‹ Des eaux publiques et de leur application aux besoins des grandes villes, des communes et des habitations rurales principes fondamentaux concernant la recherche et l'amenagement de l'eau dans tous les paysChapitre 39 sur 54 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Le matériel et la construction des ouvrages, la disposition des mécanismes, la forme des réservoirs, la distribution, l'agencement des conduites qui la composent, etc.. tout cela est en dehors de notre objet en tant que l'hygiène n'y est point intéressée. Il faut donc recourir pour ces questions aux ouvrages tout à fait spéciaux qui, à la vérité, ne sont pas nombreux. Peu d'ingénieurs ont écrit sur cette matière : car peu l'ont pratiquée (Dupuit, avant propos, p. vi). A vrai dire, il en est de la question technique des eaux, à peu de chose près, comme de la question hygiénique. Le seul traité complet sur la première est celui de M. Dupuit, entrepris d'abord comme une édition nouvelle de Y Essai de Genieys; comme le présent travail n'est au fond qu'une seconde édition refondue et considérablement augmentée de notre Essai sur les eaux publiques mis au jour en 1841.

Auteurs qui ont écrit sur ce sujet. — Les croyants et les habiles. — Le père Kirchcr. — Malebranche. — L'Académie des sciences. — Le pendule explorateur. — Lettre de M. Chevreul à M. Ampère.

Le nombre des écrits publiés concernant la baguette divinatoire est considérable. M. Chevreul en a rassemblé la plus grande partie et a consigné leur analyse dans le Journal des Savants (tomes 38 et 39, années 1853 et 1854).

Les auteurs peuvent être rangés en deux catégories. Les uns ont écrit pour réfuter une croyance qu'ils ont trouvée absurde et basée sur des faits controuvés; les autres, pour expliquer le merveilleux de ces faits qu'ils ont admis.

Quant aux personnes qui se livrent à la pratique de cette variété de l'art divinatoire, on peut aussi les ranger en deux classes.

Il y a les croyants, de vrais croyants, cultivant avec naïveté l'art ou le secret de la baguette et ayant une

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conliance parfaite dans ses résultats. Au nombre de ces croyants on a compté même des savants, qui, louables et dignes de faire autorité dans les matières qui font l'objet spécial de leurs études, se montrent ici légers ou incapables soit, d'instituer, soit d'interpréter des expériences qui permettent de distinguer l'erreur de la vérité.

11 y a enfin les habiles qui exercent un métier lucratif, et dans les mains desquels la baguette tourne à volonté sous l'influence de ce qu'on appelle vulgairement le coup de pouce.

Le père Kircher, « dont la vaste science est connue de tous, » (Chevreul), l'un des premiers a jugé sainement la baguette. « Si le mouvement de la baguette, dit-il, ne provient pas d'un jeu ou d'une fourberie de la part de celui qui la tient, il n'est pas naturel. » Le père Kircher trouvait ridicule qu'on voulût soutenir le contraire.

On se servait de la baguette pour découvrir les sources, pour chercher des mines, pour dévoiler le présent, le passé et même l'avenir ; pour démêler les innocents d'avec les coupables, etc., etc.

Dans le Dauphiné, où la pratique en était le plus répandue, il y avait des hommes, des garçons et des filles qui, pour cinq sous, constataient, au moyen de la baguette, si des bornes d'héritage avaient été déplacées. L'un d'eux, J. Aymar, alla même jusqu'à re* trouver les voleurs et les meurtriers.

Le père Lebrun, prêtre de l'Oratoire , frappé des désordres qui pouvaient être la conséquence de ces pratiques, soumit à un examen critique tous les faits qu'il put recueillir. Il fut frappé de quelques-uns qui lui étaient rapportés par des personnes dignes de foi. lien écrivit au père Malebranche qui lui répondit : t je n'aurais jamais pu croire qu'il se trouvât des hommes susceptibles de donner dans ces extravagances; le mouvement de la baguette est une chimère. »

Le livre du père Lebrun est rempli de faits curieux, l'Académie des sciences en porta le jugement suivant :

« Le R. père Lebrun, prêtre de l'Oratoire, ayant présenté à l'Académie, un livre intitulé : Histoire cristique des pratiques superstitieuses qui ont séduit les peuples et embarrassé les savants, sur lesquels il souhaitait d'avoir le sentiment de la compagnie, elle a nommé pour l'examiner le R. père Malebranche, MM. du Hamel, Gallois, Dodart, de la Hire et moi ; et, après l'avoir lu chacun en particulier, nous sommes convenus tous ensemble que le livre est plein de recherches curieuses, et bien raisonnées ; que les principes qui y sont établis pour démêler ce qui est naturel, d'avec ce qui ne l'est pas, sont solides ; et que les pratiques qu'on y combat sont de pures impostures des luymmes, ou doivent avoir des causes qui ne peuvent être rapportées à la physique, supposé la vérité des faits dont on n'a pas entrepris la discussion.

• En foi de quoi j'ai signé le présent certificat, à

Paris, ce 17 décembre 1701,Fontenelle, secrétaire de l'Académie royale des sciences. »

Les sourciers ou tourneurs de baguettes les plus renommés sont sortis du Dauphiné.

M. Chevreul pense que le mouvement de la baguette, entre les mains de ceux qui agissent de bonne foi, n'appartient pas au monde physique mais au monde moral. Entre les mains de ceux qui sont habiles, l'explication est trouvée depuis longtemps, la baguette ne tourne qu'à l'aide du coup de pouce.

M. Chevreul compare les effets de la baguette à ceux du pendule explorateur qui a été, de sa part, l'objet de recherches expérimentales. On prend un cube de métal quelconque, un anneau d'or, on l'attache à un fil mouillé, d'une demi aune de longueur, on prend le fil par l'extrémité libre, on le serre entre deux doigts et on tient le tout perpendiculairement au-dessus ou assez près d'un vase rempli d'eau, ou au-dessus d'en métal quelconque, une pièce de monnaie, une plaque de zinc ou de cuivre. On a bien soin d'empêcher tout mouvement mécanique. Alors on voit le pendule prendre insensiblement des oscillations elliptiques qui se forment en cercle et deviennent de plus en plus régulières.

Sur le pôle nord de l'aimant, sur le zinc et sur l'eau, le mouvement se fait de gauche à droite.

Sur le pôle sud, sur le cuivre ou l'argent il se fait de droite à gauche.

11 faut lire, dans le Journal des Savants, le détail des expériences infiniment variées qui furent faites sur ce pendule par Ritter et par Gerboin, professeurs à l'École de médecine de Strasbourg, etc.

M. Chevreul répéta ces expériences en 1812, mais il ne les publia qu'en 1833, sous la forme d'une lettre adressée à M. Ampère ; et voici l'interprétation que le savant académicien en a donné. Ici nous citerons textuellement et in extenso le Journal des Savants.

« Le pendule dont je me servis, dit M. Chevreul, était un anneau de fer suspendu à un fil de chanvre ; il avait été disposé par une personne qui désirait vivement que je vérifiasse moi-même le phénomène qui se manifestait lorsqu'elle le mettait au-dessus de l'eau, d'un bloc de métal ou d'un être vivant, phénomène dont elle me rendit témoin. Ce ne fut pas, je l'avoue, sans surprise, que je le vis se reproduire, lorsque, ayant saisi moi-même de la main droite le fil du pendule, j'eus placé ce dernier au- dessus du mercure de ma cuve pneumato-chimique, d'une enclume, de plusieurs animaux, etc. Je conclus de mes expériences que, s'il n'y avait, comme on me l'assurait, qu'un certain nombre de corps aptes à déterminer les oscillations du pendule, il pourrait arriver qu'en interposant d'autres corps entre les premiers et le pendule en mouvement, celui-ci s'arrêterait. Malgré ma présomption, mon étonnement fut grand lorsque, après avoir pris de la main gauche une plaque de

verre, un gâteau de résine, etc., et avoir placé un de ces corps entre le mercure et le pendule qui oscillait au-dessus, je vis les oscillations diminuer d'amplitude et s'anéantir complètement; elles recommencèrent lorsque le corps intermédiaire eut été retiré, et s'anéantirent de nouveau par l'interposition du même corps. Cette succession de phénomènes se répéta un grand nombre de fois avec une constance vraiment remarquable, soit que le corps intermédiaire fût tenu par moi, soit qu'il le fût par une autre personne. Plus ces effets me paraissaient extraordinaires, et plus je sentais le besoin de vérifier s'ils étaient réellement étrangers à tout mouvement musculaire du bras, ainsi qu'on me l'avait affirmé de la manière la plus positive. Gela me conduisit à appuyer le bras droit, qui tenait le pendule, sur un support de bois que je faisais avancer à volonté de l'épaule à la main et revenir de la main vers l'épaule. Je remarquai bientôt que, dans la première circonstance, le mouvement du pendule décroissait d'autant plus que l'appui s'approchait davantage de la main, et qu'il cessait lorsque les doigts qui tenaient le fil étaient eux-mêmes appuyés, tandis que, dans la seconde circonstance, l'effet contraire avait lieu ; cependant, pour des circonstances égales du support au fil, le mouvement était plus lent qu'auparavant. Je pensai, d'après cela, qu'il était très-probable qu'un mouvement musculaire, qui avait lieu à mon insu, déterminait le phénomène, et je devais d'autant

plus prendre cette opinion en considération, que j'avaisun souvenir vague, à la vérité, d'avoir été dans un état tout particulier lorsq ue mes yeux suivaient les oscillations que décrivait le pendule que je tenais à la main.

« Je relis mes expériences, le bras parfaitement libre, et je me convainquis que le souvenir dont je viens de parler n'était pas une illusion de mon esprit, car je sentis très-bien qu'en même temps que mes yeux suivaient le pendule qui oscillait, il y avait en moi une disposition ou tendance au mouvement qui, tout involontaire qu'elle me semblait, était d'autant plus satisfaisante que le pendule décrivait de plus grands arcs; dès lors, je pensai que, si je répétais les expériences les yeux bandés, les résultats pourraient en être tout différents de ceux que j'observais ; c'est précisément ce qui arriva. Pendant que le pendule oscillait au-dessus du mercure, on m'appliqua un bandeau sur les yeux, le mouvement diminua bientôt ; mais, quoique les oscillations fussent faibles, elles ne diminuèrent pas sensiblement, par la présence des corps qui avaient paru les arrêter dans mes premières expériences. Enfin à partir du moment où le pendule fut au repos, je le tins encore pendant un quart-d'heure au-dessus du mercure sans qu'il se remit en mouvement, et, dans ce temps là, et toujours à mon insu, on avait interposé et retiré plusieurs fois, soit le plateau de verre soit le plateau de résine.

« Voici comment j'interprète ces phénomènes.

t Lorsque je tenais le pendule à la main, un mouvement musculaire de mon bras, quoique insensible pour moi, fit sortir le pendule de l'état de repos, et les oscillations, une fois commencées, furent bientôt augmentées par l'influence que la vue exerça pour me mettre dans cet état particulier de disparition ou tendance au mouvement. Maintenant, il faut bien reconnaître que le mouvement musculaire, lors même qu'il est accru par cette môme disposition, est cependant assez faible pour s'arrêter, je ne dis pas sous l'empire de la volonté, mais lorsqu'on a simplement la pensée d'essayer si telle chose l'arrêtera ; il y a donc une liaison intime établie entre l'exécution de certains mouvements et l'acte de la pensée qui y est relative ; quoique cette pensée ne soit point encore la volonté qui commande aux organes musculaires. C'est en cela que les phénomènes que j'ai décrits, me semblent de quelque intérêt pour la psychologie, et même pour l'histoire des sciences ; ils prouvent combien il est facile de prendre des illusions pour des réalités, toutes les fois que nous nous occupons d'un phénomène où nos organes ont quelque part, et cela dans des circonstances qui n'ont point été analysées suffisamment. En effet, que je me fusse borné à faire osciller le pendule au-dessus de certains corps, et aux expériences où ses oscillations furent arrêtées, quand on interposa du verre, de la résine, etc., entre le pendule et les corps qui semblaient en déterminer le mouvement, certai-

nemeDt je n'aurais point eu de raison, pour ne point croire à la baguette divinatoire et à autre chose du même genre. Maintenant, on concevra sans peine comment des hommes de très-bonne foi, et éclairés d'ailleurs, sont quelquefois portés à recourir à des idées tout à fait chimériques pour expliquer des phénomènes, qui ne sortent pas réellement du monde physique que nous connaissons (1).

