C. — TRAITEMENT DE LA NÉPHRITE CHRONIQUE
Lorsque l’affection est arrivée à ce degré, soit qu’elle ait passé par un état aigu, soit qu’elle ait débuté d’une manière lente et sourde, il n’y a plus lieu, dans l’immense majorité des cas, de recourir aux émissions sanguines générales, à moins d’avoir affaire à des malades qui conservent une certaine vigueur. Les saignées locales elles-mêmes doivent êtra proscrites, excepté dans les cas de retour aigu ou subaigu de la maladie, alors que la douleur de la région lombaire redevient vive, qu’il y a un sentiment de pesanteur et de plénitude à ce niveau. Mais, le plus souvent, même dans ces cas, la dépression des forces nous obligera à reculer devant les plus petites pertes de sang. C’est dans ces circonstances que les agents révulsifs, si discutés, pourront nous rendre de grands services. 11 en est ainsi des ventouses sèches, des sinapismes, des vésicatoires sans cantharides; mais surtout, d’après les
auteurs, des cautères appliqués à la région lombaire et entretenus pendant des mois entiers.
L’action congestive, sur le rein, de la plupart des diurétiques, devra les faire écarter du traitement de cette maladie. Mais, si les urines sont troubles, épaisses, fétides, il ne faudra pas craindre de conseiller au malade des boissons aqueuses abondantes, qui auront l’avantage de déterger les canalicules et le reste des voies urinaires, d’opérer à leur surface une sorte de lavage. Il sera souvent utile d’alcaliniser ces boissons, que l’on pourra remplacer, lorsque les phénomènes inflammatoires seront peu marqués, par des boissons résineuses, par l’eau de goudron, par des préparations de copahu, de térébenthine, administrées sous la forme si commode de capsules. Ces derniers médicaments seront surtout indiqués lorsqu’il y aura pyélonéphrite. C’est dans ces cas que le tannin a pu également rendre des services. C’est dans cette forme de la maladie qu’ont été utilisées particulièrement avec avantage les eaux minérales, tant naturelles qu’artificielles, et cela, aussi bien à l’extérieur, sous forme de douches et de bains, qu’à l’intérieur. Ainsi, on peut très-bien ordonner des bains alcalins préparés avec les sels de Vichy ou le sous-carbonate de soude; des bains sulfureux artificiels, des douches de même Tiature, chez les individus affaiblis.
A l’intérieur, on a donné avec succès les eaux alcalines, particulièrement les eaux de Vichy et de Contrexéville. Les praticiens se louent de ces dernières d’une manière toute particulière. Leur faible degré d’alcalinisation, leur goût relativement agréable, permettent une ingestion considérable de ces eaux qui vient contribuer à cette utile action de lavage indiquée plus haut. — Lorsqu’il n’existera pas d’état fébrile, lorsque les phénomènes inflammatoires seront plus atténués, avec persistance des troubles de l’urine, il sera préférable d’avoir recours à certaines eaux alcalines, particulièrement à celles de Fougues ou de Royat, ou aux eaux sulfureuses delà Prestt, d Olette, de Molitg, et même de Baréges. Indépendamment de leur action modificatrice sur l’appareil urinaire, ces eaux viendraient agir favorablement sur l’état général et contribueraient à fortifier un organisme délabré. Dans ces conditions, le ter, le quinquina,
un régime tonique et substantiel trouveront leurs indications.
Malgré les moyens mis en usage, si les douleurs étaient trèsvives, l’opium resterait comme une dernière ressource souvent employée; mais il faudrait en user le moins possible, car l’opium congestionne le rein et en diminue la sécrétion.
Si la fièvre avait un caractère rémittent ou intermittent, le sulfate de quinine serait naturellement indiqué (Béhier et Hardy). Il faut avant tout veiller aux indications particulières qui ressortent de la cause pathologique de la néphrite, par exemple de l’existence des graviers; car c’est dans ce cas surtout qu’il faudra songer aux eaux minérales.
Enfin, si les symptômes font supposer qu’il existe dans le rein un abcès volumineux, y a-t-il lieu d’intervenir d’une manière chirurgicale, et de pratiquer la néphrotomie? Rayer avait examiné longuement cette question à propos de la pyélonéphrite calculeuse ; mais les considérations qu’il a présentées à ce sujet peuvent aussi bien s’appliquer à toutes les suppurations du rein, quelle qu’en soit la cause. Lorsque l’abcès était assez volumineux pour déterminer une tumeur à la région lombaire, lorsque cette tumeur existait chez un individu dont les forces n’étaient pas encore épuisées, qu’elle était habituellement douloureuse, avec exacerbations fréquentes, s’il y avait de la fièvre avec des paroxysmes nocturnes, et si surtout il y avait autour de la tumeur des symptômes d’inflammation des partes voisines, l'opération de la néphrotomie, d’après Rayer, devait être pratiquée, malgré ses difficultés et ses mauvaises chances; à plus forte raison, il n’y aurait pas à hésiter si une fluctuation superficielle se montrait dans le tissu cellulaire sous-cutané. La profondeur de ces abcès, la lenteur avec lesquelles les parties modes se laissent amincir et perforer dans le cas où de semblables collections se sont fait jour à l’extérieur, rendent l’expectation très-dangereuse. Or, abandonnés à eux-mêmes, de pareils abcès, s’ils ne s’ouvrent pas spontanément, ainsi qu’il vient d’être dit, sont presque toujours mortels, tandis que l’opération faite dans des conditions convenables n’offrirait pas le plus souvent de danger immédiat, les seules conditions qui, aux yeux de Rayer, constitueraient une contre-indication à l’opération, sont les suivantes:
1° lorsque les deux reins sont affectés; 2° lorsqu’il y a communication facile entre la surface suppurante et l’uretère; 3° lorsqu’il existe coïncidemment des lésions incurables de la vessie, de la prostate ou de tout autre viscère abdominal. 11 n’y a dans la science qu’un trop petit nombre de faits de néphrotomie authentiques (1) pour qu’on paisse juger la question par l’expérience; mais, quelque petit que soit le nombre de ces faits, ils suffisent à la rigueur pour faire admettre la possibilité de l’opération. Il y a quelques jours à peine (12 février 1869), M. le professeur Verneuil faisait présenter à la Société anatomique, par un de ses internes, M. Michaud , un rein atteint de pyélo-néphrite suppurée sans calculs ; les symptômes avaient fait soupçonner pendant la vie un abcès du rein; on appliqua un caustique à la région lombaire; malheureusement une péritonite sedéclara et le malade mourut. Malgré ce funeste résultat, M. Verneuil, se basant sur des considérations analogues à celles développées plus haut, déclare qu’il n’hésiterait pas à tenter l’opération de la néphrotomie dans un cas semblable.
§ 2. — Traitement des néphrites albumineuses.
C’est ici surtout qu’il est très-important de séparer les formes passagères de néphrite albumineuse des formes persistantes ; c’est parce que celte séparation n’a pas été faite le plus souvent, que certaines médications ont pu être préconisées comme ayant donné des résultats merveilleux.
