OBSERVATION XXVI
Goutte. — Effets consécutifs du traitement à Contrexéville se manifestant
du côté de la peau.
M. X***, négociant à Paris, âgé de quarante ans, d’un tempérament nerveux et d’une constitution affaiblie, s’est rendu pour la première fois à Contrexéville le 18 juin 1866, se plaignant de digestions difficiles et d’émission de sables abondants dans ses urines.
Né de parents goutteux, M. X'** s’était toujours très-bien porté jusque vers le milieu de l’antiée 1865, époque à laquelle il eut une atteinte de choléra suivie d'une faiblesse très-grande qui nécessita, pendant plusieurs mois, l’usage d un régime fortement animalisé.
Le 5 février 1866, un accès de goutte se déclara au pied gauche ; sa durée fut de quatre-vingts jours. Au bout de ce temps, les fonctions du tube intestinal se troublèrent i les digestions devinrent pénibles et môme douloureuses, les garde-robes liquides et nombreuses, au nombre do sept à huit, en moyenne, dans les vingt-quatre heures. En- outro, tous les malins, le vase do nuit présentait, sur ses parois, une quantité considérable
d’acide urique, dont l’abondance était en raison directe do la difficulté du travail de la digestion accompli dans la soirée.
L’eau de la source du Pavillon bue pendant trois semaines à la dose maximum de quatre verres par jour amena uno assez grande amélioration, car, au moment de son départ, ce malade digérait ses aliments sans fatigue, n’avait quo deux à trois selles par jour et ne trouvait plus au fond de son vase de nuit qu’une très-fajble quantité d’acide urique. Revenu à Contrexéville, le 11 juin 1867 pour y faire une nouvelle saison, M. X"* se considérait comme à peu près guéri; il ne sentait plus, disait-il, son estomac, excepté les jours où il s’était laissé aller à quelque écart de régime, et n’observait qu’alors du sable dans ses urines. Il avait une selle quotidienne.
Une semaine après son départ do Contrexéville, M. X**’ fut pris, dans la matinée et par un temps chaud, en descendant le Righi en Suisse, desueurs extrêmement abondantes qui durèrent pendant trente-six heures. Un tel phénomène se présentait chez lui pour la première fois ; il s’on alarma d’autant plus qu’aucun doses nombreux compagnons de route n’éprouva rien de semblable.
A partir de ce moment, l’amélioration fit do très-grands et très-rapides progrès dont presque tout l’honneur revient, d’après ce malade, à l’abondance excessive de la transpiration cutanée survenue après la fin de son traitement thermal.
OBSËIIVATION XXVII.
Goutle. — Effets violents du côté des voies urinaires à la suite d’une imprudence du malade.
M. X"*, de Chaumont (Haute-Marne), ûgé de cinquante-sept ans, est d’un tempérament sanguin et de forto constitution. Ce malade vint pour la première fois à Contrexéville, lo 8 juillet 1861 dans lo but de trouver un soulagement à une affection goutteuse dont il était atteint depuis trois ans. Aucun de ses paronls n’a ni la goutte ni la gravello. Il porto au- pavillon de
l'oreille droito trois concrétions d’urate de soude du volume d’umgrain de millet chacune.
M. X*** a de plus dans les bourses une volumineuse tumeur prise depuis huit ans pour une hernie et que M. Velpeau, après l’avoir examinée, reconnut pour une hydrocèle du côté droit. Les eaux minérales, prises pendant trois semaines à la dose maximum de douze verres par jour, ont été très-bien supportées.
Le malade revint en 1862. Il n’a pas eu d’accès de goutte depuis la cure thermale de l’année précédente, mais de temps en temps une émission de petits sables avec les urines, ce qu’il n’avait jamais observé précédemment.
En 1863 les sables persistent, mais la goutte a disparu. Le malade entreprend alors une saison sans direction médicale et porte la dose de l’eau en boisson jusqu’à dix-sept verres par jour dans l’espoir de voir disparaître son hydrocèle. Peu après il est pris d’une cystite violente avec fièvre intense, difficulté dans la miction, douleurs à l’hypogastre, urines brûlantes et laissant déposer une quantité considérable de mucosités adhérentes au fond du vase.
Le malade part alors précipitamment pour Paris, s’adresse à une de nos célébrités chirurgicales qui, croyant à l’existence d’un calcul, le sonda et, établissant alors son diagnostic, lui remit la consultation suivante :
Catarrhe de vessie.
1° Boissons mucilagineuses édulcorées avec le sirop de bourgeons de sapin.
2° Application de quinze sangsues au périnée.
3° Deux fois par jour injection dans la vessie avec de 1 eau
phéniquée.
4° Emplâtre stibié sur l’hypogastre.
5° Plus tard application d’un séton sur la même partie.
Il ne fut pas, heureusement pour le malade, nécessaire d employer tous les moyens pour guérir son catarrhe qui, abandonné en quelque sorte à lui-même après l’emploi du premier
do ces moyens, n’eut qu’une durée fort courte. Les exemples d’imprudence, frequents à Contrexévillc, no se terminent malheureusement pas toujours d’une façon aussi bénigne : nous allons en fournir des preuves.
L’hydrocèle qui, comme on devait s’y attendre, n’avait point disparu, fut opéré quelques mois après avec succès par la ponction suivie d’injection iodée.