OBSERVATION XII
Plaie j)énétrante de ^poitrine. — Blessure du poumon. Guérison.
Corrodi (Charles), ol ans, représentant de commerce; entre le 31 mai 1879. au n°23 de la salle Saint-André (service de M. le professeur Guyon).
Dans la nuit du 28 mai, cet liomme se tire un coup de revolver, calibres, dans la région précordiale. Il perd connaissance, et ne peut nous renseigner sur ce qui s'est passé immédiatement après.
Il raconte que, lorsqu'il revint à lui, son lit était baigné de sang, mais que ce liquide ne s'écbappait plus de la plaie. L'oppression était extrême, le moindre mouvement s'accompagnait de menace d'asphyxie. Un médecin mandé immédiatement fit un pansement par occlusion et déclara que, vu la gravité de la blessure, le malade devait être transporté à l'hôpital. Le 31 mai, il est apporté à Necker.
On l'examine le lendemain matin 1'='' juin.
Le malade est étendu sur le dos ; sa respiration est brève et anxieuse; il ne peut répondre aux questions qu'on lui pose à cause de l'état d'essoufflement dans lequel la moindre parole le plonge. Les mouvements lui sont encore plus pénibles que la parole et déterminent de véritables accès de suffocation.
La face est congestionnée, violacée ; le malade se plaint en même temps de douleurs vives dans le côté gauche, douleurs devenant intolérables avec le mouvement. Il n'a pas craché de sang, et, interrogé à plusieurs reprises sur ce point, il déclare formellement n'avoir jamais eu la moindre hémoptysie. — Pas de toux.
Il est à noter que ce malade n'a dans ses antécédents aucune affection thoracique.
Corrodi ne remarque pas qu'il respire plus facilement en s'inclinant du côté malade.
L'orifice d'entrée de la halle est arrondi, à bords contus et violacés et situé dans le quatrième espace intercostal gauche, à un travers de doigt du bord gauche du sternum, et à deux travers de doigt au-dessus d'une ligne unissant l'apophyse xyphoïde au mamelon. Par cet orifice, aucun suintement ne se produit, aucune bulle d'air ne fait irruption au dehors, même pendant les mouvements. La balle n'est point sortie, on la sent au niveau du dixième espace intercostal^ faisant saillie sous la peau, un peu en arrière de la ligne axillaire. Audessous de cette saillie du projectile, on observe une ecchymose large comme la paume de la main. Toute la région est douloureuse.
En raison de l'acuité des douleurs, de la dyspnée extrême, la percussion et l'auscultation ne sont malheureusement pas pratiquées le jour même. — Douze ventouses scarifiées sont appliquées sur la base du thorax à gauche. On entoure la poitrine avec un bandage de corps maintenant une épaisse couche d'ouate. — ^ Pendant la nuit, potion contenant du sirop de morphine. T. 37° 8.