CHAPITRE PREMIER
Anatomie de l'iris
Iris, vient du mot grec (tpt5) qui veut dire arc-enciel. auquel il a été comparé. C’est une membrane régulièrement circulaire, placée en sens frontal, entre la cornée et le cristallin. Il est percé à son centre, d’un orifice circulaire, appelé pupille. Celle-ci est destinée à laisser passer les rayons lumineux, en plus ou moins grande quantité, suivant qu'elle se dilate ou se contracte. L'iris joue, en quelque sorte, le rôle d’un diaphragme dosant la lumière qui entre dans Pœil. 1 mesure douze à treize millimètres de diamètre. Son épaisseur est de trois dixièmes de millimètre. Sa consistance est faible. 11 se laisse facilement percer ou déchirer.
Rapports. — I] nous offre à considérer deux faces, une antérieure, l’autre postérieure ; deux circonférences, la petite et la grande.
La face antérieure est anfractueuse, son aspect gaufré est constitué par des saillies demi-cylindriques
striées à direction radiaire. Ces stries répondent aux vaisseaux de l'iris, elles sont rectilignes, quand la pupille est contractée, plus ou moins flexueuses quand elle est dilatée.
Cette face est légèrement convexe, elle limite en arrière la chambre antérieure, répond par conséquent à l'humeur aqueuse. Sa coloration présente de nombreuses variétés, généralement en harmonie avec la couleur des cheveux. Les iris de teintes foncées s’observent généralement chez les bruns : ceux de teintes claires chez les blonds ; de teintes rouges chez les albinos (par défaut de pigment à la fois dans le stroma et dans l’épithélium postérieur).
Les nuances foncées se rencontrent surtout chez les peuples du Sud et les nuances claires chez ceux du Nord. En France, les yeux bleus prédominent et se trouvent dans la proportion de 45 % environ.
Ces différentes colorations tiennent à deux grandes causes, à la pigmentation de l’épithélium postérieur et à celle du stroma. L'épthélium postérieur de l'iris est noir (sauf chez les albinos). On sait que le noir vu à travers un milieu trouble paraît bleu. de même, l’épithélium postérieur noir, vu à travers un stroma non pigmenté (comme chez la plupart des blonds) parattra bleu. La teinte d’ailleurs ne sera pas toujours uniforme, suivant que le stroma sera par endroit plus ou moins pigmenté ou plus où moins épais. Quel que soit le ton fondamental, la coloration de la face antérieure n’est jamais uniforme. Une zone circulaire de un à deux millimètres, entoure la pupille, c’est l’anneau coloré interne.
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L'autre zone, concentrique à la première, située à sa périphérie, est large de trois ou quatre millimètres : c’est l’anneau coloré externe. On rencontre, en outre, par endroits, des taches brunes ou noires, dues à des dépôts accidentels de pigmentation dans le stroma, pouvant donner quand elles sont nombreuses, un aspect tigré à l'iris. Il ne faut pas confondre ces taches pour ainsi dire physiologiques, avec les dépôts de pigments ferrugineux de la sidérose, et les taches d’origine hématique.
La face postérieure, légèrement concave, forme la paroi antérieure de la chambre postérieure. Elle est toujours (sauf chez les albinos) colorée en noir par des pigments. Comme la face antérieure, la face postérieure présente des stries. les unes radiaires, les autres concentriques faciles à voir à la loupe. Les premières sont les plus nettes. Par sa partie centrale, la face postérieure de l'iris répond à la face antérieure du cristallin. Par sa partie périphérique, elle est en contact avec les procès ciliaires, auxquels l’unissent quelques vaisseaux.
La grande circonférence est inaccessible à la vue, sur le vivant. Elle répond à la ligne de jonction de la sclérotique avec la cornée, et repose à ce niveau sur la face antérieure des procès ciliaires. Elle est en continuité avec le muscle ciliaire, par l'intermédiaire de tissu conjonctif, de vaisseaux, et par l’épaississement du ligament pectiné de Hueck, ce dernier allant de l'anneau de Dollinger à la face antérieure de l'iris.
