IV. — Bronchite capillaire
La bronchite capillaire peut être un accident ultime d'une des formes précédentes de la broncho-pneumonie. Mais pour fixer ses caractères anatomiques propres il convient de prendre un cas primitif, comme ceux que l'on observe par exemple dans la bronchite capillaire épidémique ; cette affection rapportée par les uns à la grippe, par d'autres à la rougeole présente cette particularité qu'elle produit la mort par asphyxie, en très peu de temps, en trois, quatre ou cinq jours; nous en avons nous-même observé des exemples lors de l'épidémie de 1870-71.
La caractéristique anatomique de ces cas est la production abondante du pus. Comme l'expectoration n'a plus lieu dans les derniers moments de la maladie , le pus s'accumule dans les grosses bronches, dans la trachée et jusque dans le pharynx et les fosses nasales. Aussi suffit-il d'incliner en bas la tête de ces cadavres pour voir le pus s'écouler.
A l'ouverture du thorax les poumons apparaissent très emphysémateux dans les parties antéro-supérieures. En arrière et en bas la plèvre est distendue par une spiénisation qui occupe la plus grande partie de la moitié postérieure des poumons, surtout en bas. Sur les bords antérieurs ou inférieurs on trouve généralement de l'atélectasie. Enfin, assez généralement on trouve aussi des grains jaunes plus ou moinsabondants. Sur la plèvre on trouve en outre des ecchymoses sous forme de piqueté et de petites plaques.
En passant le doigt sur les parties splénisées, on sent quelques points plus résistants.
A la coupe, on trouve le parenchyme gorgé d'un sang noirâtre, et de toutes les bronches moyennes et petites on voit sourdre un pus souvent assez épais, et parfois non aéré. Rarement les parois des petites bronches sont tapissées par un exsudât membraniforme : elles ne présentent pas de dilatations bien notables, la mort est survenue trop rapidement. On retrouve sur cette coupe des points plus compactes, formant des foyers d'un rouge sombre, de niveau avec la surface du poumon ou même faisant déjà une légère saillie au-dessus d'elle. Ce sont des foyers de broncho-pneumonie auxquels la rapidité de la maladie n'a pas laissé le temps d'évoluer.
Il est assez fréquent, surtout dans cette forme véritablement foudroyante de la broncho-pneumonie, de trouver les cavités droites du cœur remplies de caillots en grande partie blanchâtres, assez denses, et se propageant dans les artères pulmonaires d'un côté, comme ils se propagent de l'autre dans les veines caves. C'est à tort qu'on a voulu faire jouer à ces caillots un rôle important dans la production des accidents thoraciques. C'est précisément l'inverse qui a lieu, ce sont les troubles pulmonaires qui produisent la gêne circulatoire, déterminent la réplétion du cœur droit et du système veineux, et donnent ainsi lieu à une asystolie aiguë, pendant laquelle sans doute commencent à se produire ces coagulations cardiaques qui accélèrent la terminaison fatale (péri-pneumonie maligne polypeuse). Mais ce qui prouve bien que le rôle pathogénique attribué à tort à ces caillots doit
être repoussé sans réserves, c'est qu'ils sont loin d'être constants.
C'est surtout dans cette forme rapide de la bronchopneumonie que les signes de l'asphyxie se montreront plus intenses par la coloration noire du sang et la réplétion veineuse des viscères.