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M. Guérin se mit alors en devoir d'exécuter le pansement; il rapprocha les lèvres des deux lambeaux, les affronta; puis, au moyen de douze points de suture, il les fixa daus cette position. Plusieurs fois, en lui voyant faire cette manœuvre, M. Maisonneuve essaya, mais en vain, de l'eu dissuader, lui faisant part des inconvénients graves qu'il avait vus résulter d'une occlusion rigoureuse dans la réunion dite par première intention.
Par-dessus cette suture, M. Guérin appliqua une série de bandelettes de diachylon formant carapace, puis- des compresses imbibées d'une solution de permanganate de potasse, puis une lame très-mince de gutta percha,puisenfin une bande destinée à fixer le tout.
C'est sur ce pansement que fut ensuite appliqué le manchon de caoutchouc, dont le tube fut mis en communication avec la cloche pneumatique.
Aussitôt, l'air contenu dans le manchon fut aspiré par le vide de la cloche; le manchon, comprimé par l'atmosphère plus dense, s'affaissa et se moula sur le moignon qu'il comprimait.
Pendant la nuit, le malade eut de l'agitation; il éprouva dans le moignon quelques douleurs qui s'accentuèrent davantage le lendemain, 29 septembre. Le pansement superficiel n'ayant rien révélé de remarquable, M. Guérin réappliqua l'appareil et donna quelques calmants. Le lendemain 30, le malade élait plus agité; il avait de la fièvre, absence complète d'appétit, de la soif; le moignon ne présentait encore à la surface rien d'extraordinaire.
Mais le 1er octobre, à la visite, le malade, qui avait eu un frisson de plus d'une heure pendant la nuit, était en proie à une fièvre violente; le pouls était à 130, le visage profondément altéré, les forces entièrement prostrées. L'appareil d'occlusion fut enlevé complètement; on découvrit le moiguon qui était (endu et fluctuant. On se mit en devoir d'enlever les points de suture, et à peine les premiers furent-ils divisés, qu'il s'échappa de la plaie un flot de liquide sauieux et fétide mêlé de quelques gaz.
Le soir même, le malade succombait, malgré l'emploi des toniques et des antiputrides.
Ce fait malheureux m'affligea profondément, mais ne me
surprit pas. Il n'était, au contraire, que trop cruellement logique. L'occlusion de la plaie avait été parfaite, et la suppression de l'air autour du moignon avait atteint la dernière limite du possible. Pour nous, la méthode de l'occlusion pneumatique était radicalement jugée : elle était non-seulement impuissante à prévenir les accidents, mais elle était éminemment dangereuse, au même titre, du reste, que la fameuse méthode de réunion par première intention qui a causé tant de désastres.
Mais, quelque désastreux qu'il fût, ce second fait n'enlevait rien à la signification du précédent; au contraire, il la rendait plus éclatante encore : il démontrait surabondamment que ce n'était pas au contact de l'air que devaient être attribués les accidents traumatiques, mais bien à l'intoxication produite par la rétention des liquides morts au sein des tissus vivants.
Yoici en regard une observation de malade opéré par la méthode de Maison neuve [loco citato, p. 20).