Dc carilafr, ^ i
8, Dc <iomniis, i, 31 .
Mais cet heureux retour n’est le privilège* que de l’âme qui, pendant cette vie, a travaillé à s’élever au-dessus des choses sensibles, à s’affranchir des passions, à vaincre l'attrait du plaisir, pour se rapprocher de la Divinité, et qui, selon l’expression de Philon, délivrée de toute inquiétude terrestre, s’est répandue elle-même comme une libation pure devant le Seigneur *•
'Telle est, réduite à ses traits essentiels, la doctrine judéo-alexandrine de l’immortalité de l’âme Son origine n’est pas douteuse ; elle vient directement de Platon, dans lequel seul elle se trouve entourée des mêmes accessoires et exposée avec les termes mêmes dont s’est servi Philon. On n’a, pour s’en convaincre, qu’à se rappeler la doctrine dû philosophe grec.
D’après Platon, les âmes, créées à l’origine même des choses, avant la production du monde sensible vivent d’abord dans le monde inlelli-
1. De somniis^ i § 43; ‘De mundi opificio^ § 44; De vicliinis, § 6.
2. Nous avons déjà dit que les mêmes idées se trouvent chez les esséniens; Josêplic, Antiq.^ xvni, 1, 5; Guerre des Juifs, II. 8 , H.
3. Joséplic signale lui-mémeles rapports de la doctrine essé-
giblc, leur véritable patrie. Elles ne viennent animer des corps mortels que quand, séduites parles attraits trompeurs des choses terrestres, elles perdent leur pureté native. Elles tombent alors des deux dans ce monde inférieur, et elles ne peuvent y rentrer qu’après s’étre lavées, par une vie philosophique trois fois répétée, de la souillure qui les a précipitées sur la terre. Le corps est une prison dans laquelle elles sont enfermées pour expier leur erreur, et la mort, qui les en délivre, leur ouvre Taccès à leur patrie primitive, si, pendant leur exil sur la terre, elles se sont affranchies de Tamour des choses sensibles h
C’est dans Platon que les Juifs alexandrins ont puisé leur doctrine de Tàme ; le fait est incontestable. Des idées analogues se produisent, sans aucun doute, en divers temps et en divers lieux, sans aucune filiation historique, par le travail seul de la pensée, qui, chaque fois qu’elle se place à un point de vue déterminé, arrive nécessairement
nicnne do TAme avec celle do la philosophie {^rocquo. Guerre
des /ui/s, II, 8, 11 .
1. (Œuvres de Platon, trad. par M. V. Cousin, l. VI, principalcmcnl le Phèdre. — Riltcr, Histoire de la philosophie ancienne, t.'ii, p. 308-315.
34G DES DOCTIUNES HEUGIEfSES DES JIMFS
à des résultats semblables. Mais, quand les détails sont les mêmes, et que ces détails , comme c’est ici le cas, sont purement arbitraires, on ne peut s’empêcher de reconnaître que l’une des deux théories a été calquée sur l’autre. Ne sait-on pas, d’ailleurs , que Platon est le maître que Philon avoue ? et nous pouvons ajouter que l’influence du philosophe athénien sur les Juifs d’Alexandrie commença à se faire sentir bien avant Philon, et qu’on en voit des traces bien marquées dans
les monuments antérieurs de la littérature judéoalexandrine.
Mais quelque évident qu’il soit aux yeux de la critique que la doctrine juive de l’immortalité de l’ànie a son origine dans la philosophie platonicienne, les Juifs alexandrins étaient pleinement persuadés qu’ils la tenaient de Moïse lui-même. (]elte illusion, quelque étrange qu’elle puisse paraître, ne saurait étonner que celui qui est complètement étranger à l’histoire des idées religieuses. Partout où la critique ne règne pas en souveraine, le théologien ne manque jamais de trouver dans les saintes Écritures le système dont il est imbu; et les idées qui lui viennent de Platon
ou (l’Aristote, de Descartes ou de Kant, celles même qu’il a puisées parfois dans les préjugés populaires, il les rapporte, avec une entière bonne foi, aux documents révélés. Telle est la marche ordinaire des choses. Les Juifs alexandrins ne firent pas exception à fa règle commune. Ils doutent si peu que Moïse ait enseigné, avant Platon, la doctrine de l’immortalité de Tâme, que c’est à ses déclarations, plutôt qu'à des raisons philosophiques, qu’ils en appellent quand ils veulent en établir la vérité. Pour Philon, le livre de la Genèse tout entier n’est qu’une histoire de l’àme, et ce qu’il raconte des patriarches, que des peintures allégori- (|ues des différents moments de son développement ondes divers étals par lesquels elle peut passer.
Comment les Juifs alexandrins trouvaient-ils dans Moïse la doctrine de l’immortalité de l’Ame, dont il n’a pas dit un seul mot? Philon va nous l’apprendre. Deux passages de la Genèse prouvent, selon lui, la spiritualité de l’âme^ Dieu, estil dit dans ce livre, souffla dans les narines de l’homme le souffle de la vie ce souffle de la vie
Genèse, u, 7.
348 DES DOCTHINES UELIGIE SES DES JUIFS
est Famé, qui est ainsi une véritable inspiration de la Divinité'. L’autre passage, commenté fort souvent par le philosophe alexandrin -, n’est pas moins explicite. Dieu, y est-il dit, fit Fhomme à sa ressemblance et à son image Ce qui est dit ici de Fhomme doit s’entendre de l’âme ; car l’âme est ce qui constitue proprement Fhomme Or, on voit par ce passage qu’elle est différente de la création sensible; que, partie indivisible de la nature divine ”, elle est immatérielle, dégagée des liens de la nécessité et, par conséquent, qu’elle • est impérissable
Mais quoi ! Moïse ne place-t-il pas Fàme dans
1. De mundi opif.^ § 46 ; quod deterius, % 22; De plantalione, § 6; Quis rerum divinarum hœrcs, § M; De somniis^