La petite circonférence, où bord pupillaire, circonscrit un orifice arrondi appelé pupille. Ce bord est lé-
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uèrement aminci chez l’homme. Sa coloration forme un liseré noirâtre, parce que l’épithélium postérieur se recourbe légèrement en avant à ce niveau. L'orifice pupillaire est mobile ; il permet le dosage des rayons lumineux pénétrant dans l'œil. Cet orifice se rétrécit à la lumière et s’élargit dans l'obscurité. La pupille mesure à l’état de dilatation moyenne, trois ou quatre millimètres de diamètre. Elle n’est pas toujours exactement circulaire et peut ne pas occuper exactement le centre de l'iris. Elle est généralement unique ; cependant on trouve parfois en certains points, de petits orifices non contractiles, représentant des pupilles surnuméraires. L'’orifice pupillaire, un peu plus grand chez les sujets jeunes, commence à se rétrécir à partir de l’âge de vingt ans.
STRUCTURE DE L'iris. — L'iris est formé, en allant d'avant en arrière, de trois parties principales :
1° L'endothélium antérieur ;
2° Le tissu irien, conjonctivo-vasculaire qui contient le sphincter ;
3° La couche postérieure comprenant : le muscle dilatateur de la pupille et un épithélium.
I. — L'endothélium antérieur est l’homologue de l’épithélium postérieur de la cornée, avec lequel il se continue au niveau de la base de l'iris. Il est constitué de cellules conjonctives polygonales, disposées en une seule assise, très aplaties et dépourvues de pigment. Ces cellules reposent sur une membrane limitante imprégnable par l'argent.
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IT. — Le tissu propre de l'iris est essentiellement composé de fibres musculaires lisses, de vaisseaux et de nerfs, le tout noyé dans un stroma conjonctif. Les fibres musculaires situées près la face postérieure de l'iris sont disposées circulairement autour de la pupille, en formant un anneau aplati de un millimètre à un millimètre trois dixièmes de largeur ; son épaisseur est de un dixième de millimètre au niveau du bord pupillaire, et de vingt-cinq centièmes de millimètre à sa périphérie, du côté opposé. Ces fibres musculaires, par leur contraction, rétrécissent la pupille, jouant ainsi le rôle de sphincter. Les fibres musculaires du sphincter sont séparées de l’épithélium postérieur à sa partie externe par du tissu conjonctif assez dense, contenant des vaisseaux et des nerfs. À sa partie interne, celles-ci sont très rapprochées et parfois en contact intime avec l’épthélium au niveau du bord pupillaire, expliquant la coloration plus foncée du pourtour pupillaire. Indépendamment de ces fibres circulaires, il existe des fibres radiaires bien décrites par Iwanoff, mais qui, pour Vialleton et Grynfelt, font partie de la couche postérieure. Nous les décrirons avec cette dernière. Ces fibres musculaires sont incluses dans un stroma conjonctif, qui forme le soutien de la membrane irienne. Ce stroma comprend : 1° des cellules étoilées ou chromatophores : cellules à prolonsements longs et irréguliers, renfermant des granulations pigmentaires de coloration brune assez foncée. Chaque cellule renferme des pigments en plus ou moins grande quantité, ce qui donne à l'iris sa teinte caractéristique, Les cellules étoilées se rencontrent dans
toute l'épaisseur du stroma irien, mais elles sont plus abondantes sur la face antérieure. Dans les yeux bleus, le stroma n'est pas pigmenté, la coloration de l'iris étant due seulement à la pigmentation noire de l’épithélium postérieur, Chez les albinos, le pigment manque à la fois dans le stroma et dans l’épithélium postérieur.
2° des cellules en amas, fortement pigmentées, qui sont des masses épithéliales, détachées de l'épthélium postérieur et incluses dans le stroma.
3° des fibres élastiques excessivement ténues :
4 des cellules lymphatiques ;
5° des vaisseaux et des nerfs, que nous étudierons plus loin.
