'intestin, ou lorsqu'il y a craindre l'existence d'ulcérations intestinales.

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