SIX
Commenl les forces se dislîngueal entre elles.
Les forces créées se diatiaguent de la créalrice par leurs limites , leur objet et leur filiation. Mais comment lesdisiioguer entre elles? Dans les généralités, on peut les discerner par leur objet. Les unes étant particulièrement destinées à animer la matière organique, les antres l'inorganique; les unes étant la vie brute, les autres à différents degrés la vie intellectuelle , sensible et volontaire. Mais cette distinction par l'objet te sert qu'à différencier les espèces , elle ne décide rien pour les individus de chaque espèce , qui ont respectivement le même objet. Il n'y a plus à parler de filiation comme élément d'individualité ; il reste les limites , et c'est la distinction la plus générale et la plus profonde. Elle individualise même les forcés des choses dites inanimées, qui, avec l'unité d'objet, ont cependant des bornes différentes, et elle en bit ainsi, quoique d'une manière imparfaite, des sortes de personnes. Mais là où cette distinction des limites est définitive , c'est spécialement pour les forces humaines. Je crois qu'on serait très embarrassé à distinguer les . individus humains [il est bien entendu que je ne parle ici que de l'individualilé. spirituelle et non de celle que les corps accusent suffisamment] par l'intelligence et la sensibilité. Bien qu'à la vérité elles aient le plus souvent des limites difFèrentes, il s'en trouve pourtant dans la mesure vulgaire do si semblables, au moins en appSrence , qu'il serait impossible de dire en quoi elles ne se ressemblent pas parfaitement. ïlya un niveau d'intelligence, un niveau
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de sensibilité , au-dessous duquel on peut placer un grand nombre d'individus et que ne dépassent que quelques fronts rares. Si on prenait rintelligence et la sensibilité comme éléments de distinction , il faudrait donc identifier toute cette masse et ne faire qu'une unité de toute celte pluralité. Mais il y a quelque chose dans les individus, qui, limité par autrui le limitée son tour : c'est leur force active , c'est leur volonté. Le vouloir est un acte tellement spécial à celui qui veut, et tellement distinct par son essence qu'il suffit seul à constituer une personnalité. I) ne s'agit plus de formes, ni de couleurs , ni do diffî^rences ; il ne s'agit plus de savoir si , comme les intelligences et les sensibilités, les volontés diffèrent en énergie, en étendue, en beauté, en bonté; tous les hommes veulent de la même manière, bien qu'ils appliquent différemment leur volonté; mais lors même qu'ils voudraient tous , au même moment, de la môme façon un môme objet, l'acte deceitc volonté uniforme serait pour chacun le titre de son individualité , l'émanation de sa force personnelle. C'est pour cette raison qu'il est vrai de considérer la volonté comme l'élément individuel humain.
SX.
Des principes el des origines.
Si donc on est curieux de rechercher quels sont les principes et les origines de cet univers, il ne faut point avecTelesio, Bacoit et les autres, renouveler les hypothèses physiques des premières écoles de l'antiquité. Le principe do tout c'est la substance ; l'origine de tout
i,Goo«.^lc
QOESTios piiilosopiiiqi;e. 277
c'est la force ; puisque la substance est l'unité éternelle de la vie , puisque la force est son éternelle et première manirestation, et la cause en elle de toute diversité. A quoi bon pour se donner les airs de la solidité d'esprit recourir ou à des alAmes, que nul ne conçoit étemels ni antérieurs i toute création, ou au feq, à l'air, à l'eau, à l'élher et à d'autres choses absurdes, comme disait Socrate. L'esprit peut seul rendre le dernier compte de son œuvre. Les anciens qui n'admettaient pas la création et qui manquaientdes lumiè* res que Platon et Aristote allumèrent plus tard , pouvaient s'en prendre à ces chimères. Mais après Platon , après Aristote, après le christianisme, après la philosophie du xvii*^ siècle, ri n'y a plus à combattre sur le principe et l'origioe des choses. Ils sont en Dieu, substance universelle et force créatrice, source des forces du feu, de l'air, de l'eau, des solides, des liquides, des végétaux, des animaux, des êtres raisonnables: Dieu Pan, comme disait l'antiquité, mais seulement comme lien commun, comme substance unique; Dieu créateur, eomme dit le catholicisme, mais créateur seulement de ce qui développe son unité, c'est-à-dire des forces.
s XI,
De l'un el du multiple.
Aristote reconnaissait en Dieu le principe de Téternelle uniformité , et dans le ciel le principe de l'éter* nelle diversité. Ces deux principes ne .sont qu'un, bien que l'unité et la diversité soient deux et qu'elles forment les grandes divisions de la vie. La substance, principe d'unité, et la force, principe de diverBitè , sont toutes
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deux l'uniié eo Diea. Et, dans la création, la substance | estranité générale etlaforcerunitéindividuelle. Mm \ l'onivers s'exprime par l'an et le multiple qui »oat es Dieu; l'unité comme substance unirerselle, le multiple comme engendré par la force éternelle, et lui-même composé -de forces individuelles et diverses. Ed sorte que si on voulait résumer la création dans kb principes les plus généraux et vraiment nécessaires, on ponmit dresser le tableau solvant :