A. — Traitement de la néphrite albumineuse passagère.
Comme nous l’avons vu précédemment, cette inflammation guérit sans médication dans l’immense majorité des cas, elle ne passe point, à moins de faits exceptionnels, a l état chronique, et le plus souvent la maladie peut être considérée comme non avenue au point de vue thérapeutique. Il en est ainsi de l’albuminurie symptomatique de la fièvre typhoïde, par
(1) Bulletin général de thérapeutique , t. XXXI, p. 30(i.
exemple; le plus fréquemment, dans des cas semblables, les moyens hygiéniques sont très-suffisants, le traitement n’a pas besoin d’être actif. Mais cependant, dans cette forme de néphrite, si l’on avait affaire à des individus vigoureux, si la réaction était vive, s’il y avait douleur marquée à la région lombaire, il ne faudrait pas craindre de faire en ce point une application de sangsues ou de ventouses scarifiées.
En général, il faut être très-sobre de la saignée du bras, car on ne ferait qu’accroître cette tendance à l’appauvrissement de l’organisme qui est déjà le fait de la maladie; il serait préférable de recourir aux médicaments dits antiphlogistiques et antipyrétiques qui, comme la digitale, par exemple, sont susceptibles de remplir à la fois plusieurs indications utiles.
S’il y a de la constipation, il faut avoir recours aux purgatifs, en évitant les purgatifs salins (voy. p. 146). Mais il est nécessaire d’éviter avec le plus grand soin l’emploi des diurétiques irritants, aussi bien au début que dans le cours de la convalescence de la maladie; il vaut mieux, surtout lorsque la réaction est tombée, que le sang a disparu des urines, que l’albumine a diminué, avoir recours à des boissons alcalines abondantes, aux solutions de bicarbonate de soude, à l’eau de Seltz, etc., liquides qui, riches en acide carbonique, seront susceptibles d’augmenter la pression sanguine dans les artères rénales, et faciliteront le déblai des canalicules rénaux engorgés par des exsudats (1). Dans les cas où la maladie ne céderait pas, il serait utile d’employer les bains chauds suivis de l’enveloppement du corps dans des couvertures de laine; nous reviendrons, du reste, sur l’application de ce moyen à propos de la néphrite parenchymateuse persistante. Disons enfin que pendant la convalescence, et même avant, si la maladie traîne en longueur, il faut faire succéder à la diète des premiers jours un régime substantiel, riche en viandes, et secondé par de bonnes préparations de fer et de quinquina.
Mais un point sur lequel nous devons insister à propos de la néphrite catarrhale, c’est moins sur le traitement que sur les moyens prophylactiques applicables à certaines variétés.
(1) Niemeyer, t. II, p. 15, trad. française, 1868.
Ainsi nous connaissons l'action du froid dans la période de desquamation de la scarlatine. Le rôle de la prophylaxie consiste à régler, à ce point de vue, l’hygiène du scarlatineux, et si 1 albuminurie existe déjà lorsque le médecin intervient, les précautions qui, prises à temps, auraient empêché le mal de se déclarer, contribueront, du moins à prévenir une aggravation, la chronicité et les complications possibles.
Il faudra avoir soin, chez les sujets qui devront être soumis à la médication cantharidienne, de s’assurer du degré de susceptibilité qu’a présenté leur appareil génito-urinaire dans des applications antérieures ; et suivant les renseignements, on aura recours à des substances vésicantes ou épispastiques ayant une base différente ; ou bien, si l’on veut persister dans l’emploi de la cantharide, il sera prudent de conseiller en même temps des boissons alcalines en abondance, boissons qui non-seulement atténueront l’action de la cantharide sur le rein, mais qui, de plus, sont habituellement indiquées dans les affections inflammatoires qui ont nécessité l’application des révulsifs dont nous venons de parler. 11 y a longtemps déjà que le traitement préventif par les alcalins est employéempiriquement en Angleterre : on donne, dans ce pays, une solution très-légère de potasse. En France, le docteur Ameuille a employé avec le même avantage le bicarbonate de soude à la dose de 7 à 10 grammes(l). M. Martin-Damourette (2) a essayé de théoriser cette action remarquable des boissons alcalines sur le principe actif de la cantharide qui fait un vésicatoire sur la peau, traverse, sans y laisser la moindre lésion, tout le système circulatoire et va exercer la plus vive irritation sur tout l’appareil urinaire, depuis l’épithélium rénal jusqu’à l’extrémité de l’urèthre. Suivant M. Martin-Damourette, la cantharidine, d’une constitution chimique qui la rapproche des résines, et jouant le rôle d’acide vis-à-vis des bases du sang, circulerait dans l’appareil vasculaire à 1 état de cantharidinate alcalin, sans aucune action offensive sur les parois vasculaires; arrivé dans le rein, ce sel serait décomposé
(IJ Union médicale , 1862.
(2) Voir Guizot, Thèse sur la cantharide, n°106, 18GÛ.
par l’urine acide, et la eanlharidine, mise à nu, exercerait son pouvoir irritant sur le rein. L’alcalinisation des urines préviendrait ces conséquences (1). Sans discuter ici cette théorie au moins ingénieuse, disons qu’il n’est pas toujours facile d’alcaliniser les urines, surtout dans les maladies fébriles, comme le font remarquer justement MM. Bergeron et Ollivier (2). Quoi qu’il en soit, si le cas se présentait, nous n’hésiterions pas à employer ce traitement de préférence à celui qui est banalement indiqué partout, le camphre et l’opium; et cela non-seulement comme prophylactique, mais même encore comme curatif, n’eût-il, à ce point de vue, que l’action désobstruante indiquée plus haut.
Après les indications prophylactiques précédentes, nous placerons celles qui se rapportent à la néphrite catarrhale liée à la grossesse. Les accoucheurs ont remarqué que la grossesse, chez les femmes albuminuriques, peut avoir une mauvaise issue, non-seulement pour la mère, toujours sous la menace des convulsions urémiques, mais aussi pour le fœtus, soit parce qu’il arrive avant terme, soit que, sous l’influence des mêmes causes que la mère, il succombe à l’éclampsie. On a remarqué en même temps que dans l’immense majorité des cas, après l’accouchement et même l’avortement, l’albumine disparaissait spontanément des urines et qu’avec elle s’éloignaient toutes les complications liées à sa présence. L’éclampsie elle-même était améliorée dans la plupart des cas par l'expulsion du produit de la conception; les accès se ralentissaient graduellement, pour ne plus se montrer après la délivrance. En présence de ces faits, on a dû se demander si, pour arrêter une albuminurie gravidique et souvent des convulsions possibles, il ne fallait pas songer à l’avortement et surtout à l’accouchement prématuré? Aujourd’hui, cette question est résolue par la négative par la plupart des accoucheurs. En elfet, des cas assez nombreux de persistance d’albuminurie avec production de l’urémie et de l’éclampsie après l’accouchement, ont montré que la cessation de la grossesse pouvait n’entraver en rien la
(1) Cours particulier de Marlin-Damourelte.
