‹ Des dyspepsies [electronic resource]Chapitre 16 sur 44 · PARTIE H. UYSPEI'SIES II ADIl IJELLES · texte numérisé non relu

PARTIE H. UYSPEI'SIES II ADIl IJELLES

dérangement intestinal. Interrogé soigneusement sur les causes qui pouvaient expliquer ces alternatives quotidiennes de rétablissement et de dérangement des voies digeslives, il fît connaître que, chaque fois que la diarrhée reparaissait, il cessait de manger pendant la soirée et toute la journée du lendemain ; mais que, le troisième jour, se croyant guéri, il recommençait à prendre des aliments dès le matin, et le faisait largement. — Quelques heures après, les coliques, la diarrhée, le frisson, la chaleur, la sueur recommençaient, cessaient dans la soirée et inspiraient au malade la résolution d'une abstinence dont il reconnaissait la nécessité, et qu'il observait pendant trente-six heures. Après quoi, le retour aux aliments ramenait la même série d'accidents intesiinaiix et fébriles, suivis de nouveau d'abstinence et d'apyrexie.

Après cinq à six accès semblables subis, le dernier à l'Hôtel-Dieu, les autres dans son logement, le malade fut soumis à une diète modérée, quelques potages seulement chaque jour. Ses accès, qui s'étaient reproduits cinq à six fois sous le type tierce, furent immédiatement suspendus, aussi bien que la diarrhée. Je le retins quelques semaines à la Clinique, pour le mettre à l'abri d'une récidive qu'un écart de régime aurait inévitablement reproduite. Ce fait est d'un véritable intérêt sous le rapport du diagnostic ; nous n'avons pas hésité à le

rapporter aux dyspepsies, sous apparence de fièvre tierce. Si quelques personnes ne voyaient là qu'une entérite, reproduite en quelque sorte artificiellement de deux jours l'un, nous rappellerons ce que nous avons dit ailleurs, savoir qu'une phlegraasie n'est pas une maladie de quelques heures, et que nous persistons à ne voir dans ce fait singulier que des indigestions successives.

Les troubles digestifs exercent une influence incontestable sur les organes des sécrétions, sur ceux surtout qui, comme les glandes salivaires, le pancréas, le foie, sont en quelque sorte des annexes des organes digestifs et offrent le plus souvent une altération, ou une augmentation dans leurs sécrétions. Nous ajouterons que, sous l'influence de la dyspepsie, la transpiration cutanée diminue ordinairement; que, sauf quelques exceptions individuelles, la peau est plus sèche que dans l'état normal; que la sécrétion de l'urine est, le plus souvent, diminuée, et que ce liquide est plus foncé en couleur.

On voit beaucoup de personnes qui, bien qu'elles souffrent habituellement après leurs repas, pendant une ou plusieurs heures, continuent à bien manger, à manger trop, pour mieux dire, à dormir mal, et dont les selles sont mal lices, trop copieuses, plus fétides que ne le comporte l'état de santé. Malgré cela, elles conservent leur teint, leurs forces; leur embonpoint se maintient et peut même augmenter.

€'est, selon l'expression vulgaire, une mauvaise graisse : le lissu adipeux augmente seul, les muscles, au contraire, perdent de leur volume. Celte forme de dyspepsie n'est assurément pas trèssérieuse, et beaucoup de ces individus trouvent dans la satisfaction de manger ce qui leur plaît, et autant qu'il leur plaît, une compensation aux malaises dont ces repas sont l'occasion. Aussi sont-ils peu disposés à suivre les conseils de sobriété que la médecine leur donne. Toutefois, il importe qu'ils n'ignorent pas que cette dyspepsie, qui n'a actuellement rien de grave, est de nature à le devenir avec le temps, avec le progrès de l'âge, avec la vie moins active qui en sera la conséquence, avec la diminution des autres jouissances et l'accroissement des jouissances de la table. Il faut qu'ils sachent enfin que des dérangements de santé, qui ont persisté pendant des années, résistent plus opiniâtrément aux moyens qu'on leur oppose trop tard, et que l'incurabilité peut devenir la conséquence de la négligence à attaquer le mal dans sa première période.

Les fonctions génitales enfin ressentent aussi, et d'une manière assez prononcée, le contre-coup des troubles digestifs. Avec des digestions laborieuses, les organes de la génération perdent de leur énergie; un certain nombre d'individus, en présence de cet affaiblissement, cherchent à reprendre les forces qui leur échappent, par un régime plus succulent et

Si DES DYSPEPSIES.

plus abondant. Mais au lieu de remédier au mal, ils l'accroissent; tandis que dans des conditions opposées, c'est-à-dire en réduisant les aliments à ce que les voies digestives peuvent en digérer, on voit le plus souvent, en même temps que les symptômes dyspeptiques perdent de leur intensité, les organes de la génération reprendre leur action ordinaire que les troubles digestifs avaient prématurément enrayée ou même complètement suspendue.

Un dernier fait assez intéressant relativement à l'influence que la dyspepsie exerce sur les organes génitaux, est relatif aux pollutions nocturnes, auxquelles certains dyspeptiques sont sujets et qui, d'après leurs propres observations , surviennent particulièrement les jours où quelque écart plus marqué de régime produit une exacerbation dans leurs souffrances habituelles et en particulier celle fièvre nocturne déjà signalée. Dans ces conditions, à ce qu'ils rapportent, les pollulions reviennent inévitablement.

Nous avons précédemment signalé le changement d'humeur qui survient, après le repas et pour quelques heures, chez quelques dyspeptiques.

Lorsque la dyspepsie, gastrique ou intestinale, a duré longtemps, quelques mois par exemple, ou quelques années, elle porte une atteinte plus forte et plus permanente à la disposition morale, au caractère des individus. Ils deviennent tristes, moroses.

impatients; ils s'afQigent de leur position présente, ils s'inquiètent de leur avenir, ils se croient frappés d'une maladie grave, incurable, méconnue, mortelle ; en un mot, ils deviennent hypochondriaques. Et, il faut bien le reconnaître, les malaises qui accompagnent les mauvaises digestions doivent généralement amener cette conséquence, surtout lorsque, par l'effet de la prolongation du mal, les forces et l'embonpoint diminuent. Bien que l'iiypochondrie puisse se montrer, indépendamment de tout dérangement des digestions, il faut reconnaître cependant que le plus souvent les troubles permanents des organes digestifs précèdent et engendrent les symptômes de l'hypochondrie.

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