« Une fois convaincu que rien de vraiment extraordinaire, n'existait dans les effets qui m'avaient causé tant de surprise, je me suis trouvé dans une disposition si différente de celle où j'étais la première fois que je les observai, que longtemps après, et à diverses époques, j'ai essayé, mais toujours en vain, de les reproduire.

« En invoquant votre témoignage sur un fait qui s'est passé sous vos yeux, il y a plus de 12 ans, je prouverai à mes lecteurs que je ne suis pas la seule personne sur qui la vue ait eu de l'influence pour déterminer les oscillations d'un pendule tenu à la main. Un jour,

(1) Je conçois très-bien qu'un homme de bonne foi, dont l'attention tout entière est fixée sur le mouvement qu'une baguette qu'il tient dans les mains peut prendre par une cause qui lui est inconnue, pourra recevoir de la moindre circonstance, la tendance au mouvement nécessaire pour amener la manifestation du phénomène qui l'occupe. Par exemple, si cet homme clicrche une source, s'il n'a pas les yeux bandés, la vue d'un gazon vert, abondant sur lequel il marche, pourra délenniner en lui, à son insu, le mouvement musculaire capable de déranger la baguette, par la liaison établie entre l'idée de la végétation active et celle de l'eau.

où j étais chez vous avec le général P... (1) et plusieurs autres personnes, vous vous rappelez sans doute que mes expériences, devinrent un des sujets de la conversation : que le général manifesta le désir d'en connaître les détails, et, qu'après les lui avoir exposés, il ne dissimula pas combien l'influence de la vue, sur le mouvement du pendule, était contraire à toutes ses idées. Vous vous rappelez que, sur ma proposition d'en faire lui-même l'expérience, il fut frappé d'étonnement, lorsque, après avoir mis la main gauche sur les yeux, pendant quelques minutes, et l'en avoir retirée ensuite, il vit le pendule, qu'il tenait de la main droite, absolument immobile, quoiqu'il oscillât avec rapidité au moment où ses yeux avaient cessé de le voir (2). »

M. Ghevrcul est un explorateur des plus sagaces. Il déduit d'abord le principe, qui doit lui servir de fil

(1) Le général Planta, grand partisan du magnétisme.

(2) Le merveilleux des tables tournantes et parlantes n'a pas résisté davantage aux investigations de M. Chevreul. Les tables ne tourneut jamais quand la pression est perpendiculaire. Il faut une pression latérale. Aucun tourneur de tables n'a voulu accepter les conditions fort simples que M. Chevreul proposait pour dévoiler cette pression latérale. Les tables ne parlent pas plus qu'elles ne tournent; quand elles lèvent le pied, elles obéissent au coup de pouce, ni plus ni moins que la baguette de Bleton ou de Pennet, fameux sourciers du Dauphiné. M . Chevreul fait à ce propos la déclaration suivante : « Ayant entendu parler, dit-il, de l'impossibilité qu'une table a plusieurs pieds lève indifféremment un d'entre eux, lorsque les mains d'une personne restent appliquées à une même place ou à peu près, je déclare qu'une jeune dame fort adroite à faire tourner les tables, douée d'un assez bon sens pour croire qu'elle les fait tourner sans avoir recours à un autre esprit que le sien, m'a rendu témoin de ce fait, qu'on m'avait dit être impossible. »

conducteur pour la découverte delà vérité qu'il cherche, et, une fois que la certitude de ce principe lui est bien démontrée, il ne le perd plus de vue.

Si c'est l'eau souterraine qui fait tourner la baguette dans les mains du sourcier, la baguette doit tourner toutes les fois qu'il y aura de l'eau, sous ses pieds dans le terrain. Or, dans les mains des habiles, la baguette tourne et le plus souvent au hasard. Dans les mains des croyants, elle tourne aussi au hasard ; mais elle ne tourne que quand ils ont les yeux ouverts : si on fait l'expérience les yeux fermés, la baguette ne tourne plus, absolument comme le pendule dans les mains de M. Chevreul et dans celles du général Planta, en présence d'Ampère, de Ballanche et du traducteur d'Homère, Dugas Montbel.

Il nous semble inutile d'insister davantage sur l'efficacité prétendue de la baguette de coudrier ou divinatoire. M. Chevreul en effet a dit le dernier mot. Ce qu'il ajoute, en terminant sur ce sujet, est digne de remarque et sera médité avec fruit par tous les esprits qui mettant du sérieux dans leurs études, recherchent avant toutes choses la vérité de l'observation et l'interprétation logique des faits observés.

« Lorsqu'on a cherché soi-même la vérité pendant une certaine période de temps, on arrive à la conviction des difficultés de la connaître en quoi que ce soit; et dès lors, les nombreuses erreurs dont l'histoire des sciences est semée n'ont plus lieu de surprendre. Si

toutes devaient être attribuées à la légèreté, à un défaut d'habileté, et, dit-on même, à un manque de probité scientifique, nous ne dirions rien, mais il importe d'en signaler quelques-unes. Elles sont commises par des hommes d'une entière bonne foi, et qui, à l'esprit de recherche, allient encore l'habileté de l'expérimenlateur; de sorte que leurs organes obéissent à une pensée sérieuse et scientifique. C'est à eux que nous nous adressons, afin d'appeler leur attention sur le principe du pendule explorateur, et que, le connaissant, ils évitent des erreurs qui, à leur insu, rentrent en définitive dans celles qu'on rapporte à ce qu'on appelle le coup de pouce, dans le langage vulgaire des expérimentateurs.

« Le principe du pendule explorateur montre donc à l'expérimentateur la nécessité d'étudier l'influence de sa pensée sur ses propres organes, lorsqu'ils servent d'intermédiaires entre le monde extérieur et l'entendement dans l'étude des phénomènes du ressort de la philosophie naturelle.

«Il montre au philosophe, combien il importe, dans l'intérêt de la vérité, de connaître toute l'influence que la pensée peut avoir sur les organes du corps, sans que cette pensée soit la volonté : et combien, lorsqu'il s'agit, au point de vue de la morale, d'apprécier certaines actions, il est nécessaire de distinguer celles dont je viens de parler des actions émanées d'une volonté prononcée. •

de l'art de découvrir les sources

Observations anciennes. — Pline, Bélidor, Vitruve, etc. — Le poêle Ennius, anecdote. — Modifications superficielles du sol. — Les géologues et les ingénieurs. — L'abbé Paramelle : sa méthode et son livre jugés par deux ingénieurs en chef des ponts et chaussées.

On a fait des observations locales, à l'aide desquelles on peut soupçonner la présence des eaux souterraines. Mais ces observations, peu nombreuses, ne sont pas toujours justes; elles sont tout à fait insuffisantes pour constituer un art proprement dit. Nous citerons les moins incertaines.

Quand on suppose qu'il existe une veine liquide sous le sol, on va le matin, avant le lever du soleil, examiner attentivement le terrain. A cet effet on se couche à plat ventre, le menton contre terre ; et si, dans cette position, on voit une colonne de vapeur s'élever et ondoyer au-dessus du sol, on peut admettre qu'on est sur le trajet d'une eau souterraine. Cette observation n'a de valeur que dans les lieux où

il ne se trouve aucune humidité provenant des eaux superficielles.

Le père Kircher a perfectionné ce procédé d'abord décrit par Pline et que Bélidor a recommandé après le père Kircher. Aux lieux où Ton suppose qu'il peut exister de l'eau, on plante un piquet sur lequel on met, en équilibre, une aiguille faite par moitié de deux bois différents, dont l'un doit être poreux et par conséquent hygrométrique : s'il se dégage de la vapeur d'eau, le bois poreux devient plus pesant et fait pencher de son côté l'aiguille vers la terre.

Le procédé suivant est indiqué par Vitruve. On creuse un puits de 3 pieds de diamètre et de 5 ou 6 de profondeur; on met au fond de ce puits un chaudron renversé, dont on frotte d'huile la paroi interne. On couvre le tout d'abord avec des planches, puis des branchages et enfin de la terre : le lendemain on découvre l'appareil ; et s'il y a de l'eau sous le sol, la paroi interne du chaudron est tapissée de gouttelettes liquides.

Bélidor recommande aussi les signes suivants, d'après Gassiodore. Si l'on aperçoit des nuées de petits insectes voltigeant à la même place minutissimarim volitare spissum examen muscarttm, la persistance de ces insectes à rester sur le même point indique des exhalaisons de vapeur provenant d'une veine fluide.

On peut tirer la même conclusion de l'existence de joncs, de roseaux, de menthe sauvage, d'argen-

tine, de lierre terrestre, etc., etc., dans des endroits où ces plantes ne peuvent pas être entretenues par des eaux superficielles.

La neige et la gelée blanche ne persistent jamais sur le trajet d'un cours d'eau souterrain situé à une profondeur médiocre.

On comprend que ce peu d'observations ne constitue point un art. Elles sont connues d'ailleurs de toute antiquité. Ceux qui faisaient profession de les appliquer, avec d'autres pratiques presque toujours mystérieuses, portaient chez les Romains le nom d'aquifegii. Les- aquilegii ne cherchaient pas seulement les sources, ils prétendaient aussi découvrir des trésors comme les tourneurs de baguette. « — Pour une « drachme je vous découvrirai un trésor, disait l'un « d'eux au poëte Ennius. — Je le veux bien lui répondit « le poëte : je consens même à vous donner deux « drachmes à prendre sur le trésor que vous allez défi couvrir. »

Les eaux phrviales font subir à la surface du sol des modifications continuelles. Elles entraînent, des hauteurs dans les bas fonds, tout ce qui est mobile et friable. Ainsi les montagnes se dénudent; ainsi se comblent les vallées ; ainsi se produisent les atterrissements à l'embouchure des ruisseaux dans les rivières, de celles-ci dans les fleuves et des fleuves dans la mer. Mais l'embouchure d'un ruisseau c'es le point le plus

bas d'une petite vallée, l'embouchure d'une rivière c'est le point le plus bas d'un bassin secondaire, et l'embouchure d'un fleuve le point le plus déclive , la terminaison définitive d'un grand bassin à la mer.

De ces modifications superficielles du sol, résultent des surélévations de ces mêmes points qui, dans certains lieux et par de grandes pluies ou des fontes de neige subites, occasionnent ces inondations imprévues, dont les désastres ont toujours été supérieurs aux plus puissants efforts de l'industrie humaine.

Les eaux qui tombent du ciel ne courent pas toutes à la surface. La pesanteur en entraîne une partie dans le terrain transporté et meuble, où elles descendent jusqu'à la rencontre du sol primitif de la vallée, qui, s'il est ferme et impénétrable comme le granit, l'argile ou la marne ne laisse pas les eaux aller plus profondément.