(2) Article Cantharide du Nouveau Dictionnaire pratique (le médecine.
marche des accidents. De plus, la provocation de l’avortcnaen et de 1 accouchement prématuré n’est pas toujours une opération sans danger. D un autre côté, les observations ne manquent pas qui démontrent que l’albuminurie a pu diminuer par un traitement convenable, que l’éclampsie elle-même a guéri, et que la grossessp a pu poursuivre son heureux cours jusqu’au terme normal. Des considérations de même nature ont l'ait repousser l’accouchement provoqué alors même que les convulsions éclamptiques ont éclaté. On se contente, dans la néphrite albumineuse des femmes enceintes, de prescrire une médication tonique, une alimentation réparatrice, qui permettent de lutter contre l’appauvrissement de l’économie. Une bonne nourriture animale, des préparations ferrugineuses, le vin de quinquina, les amers, constitueront un traitement rationnel. A moins qu’il n’existe des symptômes bien évidents de congestion rénale ou de pléthore générale, les émissions sanguines seront plus nuisibles qu’utiles. Mais elles auront de grands avantages dans les prodromes de l’éclampsie, et même. lorsque la maladie sera à son summum. « Après avoir vu employer, dit M. le professeur Depaul (1), les différents modes de traitement qui ont été conseillés contre l’éclampsie, je n’hésite pas, et cela avec une entière conviction, à mettre en première ligne les émissions sanguines générales, portées assez loin pour faire perdre aux malades, dans l’espace de quelques heures, 1000, 1500 et 2000 grammes de sang, selon le cas et l’effet produit. »
Nous reviendrons sur les autres moyens employés contre l’éclampsie à propos de l’urémie (voir page 163).
B. — TRAITEMENT DES NÉPHRITES ALBUMINEUSES SUBAIGUES ET CHRONIQUES.
L’influence des doctrines sur la pratique ne se fait nulle part mieux sentir qu’à l’occasion du traitement de cette affection. Suivant que les théories ont varié sur sa nature et son mode pathogénique, les indications ont été différentes. Au début des recherches de Bright et pendant les années qui suivirent, 1 in-
(1) Leçons professées à la Clinique de la Faculté en lévrier 1869.
flammation du rein étant regardée comme la lésion primitive, les saignées furent fortement recommandées; lorsqu’on eut reconnu le grand rôle joué dans l’étiologie de la maladie par la suppression des fonctions de la peau, on fut porté à conseiller les diaphorétiques et tous les moyens qui pouvaient réveiller la vitalité de l’enveloppe cutanée. Ceux qui se sont préoccupés principalementdu symptôme hydropisie eurent recoursaux diurétiques, aux purgatifs. Beaucoup, voyant avant toutdansla maladie des phénomènes de filtration anormale, ont essayé : les uns, de modifier les propriétés du sang; les autres, de changer les conditions du filtre rénal lui-même à l’aide de médicaments s’éliminant surtout par cette voie. Les théories se sont reflétées même sur la diététique. Les médecins qui admettent la diminution absolue de l’albumine dans le sang ont insisté sur un régime fortement animalisé, tandis que les partisans d’une augmentation absolue ou relative de cette albumine repoussent tous les aliments qui contiennent cette substance. En outre, on a fait intervenir, dans le traitement de la néphrite parenchymateuse, toutes les médications dirigées habituellement contre les maladies qui la compliquent ou qui interviennent comme cause ou comme effet.
Dans cette étude, nous ferons tous nos efforts, au contraire, pour dégager le traitement de la maladie du rein du traitement de toute autre affection. Cela ne nous empêchera point d’étudier à part les modifications que la thérapeutique doit subir suivant les conditions particulières de l’organisme, suivant les éléments qui sont venus se surajouter ou influencer la maladie principale. Nous nous arrêterons particulièrement au traitement de la forme de néphrite albumineuse déterminée par le froid, sauf à compléter à la fin d’une manière sommaire ce qui est plus spécial aux autres formes.
Au début seulement des néphrites albumineuses subaiguës, on peut agir sur l’état local congestif du rein. Ce sont les émissions sanguines qui ont surtout été préconisées dans ce but. Bright, dès l’origine de ses recherches, place la saignée en première ligne dans le traitement de cette alfection, et il en conseille l’emploi dans presque tous les cas. Christison la recommande d’une manière toute particulière; Bayer, dont les
idées étaient bien fixées sur la nature inflammatoire de la maladie, dit qu’en général dans cette période de l’affection il faut plutôt aller au delà que de rester en deçà des limites qu’il semble nécessaire d’atteindre. Presque tous les auteurs sont, du reste, aujourd’hui d’accord sur cette indication en rapport à la fois avec les notions pathologiques et 1 expérience clinique. Lorsque l’état aigu sera franchement accusé, lorsqu’il y aura de la fièvre, de la chaleur et de la sécheresse de la peau, de la douleur lombaire vive, en un mot tous les caractères d’une congestion active, il faudra recourir aux émissions sanguines générales, qui ont une valeur bien supérieure aux saignées locales. L’hydropisie n’est pas une contre-indication, pourvu que l’étal aigu soit bien caractérisé; il ne faudra pas craindre de revenir à la saignée le même jour ou les jours suivants, si les forces et la constitution de l’individu le permettent. Souvent la saignée est suivie presque immédiatement de la chute de la fièvre, de la décroissance de la douleur lombaire, de la cessation de l’hématurie; l’anasarque elle-même disparaît ou diminue considérablement. Si les saignées sont contre-indiquées par l’état général, si l’on a affaire à un organisme déjà appauvri, on aura recours aux sangsues ou aux ventouses scarifiées, mais sans en espérer le résultat rapide qui vient d’être indiqué. Souvent même, dans quelques cas, il sera préférable de ne tirer du sang en aucune manière, car si les émissions sanguines sont de3 moyens héroïques qui peuvent guérir la maladie en quelques jours, il ne faut pas oublier que, si l’on échoue, si la forme chronique se déclare, l’affaiblissement du malade, s’il n’aggrave point l’état des lésions rénales, viendra du moins favoriser le développement des symptômes qui en dépendent, comme par exemple les diverses hydropisies. Nous conseillerons donc d’employer la saignée, de l’employer largement même, mais à condition que les phénomènes d’acuité soient bien caractérisés. Dans ces cas, on pourra encore aider à l’action antiphlogistique par l’administration de la digitale ou de l’émétique. La diète et un repos absolu compléteront le traitement. Le ventre sera tenu libre; il ne faudrait même pas craindre de provoquer et de maintenir la diarrhée pendant quelques jours; mais pour remplir ce but tous les purgatifs ne sont pas indifférents, comme
— us —
le recommande M. Jaccoud (1), il faut laisser complètement de côté, dans cette période, les purgatifs salins, qui exercent sur le rein une action irritante et congestive, et donner plutôt le séné, le calomel, l’huile de ricin et même les drastiques. Nous verrons au contraire que les purgatifs salins trouveront plus tard leur indication. C’est le même soin d’éviter toute congestion du côté du rein qui doit faire proscrire, à l’état aigu, les diurétiques, et particulièrement ceux qui, comme la scille, agissent vivement sur l’organe urinaire. Mais « un peu plus tard,
» lorsque la fièvre est tombée, lorsque l’hématurie a cessé, une » indication spéciale se présente qui ne doit pas être négligée;
» les tubuli sont obstrués en plus ou moins grand nombre par » les résidus de la fluxion hémorrhagique initiale, il convient » d’en ramener la perméabilité; il est donc indiqué de faire » passer à travers le filtre rénal une plus grande quantité de » liquide; le moyen le plus sûr et le plus inoffensif pour obtenir » ce résultat est l’usage des boissons alcalines abondantes :
» faites prendre en vingt-quatre heures un litre de tisane de » chiendent additionné de h à 6 grammes de bicarbonate de » soude ou 2 grammes d’acétate de potasse ou de soude, et » vous provoquerez rapidement une sécrétion plus copieuse et » plus diluée, où le microscope vous révélera de nombreux » cylindres fibrineux (2) ».
