OBSERVATION XXX
Deux cas d'accidents viscéraux chez des goutteux, à la suite d’usage inconsidéré
de l’eau minérale.
M. X***, âgé de quarante-cinq ans, d’un tempérament sanguin, d’une bonne constitution, né de parents goutteux, est atteint, depuis une quinzaine d’années, de douleurs de goutte articulaire. 11 a eu en outre deux fois, en 1864 et 1865, par suite d’excès de boisson, un accès de goutte sur l’estomac.
Il vint alors suivre à Contrexéville un traitement qui produisit les effets les plus avantageux, car ce malade n’out que des douleurs insignifiantes pendant le courant de l’hiver suivant, le moins mauvais pour lui depuis quinze ans.
Revenu à Contrexéville en 1866, M. X*** but en arrivant quatro verres d’eau minérale, sans tenir compto d’une douleur
assoz violente contractée en route à l’épaule droite, sous l’influence du froid. Lo lendemain il en prit cinq, se sentit fatigué après le troisième et eut dans la soiree des ciampes d estomac extrêmement. violentes, accompagnées de vomissements abondants. Il crut à une simple indigestion d’eau, quand, le lendemain, les crampes étant devenues plus fortes et les vomissements plus fréquents, il fit appeler M. le docteur Caillat.
Dès le début de la crise, la douleur de l’épaule droite avait subitement disparu. Lorsqu’on fut parvenu à la rappeler par des moyens appropriés, les accidents se calmèrent peu à peu, et au bout de huit jours lo malade put quitter la station.
— Moins heureux que le précédent, M. de X*", hommo do cinquante-six ans, vigoureux et do bonne constitution, goutteux depuis dix ans, paya de sa vie la même imprudence, en ne tenant toutefois pas compte du premier avertissement, et en voulant, malgré les conseils de notre confrère et les prières de sa famille, recommencer une cure hydro-minérale.
Nous ne croyons pas devoir insister davantage sur les accidents que peuvent déterminer les imprudences des buveurs, et si nous avons traité ce sujet un peu longuement, c’est que nous ne voulions pas laisser passer sous silence le mémoire si intéressant de notre honorable prédécesseur. Le résumé que nous en avons fait plus haut (voir p. 24) peut donner une juste idée de son étendue, et la récompense que lui a décernée l’Académie une idée non moins exacte de son mérite.
Si nous n’avons pas donné plus d’extension au dernier chapitre, malgré l’importance des études cliniques aujourd’hui universellement reconnue, c’est qu’il se trouve dans ce recueil des observations, comme l’observation II, par exemple, qui peuvent servir de type à un groupe de malades très-nombreux à Contrexéville, et dont l’histoire offre peu de variétés.
Nous ferons cependant remarquer que les effets consécutifs des eaux n’avaient jusqu’à ce jour pas été signalés, car le travail du docteur Caillai, entièrement inédit, n était connu que de la Commission des eaux minérales. Nous devons à l’obligeance de notre regretté confrère d’avoir pu en prendre communication et d’avoir ainsi pu porter à la connaissance de nos lecteurs des conclusions que nous partageons du reste entièrement. Nous avons en effet, comme on l’a vu dans nos observations, constaté ces mêmes résultats chez beaucoup de nos malades. Mais le dernier mot sur les effets consécutifs du traitement hydro-minéral à Contrexéville est loin d’être dit, et il nous reste à continuer cette étude en apportant des faits nouveaux et nombreux à la connaissance de nos confrères. Nous ne devons pas néanmoins leur dissimuler qu’il est impossible de recueillir dans une station thermale des observations aussi détaillées que celles qu’il leur est loisible de prendre soit dans les hôpitaux, soit même dans leur pratique civile. Le silence gardé sur les effets consécutifs des eaux par les auteurs qui se sont occupés de Contrexéville ne saurait être attribué qu’à cette difficulté de recueillir des observations complètes. Nous nous efforcerons néanmoins de terminer un jour cette étude en adepte du précepte : Ars tota in observationibus .