Ce sont précisément ces eaux-là, et il n'y en a pas d'autres, qui alimentent les sources.

La connaissance précise de la façon dont les eaux se comportent avec les terrains au milieu desquels elles s'étalent en nappes, ou circulent en filets, en veines, en courants, etc., est donc le préliminaire indispensable de tout art de découvrir les sources. L'on comprend que les géologues et les ingénieurs hydrauliciens surtout s'en soient préoccupés en tous temps. Néanmoins quels qu'aient été leur zèle, leur activité et leur seience éprouvée, rien n'y a fait; les géologues

et les hydraulicieus n'ont découvert aucune loi, n'ont formulé aucun système, n'ont même point hasardé d'hypothèse (1).

Ce que les géologues et les ingénieurs hydrauliciens n'ont point fait, un curé de campagne a cru pouvoir l'entreprendre , « profondément ému, dit-il, des maux sans nombre que la disette d'eau causait tous les ans dans le département du Lot, » où il était succursaliste.

L'abbé Paramelle a passé en effet trente ans de sa vie à découvrir les sources. Ses travaux ont produit de bons résultats et il en a rendu compte dans un livre. Nous avons lu ce livre ; nous l'avons étudié et nous y avons puisé la conviction que l'habileté spéciale de l'abbé Paramelle ne saurait se transmettre comme se transmet un art, comme s'enseigne une science. Les chapitres 30 et 31 de l'art de découvrir les sources témoignent des nombreux succès de l'auteur ; mais le secret de ces succès n'est pas expliqué dans l'ouvrage. Et il ne pouvait l'être ; car il tient à la personne, absolument comme l'habileté exquise de ces rares médecins praticiens, doués, par la nature, de ce qu'on appelle le coup d'œil médical.

Un ingénieur hydraulicien qui a laissé un bon livre, après avoir fait à Dijon de beaux travaux pour y con-

(1) Ceci s'entend des géologues et des ingénieurs hydrauliciens contemporains, et est absolument vrai depuis qu'il est reconnu que toutes les eaux qui coulent sur la terre ou dans son sein viennent incontestablement du ciel où elles s'élèvent en vapeurs et d'où elles redescendent en pluie.

duire et distribuer les eaux d'une source, a rendu à M. l'abbé Paramelle le même témoignage que nous ; il attribue les succès du digne abbé à l'empirisme.

A l'époque où M. Darey faisait imprimer son livre, celui de M. Paramelle n'était point publié. Mais un autre ingénieur en chef des ponts et chaussées, M.Parandier, avait eu l'occasion de suivre M. l'abbé Paramelle dans plusieurs de ses explorations. Il transmit à M. Darcy des renseignements précis que ce dernier a consignés dans son livre et que nous allons reproduire.

« Dans les terrains massifs, dit M. Parandier, c'està-dire non stratifiés, le relief du terrain présente des formes arrondies.

« Lorsque la masse minérale, à raison de sa dureté et de sa cohésion, a pu résister aux érosions plus ou moins violentes des cataclysmes, l'inclinaison des coteaux est rapide, comme dans les chaînes de montagnes granitiques.

« Si les terrains massifs sont argileux, marneux et peu résistants, leurs formes sont plus mollement accusées, et les pentes des versants moins rapides , l'altération que subissent à la longue ces marnes ou ces argiles vient encore s'ajouter à leur facilité d'érosion, pour déterminer, comme conséquence, l'adoucissement des versants sur lesquels elles reposent.

t Enfin lorsque dans les terrains stratifiés (déposés par couches, une assise d'argile ou de marne est in-

tercalée entre des masses rocheuses et résistantes, il est aisé de s'en apercevoir au premier aspect général d'une localité; en effet, le profil du relief, d'abrupte et de saccadé qu'il est toujours, à l'affleurement des couches rocheuses, passe brusquement à une pente douco ou arrondie dans la partie correspondante à la couche altérable.

« Ces circonstances de reliefs de terrain que M. Paramelle connaît par son expérience, sinon par une appropriation scientifique, lui donnent immédiatement la clef de la nature du sous-sol qu'il doit considérer. Premier moyen d'investigation.

« L'état et la nature de la végétation lui en offrent un second.

« En effet, au fur et à mesure que M. l'abbé Paramelle remonte à pas lents un vallon ou une dépression continue, pour y découvrir une source, on voit bien aux regards qu'il jette sur les plantes et sur Je sol, qu'il cherche à induire de la nature et des force» végétatives des premières d'une part; et, d'autre part, de la consistance du second, la présence plus ou moins probable des eaux, et même leur profondeur approximative au-dessous de la superficie du terrain.

« Nous pouvons maintenant nous faire une idée de la méthode de M. Paramelle.

« Et, d'abord, suivons-le sur un plateau composé de masses rocheuses et stratifiées; ces plateaux, généralement recouverts d'une faible épaisseur de terrain

détritique perméable, sont eux-mêmes absorbants. Souvent même, lorsque ces plateaux forment des bassins fermés, on les voit perforés par des bas-fonds, puits ou entonnoirs où se perdent les eaux pluviales ; ils sont d'ailleurs latéralement découpés par des gorges plus ou moins profondes, où, par une foule de fissures, se rendent plus ou moins promptement les eaux pluviales. Sur ces terrains, qui présentent un aspect desséché, la végétation est peu vigoureuse, les arbres rares et rachi tiques; aussi, M. l'abbé Paramelle, à peine entrevoit-il ces terrains qu'il s'empresse de dire : // n'y a rien à faire ici n'allons pas plus loin.

« Cette conclusion négative, chacun l'avait déjà prononcée.

c Lorsque le relief du terrain, annonçait au contraire, d'après les indications précédentes, un sous-sol de marne ou d'argile imperméable, il était rare, dit M. Parandier, que M. Paramelle n'annonçât pas l'existence d'une source, ou du moins la chance de la découvrir en tel ou tel point qu'il indiquait même d'assez loin, soit dans un vallon, soit dans un pli du sol.

« Cette allégation reposait sur des bases aussi probables que la décision négative dans le cas précédent.

c En effet, le sous-sol, dans la nouvelle hypothèse qui nous occupe, est, presque toujours recouvert d'un

terrain détritique, ne fût-ce que de terre végétale, ou bien d'un terrain de transport soit ancien, soit fluviatile, plus ou moins moderne ; les eaux pluviales y pénètrent et arrivent par suintement jusque sur le sol vierge où elles circulent, en suivant la pente qui tend à les réunir dans le thalweg des plis de ce sous-sol. Elles arrivent ainsi jusqu'aux parties inférieures du vallon où elles coulent sous la masse du sol, et quelquefois le détrempent jusqu'à le rendre marécageux. Alors M. l'abbé Paramelle dirigeait ses pas vers l'origine du vallon, s'arrêtait au point où il supposait son prolil plus resserré, et où, en même temps, l'épaisseur du sol détritique, ou diluvien lui semblait la moins grande; puis il prescrivait en ce lieu l'exécution d'une tranchée perpendiculaire à la direction du thalweg du vallon, et la construction d'un mur imperméable descendant à une profondeur qu'il déterminait à peu près. Enfin, pour couronner l'œuvre, il annonçait qu'en plaçant un tube à travers ce mur il en sortirait une source grosse comme le petit doigt, le pouce ou l'avant-bras, suivant l'étendue du bassin sur lequel il opérait.

« C'est par une longue habitude que M. Paramelle est parvenu à apprécier rapidement, non-seulement les formes du sous-sol imperméable et, jusqu'à un certain point, l'épaisseur des terrains modernes, alluviens ou détritiques qui le recouvrent, mais encore, par l'étendue des vallons, bassins ou dépressions,

la quantité d'eau qu'on pouvait faire surgir sur un point choisi.

« Pour un vallon secondaire creusé dans l'affleurement de puissantes assises d'argile ou de marne, audessous des escarpements abrupts qui dominent une vallée principale, les circonstances sont les mêmes ainsi que la méthode d'investigation, — seulement, dans ce cas, l'épaisseur des terrains d'éboulis, ou d'anciens dépôts de moraine peut mettre le chercheur de sources en défaut : — Quelquefois, au contraire, lorsque au-dessus des vallons explorés, un pli des terrains supérieurs y verse des sources masquées sous les dépôts, le succès des recherches dépasse toute espérance.

« On voit donc que, guidé, comme il l'est en effet, par les considérations précédentes, M. l'abbé Paramelle peut souvent réussir dans ses recherches.

« D'autres fois des dislocations inaperçues ou de grands éboulements déplaçant les masses argileuses jettent l'abbé Paramelle dans l'erreur. Il doit arriver qu'en opérant sur un vallon dont le sous-sol, n'est imperméable que sur une zone bornée par l'affleurement d'une assise marneuse d'épaisseur médiocre, les indications portent en dehors de sa limite, cachée par des dépôts superficiels. Les intéressés, du reste, ont souvent à s'imputer de leur côté la cause des non succès; au lieu d'approfondir assez leur tranchée, et d'enraciner convenablement le mur dans le soushbo!

imperméable , ils s'arrêtent avant le moment convenable; et, en ne descendant pas assez les fondations du mur par une économie mal entendue, ils laissent échapper les eaux par dessous, sans les intercepter et les recueillir.

« Les recherches de M. l'abbé Paramelle sont donc exposées à bien des causes d'erreur qui peuvent tromper les prévisions ; toutefois on comprend que les déceptions sont beaucoup moins fréquentes dans des localités à sous-sol franchement massif, argileux, marneux, impénétrable. •

« M. Parandier n'a point vu, dit M. Darcy, M. Paramelle explorer les terrains massifs primordiaux; mais, ainsi que cet ingénieur en chef le fait observer, ces derniers sont généralement très-peu perméables, les sources y partent du sommet des montagnes à l'état de simples filets : elles y sont souvent masquées par une certaine épaisseur d'arkose ou de roche décomposée qui absorbe les eaux à la manière des terrains détritiques ; on sait que cette décomposition se présente dans les masses granitiques à base de feldspath. En conséquence, les terrains primordiaux présentent, en ce qui concerne l'existence et la marche des nappes souterraines, les mêmes propriétés générales que les formations à sous-sol argileux ou marneux; et le même mode d'exploration peut encore leur être appliqué...

« Tel est le résumé de la méthode de M. Paramelle.

On conclura aisément de ce qu'on vient de lire, continue M. Darcy, que ce procédé ne peut être appliqué à la recherche des sources circulant dans une couche perméable ayant des couches imperméables pour base et pour toit. Ces sources,* dites artésiennes, ne s'obtiennent en effet que par la fracture naturelle ou le percement artificiel de l'enveloppe supérieure. Mais, encore une fois, le mode d'investigation de M. Paramelle, reprend sa valeur et son utilité pratique pour la recherche des nappes formées par le suintement des eaux pluviales, à travers des terrains détritiques, (terrains mobiles entraînés des hauteurs dans les bas fonds) placés sur un terrain composé d'argiles compactes ou de marnes, ou enfin de terrains massifs quelconques imperméables.

« Il n'y a là, comme on voit, ni procédés mystérieux, ni magie ; — un peu de mise en scène peut-être ! Toutefois il faut reconnaître que, malgré les incertitudes qu'ils présentent, les moyens d'exploration de l'abbé Paramelle, ont été pour les habitants des campagnes, l'occasion de découvertes précieuses, en permettant parfois de faire surgir du sol, des eaux qui, suintant et circulant à une certaine profondeur, allaient auparavant se perdre dans le sous-sol des bas fonds, et dans le thalweg des vallons. » (Darcy : Histoire des Fontaines publiques de Dijon, page 121 et suiv.)