Avant l’auteur que nous venons de citer, Niemeyer, Grainger Stewart, Bennet et Dickinson avaient insisté sur cette indication. Tous les auteurs, à cette période de la maladie, conseillent d’agir sur la peau. Mais il ne faut pas se dissimuler ici l’impuissance des agents diaphorétiques proprement dits, comme l’acétate d’ammoniaque par exemple, quoique les Anglais se louent beaucoup des poudres de Dower et de James. Il serait préférable de recourir à l’hydrothérapie, si ce moyen puissant n’avait pas besoin d’être manié par des mains trèsexercées. Aussi la plupart des médecins ont-ils plutôt recours aux bains tièdes appliqués ainsi que nous le dirons bientôt. On lit, dans la thèse inaugurale de M. le docteur Delalande (3),
(1) Clinique, p. G97.
(2) Jaccoud, Clinique, p. 698.
(3) Thèse de Strasbourg, 1862.
quetM.le professeur Kuss considère l'administration souvent i epetee des bains d air chaud et sec comme un moyen héroïque dans la période aiguë de la néphrite albumineuse. Dans ces conditions, on a encore signale l’emploi avantageux des bains sulfureux, ces moyens si énergiques de réveiller les fonctions cutanées. Il est inutile d’insister sur l’hygiène de la convalescence, sur la nécessité, à cette époque, d’une alimentation réparatrice, de frictions sèches, de vêtements chauds.
Lorsque les moyens précédents ont échoué, la maladie passe à l’état chronique. Dans cette forme de la maladie et. dans cette phase intermédiaire qui la sépare de l’état aigu, il ne peut plus être question des émissions sanguines. Beaucoup de médecins ont encore, dans cette période, la prétention d’agir sur le filtre rénal ; c est dans ces idées qu’ils prescrivent beaucoup de substances astringentes qui s’élimineraient principalement par l’organe sécréteur de l’urine et le modifieraient en même temps qu’ils changeraient la crase du liquide sanguin.
Dans ce but ont été conseillés l’alun, le tannin, l’acide gallique, le perchlorure de fer, le seigle ergoté, le trichlorure de méthyle, les acides nitrique, sulfurique, phosphorique, l’iodure de potassium, certaines eaux minérales, les cantharides elles-mêmes. C’est aussi pour agir d’une manière spéciale sur l’appareil urinaire que l’on applique sur la région lombaire certains révulsifs, vésicatoires, cautères, moxas, etc.
Il y a longtemps que le tannin a été employé dans le traitement de la néphrite parenchymateuse. Déjà Rayer l’avait indiqué. Beaucoup d’essais furent faits ensuite, d’abord par Sampson (1), puis par Gardner (2), plus tard par Garnier (3), etc. Mais on remarqua bientôt que le tannin, à peine arrivé dans les voies circulatoires, se transforme, par oxydation, en acide gallique, et qu’il est éliminé par les urines sous cette forme ; de là à remplacer le tannin par cet acide, mieux toléré par l’estomac, du reste, il n’y avait qu’un pas
(1) Bulletin général de thérapeutique, l. XXXIX, p. 327.
(2) Bulletin général de thérapeutique , t. Lit, p. 3G0.
(3) Archives de médecine, 1859.
Nous trouvons clans les recueils périodiques une foule d’observations indiquant les succès de ces deux médicaments. Malheureusement, le plus souvent les auteurs n’ont pas précisé la période à laquelle la maladie était arrivée. Bien plus, dans les observations qui présentent quelques détails à ce sujet, nous voyons que le tannin a été employé contre des formes de néphrite qui guérissent le plus souvent sans traitement; ainsi M. Garnier l’a administré contre des néphrites suites de scarlatine, etc. Il est résulté pour nous de l’examen de ces faits que le tannin, comme l’acide gallique, peuvent être donnés à des doses assez élevées; qu’ils n’ont pas d’action fâcheuse sur les voies digestives ; qu’au contraire ils réveillent les {onctions de l’estomac et les facilitent, qu’ils aident les malades à supporter les conséquences de leur maladie, sans aggravation de l’état général. Mais pour ce qui est de la néphrite albumineuse proprement dite, il ne paraît pas du tout démontré que ces agents aient une action modificatrice sur le rein. M. le professeur Gubler les regarde cependant comme très-avantageux, à cause d’une action diurétique pour lui incontestable. Pour nous, tous leurs bons effets nous paraissent être le résultat d’une action tonique ; et c’est à ce point de vue que nous conseillons de ne pas négliger leur administration.
Nous pourrions répéter pour l’alun les considérations développées plus haut. Nous arriverions à des conclusions semblables pour le perchlorure de fer, prescrit d’abord par le docteur Bourguignon et conseillé bientôt, en même temps que le seigle ergoté, par les docteurs Socquet et Chatin, médecins de l’Hôtel-Dieu de Lyon. Nous trouvons quelques détails sur leurs essais dans la thèse de leur élève, le docteur Hugues (1) et dans le rapport fait sur ce dernier travail par le docteur Perroud (2). MM. Socquet et Chatin ont administré ces médicaments dans des cas de néphrites parenchymateuses chroniques et à des individus débiles, misérables. Cette médication a eu d’abord pour résultat la disparition ou tout au moins une diminution notable de l’albumine dans les urines, et bientôt
(1) Thèse de Paris, 1862.
(2) Gazette médicale de Lyon , 1862.
la cessation graduelle de l’hydropisie. Nous ne pouvons pas mettre en doute les résultats avancés par ces médecins consciencieux. Mais nous le répétons, il faudrait être mieux renseigné sur la période exacte de la maladie. La néphrite albumineuse se présente sous des formes trop variées pour que la précision ne soit pas indispensable quand on veut établir l’efficacité d’un agent thérapeutique. Mais le traitement conseillé par les médecins lyonnais est logique et autorise à poursuivre les expériences. La plupart des praticiens qui ont prescrit le perchlorure de fer croient à une action spéciale de la part de ce médicament. Sans discuter ici cette opinion, nous croyons dans tous les cas qu’il ne peut se dépouiller, au point de vue de la médication tonique, de ses propriétés en tant que sel de fer; et nous verrons bientôt les succès que le docteur Catchart Lees a obtenus de l’emploi des préparations ferrugineuses.
