‹ Des donations entre-vifs et des testamentsChapitre 296 sur 371 · CHAPITRE 11 (art · texte numérisé non relu

CHAPITRE 11 (art

plus, que l'esprit du testateur doit être libre, indépendant, et dégagé de pernicieuses influences. C'est sous ces différents rapports que nous examinerons, dans le cours de cet article, les vices de la volonté du donateur ou du testateur.

4i6. L'intelligence de l'homme est comme un miroir sur lequel la raison fait apparaître la notion du bien et du mal. L'intelligence aperçoit; la raison conseille; la volonté décide (\). La volonté, pour être parfaite, devrait toujours obéir à la raison ; c'est l'entière concordance de la volonté avec la raison qui fait la sagesse. Mais la volonté se laisse trop souvent dominer par la passion plutôt que par la raison. Elle commet alors des fautes et devient répréhensible. Cependant elle n'en est pas moins la volonté. C'est pourquoi elle engage la responsabilité de l'homme; car, pour que la volonté soit irresponsable, il ne suffit pas qu'elle se mette en lutte avec la raison; il faut encore qu'elle ne soit pas éclairée par l'intelligence. Toutes les fois qu'on peut dire d'elle avec Horace.

Meliora video proboque. détériora sequor,

la conscience du mal qu'elle commet, fait pesersurellel'impulabilité de la loi ou de la morale. Elle a agi en connaissance de cause ; elle a agi librement. L'action doit être jugée comme une œuvre de la liberté.

Les stoïciens n'appelaient volonté que la volonté raisonnable; ils appelaient passion la volonté effrénée (2). Celte opinion se ressent de l'exagération de leurs principes, d'après lesquels tout vice était une folie. La vérité est que la

(I) Mantica, Deconject., \, 3, 1 et suiv., a traité ce point d'une manière assez remarquable.

I 2 Cicéron, TusmL, i. 6.

\ù\ DONATIONS ET TESTAMENTS.

volonté mauvaise est une volonté dont l'homme répond, quand il n'a pas perdu la notion du bien et du mal. Saint Augustin a très-bien dit que le péché ne serait pas péché s'il n'était pas volontaire.

Mais si la volonté vient à manquer du mentor que Dieu a placé à côté d'elle, si l'infirmité qui s'étend sur l'âme aussi bien que sur le corps, éteint le flambeau de la raison, l'homme cesse d'être responsable. Il n'a pas agi en homme. La créature intelligente a disparu; il n'est resté qu'un corps privé de sa divine moitié.

447. On sait que la volonté peut être pervertie par deux espèces bien distinctes de causes vicieuses. La première consiste dans les passions qui agissent sur la volonté, sans altérer l'essence d'un discernement raisonnable. La seconde consiste dans l'aliénation mentale qui ne trouble la volonté que parce qu'elle désorganise d'une manière fondamentale les facultés intellectuelles. Les passions sont, si l'on peut parler ainsi, une maladie du cœur (1), qui, si elle opprime la raison, ne la supprime pas. L'aliénation mentale est une maladie de la raison même, une destruction viscérale de ce don de Dieu, qui disparaît dans une éclipse centrale et va s'éteindre au milieu des ténèbres.

La Rochefoucault a dit : « La passion fait souvent un fou du plus habile homme (2). » Mais l'illustre moraliste n'a pas parlé ici du triste et douloureux état de l'homme privé de sa raison. La passion trouble, transporte, excite; c'est un orage passager qui gonfle les flots. Mais elle n'abolit pas la raison; elle ne rend pas fou dans le sens propre de ce mot. La Rochefoucault le sait à merveille; car il touche quelque part

(1) Ce sont elles en effet qui auitcnl le cœur

(2) lirflex. MOT; 6.

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