Tout ce qui précède a été écrit par M. Darcy avant

la publication du livre de M. l'abbé Paramelle. A l'apparition de Yart de découvrir les sources, le savant ingénieur est revenu sur ce sujet ; et voici le jugement définitif qu'il a porté de l'auteur et de son livre :

t M. Parandier, dit-il, est un géologue exercé, et qui, mieux qu'un autre par conséquent, pouvait se rendre compte des méthodes sur lesquelles M. Paramelle ne s'expliquait pas... Je n'ai rien à modifier dans les documents que M. Parandier a bien voulu me transmettre... En indiquant les principes qui servent de base aux recherches de M. Paramelle, M. Parandier n'avait pu me faire connaître le procédé, le tour de main, si je puis m'exprimer ainsi, que cet hydroscope emploie pour arriver au but désiré. C'est à l'ouvrage de M. Paramelle qu'il faut recourir pour les détails spéciaux.

« Son livre enseigne quels sont les terrains les

plus favorables à la découverte des sources... A ce sujet j'aurais peu de chose à ajouter aux considérations développées (par M. Parandier).

c Il donne les moyens de reconnaître approximativement la direction des sources souterraines

M. Paramelle tient pour certain que la nappe souterraine se forme et marche de la même manière que les eaux superficielles Le principe posé par M. Paramelle ne peut exister que dans le cas où la surface imperméable souterraine serait parallèle à celle sur laquelle circulent les eaux sauvages (superficielles) ; or,

il n'y a pas de raison nécessaire pour que ce parallélisme ait lieu.

« M. Paramelle calcule la profondeur des nappes inférieures :

1* Au moyen d'un nivellement exécuté entre les points où la nappe se montre naturellement ou apparaît dans des puits préexistants.

2° Par une simple proportion, de laquelle il conclut, (l'inclinaison des deux versants d'un vallon étant donnée) la ligne souterraine d'intersection de ces deux versants, au-dessus de laquelle la nappe doit nécessairement couler;... pour que la proportion conduise à un résultat convenable, il faut admettre que l'inclinaison des versants soit, sous le terrain détritique, ce qu'elle est au-dessus de ce terrain.

3° Par l'examen attentif des profondeurs probables auxquelles descendent les couches imperméables.

« M. Paramelle cherche enfin à se rendre compte du débit des nappes auxquelles il doit parvenir. Les eaux pluviales en tombant se divisent en quatre parties.

« !• La première court à la superficie du terrain jusqu'aux ruisseaux voisins.

« 2° La deuxième disparaît par révaporation.

« 3° La troisième est absorbée par la végétation.

• 4° La quatrième partie, enfin, descend sous le sol en proportions très- variables, suivant la nature des terrains, et forme les nappes souterraines. Ainsi on a

trouvé, dans les opérations du drainage, que les terrains de sables verts recueillaient jusqu'à la moitié de Feau pluviale; des terrains compacts, au contraire, laissent la presque totalité de l'eau de pluie couler à la surface.

« On voit donc quelle incertitude nécessaire environne la question de débit posée par M. Paramelle. Je donnerai pourtant un fait qu'il présente comme résultant d'un grand nombre d'observations qui lui sont propres, observations faites dans des circonstances moyennes, et dont il modifie les résultats d'après l'aspect géologique des lieux qu'il visite. Les couches détrir tiques de 2 à S mètres d'épaisseur, reposant sur une couche imperméable convenablement inclinée, produisent, après une sécheresse ordinaire, environ 4 litres par minute par 5 hectares de superficie ou 1,152 litres par jour et par hectare. Telle est la base généralement adoptée par M. Paramelle dans ses calculs.

« Il admet aussi que le rapport du débit annuel des sources à la quotité d'eau qui tombe est d'environ un douzième.

« On comprend que toutes ces évaluations ont un large côté aléatoire. » (Dabcy, Histoire des fontaines jyubliqucs de Dijon, page 600 et suiv.)

Telle est en effet l'opinion que l'on doit avoir de l'habileté incontestable de M. l'abbé Paramelle ; et tel est le jugement que l'on doit porter de son livre. Il y

a, dans ses indications imprimées comme dans ses pronostics sur place, un large côté aléatoire.

Mais il ne faut pas oublier que l'étonnement du vulgaire est l'accompagnement obligé de toute habileté pratique comme de tout hasard heureux ; sans compter que, si Ton fait grand bruit des réussites on se tait ordinairement sur les insuccès ; nul n'ayant intérêt à relever ces derniers et à les faire connaître.

Dans le livre de M. l'abbé Paramelle les attestations de succès ne font pas défaut. Le chapitre XVI se termine par un relevé assez substantiel de plusieurs journaux de province. Un second relevé semblable compose en entier le chapitre XXXI. Enfin, dans l'avertissement mis en tête de la seconde édition qui a paru en 1859 chezDalmontetDunod, on relève aussi les éloges des grands journaux de Paris. Mais, en aucun endroit de son livre, l'auteur n'a mentionné les observations de l'ingénieur en chef des ponts et chaussées consignées dans l'ouvrage de M. Darcy, publié trois années auparavant par les mêmes éditeurs.

Au surplus, le large côté aléatoire dont parle M. Darcy n'est point nié par M. l'abbé Paramelle. Le digne ecclésiastique confesse, avec une certaine ingénuité, presque à chaque page, que ses indications n'ont rien de certain, qu'elles ne sont que probables : il pousse même le scrupule jusqu'à donner la mesure du crédit et de la valeur absolue de son langage et de ses expressions.

t On trouvera, dit-il, dans cet ouvrage, les excep- « tions très-fréquemment indiquées par quelqu'un de « ces mots souvent, ordinairement, généralement; mais « je n'ai pas cru pouvoir les introduire partout où elles « auraient dû être placées, car il aurait fallu les insé- « rer dans la plupart des phrases, ce qui aurait étran- « gement défiguré le langage. » (L'abbé Paramelle : V Art de découvrir les sources, préface, pagevm.)

Nous rendrons hommage à une telle franchise en reproduisant la réflexion par laquelle M. Darcy termine sa note critique. « Les travaux de M. Paramelle, dit-il, ont été entrepris sous l'inspiration d'une pieuse pensée ; ils ont produit de bons résultats , et l'ouvrage dans lequel il rend compte de ses recherches est un livre curieux et utile. »

DES PUITS ARTÉSIENS

Ils ne peuvent servir de base à une distribution d'eaux publiques. — Etat actuel des puits artésien» de la ville de Tours. — Puits artésiens de Venise. — Coup d'œil géologique. — Puits artésiens de Grenelle et de Passy. — Raisons qui s'opposent à ce qu'on en fasse la base de l'alimentation de Paris en eaux potables. — Analyse des gai de ces puits par M. PébgoU — Ses conclusions relatives à l'emploi de leur eau.

Quand on entreprend un forage on court de plus nombreuses chances d'insuccès et de plus graves, que lorsqu'on creuse le sol sur les indications de l'art de découvrir les sources.

Hors de très-rares exceptions, dont il nous serait même impossible de citer un exemple authentique, les puits artésiens n'ont jamais pu servir de base fondamentale à une distribution d'eaux publiques.

On peut être à ce sujet complètement de l'avis de M. l'abbé Paramelle : « Tout en reconnaissant, dit-il, les avantages sans nombre et les agréments de toute sorte que procurent ces admirables puits, je n'imi-

terai pas certains auteurs qui, pour encourager tout le monde à en entreprendre, citent bien exactement tous ceux qui ont réussi, mais ils ne font pas connaître ceux qui n'ont point réussi, ni les grands frais que les uns et les autres ont occasionnés.

« Dans les quarante départements que j'ai parcourus dans le plus grand détail, j'ai rencontré dix-neuf localités dans chacune desquelles on avait foré un puits artésien, à la profondeur de quarante à cent cinquante mètres. A Elbœuf j'en ai vu un, qu'on venait de terminer et qui avait parfaitement réussi. Sur la place de Saint-Sever à Rouen, sur celle de Saint-Ferréol à Marseille, et à Béchevelle en Médoc, j'ai vu trois autres puits artésiens, qui avaient coûté chacun de 15,000 à 40,000 francs, produisant chacun un petit filet d'eau qui coulait à la hauteur de deux ou trois pieds audessus du sol, par un robinet moins gros que le petit doigt. Dans les autres quatorze localités que je m'abstiens de désigner, pour ne pas nuire à la réputation de ceux qui ont conseillé ou entrepris ces puits, on a complètement échoué, après avoir dépensé de 20,000 à 150,000 francs. (L'abbé Paiiamelle : l'Art de découvrir les sources, page 321.) »

Le meilleur enseignement en cette matière est en effet l'expérience. Nous nous bornerons à raconter les destinées des puits artésiens qui ont excité au plus haut point l'attention publique.

Puits artésiens de la ville de Tours. De 1830 à 1837 il

DES PUITS ARTÉSIENS

a été creusé dans cette ville onze puits artésiens de 112 mètres 80 centimètres à 169 mètres 30 centimètres de profondeur. Neuf de ces puits ont été creusés aux frais de la ville ; les autres, pour le compte des particuliers.

Le puits de la place Saint-Gatien creusé en 1830, descendu à 120 mètres 50 centimètres, a d'abord donné, à 3 mètres au-dessus du sol, 23 litres 60 centilitres par minute. Depuis longtemps il ne donne plus aucun produit.

Le puits de la tour Charlemagne, creusé par la ville, en 1831, jusqu'à 112 mètres 80 centimètres, a donné, à 3 mètres au-dessus du sol, 31 litres : il a promptement perdu son eau. On l'a réparé en 1836 et 1837 et descendu à 159 mètres, et il a donné, à la même élévation que ci-dessus, environ 85 litres d'eau par minute.

Le puits situé près de l'église de Larichc, a été descendu en 1832 jusqu'à 128 mètres, il a donné à 1 mètre 80 au-dessus du sol, 173 litres par minute. Il ne donne plus aujourd'hui que le tiers de ce produit. En 1831, on y a poussé la sonde jusqu'à 144 mètres 30 sans résultat.

Dans la caserne de cavalerie du vieux château, un quatrième sondage a été poussé jusqu'à 128 mètres, il a donné jusqu'à 1,110 litres 58 par minute, àla hauteur de 1 mètre 80 au-dessus du sol. Ce produit a successivement diminué et l'eau a même fini par ne plus arriver au sol.

Dans la caserne d'infanterie, en 1833, on a pratiqué un cinquième sondage qui a pénétré jusqu'à 140 mètres. Il a donné, au niveau du sol, environ 500 litres par minute; en 1836, il ne donnait que 215 litres, en 1838, il n'en donnait que 28; enfin plus rien.

Le puits de l'abattoir creusé en 1835, et poussé jusqu'à 146 mètres donnait, à 2 mètres au-dessus du sol, 365 litres par minute, il ne donne plus depuis longtemps que le quart de ce produit.

Le puits de l'hospice foré en 1836, a donné jusqu'à 700 litres par minute, à 2 mètres 50 au-dessus du sol. Il est réduit au septième, il ne donne plus que 100 litres.

M. Tessier, brasseur également à Tours, a fait pousser la sonde jusqu'à 138 et 154 mètres : le premier puits a donné, à 2 mètres au-dessus du sol, 1390 litres par minute ; le second, à 1 mètre, 900 litres, leurs produits réunis ne donnent plus maintenant que 450 litres.

M. Ghauveau, architecte, a pratiqué un forage, à l'ancien prieuré de Saint-Éloi : Il a obtenu au niveau du sol 2,500 litres par minute, c'était en 1837 : il ne donne plus que 400 litres à 4 mètres au-dessus du sol.