Les acides sulfurique, phosphorique et surtout l’acide nitrique ont été employés dans le traitement de la néphrite albumineuse. Mais la critique que nous adressions aux observations relatives au tannin peut s’adresser à celles qui ont trait à l’acide azotique ; on voit le docteur Haussen, de Trêves (1), annoncer quinze guérisons sur dix-huit cas à la suite de son administration. Forget (2), sur deux cas, en aurait guéri un, l’autre a succombé; M. le docteur Labut (3) cite, de son côté, un casTle guérison. Mais depuis l’annonce de ces beaux résultats, beaucoup de médecins l’ont prescrit sans en obtenir grand succès, et dans la plupart des cas où il a été employé, la médication a été complexe; en sorte qu’il est difficile de taire la part de chacun des agents. Comme le lait avec juste raison remarquer le docteur Abeille (é), le plus souvent cet acide a été prescrit d’une manière banale, sans que jusqu’ici personne ait cherche à déterminer ses indications spéciales.
Nous avons des l’enseignements trop incomplets sui es résultats obtenus par l’acétate de plomb ou le tiiehlorure ce
(1) Gazette clés hôpitaux , 1846.
(2) Bulletin (le thérapeutique, 1847, t. WXM.
(3) Gazzetta medica de Milano, 184 G.
(4) Traité clés urines albumineuses et sucrées.
rnétliylo employés, dit-on, avec succès en Allemagne, pour nous borner à autre chose qu’à une simple mention.
L’iodure de potassium a été essayé longtemps par divers praticiens dans la néphrite albumineuse. Prudente, et après lui le professeur Semmola (1), de Naples, lui attribuaient une influence considérable pour arrêter la dégénérescence du rein. Mais personne n’a plus insisté sur ce médicament et mieux formulé son emploi que M. Crocq, de Bruxelles (2j. D’après ce médecin, le médicament ne possède toute son efficacité dans la néphrite albumineuse que s’il est employé à une dose suffisante. Aussi prescrit-il d’abord 2 à 3 grammes d’emblée pour 2à heures ; et ensuite il augmente de 1 gramme tous les deux ou trois jours jusqu’à ce qu'il soit arrivé à la dose de 10, 15 et même 20 grammes. M. Crocq s’arrête néanmoins avant celte dose, si l’action du médicament produit de bons résultats. Il a toujours vu l’iodure de potassium bien toléré, sans accidents d’iodisme. Du reste, il associe souvent à l’administration de l’iodure de potassium celle de l’iodure de fer, ou du tannin, ou du perchlorure de fer. Il est difficile de mettre en doute des succès qui ont eu pour témoins tous les élèves de la clinique; nous désirerions seulement qu’on eût précisé toujours exactement la nature des cas dans lesquels l’iodure a été administré.
Dans les albuminuries dues à la syphilis, l’emploi de l’iodure de potassium trouve son indication la plus naturelle.
Théoriquement on aurait pu supposer que certaines eaux minérales, et particulièrement les eaux dites alcalines, bicarbonatées sodiques, étaient propres à exercer sur le rein une action détersive salutaire. Mais, d’après M. Durand-Fardel (3), les eaux de Vichy, comme du reste toutes les eaux minérales, sont formellement contre-indiquées lorsque l’état d’hydropisie présente un certain développement. Lorsqu’il n’y a qu’un très -faible degré d’infiltration séreuse, on peut les employer sans inconvénient ; leur action tonique à faible dose se ferait alors sentir
(1) Bulletin général cle thérapeutique , t. LXI1I.
(2) Crocq, Traitement, de la néphrite par Tiodure de potassium (Bull, de thérap., t. LXIII, p. 234-235.
(3) Maladies chroniques , t. U, p. 378.
d’une manière très- favorable. Mais jamais, ajoute RI. Durand- Fard el, je n’ai vu l’usage des eaux de Vichy, soit transportées, soit prises sur place, et sous toutes les formes appropriées, influencer d'une manière appréciable la proportion de l’albumine des urines.
Une appréciation semblable pourrait être donnée pour les eaux de Pougues, souvent conseillées, et pour les eaux ferrugineuses qu’on prescrit d’habitude aux malades anémiés. Il est bien évident ici qu’elles n’interviennent que par leur action tonique.
L’action remarquable exercée par les balsamiques sur l’appareil urinaire devait porter à expérimenter la térébenthine, le copahu ; nous ne pouvons que signaler leur action nuisible.
Quant à la cantharide, elle a d’abord été employée par Wels (1), probablement dans l’idée d’une action modificatrice ou substitutive, puis par Rayer (2) et Fonssagrives (3). Rayer regarde celte médication comme incertaine, tandis que Wels et Fonssagrives affirment avoir vu, dans certains cas, l’albumine disparaître de l’urine et l'hydropisie diminuer. Mais' en face de quelques cas d’amélioration passagère, il est facile d’opposer une liste de nombreux insuccès. Ce qui manque à l’emploi bien dirigé de la cantharide comme de la plupart des médicaments que nous avons passés en revue, c’est la notion d’une indication précise. Pour notre part, du reste, nous aurions la plus grande répugnance, même en face de succès avérés, à employer une substance dont l’action sur le rein est incontestablement irritante, et que nous avons vue dans quelques cas, rares, il est vrai, donner lieu à une néphrite albumineuse qui a passé à l’état chronique.
Cette considération seule suffirait pour nous faire repousser les applications répétées de vésicatoires à la région lombaiie, applications qui auraient donné des cas de guérison entre les mains de certains praticiens. Si nous croyions nécessaii e 1 action des agents vésicants, nous préférerions nous servir du garou, de
(1) Cité par Valleix, t. IV, p. 48.
(2) Ibid.
(3) Ibicl.
la pommade de Gondret, ou la teinture d'iode. Bright et plus tard Bayer n’hésitaient pas à conseiller une médication révulsive sur la région lombaire, et prétendaient avoir obtenu de bons résultats des cautères, des moxas, des sétons, des vésicatoires appliqués le long de la colonne vertébrale. Nous manquons d’éléments d’appréciation pour juger l’action des révulsifs dans la néphrite albumineuse. Mais nous pensons que dans tous les cas, il serait prudent de s’abstenir de ces moyens lorsque la région lombaire est infiltrée de sérosité; car la présence d’un vésicatoire ou d’un cautère pourrait y déterminer un érysipèle phlegmoneux et des eschares gangréneuses. Il serait préférable, si les révulsifs étaient indiqués, d’avoir recours à des sinapismes ou à des ventouses sèches qu’on pourrait multiplier non-seulement sur les lombes, mais encore sur d’autres régions. M. Verneuil (l)a récemment publié un cas de phlegmon diffus consécutif à une saignée du bras, chez un albuminurique; de tels accidents doivent toujours faire redouter un traumatisme quelconque dans l’albuminurie.
Dans l’impossibilité de modifier le plus souvent d’une manière directe la lésion rénale, on a dû s’attaquer aux symptômes et aux accidents qu’elle détermine, sinon pour les faire disparaître, du moins pour les atténuer.
