‹ Des eaux publiques et de leur application aux besoins des grandes villes, des communes et des habitations rurales principes fondamentaux concernant la recherche et l'amenagement de l'eau dans tous les paysChapitre 30 sur 54 · DES MATIÈRES QUI ALTÈRENT LA PURETÉ DE L'EAU · texte numérisé non relu

DES MATIÈRES QUI ALTÈRENT LA PURETÉ DE L'EAU

Matières combinée*. — Quantité que les eaux publiques en peuvent supporter. — Des carbonates. — Théorie erronée. — Expériences de M. Chossat, de M. Boussingault. — Une observation médicale. — Tableau des quantités de substances fixes et de matières organiques co ntenues dans différentes eaux.j

Les matières qui altèrent la pureté de l'eau sont suspendues et troublantes ou dissoutes et combinées.

Les matières suspendues s'éliminent par le repos ou le filtrage, dont il sera amplement question plus loin.

Les matières combinées sont minérales ou organiques. Pour les distinguer et les reconnaître il faut avoir recours à l'analyse chimique et à ces longues opérations du laboratoire, dont nous avons donné une idée dans le chapitre précédent.

Les matières combinées , quand elles n'existent point en excès, ne sont pas nuisibles. Sous ce rapport

une eau, pour être potable, ne doit pas contenir plus de 0* r . 60 de matières salines et plus de 0* r . 01 de matière organique.

Au-dessus de ces quantités, il y a excès, et, par conséquent, l'usage des eaux qui sont affectées de cet excès est dangereux pour la santé.

Les matières minérales contenues ordinairement dans les eaux, comme on Ta déjà vu, sont des carbonates, des sulfates, des hydrochlorates, des azotates, terreux ou alcalins, et de l'oxyde de fer. Tout le monde est d'accord sur le degré d'insalubrité de chacune de ces substances, en exceptant les carbonates, dont la présence dans l'eau a paru utile à des esprits prévenus.

L'opinion, une opinion toute récente, s'est établie, en eiïct, tendant à admettre qu'une petite quantité de chaux 0,02 à 0,04 par litre d'eau, paraît être une condition fort utile pour la bonne qualité des eaux. On est allé même jusqu'à prétendre que les bonnes eaux doivent renfermer des carbonates dans cette proportion.

Ceci est directement contraire au principe qui dit qu'une eau est d'autant meilleure qu'elle est plus pure chimiquement et aérée.

L'origine de cette opinion, au surplus ne remonte pas bien loin. Gomme nous avons eu l'occasion de la réfuter dans une note lue à l'Académie des sciences, (séance du lundi 13 octobre 1802) nous reproduisons cette note textuellement.

DU CARBONATE DE CHAUX

Hygiène générale. — De la présence du carbonate de chaux dans les eaux publiques.

Une opinion s'est manifestée dans ces derniers temps, touchant la chaux dans les eaux publiques. Quelle est la valeur de cette opinion et comment s'estelle formée ?

En 1840, un médecin de Lyon, M. Dupasquier (1), avança dans un livre, cette proposition, que les eaux potables doivent contenir une certaine quantité de carbonate de chaux. Il l'affirma comme une décou verte. « J'appelle avec confiance, dit-il, l'attention du lecteur sur les aperçus nouveaux, que présente mon travail, » et dans ces aperçus nouveaux, il comprend le rôle assigné par la nature, au carbonate de chaux dans l'acte de la digestion.

M. Dupasquier appuya sa proposition, sur les considérations suivantes : « Les effets thérapeutiques du « carbonate de chaux, disait-il, effets bien connus, « expliquent l'utilité de sa présence dans les eaux po- • tables... les médecins emploient souvent le carbo-

(1) U était aussi professeur de chimie ; et, en cette qualité, il lut chargé d'examiner des eaux de source qu'on roulait dériver sur Lyon et de les comparer aux eaux (lu Rhône. Il prit parti pour les premières; et il pu* blia un volume, pour démontrer qu'il (allait leur donner préférence. Son opinion explicite et très-longuement déduite ne fut point suivie; car ce sont les eaux du Rhône qui circulent aujourd'hui dans les rues de Lyon et qui coulent de ses fontaines.

« nate de chaux (yeux d'écrevisses, craie) dans les « eiribarras gastriques, les aigreurs des premières voies... « il opère en saturant les acides de l'estomac, et en c stimulant la membrane muqueuse... rien n'est donc t plus certain, et plus évident que l'action utile de ce « sel dans l'acte de la digestion. » (Alph. Dupasquier des eaux de source et des eaux de rivière, page 93, Lyon 1840). (1).