Un autre négociant, M. Ghampoiseau a fait pratiquer un forage qui, à 137 mètres 75, lui a donné pendant quelque temps 1128 litres par minute; puis il a cessé de couler. En poussant la sonde jusqu'à 220 mètres, il est revenu à son premier produit.

Puits artésiens de la ville de Venise. Les détails qui

DES PUITS ARTÉSIENS 199

suivent sont extraits d'une note que nous avons présentée à l'Académie des sciences, le 15 avril 1861. C'est le résultat définitif de l'expérience, concernant l'application des eaux artésiennes à l'alimentation de cette ville.

« L'Académie a été entretenue plusieurs lois des essais qui ont été faits à Venise pour alimenter la population avec les eaux artésiennes. Je trouve dans le tome XXV, page 214 des Comptes rendus (séance du 2 août 1847), la mention d'une note sur ce sujet envoyée par M. de Challaye , consul de France. Le tome XXVI, page 50 (séance du 10 janvier 1848), contient une secondé note sur le même sujet.

« Depuis lors trois lustres se sont écoulés. Il m'a paru intéressant, après ce long espace, de connaître les résultats d'une expérience qui, si elle eût été complète, devait avoir pour elfet inévitable de modifier profondément le régime alimentaire d'une population de 120,000 âmes. Je dis si elle eût été complète; mais elle ne l'a pas été, car les citernes particulières n'ont point été négligées.

« Ce qui reste de cette expérience, c'est :

1° La connaissance du terrain sur lequel la ville de Venise est assise;

2° Celle des qualités réelles et de l'origine probable des eaux douces que la sonde a amenées d'une profondeur de 60 mètres.

« Pour avoir des données certaines et parfaitement

authentiques, les seules dignes de la science, j'ai eu recours à la voie officielle. A ma sollicitation, M. le ministre des affaires étrangères a invité M. le baron de Theis, consul général de France à Venise, à recueillir auprès des autorités vénitiennes les renseignements qui m'étaient nécessaires. Son Excellence, M. Thouvenel, a bien voulu me les transmettre immédiatement. « Ces documents sont :

1° Cinq analyses comparatives comprenant l'eau de trois puits artésiens, l'eau de la Brenta et l'eau des citernes du palais ducal ;

2° Un plan de situation des puits dans la ville ;

3° Le jaugeage des eaux artésiennes fait à diverses époques, de 1847 à 1856;

4° Un dessin représentant les coupes géologiques des sept sondages qui ont donné de l'eau.

Tels sont les éléments qui servent de base aux considérations suivantes :

« Terrain de Venise. C'est une alluvion. La sonde y a pénétré jusqu'à 137 mètres 50 centimètres. Les sables fluides et remontants, rencontrés à cette profondeur, ont empêché M. Degousé d'aller plus avant.

« L'alluvion de Venise se compose de trois éléments seulement : de sable, d'argile et de tourbe. L'argile se superpose à la tourbe et le sable à l'argile.

« La tourbe ne se forme pas au sein des eaux profondes. Si on la rencontre à 130 mètres sous le sol actuel de Venise, c'est donc que les eaux de l'Adriatique

DES PUITS ARTÉSIENS

se sont élevées, ou que le rivage de la lagune s'est abaissé de 130 mètres.

• Ces couches de tourbe, d'argile et de sable reparaissent, toujours dans le même ordre de superposition. On les a rencontrées d'abord à 20 mètres, puis à 18, puis à 85 et enfin à 130 mètres. La végétation a donc paru quatre fois sur les bords de la lagune avant de s'y établir définitivement ; et chaque fois a été interrompue par des inondations suivies de dépôts d'argile recouverts de sable. Si bien que les arbres qui, maintenant, déploient leurs rameaux luxuriants au Lido et sur la Brenta ne sont, pour ainsi dire, que la cinquième génération de ceux qui ont fleuri jadis à 1 30 mètres de profondeur.

« Qualité de l'eau artésienne ; son origine probable. — Les analyses envoyées sont au nombre de cinq, et, comme je l'ai déjà dit, elles comprennent l'eau de trois puits, l'eau de la Seriola qui n'est qu'une dérivation de la Brenta, et l'eau des citernes du palais ducal. Ces analyses confirment les principes :

L'eau la plus pure est celle de la citerne (eau de pluie) : elle con-

tient en matières fixes 790

Vient ensuite l'eau de la Seriola ou Brenta (eau de rivière)

qui en contient un peu plus 870

Quant à l'eau des puits artésiens, les chiffres sont, pour

celui de San Polo 2 160

De San Leonardo 2 165

De Santa Margarita 2 180

« C'est ici le cas de rappeler l'axiome de Pline :

Taies sunt aquœ qualis terra per quam fluunt. L'eau artésienne traverse une alluvion dont elle rapporte tous les vices : de la matière organique azotée, de l'acide carbonique, de l'hydrogène carboné, de l'azote.

La matière organique qui, dans l'eau de citerne, est seulement dans

la proportion de 3

Et dans l'eau de la Seriola 59

Est : dans Teau de Santa Margarita 129

— de San Polo 2A5

— de San Leonardo 252

Quant aux gaz, on a recueilli, pour 5 kilogr. d'eau :

Acide carbonique, eau de San Polo ... 650 cent, cubes.

— de Santa Margarita 680 —

— de San Leonardo.. 700 — Hydrogène carboné, chaque source . . 525 — Azote, chaque source 175 —

« Les eaux de la Seriola et de la citerne ducale ne fournissent aucun gaz de cette nature.

« Telles sont les qualités de l'eau artésienne. Quant à son origine, voici ce qu'on en peut dire :

« L'alluvion de Venise, recouverte par l'eau de mer, est imbibée par les infiltrations des eaux pluviales, qui, dans la campagne vénitienne, forment des marais de toutes parts, et assez loin même en terre ferme, forcent les cultivateurs qui veulent assécher leurs champs à les entourer d'un fossé assez profond, lequel a toujours de l'eau, même dans les chaleurs.

« Ces marais et ces fossés, supérieurs au niveau des

DES PUïTS A RTKSI ENS

eaux jaillissantes, constituent en quelque sorte le commencement de la branche descendante du siphon renversé, dont la branche ascendante est formée par les sondages. En tout cas, celte circonstance locale contribue à expliquer l'excès de matière organique et des gaz signalés par les analyses.

« État actuel des puits artésiens de Venise. — Dix-sept puits ont été creusés.

« Neuf ont cessé de jaillir dès le mois d'octobre 1852.

« Les huit autres ont été l'objet de cinq jaugeages exécutés à divers intervalles. Ces jaugeages ont montré dans le rendement une diminution progressive.

« Aujourd'hui les neuf puits artésiens de Venise ne donnent plus que 488 litres par minute, ce qui fait 700 mètres cubes en 24 heures et non 1 ,G56, comme on Ta imprimé, par erreur sans doute, dans des livres publiés récemment.

« Voici, en effet, d'après le tableau officiel, ce qu'a donné le jaugeage de septembre 1856, qui a été le dernier :

San Polo 76 litres par minute.

a Leonardo 67 —

S. Geremia 67 —

S. Francesco délia Vigna. . . . . U7 —

Ghetto nuovo 68 —

S. Giacomo deH'orio 82 —

S. Maria Formosa 23 —

S. Giacomo in Giudecca 50 —

Total. ..... m

« En 1847, quand l'eau a coulé pour la première fois, San Polo donnait 247 litres et San Leonardo 220. {Compte-rendu de l'Aead. des se, tome LU, page 724).»

L'analyse des eaux artésiennes de Venise a été faite quatre fois.

1° Au nom de la municipalité de Venise, par une commission composée de trois professeurs de l'école technique, MM. Bizio, Zantedeschi et Pisanello et par deux autres chimistes, MM. Galvani et Cardo.

Cette commission a fait deux analyses et deux rapports.

2° Par M. Ragazzini, professeur de chimie médicale à l'université de Padoue.

3° Par une troisième et dernière commission composée de deux chimistes renommés en Italie, MM. Zanon, de Belluno, et Ccncdclla, de Brescia, et de MM. Penolazzi, médecin, Ziliotto, chirurgien, et Malacarne, ingénieur, ces derniers de Venise.

Les quatre analyses sont conformes.

La première commission, dans ses deux rapports, a déclaré que les eaux des puits artésiens étaient de mauvaise qualité. La troisième a exprimé la même opinion dans les termes suivants : Essa présenta i caratteri delta cattiva aqua potabile : elle présente les caractères de la mauvaise eau potable.

Dans ces derniers temps M. Giovanni Bizio a soumis le gaz des puits artésiens de Venise à une analyse nouvelle. Ce gaz est tellement abondant qu'on peut

DES PLITS ARTÉSIENS

l'enflammer au sortir du tube. Ça été, pendant longtemps l'amusement du peuple au Campo san Polo et à Santa Maria formosa.

Ce gaz se compose de :

Nous terminerons cet historique des puits artésiens de Venise par quelques considérations sur la géologie de la contrée.

On l'avait étudiée, précisément pour en tirer des inductions relativement au plus ou moins de succès d'un forage. M. Paleocapa , directeur général des ponts et chaussées, avait publié en 1844 un travail intitulé : Considéra zioni sutta constituzione gcologica del bacino di Venezia et sulla probabilité che vi riescano i pozziartcsiani. C'est une œuvre des plus remarquables et à laquelle l'événement a donné un grand prix.

La plaine qui entoure la lagune de Venise n'est qu'une alluvion, s'étendant des bouches du Pô à celles du Tagliamento. Fortis a pu affirmer, avec un fondement de bonnes observations, que les monts Euganéens de Padoue étaient autrefois un groupe d'îles s'élevant au milieu de la mer qui allait jusqu'aux Alpes.

L'alluvion s'est formée par les cours d'eau qui descendent des montagnes, dont les débris limoneux ve-

Acide carbonique.. . .

Azote

Hydrogène protocarboné.

û,05 centièmes.

Total

nant au-devant des sables poussés par les flots de la mer, se sont déposés et ont constitué à leur point de rencontre des stratifications très-nombreuses et plus ou moins étendues.

Ces stratifications, composées de sables et de débris limoneux qui lient ces sables souvent mêlés de coquillages (coppe) se rencontrent partout dans la lagune et portent le nom de Garanti. Elles alternent avec des couches de sable et d'argile grise vcrdâtre qui se superposent. Le caranto a une consistance analogue à celle du calcaire crayeux {calcare cretoso). Cependant la sonde française (trivella gallica) l'entame facilement; et, quand elle l'a traversé, elle s'enfonce d'ellemême par son propre poids, parce qu'elle tombe dans des matières argileuses très-meubles auxquelles succèdent de nouveau les couches de sable.

M. Paléocapa concluait de là qu'on ne devait pas s'attendre à rencontrer des eaux potables dans une semblable constitution du sol. E non c >certo in queste stratificazioni disuoloche si troveranno le acque di fonte. Pour avoir l'espérance de rencontrer des eaux vives et de bonne qualité, il faut se résoudre à pénéter au moins jusqu'au terrain tertiaire, c'est-à-dire à une profondeur inconnue. Et, en effet, il n'y avait qu'à mesurer l'inclinaison des Alpes et leur plus courte distance à la mer, pour rester convaincu que cette profondeur devait être réellement très-considérable.

