DU DIAGNOSTIC DES DYSPEPSIES
Le diagnostic des dyspepsies comprend deux points principaux : 1" Discerner ces afîections, au milieu des phénomènes généraux qui peuvent les voiler plus ou moins complètement ; 2° les troubles digestifs reconnus, déterminer si ces troubles se lient à une dyspepsie essentielle ou symplomatique, et, dans ce dernier cas, quelle est la maladie dont les désordres digestifs sont l'effet.
Le premier point a déjà été traité dans l'article consacré aux troubles sympathiques que détermine la dyspepsie, vers le cerveau, vers le cœur, vers la respiration, vers les membres, vers les organes sexuels. — Ainsi, dans beaucoup de cas, sous l'influence de digestions laborieuses dont les malades n'ont pas le sentiment, surviennent des troubles secondaires dont ils se plaignent vivement, et qui, à leur sens, constituent tout leur mal. — Tels sont la diminution graduelle de l'embonpoint et des forces, la céphalalgie, l'inaptitude au travail et l'affaiblissement de l'intelligence, la morosité du caractère, la somnolence dans le jour, l'insomnie pendant
la nuit, les rêves pénibles, le cauchemar, quelquefois avec une sensation de strangulation; l'affaiblissement de la voix, la diminution des forces musculaires, avec irradiations douloureuses qui peuvent simuler des rhumatismes ou des névralgies. Ailleurs, les palpitations, l'irrégularité des battements du cœur, des défaillances même, des accès fébriles survenant surtout la nuit sous type quotidien, trèsrarement sous type tierce, une sorte d'impuissance accidentelle, sont les seules souffrances que les malades accusent et qui pourraient, en absorbant l'attention du médecin, lui faire perdre de vue le véritable point de départ du mal, savoir, le trouble latent, mais reconnaissable, des fonctions digestives.
Nous ne reviendrons pas ici sur ces faits, parce que nous y avons suffisamment insisté dans les articles consacrés aux troubles sympathiques ou généraux qui accompagnent les dyspepsies. Il nous a paru suffisant, en même temps que nécessaire, de les rappeler, de les rapprocher les uns des autres, en traitant du diagnostic auquel ils appartiennent, autant au moins qu'à la symptomatologie et à la marche de ces affections.
ARTICLE I"
j^DU DIAGNOSTIC DE LA DYSPEPSIE ACCIDE^TELLE, OU INDIGESTION.
Bien que ce chapitre doive être presque uniquement consacré à la dyspepsie habituelle, nous
rappellerons cependant ici c{ue la dyspepsie accidentelle, l'indigestion, n'est pas toujours d'un diagnostic facile, lors même que les aliments, ingérés en trop grande abondance dans l'estomac, n'ont pas été, en outre, arrosés par une quantité proportionnelle devin. L'indigestion, a\ec et même sans ivresse, peut offrir l'apparence d'une forte congestion cérébrale, et même d'un état apoplectique, qui porterait le médecin à l'emploi des saignées générales, tout au moins inutiles dans la plupart de ces cas. Les questions adressées aux personnes qui entourent les malades mettent au moins sur la voie, et l'ingestion préalable d'une certaine quantité d'eau chaude dans l'estomac, provoquant le vomissement de ce qu'il renferme, peut lever toute espèce de doute. Après le vomissement, les symptômes plus ou moins effrayants que présentait le malade, se dissipent Tapi dément, etilne reste plus que la fatigue et le malaise qui sont les conséquences ordinaires d'une forte indigestion.
Les vomissements d'aliments, qui ont lieu quelquefois au début d'une maladie aiguë, dont l'invasion a été soudaine, pourraient donner à croire, comme on l'a vu dans la première partie, qu'il n'y a là qu'une simple indigestion, et que le lendemain le malade sera revenu à la santé. Cette erreur, bien qu'elle soit sans conséquence, pourrait être imputée à faute au médecin, et, le plus communément, il lui est possi-
ble de l'éviter. Les renseignements qu'il obtient du malade lui-même et des assistants lui font connaître que le repas de la veille n'a pas été plus copieux que d'ordinaire, et qu'aucune circonstance postérieure à ce repas n'a pu le troubler. S'il apprend, en outre, que le vomissement des aliments a été précédé de ce frisson intense qui marque l'invasion de beaucoup de maladies aiguës, de phlegmasies en particulier ; que la fièvre était allumée depuis plusieurs heures quand le vomissement est survenu ; qu'à l'encontre de ce qui a lieu dans le cas précédent, le malaise, qui avait précédé le vomissement, n'a pas cédé, ni diminué, qu'il a même augmenté : il devient évident qu'il doit être rattaché à une maladie qui débute, et qu'il n'est pas le fait d'une simple indigestion. Quelle sera cette maladie qui débute? Il n'est pas toujourspossibledeledéterminer immédiatement; et ce n'est pas, du reste, àce moment, le point important. Toutefois, s'il règne une affection épidémique, éruptive, phlegmasique, paludéenne, puerpérale, c'est de ce côté que les présomptions se dirigent. Dans les cas où il n'existait, ni chez le malade, ni autour de lui, de motifs de craindre telle maladie plutôt que telle autre, il m'est souvent arrivé, quand le froid du début était intense et long, d'annoncer comme très-probable, surtout chez les vieillards, l'apparition prochaine des signes d'une pneumonie; et je ne saurais dire combien de fois l'événement a
justifié ce diagnostic en apparence si hasardé. Le vomissement, n'ayant été suivi d'aucune amélioration, n'était qu'un phénomène accidentel ; le frisson violent était le signe principal. Or. chezles vieillards, \e frisson violent est un signe d'une immense valeur dans le diagnostic d'une pneumonie qui débute.
ARTICLE II
Nous avons exposé précédemment (pages 69 à 85) les circonstances dans lesquelles les symptômes de la dyspepsie essentielle peuvent être voilés, et ils le sont surtout par la prédominance des symptômes généraux : c'est le premier point du diagnostic. Le second a pour but de déterminer si la dyspepsie ne serait pas symptomatique d'une maladie donnant lieu à des troubles digestifs analogues. Nous allons exposer les principales de ces maladies, et indiquer les signes propres à les reconnaître. Quelques formes spéciales des dyspepsies exigeront aussi, sous le rapport du diagnostic, des articles particuliers.
ARTICLE III