QUANTITÉ
NOMBRES jj
LOCALITÉS
moyenne annuelle
moyens annuels 1
de pluie.
de jour* j de pluie.
millimètres.
jours.
Nota. — En 1772, une s^ule averse a fourni à Marseille, 325 millimètres d'eau.
On voit par les chiffres de ces tableaux qu'en moyenne, il tombe annuellement 0,76 centimètres de pluie, dont 21 0/0 en hiver, 23 0/0 le printemps et l'été, et 31 0/0;cn automne. La moindre quantité est à Marseille, 0,50 centimètres; le maximum est à Nantes, 1,05. Pour le reste de la France, la moyenne de
0,76 est une moyenne pratique, c'est-à-dire que Ton peut baser sur elle un système applicable en tous lieux.
' Prenons pour base i ,000 habitants, et calculons la provision sur les vrais besoins. Dans nos villes, une voie d'eau de 20 litres alimente convenablement un ménage de 4 personnes ; c'est donc 5 litres par personne, et, pour 1,000 personnes, 5,000 litres ou 5 mètres cubes par jour.
Il pleut 1 jour sur, 2,5 à Paris, et 1 sur 6,4 à Marseille. En prenant ces extrêmes seulement, la moyenne serait 1 jour sur 4,5 pour toute la France. ExcepHs excipiendis, on peut adopter cette moyenne.
Il tombe plus ou moins de pluie en un temps et sur une superficie donnés. Pour n'être pas pris au dépourvu, il est évident qu'il faut calculer la superficie sur le temps où il tombe le moins d'eau.
On a vu que la moindre quantité est en hiver, où, en 90 jours, on a 21 p. 0/0 de la pluie totale de l'année : 21 p. 0/0 sur 0,76 centimètres, c'est environ 0,15 (0,1596) centimètres qui tombent un jour sur quatre et demi; c'est 0,15 centimètres de pluie pour 20 jours d'hiver; c'est 0,0075, un cube de 7 millimètres et demi d'eau par jour de pluie.
Mais ce cube de 7 millimètres 5 nous est donné par un mètre carré de superficie : 1,000 mètres carrés nous donneront donc 7 mètres cubes et 50 centimètres. Maintenant, quelle réserve nous faut-il? Puisqu'il
pleut un jour sur 4 et demi, cette réserve doit être de 4 jours et demi ; à 5 mètres cubes d'eau par jour, c'est 22 mètres cubes 50, lesquels exigent une superficie de 3,000 mètres carrés.
Il n'y a pas de commune qui ne dispose de cette superficie de toits. On la trouverait dans beaucoup de grandes habitations rurales et même dans de simples fermes. C'est-à-dire que dans bien des fermes, dans presque toutes les grandes habitations et dans toutes les communes certainement, on peut recevoir sur toits, sans difficulté aucune, la provision d'eau nécessaire à une population de 1 ,000 habitants.
Il serait facile de construire des citernes vénitiennes pouvant emmagasiner 25 mètres cubes d'eau du ciel, encore plus facile d'en construire de 10 mètres cubes. C'est cette plus petite dimension qu'il faut adopter, parce qu'elle permet de disperser l'approvisionnement sur plusieurs points de la commune.
Nous avons pris une moyenne de 4 jours et demi. Il est bien évident que, si l'on se tient à la lettre, on reste dans le faux et dans l'absurde : en toutes choses ' la lettre tue. Cette moyenne est pour la clarté du calcul seulement. Il faut partout un approvisionnement de 20 jours au moins, et, dans des localités exceptionnelles, davantage. Dans les salines du midi de la France, par exemple, on compte généralement sur un plus grand nombre de jours se suivant sans pluie.
L'approvisionnement de 20 jours pour 1,000 habi-
tants sera donc de 100 mètres cubes. On ne fait pas de citerne vénitienne de 100 mètres cubes; mais on peut accoler à chaque citerne un magasin, dont la contenance peut être portée, sans grands frais, même à 200 mètres cubes. Pour 200 mètres, ce serait un cube de 10 mètres de côté et de 2 mètres de hauteur; et 200 mètres cubes d'eau c'est la provision de 40 jours; élevez la hauteur du magasin à 3 mètres, et vous aurez une provision de 60 jours.