Lorsqu'en 1840, M. le comte de Kolowrat, ministre

DES PUITS ARTÉSIENS

de l'intérieur, nous demanda, à Vienne, ce qu'il conviendrait de faire pour compléter l'approvisionnement de Venise, qui manquait d'eau douce pour son industrie, car Venise n'a pas besoin d'eau pour la boisson, nouspensâmes immédiatement aux puits artésiens. Nous n'avions là-dessus aueune lumière : mais les premiers savants, les praticiens les plus expérimentés du pays et M. Paléocapa lui-même nous eurent bientôt fait comprendre les hasards de l'entreprise. On rencontrera de l'eau à des profondeurs diverses, médiocres même, mais cette eau sera le résultat des infiltrations pluviales. Sous le soi de Venise ce ne sont que des dépôts d'alluvions marines et fluviatiles, et ce n'est pas l'eau de ces dépôts qu'il nous faut, car, comme l'enseigne l'expérience, une pareille eau ne saurait y être ni de bonne qualité ni en quantité suffisante.

Dans de pareilles circonstances, un aqueduc pouvait seul résoudre la question. On s'occupa donc d'un aqueduc. Plusieurs projets furent étudiés avec le plus graDd soin ; et l'on allait mettre la main à l'œuvre, lorsqu'un de ces esprits qui ne doutent de rien proposa de creuser un puits de Grenelle (sic) au beau milieu de la place Saint-Marc. L'idée fit fortune, on ne parla plus que de puits artésien et Ton mit tout en œuvre, tout, pour faire suspendre l'exécution d'un aqueduc. Les entrepreneurs arrivèrent, aidant au préjugé par leur confiance aventureuse; et la municipalité de Venise se laissa aller à conclure un contrat,

dont la réalisation était soumise à un si chanceux avenir.

Cet avenir est arrivé. La municipalité de Venise, si elle n'a pas perdu beaucoup d'argent, s'est vue privée du bénéfice qu'auraient procuré à ses habitants, depuis longues années, les eaux pures et abondantes du SUe en favorisant l'établissement ou le développement de toutes les industries qui trouvent dans l'eau un de leurs principaux éléments.

Les erreurs dont les conséquences n'intéressent que les individus sont dignes de pitié. Quand des populations, quand des villes entières en sont les victimes, la postérité réserve à leurs fauteurs une triste mémoire.

Puits artésien, de Grenelle et de Passy. — Paris est au centre d'un bassin formé de trois couches principales non compris le terrain de transport qui est superficiel. Ces couches, sont, en allant de haut en bas, composées d'argile plastique, de craie blanche ou de craie grise ou marneuse. Vient ensuite le gaidt ou galt des Anglais, marne bleue ou argile à laquelle succède plus ou moins immédiatement la couche des sables verts qui sont perméables, et qu'on désigne généralement sous le nom de grès vert, lower green sand des Anglais.

Au-dessous du grès vert, on rencontre le terrain optien, autre formation argileuse imperméable comme le gault. Il résulte de cette disposition que le grès vert

DES PUITS ARTÉSIENS

perméable est emprisonné entre deux couches de terrains imperméables.

Ces terrains, c'est-à-dire, le gault et les sables verts, situés si profondément sous le sol de Paris, se relèvent et viennent affleurer le sol à une assez grande distance autour de Paris. On les a signalés aux environs de Troyes, d'Auxerre, de Saint-Dizier, et jusque sur les flancs des Ardennes, sur lesquels ils viennent s'appuyer en se réduisant à rien. Or, à Troyes, les sables verts apparaissent à l'altitude d'environ 140 mètres.

Les eaux qui pénètrent dans les sables verts viennent s'emprisonner sous le sol de Paris ; et, quand on leur ouvre une issue, elles remontent jusqu'à la hauteur voulue par les lois de la pression hydraulique, tendant à atteindre le niveau de leur point de départ, qui, en certaines localités, est à 140 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Plusieurs forages pratiqués à Tours et à Elbeuf avaient donné de l'eau jaillissante. A Elbeuf on avait rencontré trois nappes distinctes; à Tours, on en avait rencontré huit. Et ces nappes étaient d'autant plus abondantes qu'elles étaient plus profondes. Les premières étaient argileuses et coulaient difficilement, dans les autres, l'argile était moins abondante et les sables beaucoup plus perméables.

Un très-habile sondeur allemand, M. Kind, confiant dans un procédé de sondage, de son invention et

d'une puissance bien supérieure aux moyens employés par les autres sondeurs, est venu proposer à la ville de Paris de forer un puits artésein, d'un diamètre franc de 60 centimètres, assurant, moyennant contrat, qu'il en ferait jaillir en 24 heures, 14,000 mètres cubes d'eau. Il ne cachait pas qu'il comptait uniquement sur le plus grand diamètre de son forage, pour avoir ce produit plus abondant.

M. Kind a réussi; au lieu de 14,000 mètres cubes d'eau, le puits de Passy en donne 25,000. Mais comme il a poussé la sonde beaucoup plus profondément, que ne l'avait fait à Grenelle, M. Mulot, on ne peut pas dire absolument que la plus grande abondance d'eau soit duc uniquement au plus grand diamètre de son tube.

Le puits de Passy, n'a pas donné autant d'argile que celui do Grenelle. La sonde a atteint la nappe de Grenelle, et elle l'a traversée pour attaquer une autre couche d'argile, après laquelle a été rencontrée la seconde nappe, qui fournit une eau assez limpide et peu mêlée de matières argileuses et de grès.

Le meilleur jugement, qui ait été porté sur les puits artésiens destinés à alimenter des populations agglomérées, est celui quo M. Dumas a émis sur les puits artésiens de Grenelle et de Passy, dans son rapport à M. le ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics. A l'exception de ce que le savant sénateur dit de la chaux et de l'acide carbonique, on peut

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affirmer que sa doctrine est conforme aux véritables données de la science et de l'expérience, voici un extrait de ce rapport et les conclusions principales.

« n résulte des observations que les ingénieurs de la ville ont effectuées, tant sur le puits de Passy, que sur le puits de Grenelle, qu'à Paris, on ne peut forer deux puits à la dislance de 3,500 mètres, sans qu'ils exercent l'un sur l'autre une influence prompte et durable.

« Le débit du puits de Grenelle, qui, au 24 septembre de cette année, se maintenait à 630 litres par minute, quantité à laquelle il s'était réglé depuis longtemps, a commencé à décroître trente heures après l'apparition des eaux jaillissantes du puits de Passy. Jusqu'au 13 octobre, la diminution n'a pas cessé de suivre une marche régulière ; et à cette dernière époque le puits de Grenelle ne donnait plus que 420 litres par minute : il avait donc perdu un tiers de son rendement normal. Il est vrai que l'écoulement des eaux de Passy s'effectuant à un niveau plus bas de 20 mètres que le plan de déversement des eaux du puits de Grenelle placé au sommet de la colonne qui le surmonte, on pouvait penser que le dérangement survenu dans le débit de ce dernier tenait autant à une diminution de pression, qu'à un appauvrissement de la nappe.

« Mais, le 28 octobre, le puits de Passy ayant été surmonté à son tour d'un tube provisoire qui en élève les eaux à la hauteur du déversoir supérieur du puits

de Grenelle, son propre débit s'est réduit de 11,500 litres par minute à 5,750, c'est-à-dire à la moitié. Les ressources mises à profit par le puits de Grenelle étaient donc doublement améliorées, puisque «on rival était placé désormais dans les mêmes conditions de presssion que lui, et qu'il ne demandait plus à la nappe commune, qu'une quantité d'eau moitié moindre.

« Cependant le puits de Grenelle, qui s'était montré assez prompt à ressentir le dommage, a mis plus de lenteur à accuser le changement favorable qui devait survenir dans son régime par suite des modifications apportées aux conditions du puits de Pftssy. Ce n'est pas avant trois jours que son débit s'est accru, passant de 420 litres à 440, atteignant 450 au bout de 5 jours, et 460 après huit; puis, sauf quelques oscillations, demeurant fixé à ce dernier chiffre, et ayant perdu en définitive, à ce qu'il paraît, près de 28 pour cent de son rendement primitif.

Cette perte, quelle qu'en soit la c*use, prouve peutêtre gu'on ne pourrait percer, dans l'enceinte des fortifications, qu'un nombre «ssez restreint de puits artésiens, si l'on voulait maintenir intact le débit de ceux qui auraient été mis les premiers en tctivité...

• A un autre poiit de vue, il paraît également imprudent de chercher dans l'emploi des eaux artésiennes la base exclusive de l'alimentation de la ville de Paris... Il est évident que toute secousse imprimée au sol, qui

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se transmet sans les modifier à travers les couches solides, peut devenir, partout où se présente un espace vide, l'occasion de glissements, de ruptures, d'éboulements capables de compromettre pour longtemps ou d'anéantir pour toujours les ressources des puits artésiens.

« Après le tremblement de terre du 14 août 1846, M. Pilla constatait près de Lorenzano, en Toscane, Tapparition de sources formant autant de puits artésiens, dit-il, alignés selon six bandes, dont Tune en comptait vingt-quatre. Des nappes d'eau souterraines avaient été soudainement mises en communication avec la surface du sol par la rupture brusque des couches de terrain, et par la formation des crevasses qui en étaient la conséquence. Si de telles nappes d'eau eussent alimenté des puits artésiens, que seraient devenus ces derniers. On avait observé les mêmes événements en 1706, sur le chemin de Rome à Tivoli, et on pourrait multiplier à l'infini de tels exemples. Paris, il est vrai, est peu sujet aux tremblements de terre ; mais quand on institue des services importants, pour un long avenir et pour des siècles, il ne faut pas qu'un accident, même de ceux qui n'apparaissent qu'à de rares intervalles, puisse les mettre en péril. '

« Le 16 novembre 1843, les eaux du puits de Grenelle se troublèrent : des matières argileuses abondantes en sortirent pendant la nuit. Le lendemain, les eaux étaient claires, mais leur volume se réduisit peu à peu

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de moitié. Elles coulaient encore parfois très-noires pendant le cours de janvier, et ce n'est que deux mois après que leur régime reprit son allure normale. M. Lefort, l'ingénieur des eaux de la ville à cette époque, n'hésita pas, sinon à attribuer cette intermittence à une secousse de tremblement de terre qui fut ressentie à Cherbourg et à Saint-Malo, du moins à signaler comme très-remarquable la coïncidence qui fut constatée entre les deux événements.

« Les puits artésiens creusés jusqu'à la nappe des sables verts sont-ils destinés à durer toujours ? L'ingénieur est-il assez sûr de lui-même pour répondre de la solidité d'un travail qui s'effectue à 6 ou 700 mètres de profondeur, au milieu d'un sable fluide, sous les voûtes d'une argile toujours prête à se gonfler ou à se délayer dans l'eau?...

* L'eau du puits de Grenelle étant privée d'oxygène libre et étant légèrement alcaline, un tubage en fer n'en devait, par exemple, éprouver aucun effet nuisible, et, au contraire, le fer devait s'y conserver aussi bien que dans l'eau bouillie. Cependant des observations précises ont démontré que les puits forés des environs de Tours, qui puisent dans une nappe analogue à celle où s'alimentent les puits de Grenelle et de Passy, une eau presque identique avec la leur, ne peuvent pas être tubés en fer. L'érosion des tubes en tôle s'y effectue par l'action lente et mystérieuse d'une matière inaperçue, avec une telle régularité, qu'un

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constructeur très-expérimenté, ayant pris rengagement de fournir un tube garanti pour dix ans, celui qu'il a livré s'est trouvé hors de service au bout de dix ans et trois mois. Il est rare que les tubages résistent après vingt ans pour les épaisseurs de tôle habituellement employées. Tout objet en fer, en contact avec les eaux des puits forés de la Touraine, avant qu'elles aient eu le contact de l'air, se détruit tôt ou tard. Ainsi, un puits foré peut perdre tout d'un coup son tubage, et par suite, éprouver des accidents qui interrompent son service, s'il a été tubé en fer et qu'il donne issue à des eaux contenant quelques traces de certains principes qui existent dans la nappe artésienne des sables verts.

