TL Y A QUELQUE CHOSE A FAIRE
Nous nous rappelons la fameuse thèse de Sieyès : ((Qu'est-ce que le tiers-état? tout. Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans Tordre politique? rien. Que demande-t-il ? devenir quelque chose. » Or, vous savez ce que c'était , le quelque chose de Sieyès.
Le quelque chose de nos honorables contradicteurs pourrait-il cacher, lui aussi , des intentions tant soit peu révolutionnaires? Sans doute , puisqu'ils annonçaient dès le début une révolution gigantesque. Et pour le reste, c'est comme Sieyès : les classiques chrétiens n'étaient rien et ils sont tout, — -telle est leur thèse.
La circonspection est donc permise à quiconque n'est pas révolutionnaire.
Dans tous les cas, il est nécessaire de s'expliquer; car rien de plus vague , de moins défini que ces deux mots : quelque chose.
Ce que l'on veut, est-ce précisément le contrepied de ce qui s'est fait depuis deux, trois, quatre siècles, ou plus? Est-ce une imitation du moyen âge, et de quel moyen âge encore? Est-ce un mélange de l'un et de l'autre? Dans quelles proportions? d'après quelle formule? C'est ce que nous ne voyons pas encore assez clairement.
Tantôt c'est l'Ecriture sainte qui devient la base des études classiques, et tantôt les saints Pères. Parmi les saints Pères, celui-ci est adopté parce que son style est trèsvoisin du style de Cicéron , celui-là parce qu'il s'en éloigne le plus possible. On leur prête une syntaxe à part, une syntaxe chrétienne, sauf à prouver ensuite, tant qu'on pourra, qu'ils ont observé la syntaxe païenne. Enfin (et ceci est vraiment curieux), cette croisade, ouverte contre les païens au nom des bonnes mœurs, aboutit finalement, en quelques endroits, à Villon, à Rutebeuf, au Roman de la Rose,
IL Y A QUELQUE CHOSE A FaTRE. 347
beaucoup plus faciles sans cloute à expurger ah omni ohscœnitate î
Trouvez donc le principe générateur de tout cela.
L'amour du bien, mais du bien compris d'une certaine manière, y entre pour une bonne part; le culte enthousiaste du moyen âge y contribue aussi grandement, de vieilles rancunes contre les classiques font le reste.
Qui nous délivrera des Grecs et des Romains !
Vous connaissez ce cri d'un écolier dépité, auquel ils ont causé bien des ennuis, ces Romains et ces Grecs. Qui de nous n'a sa petite dose de dépit ?
Et si ces divers sentiments, formant une ligue définitive , venaient à l'emporter, qu'arriverait-il? On détruirait, cela n'est pas difficile ; mais, comme au lendemain de toutes les révolutions, l'entente nécessaire manquerait pour reconstruire à frais nouveaux. Ce serait un grand mal : il n'y aurait plus dès lors ni enseignement classique, ni enseignement quelconque digne de ce nom.
J'en demande bien pardon à ceux que ce mot exaspère , nous devons conserver l'enseignement classique. L'intérêt qui est en cause est sérieux, plus qu'on ne pense. Le compromettre, ou par un zèle indiscret, ou par trop de com~ plaisance pour de puériles antipathies , c'est se rendre gravement responsable. Dans cette guerre aux humanistes si divertissante en apparence, surtout quand on s'attaque aux extravagants du xvi*' siècle, plus d'un théologien, né ou à naître, plus d'un canoniste, plus d'un esprit qui, à une époque plus classique, eût rendu à l'Eglise d'éminents services, se trouverait atteint et frappé d'impuissance. Avonsnous bien le droit de faire des essais sur nos jeunes générations catholiques? Et devons-nous tellement nous fier à nos