Ce sont là des considérations thérapeutiques et pathologiques. M. Dupasquier ne donne pas d'autre raison; il n'apporte point d'expériences qui lui soient propres ; il argue des tablettes de Vichy « qui, dit-il, «rcitent l'action digestive. »

Deux ans plus tard, M. Chossat, entreprit de nourrir des pigeons, avec du^blé pour aliment unique. Les

(1) Un chimiste illustre, qui a suivi les idées de l'auteur lyonnais t'exprime de la manière suivante, a ce propos. « Si un excès de sels calcaire, dit-il, rend Veau nuisible et malsaine, une certaine quantité, l'expérience nous l'apprend (quelle expérience?) la rend plus salubre et plus facile à digérer ; soit que cet effet provienne de l'action physiologique et de la saveur du sel de chaux; soit qu'il faille l'attribuer à la présence de l'acide carbonique nécessaire pour tenir le carbonate de chaux en dissolution. »

On convient donc que les sels calcaires rendent l'eau nuisible et malsaine. L'explication physiologique et même chimique n'été rien au vice du raisonnement. Si les sels calcaires, pris en certaines proportions, rendent l'eau nuisible et malsaine; comme la proportion supportée par l'un n'est pas la même que celle qu'en pourra supporter un autre, la sensibilité organique étant aussi variée que les conformations individuelles et les tempéraments, on ne peut évidemment pas attribuer à tous, ce qui, dans certaines proportions, peut être nuisible aux uns ou aux autres ; et qui, en définitive, n'est réellement avantageux qu'à un certain nombre.

DU CARBONATE DE CHAUX

tJ.J

animaux engraissèrent d'abord, ils augmentèrent de poids. Au bout de deux mois ils se mirent à boire, avec excès, et à prendre jusqu'à huit fois plus de boisson que dans l'état normal; puis ils maigrirent, et finalement ils succombèrent, du huitième au dixième mois. M. Chossat, s'assura que leurs os s'étaient amincis, que le principe calcaire (phosphate de chaux) qui entre dans leur composition, avait disparu ; et il tira de l'expérience, les deux conclusions qui suivent :

I e Les sels calcaires déposés dans le tissu osseux, peuvent être résorbés quand les animaux ne trouvent pas dans leur nourriture une quantité de principes calcaires suffisants.

2 e Le blé seul, pour toute nourriture, conduit les pigeons à l'inanition. La nutrition de ces animaux au contraire est complète, lorsqu'on ajoute au blé une faible quantité de carbonate de chaux. (Comptes-rendus, tome 14, page 451.)

En 1846, M. Boussingault, entreprit des expériences dans une autre direction. Le savant et habile chimiste fit connaître les deux observations suivantes :

Dans les huit premiers mois de sa croissance, un porc avait assimilé 701=' de chaux, soit 08 de chaux par jour. Un autre porc, à partir du huitième mois, et pendant 93 jours, n'avait assimilé que 150*% W 06 de chaux par jour. M. Boussingault, explique la différence dans la quantité assimilée par jour, entre les

huit mois et les 93 jours, par la nécessité de l'accroissement des os, dans les premiers mois.

Le second animal était soumis au régime exclusif des pommes de terre. Ces pommes de terre ne contenaient que 98^ de chaux ; les 52** trouvés, en surplus, venaient de l'eau dans laquelle on avait délayé l'aliment et qui en contenait 179^, c'est-à-dire une quantité supérieure à celle dont le système osseux du porc avait profité.

Voilà donc tout ce que la science possède sur la question, une théorie et deux expériences de chimie physiologique. Peut-on en tirer légitimement la conclusion, que la présence du carbonate de chaux est nécessaire dans les eaux publiques ?

En disant que les eaux publiques doivent contenir du carbonate de chaux, parce que ce sel excite l'action digeslive de l'estomac, M. Dupasquier a conclu du particulier au général. Tous les estomacs n'ont pas besoin que leur action digestive soit excitée. Dans une population c'est le moindre nombre, ce sont les estomacs débilités qui ont ce besoin et qui l'ont d'une manière transitoire ; tandis que, constamment, tous, sans exception et sans interruption, ont besoin d'eau, et d'eau pure ; e t quand on parle d'eau pure, on ne parle pas de eailnynate de chaux.

Les considérations thérapeutiques et pathologiques, invoquées par M. Dupasquier, ne prouvent pas davantage. Les embarras gastriques, les aigreurs des pre-

DU CARBONATE DR CHAUX

mières voies, c'est de la pathologie. L'emploi des yeux d'écrevisse, de la craie, des pastilles de Vichy, c'est de la matière médicale. Or, on ne conclut pas des conditions de la maladie, à celles de la santé ; et de ce que telle substance est utile pour rétablir un estomac malade ou débilité, on ne peut pas conclure que cette même substance est nécessaire pour la nutrition de l'homme sain et dont l'estomac jouit de toute sa vigueur. En pareil cas même la prudence médicale ordonne de se préoccuper plutôt de la possibilité du contraire.