On a donc une citerne et un magasin. Il résulte de cette combinaison un avantage plus considérable qu'il ne semble au premier abord. L'eau du magasin peut s'altérer, et, de fait, il est peu de réservoirs d'eau, disposés sur ou sous terre, dans lesquels, à la longue, l'eau, non renouvelée, ne s'altère plus ou moins. Une simple modification dans l'un des éléments de la citerne vénitienne, met à l'abri des effets de toute altération : et voici en quoi cette modification consiste :
Il faut se rappeler que l'eau est introduite dans la citerne par les cassettoni et les canaletti. On donne aux cassettoni et aux canaletti réunis un mètre cube de capacité, et on les remplit de charbon. Toute trace d'altération est immédiatement éliminée, car il ne faut qu'un kilogramme de charbon pour dépurer complètement un mètre cube d'eau. Les canaletti et les cassettoni sont très-accessibles, étant à la surface ; on peut donc renouveler le charbon pour chaque opéra-
tion, sans difficulté, et en rendre la dépense insignifiante en le revivifiant.
Ce système est applicable partout; il est à la portée des ressources des plus pauvres communes.
L'eau du ciel est suffisante partout et partout aussi, il est extrêmement facile de l'aménager.
En utilisant de plus grandes superficies de toit, on aurait avec la même facilité l'approvisionnement des animaux, et on pourrait remplacer, par des abreuvoirs d'eau salubre, les mares trop souvent infectes dans lesquelles on les conduit se désaltérer. On conjurerait ainsi, une des causes efficientes les plus certaines des épizooties, et on se mettrait, sans aucun doute, à l'abri des conséquences nuisibles que doit entraînerpour la santé publique l'usage de la viande et du lait fournis par des animaux mal abreuvés.
Dans toute habitation rurale où l'on peut disposer d'une superficie de toit de 1,000 mètres carrés, il est aisé de recueillir et d'emmagasiner pour l'usage une provision de quarante jours à raison de 1,500 litres par jour. C'est la provision de vingt-cinq personnes, à 5 litres ; de cinquante bêtes de somme, bœufs, vaches, chevaux, etc., à 20 litres par tête ; le reste pour les plantes du potager.
Dans toute commune, dans toute agglomération d'habitants où l'on peut disposer d'une superficie dè toit de 12,000 mètres carrés, en un seul ou en plusieurs points pouvant être facilement reliés entre eux de
manière à réunir leurs eaux en un point commun, il est aisé de recueillir et d'emmagasiner pour l'usage, une provision de quarante jours à raison de 10,000 litres de consommation journalière. 10,000 litres, à 5 litres par tète, c'est la provision de 2,000 habitants.
Mais ceci nous parait trop important, au point de vue 4e la salubrité des campagnes, pour que nous nous dispensions d'y insister, au risque même de nous répéter.
Nous avons parlé de communes, de fermes, d'habitations rurales : il n'est pas jusqu'au simple cultivateur qui ne puisse se ménager les bienfaits de la citerne vénitienne. En considérant que la main d' œuvre l'emporte de beaucoup sur les matières premières, matières que d'ailleurs l'habitant de la campagne a presque toujours à sa proximité, on peut ajouter que la chose est peu dispendieuse.
Soit donc l'habitation d'un petit cultivateur exploitant deux ou trois hectares de terre. Une semblable habitation a, en superlicie de toit, d'ordinaire, au moins 10 mètres sur 8 ou 9, soit 80 à 90 mètres carrés.
La superficie de 90 mètres carrés donne, dans l'année, 68 mètres cubes d eau.
Par jour. Par an.
Une personne adulte a besoin de. . . 10 litres 3 m. c 600 litres.
Total par an, en mètres cubes. Zk m. c. 450 litres
D'après cette base, supposez l'habitation dont il s'agit occupée par le père, la mère et deux enfants, on aura:
à personnes consommant, par an 14 m. c UOQ litres.
1 bête de somme 18 »
1 porc 1 100
1 vache 11 »
Les besoins se réduisent donc à. . . UU m. c 500 litres.
Une citerne vénitienne qui aurait pour vide une pyramide, représentée par 16 mètres de base et 4 mètres de hauteur, suffirait et au delà, pour conserver cette provision qui se produit et se consomme à tempérament et n'arrive et ne part jamais tout à la fois.
Le simple cultivateur qui voudra se ménager une source permanente d'eau pure, limpide et toujours fraîche n'a donc qu'à isoler, autour de son habitation, une superficie de 16 mètres carrés pour y loger sa citerne. Une fois la citerne construite, il lui suffira de soigner son toit, c'est-à-dire de maintenir en bon état la couverture et les canaux ou conduites qui le lient à la citerne.