A l'affaiblissement général de l'économie déterminé par la perte continue de l'albumine , on a opposé les toniques, un régime réparateur, des diététiques spéciales.
On a combattu I ’hydropisie en cherchant à dévier du côté des reins, de la peau, du tube digestif, l’activité sécrétoire qui se porte sur le tissu cellulaire et les séreuses.
Enfin on a essayé de pourvoir aux accidents qui sont la conséquence de l’altération du sang déterminée par la lésion du rein, et particulièrement à l 'urémie.
Quelles que soient les opinions qui aient régné sur la pathogénie de la néphrite parenchymateuse, tous les praticiens ont regardé en tout temps les toniques comme indiqués dans le traitement de cette maladie; mais personne n'a plus insisté, à ce
(1) Gazette des hôpitaux, 11 février 18G9.
sujet, que le docteur Nouât (1), ainsi qu’il résulte du compfç rendu de sa clinique, par Aran, et de la thèse du docteur de Lhoudrens (2). Nous trouvons dans ces travaux des observations intéressantes qui montrent l’heureuse action d’une alimentation réparatrice, du fer et des préparations de quinquina. Le docteur Catchart Lees, professeur à l'université royale d’Irlande, a signalé de bons résultats et même des guérisons complètes obtenues par les préparations ferrugineuses (3). Mais ici encore nous manquons de détails sur le degré de la maladie. M. le professeur Sée a obtenu des succès par le tartrate de fer uni à une diététique spéciale.
C’est surtout comme tonique qu’il faut interpréter l’action de certaines substances que nous avons vu préconiser telles que le tannin, l’acide gallique, le perchlorure de fer. Nous ne pouvons pas envisager, à un autre point de vue, la manière d’agir de la noix vomique que Gamberini prescrivait à petites doses unie au tannin (k). J' est bien certain que ce médicament ne peut avoir aucune influence sur la lésion du rein ; mais il trouve son indication, comme stomachique, dans l’état dyspeptique qui vient souvent la compliquer. L’arsenic, qui à petite dose a souvent donné de bons résultats, agira non plus comme un tonique proprement dit, mais comme un agent d'épargne, ainsi que l’établissent définitivement les dernières recherches du docteur Lolliot (5).
Mais le régime doit principalement nous arrêter. Ici même, comme nous l’avons dit plus haut, la théorie sur la nature de la maladie s’est reflétée dans la pratique. Le professeur Semmola, de Naples, qui voit l’origine de l’affection dans un défaut d’oxydation des matières protéiques, conseille un régime exclusivement féculent (6). Chacun sait que depuis long-
(1) Aran, Compte rendu de la clinique du docteur Nonat [Union médicale, seplernbre 1847).
(2) De Choudrens, Thèse , 1861, n° 62.
(3) Du traitement de la néphrite albumineuse ( Bulletin de thérapeutique ,
t.XLHI, p. 152).
(4) Bulletin de thérapeutique, t. LXI1, p. 277.
(5) Lolliot, Action physiologique de l'arsenic. Thèse de Paris, 1868.
(6) Bulletin général de thérapeutique, t. XLIII.
temps, tout en insistant sur un régime substantiel et réparateur, M. Gubler proscrit les aliments fortement albumineux, et en particulier les œufs et tous les mets qui en renferment: les crèmes, la brioche, les échaudés, les biscuits, etc. (1). Partant, au contraire, de l’idée de l’appauvrissement du sang en albumine, d’autres médecins ont conseillé des diètes exclusivement albumineuses. Nous ne croyons pas qu’aujourd’hui il soit possible de formuler une opinion exacte sur des traitements si différents. Mais ce que nous pouvons constater, ce sont les bons effets produits par un régime fortement animalisé par des vins généreux : bourgogne et bordeaux.
M. Sée, regardant comme l’indication fondamentale de la maladie l’action reconstituante, donne à ses malades, comme nourriture exclusive, delà viande crue à la dose de 300, ûOÜ et même 500 grammes par jour, et il aide ce régime réparateur par l’administration de U ou 6 grammes de tartrate de fer. 11 n’attribue du reste à la viande crue aucune action spécifique; il ne voit en elle qu’un aliment plus réparateur et plus facile à digérer que tous les autres. Nous avons vu, dans ces derniers temps, dans son service, trois malades soumis à cette médication ; leur état s’est amélioré avec une rapidité surprenante. Nous tenons de plus de notre ami M. Fournier, que chez un malade de la ville soumis par M. Sée et lui, à cette médication, les hydropisies disparurent complètement en même temps que l'albumine n’était plus retrouvée dans l’urine. 11 y eut, il est vrai, un mois plus tard, un retour de l’hydropisie, mais sans albumine dans les urines.
A propos de diététiques spéciales, nous devons parler du traitement de la néphrite parenchymateuse par la médication lactée; il est très-probable que cette médication, en usage depuis un temps immémorial contre les hydropisies, en général, a dû souvent être employée contre des épanchements dépendant des lésions rénales. Chrestien, de Montpellier, remit, il y a quarante ans, cette médication en honneur; il prescrivait exclusivement à ses hydropiques la diète lactée. Serre, d’Alais, bien plus tard, tout en insistant sur l’usage du lait, n’en donnait qu’une quantité à peine suffisante pour calmer la soif du
(1) Bulletin (le thérapeutique, i 8G 5 , t. LXV1II , p. 246.
malade, et de plus, ajoutait au traitement quelques soupes au pain, et l usage de l’oignon cru. Ce traitement, employé d’une manière sévère, est intolérable. Du reste, Chresticn et M. Serre, appliquaient le traitement par le lait à la plupart des hvdropisies; le docteur Guignet (1), et plus tard Lecoeq (2) en firent 1 application à la néphrite parenchymateuse. M. Niemeyer insiste vivement sur les bons résultats du lait, et rappelle les succès obtenus par un de ses élèves, le docteur Schmidt (3). Sous l’influence de la diète lactée, il en a obtenu la disparition de l’hydropisie; mais l’urine continuait à renfermer de grandes quantités d’albumine; comme le fait observer le professeur allemand, le lait ne combat que le symptôme hydropisie, « mais pour peu que l’on songe que l’hydropisie » contribue à hâter la fin de ces malades, on comprend toutes » les ressources qu’offre un moyen qui combat cette hydropisie » d’une manière ausi efficace que le lait ». La conclusion de Niemeyer est celle à laquelle nous nous rallions; nous ne croyons pas que la néphrite parenchymateuse chronique puisse voir ses lésions locales s’amender par la diète lactée, et il est facile, en discutant les observations qui ont été données comme des cas de guérisons, de voir qu’on avait affaire à des néphrites aiguës, et souvent à des variétés qui guérissent sans traitement. A l’occasion de la persistance de l’albumine pendant la médication lactée, il nous paraît curieux de rappeler que dans un cas, M. Peter a vu l’albumine remplacée dans les urines par de la caséine pendant tout le temps de l’administration du lait(è). Des expériences comparatives faites sur d’autres malades ont bientôt convaincu M. Peter que le fait qu’il avait observé était exceptionnel.