Voilà pour la théorie de M. Dupasquier.

Pour ce qui regarde les expériences de M. Chossat, ce physiologiste n'a pas considéré que ses pigeons ayant maigri, perdu leur embonpoint musculaire, leur graisse, il y avait eu dans leur économie, autre chose de résorbé que la partie terreuse des os. Ensuite n'est-il pas d'expérience journalière, n'est-ce pas ce qu'il y a de mieux démontré, en physiologie expérimentale, qu'une nourriture identique et uniforme entraîne l'inanition ? Le pigeon nourri exclusivement avec le blé additionné de carbonate de chaux aurait donc succombé à la longue, comme celui qui avait été alimenté avec le blé pur.

Quant aux expériences de M. Boussingault, en les rapprochant de celles de M. Chossat, on voit aisément qu'elles ne sont pas comparables. Les sujets diffèrent en tout : d'une part des pigeons et de l'autre des porcs.

Les facultés de leur estomac sont diverses, les pigeons de M. Chossat ne trouvent pas dans l'eau ce que les porcs de M. Boussingault en retirent surabondamment.

Il est vrai qu'ils n'ont pas eu à boire la même eau, objection sans portée, à moins que l'abreuvoir des cages n'ait été alimenté avec de l'eau distillée.

En définitive, si on étend les conséquences de ces faits plus loin que M. Boussingault n'a jugé légitime de les étendre, on risque de tomber dans l'absurde. En effet, les os ne sont pas formés de chaux seulement; ils se composent aussi de gélatine et de phosphore. Si pour les besoins de l'ossification, on veut que les eaux publiques contiennent de la chaux, on doit vouloir aussi, pour le même objet, qu'elles contiennent de la gélatine et du phosphore . On voit où mène un semblable raisonnement.

Ainsi la théorie de M. Dupasquier pèche par la base, et les expériences de M. Chossat sur l'inanition et de M. Boussingault sur la nutrition sont insuffisantes pour la soutenir (i).

(1) Pour bien des esprits il n'y a que les faits qui prouvent. Quelle est donc la valeur des faits eux-mêmes, compares aux raisonnements auxquels ils peuvent servir de base? Le fait lésultc de l'observation matérielle : le raisonnement est le travail absolu de l'esprit sur le fait observé : le raisonnement est une pure abstraction. € Serait-il vrai que toute abstraction fut une erreur ? Ce préjugé est d'autant plus spécieux qu'il semble donner plus de so. lidité aux connaissances matérielles, en écartant tout ce que la pensée humaine ajoute aux vérités de la nature. Mais on oublie que la connaissance

DU CARBONATE DE CHAUX

Il nous reste à démontrer par les faits, que l'application générale d'une pareille théorie peut n'être pas sans danger; et que des eaux publiques, contenant des carbonates calcaires, même en faible quantité, ont été quelquefois nuisibles.

On trouverait là-dessus et par milliers des faits probants dans l'histoire de la médecine pratique. Un seul suffit à la démonstration.

<l Le bicarbonate de chaux, dit M. Guérard, tant qu'il ne dépasse pas la dose de 0,0005, est regardé comme un élément utile dans certaines conditions de la digestion stomacale; néanmoins, il est des personnes qui se trouvent incommodées de l'usage des eaux chargées, même assez légèrement, de ce sel. Je connais une famille, dont le chef, pendant un séjour de plusieurs années à Dieppe, où le retenaient ses fonctions, ne put se soustraire au dérangement de santé que lui causait l'usage des eaux calcaires, fournies par les fontaines de cette ville, qu'en s'astreignant à ne les employer qu'après les avoir fait soumettre à l'ébullition. » (Alph. Guérard, thèse pour la chaire d'hygiène } page 22, Paris 1852.)

Nous avons dit qu'un seul fait suffisait à la démonstration. C'est un principe capital dans l'hygiène pu-

d'un seul fait est elle-même une abstraction ; car un objet ne pouvant être connu que par rémunération de ses propriétés, et ses propriétés ne pouvant être appréciées que par la comparaison, l'individualité d'un fait se compose évidemment d'une somme de rapports ; or tout rapport est une abstraction.» Serres, Principes d'embryogénie, préface, p. 2.)

blique ; quand il s'agit de mesures à prendre pour le salut d'une population, la nécessité de conjurer un danger qui s'est avéré, même une seule fois, justifie toutes les précautions rationnelles préventives.

En rendant compte de ma lecture académique, le savant et consciencieux rédacteur de la Gazette des Hôpitaux, M. le docteur Broclrin, s'est étonné que nous n'ayons cité qu'un fait à l'appui de la thèse. L'importance du sujet exige que nous reproduisions la réponse que nous lui avons adressée et qu'il a insérée dans la Gazette des Hôpitaux du mardi 4 novembre 1862.