« Le cuivre paraît résister, au contraire, à leur action; mais on n'accepte pas volontiers l'usage des boissons ou des aliments qui ont séjourné dans des vases de cuivre. Ce serait une grande responsabilité pour une administration qui, ayant dirigé à travers des tubes en cuivre, même étamés, l'eau destinée à tous les besoins domestiques de la ville, se verrait obligée, par l'impossibilité de la remplacer instantanément, de contraindre ses habitants à en continuer l'emploi en temps d'épidémie, même en présence do ces émotions auxquelles il faut pouvoir céder, et qu'il est plus sage de prévenir...

t Conclusions. Les phénomènes et accidents naturels, tels que les tremblements de terre, qui exercent peu

d'influence sur les canaux d'écoulement des eaux superficielles, peuvent, au contraire, en produire sur les canaux d'évacuation des eaux profondes, qui soient capables d'en déranger le cours. Quoique de tels événements soient rares, il suffît qu'on ait eu en vingt ans l'occasion d'en observer une fois les effets sur le puits de Grenelle, pour qu'il n'y ait pas lieu d'exposer la ville de Paris à recevoir tout à coup, et pour des mois entiers, des eaux troubles dans tous ses réservoirs, ou à subir une diminution de moitié, dans les produits de ses puits jaillissants, qui, fût-elle momentanée, n'en serait pas moins grave.

« L'art du sondeur n'est pas encore suffisamment éclairé par l'expérience au sujet du tubage des puits très-profonds et de grand diamètre. Spécialement, en ce qui concerne la nappe des sables verts, les tubes en fer ne résistent pas ; les tubes en cuivre, fussent-ils étamés, peuvent inspirer des inquiétudes aux populations en temps d'épidémie : les cuvelages en bois sont d'une pose incertaine ; les puits non tubés et non cuvelés n'ont point été complètement expérimentés.

« L'eau de la nappe artésienne, qui est d'une grande pureté en ce qui concerne la présence des matières minérales, convient mieux que toute autre aux usages industriels et publics ; mais elle est peu aérée, elle est tiède. Userait nécessaire, en conséquence, delà rafraîchir, et de l'aérer, pour la rendre propre aux usages domestiques, et, à leur égard, il resterait toujours à

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regretter qu'elle ne fût pas un peu plus riche en acide carbonique, et en carbonate de chaux.

« Enfin lorsqu'il s'agit de l'alimentation de deux millions d'habitants, il est prudent de s'assurer l'emploi simultané de masses d'eau prises à diverses sources, afin d'être toujours en mesure de donner satisfaction aux plaintes et aux inquiétudes de la population. L'eau, il y a longtemps qu'on l'a dit, ne doit jamais être soupçonnée, et, aumoindre doute, il faut que l'administration puisse remplacer une eau devenue suspecte, même sans motif, par une eau qui ait conservé la confiance des consommateurs. (Dumas. Rapport.) »

M. Péligot a fait une étude particulière des eaux du puits de Grenelle, au point de vue du gaz que ces eaux ramènent des profondeurs du sol.

Ayant constaté précédemment que l'acide carbonique existe habituellement en proportion considérable dans l'air que l'on extrait des eaux par l'ébulition ; que ce gas entre pour moitié environ dans le volume de ceux qui sont dissous dans l'eau des fleuves et des rivières et dans l'eau de Seine particulièrement, il en rapporta l'origine à l'action dissolvante que l'eau pluviale exerce sur l'air confiné dans la terre végétale, laquelle terre, d'après les expériences de M. Boussingault, se trouve enveloppée d'une atmosphère qui contient jusqu'à 250 fois plus d'acide carbonique que l'air extérieur.

Quant à l'eau pluviale elle-même, l'air qu'elle en-

traîne avec elle ne contient que 2,46 pour cent d'acide carbonique.

Ainsi le gaz acide carbonique se trouve en proportion bien plus considérable dans les eaux ordinaires que dans l'eau pluviale.

« Cette considération, dit M. Péligot, m'a conduit à soumettre à un examen attentif, l'eau du puits foré de l'abattoir de Grenelle.

a Cette eau qui s'élève actuellement à 38 mètres environ au-dessus du sol de l'abattoir, se déverse à cette hauteur dans un bassin en cuivre, y arrivant à la fois par un tube central qui a 22 centimètres de diamètre, et par l'espace compris entre ce tube et les parois du trou de sonde. La nappe d'eau que reçoit ce bassin, qui est à 44 mètres environ au-dessus de l'étiage de la Seine, s'écoule par un large tuyau vertical pour se rendre dans les réservoirs supérieurs de la place de l'Estrapade, réservoirs dont elle complète l'alimentation

« Soumise à Tébullition, cette eau a donné, par litre, 23 centimètres cubes de gaz renfermant 22 pour 100 d'acide carbonique. Après l'absorption de celui-ci par la potasse, le mélange gazeux contenait :

Azote. . . 82,6

Oxygène 7,4

Ce curieux résultat établit une différence bien

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inarquée, entre l'eau du puits de Grenelle et les eaux douces ordinaires, qui toutes ayant eu le contact de l'air, renferment en dissolution une quantité considérable d'oxygène. Sous le rapport de la nature du gaz qu'elle contient, cette eau ressemble plus à une eau minérale qu'à une eau douce.

« L'examen des substances saunes laissées par Té vaporation de l'eau de Grenelle, montre que ce rapprochement n'est pas aussi forcé qu'il parait être au premier abord; car au moment où elle arrive au jour, elle est à la fois siliceuse, ferrugineuse, alcaline et sulfureuse. On sait qu'en outre elle est à la température de 28 degrés.

« D'après mon analyse, le résidu salin qu'elle laisse par l'évaporation à siccité présente la composition suivante :

Carbonate de chaux 40,8

Carbonate de magnésie 11,5

Carbonate de potasse 14,4

Carbonate de protoxyde de fer 2,2

Sulfate de soude 11,3

Hyposulfite de soude 6,4

Chlorure de sodium 6,4

Silice 7,0

Un litre d'eau m'a donné 0** 142 de résidu désséché. «Quoiqu'il soit assez difficile de démontrer l'existence du fer dans l'eau qui a séjourné pendant quelques

instants au contact de l'air, la nature ferrugineuse de cette eau ne peut pas être mise en doute; elle donne lieu en effet, à une petite industrie créée par le gardien du puits qui, ayant oublié un jour dans le réservoir supérieur, un verre qu'il retrouva le lendemain recouvert d'un dépôt ocreux, eut l'idée de colorer en jaune par ce procédé, des vases en cristal ordinaire, qu'il vend aux nombreux visiteurs du puits. Ces vases, qui ne séjournent dans l'eau que quelques heures, prennent une teinte irisée assez belle qu'ils doivent à un dépôt ferrugineux très-mince et très-adhérent. Un contact prolongé pendant huit à dix jours donne au dépôt ferrugineux une épaisseur suffisante pour ôter

au verre toute sa transparence

Enfin l'eau qu'on reçoit directement du trou de sonde dans des flacons qui contiennent de l'air, fournit, bientôt contre leurs parois un léger dépôt jaunâtre. Une bien petite quantité d'air suffit pour produire cet effet, qui est dû, sans aucun doute, à la transformation du carbonate de protoxyde de fer en peroxyde de ce métal.

J'ai dit que l'eau du puits de Grenelle était sulfureuse. En ouvrant le robinet qui donne issue à l'eau, l'odeur de l'acide sulfhydrique se reconnaît facilement. A la vérité, la quantité de sulfure qu'elle renferme est trop minime pour qu'il soit possible de l'apprécier exactement ; mais j'ai pu constater la présence de l'hyposulfite de soude, qui est, comme on sait, le

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produit de l'oxydation par l'air du sulfure alcalin que renferment les eaux sulfureuses dites naturelles... »

M. Péligot conclut de l'ensemble de ses expériences, que si l'eau du puits foré de Grenelle reste, au point de vue de son emploi dans les ménages et dans les usines, une eau de bonne qualité, à cause de la minime proportion des matières salines qu'elle renferme, elle présente néanmoins au point de vue géologique, en raison de la nature même de ces matières et de celle des gaz qu'elle a dissous, quelques-uns des caractères d'une eau minérale.

« Au point de vue du forage des puits artésiens, ajoute-t-il, il me sera peut-être permis de tirer de cette étude cette conséquence, qu'il n'est pas toujours à désirer que l'eau d'un puits foré vienne d'une profondeur très-considérable. Loin de trouver dans cette condition une garantie de pureté, il peut arriver que la minéralisation de l'eau soit d'autant plus avancée, qu'elle jaillit d'un sol plus profond, son action dissolvante et décomposante et celle de l'acide carbonique devant augmenter rapidement à mesure que la température du sol devient plus élevée. (Voyez Études sur la composition des Eauw, par M. Peligot, 2 e mémoire lu à l'Académie des Sciences le 9 février 1857.) •

Vices naturels des puits : moyen de corriger ces vices, quand l'eau est de bon aloi. — Citerne vénitienne. Sa composition. — Les citernes du palais-ducal. — Les Bigolanie. — Détails concernant les procédés de construction de la citerne. — Tableau des quantités de pluie annuelle en Europe. — Calculs relatifs à la superficie de toit nécessaire pour fonder la dot des citernes. — Moyen simple de mettre l'eau de la citerne à l'abri de toute altération. — Eléments de la citerne vénitienne appliquée au service d'une commune, d'une habitation rurale, de la maison d'un simple cultivateur.

Le puits est un réservoir plus ou moins profond où s'amasse l'eau provenant ou d'une source souterraine, ou de la filtration de l'eau du ciel dans le rayon des terrains perméables au milieu desquels il est creusé.

Le grand vice des puits c'est d'admettre aussi, par une sorte de drainage naturel, les eaux de toute nature répandues dans la zone dont ils constituent le centre et le point le plus bas»

Ce vice est surtout sensible dans les puits creusés autour des habitations. (Voyez chapitre I, page 17.)

Mais on se tromperait si Ton pensait que les puits éloignés des lieux habités en sont tout à fait exempts. Les eaux de drainage que M. Boussingault regarde avec raison comme une véritable lessive des terrains, sont toujours chargées de nitrates et de sels ammoniacaux. {Acad. des se, mars 1857.)

Pour mettre les puits à l'abri de toute contamination il faudrait donc les isoler du terrain environnant en les creusant au sein d'une couche imperméable, naturelle ou artificielle, et en ne donnant qu'à l'eau pure un libre accès dans leur intérieur.

Quand on a une source de bon aloi, on obtient ce résultat en mettant, autour du puits, une chemise de terre glaise bien liée et bien pilonnée, depuis le fond du puits jusqu'à la margelle ; et en établissant autour de la margelle un pavé circulaire de deux mètres de large au moins, avec pente en dehors. On renvoyé ainsi, on éloigne à quelque distance, les eaux que l'on répand à ses pieds en puisant, et on les empêche de s'infiltrer juste au-dessus de la source avec les éléments solubles que les êtres vivants apportent toujours dans des lieux nécessairement très-fréquentés.

Quand on n'a pas une source de bon aloi, il faut recourir à l'eau pluviale. Mais alors le puits n'est plus qu'une citerne.