La couche postérieure comprend deux parties : une antérieure et une postérieure. La partie antérieure, dérivée de la couche externe de la vésicule optique, est formée : 1° d'une zone antérieure musculaire, très mince, à fibres radiaires, donc dilatatrices, plus épaisse à la périphérie, contenant peu ou pas de pigment. Ces fibres s'étendent en dehors, jusqu'à la périphérie de la membrane irienne. En dedans elles n atteignent Jamais le bord pupillaire. 2° D'une zone postérieure, plus épaisse que la précédente, formée de protoplasma, non différenciée, contenant des noyaux et de nombreux grains de pigment. La partie postérieure de l’épithélium est constituée d’une couche unique de cellules cubiques, extrêmement chargées de pigment, identique à celui de la rétine et constitué par de la mélanine. Cette couche présente un bord postérieur, festonné, dont les creux répondent aux sillons déjà dé-
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crits, sur la face postérieure de l'iris. En dedans, sur le bord pupillaire, l’épithélium se recourbe pour remonter un peu sur la face antérieure de l'iris. Comme il est très pigmenté, il donne au bord pupillaire du petit cercle de l'iris une coloration foncée.
LES VAISSEAUX 1RIENS viennent du grand cercle artériel de l'iris. Celui-ci est situé tout autour de la grande circonférence, dans l’angle formé pär les procès ciliaires et la scléro-cornée. Il est dirigé parallèlement à l'équateur de l’œil. De ce grand cercle artériel, naissent les artères de l'iris qui suivent une direction radiaire, se ramifient dans cette membrane, pour aboutir finalement sur le bord pupillaire.
Là, elles s’anastomosent entre elles, pour former le petit cercle artériel. Pour Krüchmann, ces anastomoses sont aussi veineuses qu'artérielles. Les vaisseaux de l'iris ont une paroï épaisse et surtout musculaire. Ils subissent des variations motrices importantes. Quand ils sont gorgés de sang, l'iris se gonfle et la pupille tend à se rétrécir, elle se dilate au contraire par anémie vasculaire.
Les veines de l'iris suivent en sens inverse le trajet des artères homonymes, mais sur un plan plus profond. Elles s’anastomosent entre elles dans la zone ciliaire, puis s'unissent au paquet veineux des procès ciliaires et vont avec ceux-ci, rejoindre le réseau vei-
neux de la choroïde.
LYMPHATIQUES. — Il n'existe pas de vaisseaux Ivmphatiques vrais dans l'iris, mais seulement des lacunes conjonctives. La lymphe se déverse dans la cham-
bre antérieure, par des fentes qui existent aussi bien sur le bord pupillaire que sur le pourtour de l'iris. De la chambre antérieure, la Iymphe passe dans le canal. de Schlemm et de là dans les veines musculaires.
Neres. — La membrane irienne reçoit son innervation :
1° des nerfs ciliaires courts (8 à 14 filets émanant du ganglion ophtalmique) ;
2° des nerfs ciliaires longs (2 filets généralement, parfois 3) branches du nasal.
Les nerfs ciliaires, après avoir traversé la sclérotique, au voisinage du nerf optique, se divisent, puis s’anastomosent, formant le plexus choroïdien (situé entre la sclérotique et la choroïde) puis arrivent au niveau des muscles ciliaires, où ils constituent un deuxième plexus, le plexus ciliaire. Il s'échappe de ce dernier des filets qui pénètrent dans l'iris. s'y divisent dichotomiquement et se résolvent en un troisième plexus, le plexus irien, d’où partent trois espèces de rameaux.
1° Des rameaux (sensitifs) se dirigeant vers la face antérieure, où ils s’épanouissent en un réseau de fibrilles excessivement ténues.
2° Des rameaux très fins, eux aussi, allant les uns aux fibres musculaires (rameaux moteurs), les autres terminaux pour les vaisseaux de l'iris (rameaux vasomoteurs).
3° Des rameaux qui se dirigent vers la face postérieure, Ceux-C1 sans doute destinés au dilatateur de la pupille (Iwanoff et Retzius).
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L'iris est entièrement sous la dépendance de deux centres sympathiques : l’un dilatateur, constitué par le ganglion cervical supérieur. L'autre constricteur, représenté par le ganglion ophtalmique, mais ces centres n’ont aucune autonomie; ils sont eux-mêmes sous la dépendance de deux centres plus élevés, situés dans la moelle et le bulbe pour le centre dilatateur, dans le mésencéphale pour le centre constricteur. Les fibres pupillaires cônstrictives qui parcourent l’oculomoteur commun, ne sont que des fibres d'emprunt, au même titre que les fibres dilatatrices qui parcourent le nerf ophtalmique, branche du trijumeau.
En somme, l'iris est une membrane richement vascularisée dont la face antérieure est surtout sensitive.
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