Que l’on recoure à un régime substantiel ordinaire, ou que l’on use d’une des diètes spéciales qui ont été indiquées, ce qui est important, nous le répétons, c’est de réparer les pertes en albumine; et si des malades appartenant aux classes riches
(1) Guignet, Bull, général de ihérap 1857, t. LUI, p. 337.
(2) Lecoq, Bull, général de Ihérap., t. LXIV, p. 193.
(3) Niemeyer, t. II, p. 25 et 26, 2e editiun.
(h) Bulletin de thérapeutique, t. XL1II.
ou « aisées de la société peuvent supporter la perte de cette albumine pendant des années entières, cela tient uniquement à la facilité qu’ils possèdent de réparer les pertes de chaque jour » (Niemeyer). Du reste, les autres conditions hygiéniques ne doivent pas être négligées. On recommandera aux malades les vêtements de flanelle; on leur fera faire des exercices dans la mesure de leur force, et autant que possible en plein air. On leur fera quitter les habitations froides et humides; le malade devra éviter surtout la fraîcheur du soir ; « on lui recom- » mandera l'habitation à la campagne en plein midi, dans un » lieu sec, et si faire se peut dans une contrée méridionale, » par exemple sur les rivages de la Méditerranée (Guhler). » Ajoutons cependant que cette question de climatologie, pour être résolue d’une manière positive, demanderait des éléments qui font complètement défaut aujourd’hui.
Lorsque les moyens dont nous venons de parler n’ont pu empêcher l’hydropisie de se montrer, ou n’ont pu l’arrêter dans son développement, quand elle existe déjà, il ne reste plus qu’à combattre directement ce symptôme, en excitant les fonctions des reins, de l’intestin, de la peau.
Les diurétiques ne rencontrent plus dans cette période les contre-indications signalées dans l’état aigu; les altérations du rein ne paraissent plus en ce moment souffrir de leur emploi ; mais la difficulté est justement de susciter la diurèse dans un organe en partie atrophié ; d’autre part les auteurs sont loin de s’accorder sur les effets des diurétiques. Tandis que les uns les préconisent (Christison) , que d’autres les considèrent comme nuisibles (Osborne), Rayer regarde le bénéfice qu’on en retire comme fort incertain. De l’analyse attentive d’un grand nombre d’observations, nous croyons, au contraire, à une influence très-favorable toutes les fois qu’on réussit à augmenter la sécrétion urinaire; il n’y a pas à courir, avec les agents qui agissent sur le rein, les dangers que nous rencontrerons pour exciter la peau ou l’intestin.
Nous ne pouvons passer ici en revue tous les diurétiques qui ont été employés dans les hydropisies ; nous allons seulement énumérer ceux que l’on a employés de préférence dans la néphrite albumineuse : la scillc et la digitale, conseillées par
presque tous les médecins; le raifort sauvage et les fleurs de genêt qui ont donné de bons effets entre les mains de Rayer; l’uva-ursi recommandée par Bright; la crème de tartre, par Christison ; le caïnca, par Becquerel. M. Gubler regarde comme diurétiques très-efficaces la plupart des toniques astringents, comme l’acide gallique et le tannin; en sorte que, d’après lui, ils devraient être employés de préférence. Il laut, dit M. Durand-Fardel, recommander dans l’emploi des diurétiques une certaine persévérance, car leur action se fait quelquefois attendre; en varier les formules, lorsque les premiers essais paraissent rester stériles.
Si les diurétiques demeurent impuissants, on aura recours aux purgatifs dont toutes les variétés ont été essayées : sulfate de magnésie, sirop de nerprun, jalap, gonnne-gutte, calomel, huile d’épurge, et presque tous les auteurs s’accordent sur leur utilité; mais presque tous aussi constatent la difficulté de maintenir leur action dans des limites physiologiques, et le danger d’une irritation exagérée; aussi M. Gubler (1) repousse les drastiques qui « provoquent à la longue une irritation » pouvant aller jusqu’à l’entéro-colite, et déterminent en déti- » nilive une complication à la place d’une révulsion qu’on pré- » tendait obtenir; les sels neutres n’ont pas cet inconvénient; » en outre, ils attirent plus d’eau, et préviennent plus sûre- » ment les effets de cette pléthore hydroémique si favorable » aux épanchements diffus dans les séreuses et dans les mailles » du tissu cellulaire. »
L’importance delà peau, comme appareil d’excrétion, d’une autre part ses relations de sympathie avec le rein signalées depuis longtemps par la pathologie et la physiologie expérimentale, devaient porter les praticiens à diriger sur l’enveloppe cutanée les agents de stimulation; malheureusement, si l’indication est facile à préciser, elle est difficile à remplir ; nous avons déjà signalé l’impuissance des médicaments diapliorétiques proprement dits : les frictions médicamenteuses, principalement avec les teintures descilleetde digitale, n ont jamais donné aucun résultat, les frictions sèches, le massage, qui pour-
(1) Loc. cit., p. 243,
ru ici!) ( cire très-utiles, s’emploient difficilement sur une peau distendue par la sérosité et prête à s’enflammer ; les bains chauds suivis de l’enveloppement dans une couverture de laine, ont donné à Liebermeister des résultats très-satisfaisants. Niemeÿer a obtenu par cette méthode, chez un malade, « une production » de sueur tellement abondante que dans un bassin placé » sous le lit, on pouvait recueillir jusqu’à 800 centimètres » cubes de ce liquide qui avait traversé la literie. Tous ces ma- » lades ont été pesés avant et après la transpiration, et il résulte » des observations cliniques que chaque opération leur faisait » perdre deux, trois, quatre livres et plus de leur poids. »
Ou répétait ces bains plus ou moins fréquemment suivant la tolérance des malades; quelques-uns furent tellement épuisés et fatigués qu’il fallut les discontinuer ; d’autres n’en obtinrent aucun résultat; chez un malade se développèrent des convoitions urémiques dès que l’hydropisie eut commencé à diminuer; le professeur allemand remarque que l’énorme perte de parties aqueuses faite par la peau rend le sang plus concentré. On peut s’expliquer ainsi la résorption des liquides interstitiels ; mais ces derniers contenaient, dans la néphrite, de l’uréeet peut-être d’autres matières excrémentitielles; il n’est pas impossible qu’une soustraction aqueuse énergique vienne à favoriser l’accumulation de ces matières dans le sang, et contribue ainsi à provoquer les phénomènes de l’urémie.
Marchai de Calvi (1) a signalé de son côté les dangers des congestions dans les bains de vapeur. Nous croyons cependant que ces moyens peuvent donner de très-bons résultats pourvu qu’on surveille attentivement les malades.
M. Fleury a rapporté plusieurs observations qui montrent les résultats heureux de sa pratique hydrothérapique. Il est certain que cette méthode est incontestablement supérieure à l’emploi des bains chauds qui sont moins facilement tolérés, qui produisent un relâchement général dans tout l’organisme, et n’ont pas surtout le double avantage d’exciter la peau et d’avoir un retentissement général sur toute l’économie, mais dans aucune maladie la vigilance du médecin n’est plus in-
(1) Moniteur des hôpitaux, 1855.
dispensable que dans l’application de l’hydrothérapie au traitement de la néphrite albumineuse. Une erreur de durée dans l’application du froid peut amener une réaction défectueuse, fatale; c’est la difficulté d’une réaction suffisante qui rend le plus souvent l’hydrothérapie impraticable dans la maladie qui nous occupe; elle peut réussir très-bien au début de l'affection, alors que l’hydropisie est peu marquée, et que l’organisme n’a pas perdu toute sa force de résistance; mais elle sera dangereuse chez les sujets affaiblis.