Il y a plusieurs formes de citernes, la meilleure est la citerne vénitienne. La construction et la composition de cette sorte de citerne est restée inconnue en

France jusqu'en ces derniers temps. Nous reproduirons la description que nous en avons donnée à l'Académie des sciences et dont on trouvera le texte à la page 123 du tome LI des comptes-rendus. Cette description est aussi complète qu'il était nécessaire pour des savants. Nous entrerons ici dans plus de détails, concernant l'application et les ressources immenses et précieuses qu'on doit retirer de son usage, partout où on n'a, ni eau de rivière, ni source vive d'eau potable.

Quant aux autres espèces de citernes, on en trouvera la description complète dans l'excellent Traité des constructions rurales de M. Bouchard-Huzard. (Paris : librairie d'agriculture, rue de l'Éperon, n° 5.)

Les matériaux constituants d'une citerne sont l'argile et le sable.

On creuse le sol jusqu'à trois mètres de profondeur et plus. On donne à l'excavation la forme d'une pyramide tronquée dont la base regarde le ciel

On maintient le terrain environnant à l'aide d ; un bâti en bon bois de chêne ou de larix, Rappliquant sur le sommet tronqué aussi bien que sur les quatre côtés de la pyramide.

Sur le bâti en bois, on dispose une couche d'argile pure, bien compacte et bien liée, et dont on unit la surface avec un grand soin.

L'épaisseur de cette couche est en rapport avec la dimension de la citerne : dans les plus grandes, elle n'a pas plus de 30 centimètres.

Cette épaisseur est suffisante pour résister à la pression de l'eau qui sera en contact avec elle, et aussi pour opposer un obstacle invincible aux racines des végétaux qui peuvent croître dans le sol ambiant. On regarde comme très-important de n'y point laisser de cavités où l'air puisse se loger.

Au fond de l'excavation, dans l'intérieur du sommet tronqué de la pyramide, on place une pierre circulaire, creusée au milieu en cul de chaudron, et on élève sur cette pierre un cylindre creux du diamètre d'un puits ordinaire construit avec des briques bien ajustées, celles du fond seulement étant percées de trous coniques. On prolonge ce cylindre jusqu'au dessous du niveau du sol, en le terminant par la margelle d'un puits.

Il y a ainsi un grand espace vide, entre le cylindre qui se dresse du milieu de l'excavation pyramidale et les parois de la pyramide, revêtues d'une couche d'argile reposant sur le bâti en bois.

On remplit cet espace avec du sable de mer ou de rivière bien lavé, dont la surface vient affleurer l'argile.

Avant de couvrir le tout avec le pavé, on dispose, à chacun des quatre angles de la base de la pyramide, une espèce de boite en pierre, fermée par un couvercle également en pierre et percé de trous. Ces boîtes, appelées cassettoni, se lient entre elles par un petit canal en briques sèches reposant sur le sable. Le tout est recouvert enfin par le pavé ordinaire, qu'on incline dans le sens des quatre orifices des angtea, des cassettom.

L'eau recueillie par les toits entre par les casscttoni, pénètre dans le sable, à travers les jointures des iniques des petits canaux, et vient se rassembler, en prenant son niveau, au centre du cylindre creux, dans lequel elle s'introduit par les petits trous coniques pratiqués au fond.

Une citerne ainsi construite et bien entretenue donne une eau très-limpide, d'une grande fraîcheur et la conserve parfaitement jusqu'à la dernière goutte.

La description ci-dessus est calquée sur les citernes du palais ducal à Venise, qui doivent en effet servir de modèle. Elles ont été creusées, au nombre de deux dans la cour d'honneur, leurs margelles en bronze de Corinthe, ciselées par Albergheiti et Nicolo di Marco ne sont pas un des moindres ornements de cette cour, dont il faut avoir contemplé les magnificences pour en avoir une idée. Le ciseau de l'artiste a représenté sur ces margelles des faits de Y Ecriture conformes à la circonstance. C'est Moïse qui frappe le rocher de sa baguette et en fait sortir d'abondantes eaux ; c'est Rebecca qui présente sa cruche à Eliézer en lui disant naïvement : « Buvez mon maître bibe domine mL •

Les citernes du palais ducal sont publiques, et tout le monde peut y puiser; mais, comme l'eau n'y filtre pas plus rapidement que dans les autres, on a bien vite enlevé le matin ce qui s'y était ramassé pendant la nuit. Alors on voit les bigolante s'armer de petits vases cylindriques et oblongs en fer-blanc, les sus-

pendre à une corde légère, et les descendre cinquante fois, s'il le faut, au fond de la citerne, jusqu'à ce que leur seau soit rempli, pour y recueillir la petite quantité d'eau qui s'y ramasse de minute en minute.

Les bigolante portent cette eau en ville chez des pratiques, qui la leur payent plus ou moins, selon Féloignement, 6, 8, 10 et 12 et jusqu'à 14 centimes pour seize à dix-sept litres.

Les bigolante sont de jeunes et jolies filles du Frioul arrivées à Venise pour y faire le commerce que font à Paris les porteurs d'eau. Il faut les voir trottant menu sur les dalles des Procuraties et de la place Saint- Marc, le chapeau de feutre, à bords relevés, coquettement posé sur l'oreille et décoré d'un peu de paillon.

En aucun temps le palais ducal n'eut de courtisans plus fidèles ; les faveurs que ces jeunes filles viennent y solliciter chaque matin, elles les puisent elles-mêmes au fond des citernes.

Le service des eaux à Venise est uniquement fondé sur les citernes, dont la forme s'adapte à toutes les maisons et à toutes les localités soit au rez-de-chaussée, soit dans les cours.

Ce service se complète de la manière suivante. Outre les bigolante, on voit circuler continuellement, dans les canaux, de nombreuses barques chargées de trois cuves, distribuant également au détail l'eau de la Seriola, au prix de 15 centimes le mastello d'environ cinquante litres. Les particuliers qui achètent

DBS CITERNES

l'eau de ces barques ne la reçoivent que de seconde main. C'est de l'eau déjà vendue par des bateliers qui vont la chercher à la Seriola, petit canal dérivé de la Brenta, aboutissant aux Moranzani, au delà de la lagune, au-dessus de Fusine.

Les bateliers font des voyages plus ou moins nombreux, selon le besoin du moment. La moyenne des barques qui se présentent aux bouches du Moranzano chaque jour est de 42 (de 24 à 60) ; leur contenance varie de 8 mètr. 40 cent, cubes jusqu'à 33 mètr. 60 cent., » ce qui donne en moyenne 21 mètres cubes ou 210 hectolitres par barque.

Les barques dont il s'agit sont menées par deux hommes, à la rame et à l'aviron. L'eau y est reçue sans aucun intermédiaire; la barque en est remplie complètement et dans tous ses coins. Les rameurs la poussent en circulant pieds nus sur ses bords étroits; et, comme elle plonge tout à fait dans la lagune, pour peu que celle-ci soit agitée, soit par l'action do la rame, soie par le vent, l'eau salée vient se mêler à l'eau douce . Dans les grands vents, ce mélange de l'eau douce et de l'eau salée devient quelquefois trop fort : il faut vider la barque et revenir sur ses pas pour faire un nouveau chargement.

La cour du palais ducal forme un rectangle de 130 pieds de long sur 100 de large, en défalquant la partie qui est au delà de Y escalier des Géants, lequel fait face à la porte Délia Caria. Cette partie est comme une petite cour à côté de la grande.

C'est dans la grande cour que les citernes sont établies. Leur champ est dessiné par les dalles en pierre d'Istrie qui recouvrent les Ccmaletti, et voici comment on peut aprécier son étendue.

Le pied vénitien étant égal à 0 mètre, 3477 on a pour la largeur du rectangle 34 mètres 77 centimètres et pour sa longueur 45 mètres 20 centimètres. La superficie du rectangle est donc de 1571 mètres carrés. Le demi rectangle, dans le sens de la longueur, est

occupé par la base des deux pyramides renversées formant les deux citernes. On a donc pour chacune d'elles un champ de 340 mètres carrés.

Les citernes de Venise doivent leur efficacité aux principes éminemment rationnels sur lesquels repose leur construction. L'expérience ayant démontré aux fugitifs d'Altino, aux fondateurs de Rialto que l'eau du ciel est une excellente eau , il s'agissait de la recueillir et de la conserver pour l'usage. On comprit que le meilleur moyen était de l'isoler de la manière la plus absolue en la préservant de la contamination de toute eau adventice filtrant dans les terrains d'alentour. Telle est en effet la théorie de la citerne vénitienne.

En terre ferme, dans les ville, les maisons de campagne et de plaisance, dans les châteaux, dans les couvents, c'est toujours la citerne qui fait la base de l'alimentation. L'eau de puits ne compte pas.

Et, si on y réfléchit bien, le choix, quand on est

dans l'alternative de creuser un puits ou de construire une citerne, ne saurait être douteux.

Pour les puits, les difficultés de l'exécution et les dangers qu'elle présente ; les frais presque toujours supérieurs à ceux qu'on avait prévus ; l'incertitude du résultat — une sécheresse tant soit peu prolongée venant démontrer l'inanité des efforts, quand on se croit arrivé au but, quand on croit avoir atteint l'eau, — telles sont les chances que doit affronter le propriétaire qui veut creuser un puits.

Il n'en est pas de même s'il s'agit d'une citerne. Ici on opère à coup sûr : tout dépend de la superficie de toit qu'on veut utiliser et de la quantité de pluie qui tombe dans la localité. La pluie est un phénomène météorologique dont l'apparition, liée aux conditions physiques du globe, est par cela même aussi constante et aussi bien réglée, pour ainsi dire, que le cours des astres. Après le beau temps vient la pluie, comme après le jour vient la nuit.

Voici maintenant le procédé technique, le malus faciêndi, misen usage pour que toutesles conditions soient exactement observées. On commence par préparer la pierre du fond, qui doit servir de base au cylindre : elle ne doit pas être en calcaire. On dispose à proximité l'argile et le sable nécessaires, l'argile bien travaillée et bien liée, et le sable bien lavé. On creuse le terrain en forme de pyramide renversée. La troncature, du sommet de la pyramide doit être égale à la <

grandeur de la pierre du fond. Les côtés, en talus, sont ordinairement inclinés à 45°. A Venise, on creuse à 3 mètres : en terre ferme, rien n'empêche d'aller plus profondément. On régale bien les parois et l'on applique le bâti en bois. Ce qui reste à faire exige de la précision. On commence par tapisser le'fond, la troncature de la pyramide, avec une couche d'argile, de l'épaisseur que l'on a déterminée et qui doit être en rapport avec la grandeur adoptée. L'ouvrier vénitien prend l'argile dans ses mains, la manie bien, en forme une grosse boule et la jette avec force à l'endroit indiqué. Il jette ainsi boules sur boules, les lisse bien sur place, mettant un grand soin à ce qu'il n'y ait point de vides et par conséquent point d'air interposé. Quand cette couche du fond est terminée, il

pose la pierre dessus bien d'aplomb et bien nivelée. Cela fait, on commence à tapisser les parois tout autour avec de l'argile. Pendant qu'on fait ainsi un pied en hauteur, toujours en jetant boules sur boules et en lissant, un ouvrier ad hoc élève le cylindre de la même hauteur ; puis l'on tasse une couche égale de sable dans l'intervalle. On continue ainsi jusqu'à environ un pied au-dessous du niveau du sol, en maintenant le cylindre, le sable et la couche d'argile à des hauteurs toujours égales, l'intervalle restant est occupé par le pavé. A la fin de chaque journée, on recouvre l'argile de linges mouillés, afin de la retrouver, le lendemain, en l'état d'humidité où on l'a laissée.

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