C'est à dessein que j'ai cité un fait unique pour démontrer que la présence du carbonate de chaux dans les eaux publiques, peut être nuisible ; mais un fait incontestable, réunissant toutes les conditions d'authenticité et de certitude ; car il est emprunté à un contemporain, à un auteur vivant, à un membre distingué de l'Académie de médecine, à un observateur indépendant, à un praticien estimé et autorisé par des études spéciales; et il a été précisé dans une thèse publique, c'estrà-dirc dans un écrit imprimé, et, par la nature même de son objet, prédestiné à la discussion.

C'est encore à dessein que j'ai affirmé qu'un seul fait était suffisant pour la démonstration en pareille

Il y a sous cette affirmation un principe capital dont

DU CARBONATE DK CHAUX 119

je tiens à faire ressortir l'importance et la valeur réelles.

Les eaux publiques constituent l'une des plus grosses questions de l'hygiène générale et particulière ; peut-être même est-elle la plus grosse. En fait d'aliments on peut tout remplacer, excepté l'eau ; il faut de l'eau pour tous et partout, et il est bien évident que l'on doit préférer la meilleure.

Si l'eau qu'on me distribue m'incommode, et si, en faisant bouillir cette eau pour en éliminer le carbonate de chaux, elle ne m'incommode plus, je suis autorisé à affirmer que cette eau, telle qu'elle m'arrive, et avant que je Taie fait bouillir, n'est pas une bonne eau pour moi.

Nierez-vous que ce que je dis pour moi, beaucoup d'autres individus, dans l'ensemble d'une population agglomérée, puissent être dans le cas de le dire aussi pour eux-mêmes?... Mais une eau destinée à tous* il ne faut pas cesser de le répéter, devant être bonne pour tous, je suis donc autorisé à conclure que celle qui n'est pas bonne pour moi, par cela seul qu'elle contient du carbonate de chaux, et qui peut n'être pas bonne pour d'autres, n'est réellement pas bonne pour tout le monde.

Maintenant, si vous en venez aux conséquences pratiques, le principe n'est pas loin :

Quand il s'agit de la santé publique, la constatation d'un danger, éprouvé même une seule fois par un seul.

justifie et prescrit toutes les mesures rationnelles préventives.

C'est là de la haute hygiène, vous pouvez m'en croire : il n'y a point ici de place pour les résultats

numériques; de pareilles questions ne se décident point à la majorité des voix.

La contagion de la fièvre jaune a, dans le temps, beaucoup occupé l'Académie de Médecine. M. Chervin avait ramassé les témoignages des médecins de tous les pays où la fièvre jaune avait apparu. Il voulait qu'on supprimât les lazarets, parce que les certificats des médecins coritagionistes é/aient infiniment moins nombreux que ceux des médecins qui ne croyaient pas à la contagion. Des faits contraires étaient allégué par les opposants de côté et d'autre. — Y a-t-il un seul de ces • faits où le développement de la fièvre jaune soit douteux seulement? demanda un académicien. — Si oui, la question est jugée. Et elle le fut en effet dans le sens de la conservation des lazarets et de l'amélioration de leur régime.

L'exposé que nous venons de faire démontre combien il serait important de connaître les qualités des eaux de toute espèce que la France possède.

En 1849, M. Dumas, alors ministre du commerce et des travaux publics, se préoccupa de cette question; et il ordonna la formation d'une commission spéciale,

DU CARBONATE DE CHAUX

qui a publié l'annuaire des eaux de la France pour l'année 1851.

Cette commission fit appel à tous les savants qui pouvaient l'aider dans sa tache. Un petit nombre répondit à ses désirs. Le plus zélé, sans aucun doute, fut M. Fauré, de Bordeaux, dont nous avons déjà eu l'occasion de mentionner l'excellent travail. 11 alla chercher lui-même ses échantillons dans chacun des quarante-huit cantons de son département et il employa trois ans à leur étude.

Le tableau suivant est le relevé de toutes les analyses que nous avons pu recueillir tant, dans Mammaire que dans le livre de M. Fauré et ailleurs.

TABLEAU des quantités de substances fixes, minérales et organiques contenues dans les eaux analysées de différents départements.

N. B. — Les chiffres expriment des grammes et des décimales da gramme. Une eau n'est pas insalubre et peut être déclarée potable, elle contient, en matières salines, 0,60 centigrammes seulement, et en tières organiques, pas plus de 0,01 centigramme.

Quantité Quantité

de de substances matières minérales ©rpaniq.

pour pour un litre nu litre d'eau d'eau analysée, analysée.

Page 1