« Pour que les pratiques hydrothérapiques puissent être » appliquées avec sécurité, il faut que l’organisme soit suscep- » tible d’une réaction effective, et que cette réaction ne puisse » manquer de s’effectuer franchement vers la périphérie. Autre- » ment l’ébranlement produit par la soustraction rapide du » calorique expose à des congestions dont les conséquences » sont absolument inverses de ce que l’on veut déterminer ; or, » indépendamment des conditions défavorables que présente » l’état général, les infiltrations séreuses sous-cutanées oppo- » sent en général une grande résistance à la réaction périphé- » rique; il semble que le système cutané s’isole en quelque » sorte du reste, et que les communications de circulation et » d’innervation deviennent d’une extrême difficulté entre ia » périphérie et les l égions profondes de l’économie. En un mot, » la peau ne répond que très-imparfaitement à l’appel qu’on » lui adresse, et c’est là une condition non-seulement d’in- » succès, mais encore de péril, dans l’emploi de i’hydrothé- » rapie dans la plupart des nydropisies (1). »
Tels sont les moyens de combattre l’hydropisie; il est évident que le praticien ne les emploiera pas tous d’une manière indifférente. Indépendamment des indications et des contre-indications générales que nous avons essayé de donner, il y a les indications particulières qui se rapportent, non plus à la maladie, mais au malade; tel individu répond facilement aux diurétiques; tel autre aux purgatifs, etc. , etc.
Mais il arrive trop fréquemment que malgré tous les moyens employés, l’hydropisie augmente et menace la vie des iuh-
(1) Durand-Fardcl, Maladies chroniques , i>. 371), l. II.
lades ; doil-on provoquer alors artificiellement l’expulsion de la sérosité accumulée dans le tissu cellulaire ou dans le péritoine à l’aide des mouchetures ou de la paracentèse? Rayer s’est élevé contre l’emploi de ces moyens, mais nous pensons qu’on ne doit point les proscrire, pourvu toutefois qu’on ait la précaution :
1° De n’y avoir recours que lorsque l’hydropisie met en danger la vie du malade ou lorsque la peau subissant une distension extrême est menacée dans sa vitalité.
2° D’éloigner toutes les causes qui peuvent donner naissance à une péritonite ou bien à des érysipèles gangréneux ; M. Jaccoud (1) recommande pour les mouchetures le procédé de Traube, qui consiste à faire avec une lancette des incisions profondes et longues de quelques lignes; il suffit, d’après lui, d’une ou de deux incisions de ce genre pour amener un écoulement suffisant; un fait qu’il ne faut pas oublier, c’est que la déperdition d’une grande quantité de sérosité est une nouvelle cause d’appauvrissement de l’organisme ; de là, la nécessité d’insister à ce moment sur le régime réparateur. C’est en prenant les précautions que nous venons d’exposer que M. Nonat a obtenu des résultats très-favorables (2).
Le traitement que nous venons de développer est surtout applicable à la néphrite albumineuse déterminée par le froid.
Nous avons vu que si le plus souvent, nous ne pouvons agir sur la lésion locale, nous ne sommes pas complètement désarmés vis-à-vis des symptômes qui, le plus fréquemment, donnent à la maladie toute sa gravité.
Dans la néphrite liée à l’alcoolisme, même dans sa période aiguë, on devra être sobre de toute espèce d’émissions sanguines, insister sur les toniques et veiller à rétablir avant tout es fonctions digestives.
Dans la néphrite albumineuse entée sur un tuberculeux, on
(1) Clinique , p. 701.
(2) Aran, loc, cit. — De Choudrens, ibid.
prescrira, mais sans espoir d’améliorer l’état du malade, l’huile de foie de morue, l’iode et ses composés.
S il y a de 1 albumine dans les urines avec des antécédents ou des symptômes actuels de syphilis, on pourra avoir recours au mercure, à 1 iodure de potassium et aux eaux sulfureuses. S’il y a des phénomènes de cachexie, les eaux de Challes sont prescrites, aussi bien que le traitement par l’iodure de potassium (Melsens et Natalis Guillot) ; l’eau de Challes, qui contient des sulfures et des iodures, aura l’avantage de favoriser l’élimination du mercure par les urines.
On a recommandé, dans la néphrite goutteuse, les alcalins et le carbonate de lithine (Gubler).
Il nous reste, pour terminer le traitement des néphrites albumineuses, à dire quelques mots de la thérapeutique d’un accident qui, susceptible de se montrer à tous les degrés et dans toutes les formes, vient subitement donner à la maladie une gravité extrême et peut déterminer rapidement une issue funeste, X urémie.
Le traitement peut être prophylactique ou curatif (1).
Frerichs, se basant sur une théorie sur laquelle nous n’avons pas à revenir, avait proposé d’administrer, pour prévenir ou guérir l’urémie, les acides chlorhydrique ou benzoïque qui devaient faire, avec l’ammoniaque en excès dans le sang, des sels sans action nuisible. Ce traitement n’est justifié ni parla théorie, ni par l’expérience. Ce qu’il faut chez les malades atteints de néphrite, c’est de veiller à l’état de l’urine au moins autant qu’aux symptômes prodromiques ; toutes les fois que l’analyse viendra démontrer que la totalité de l’urine excrétée ne contient plus la quantité absolue d’urée dont l’économie doit se débarrasser en vingt-quatre heures, si les autres sécrétions n’en renferment pas en excès, il faut imiter la nature, qui, dans les cas d’insuffisance du rein, nous montre souvent cet organe suppléé par la peau ou l’intestin.
1° Sur la peau, on agira par les vêtements, les exercices, les bains; nous y avons insisté à propos de l’hydropisie.
(1) Voyez aussi, pour la thérapeutique de l’urémie : Fournier, Thèse sur l'urémie, 1863. — Patay, Étude sur l’urémie , année 1865, thèse n° 262.
2° Sur le tube digestif, par les évacuants, le plus souvent par les purgatifs, en tenant compte des considérations développées plus haut ; on pourra quelquefois ordonner les vomitifs, comme l’a fait le docteur Lange (1), qui a employé l’émétique avec succès.
L’urémie confirmée, il ne reste plus de ressources que dans la médecine des symptômes.
Dans les convulsions, nous emploierons la saignée, le chloroforme, la compression des carotides, sans avoir recours à l’action incertaine des antispasmodiques (musc, valériane, etc., etc.).
Les affusions froides seront réservées pour le délire.
Dans le coma, un traitement excitant (sinapismes sur de larges surfaces, marteau de Mayor) sera employé avec avantage.
(1) Gazette des hôpitaux, 22 nov. 1864.