‹ Des fractures chez les syphilitiquesChapitre 6 sur 101 · SYPHILIS HÉRÉDITAIRE ET FRACTURES · texte numérisé non relu

SYPHILIS HÉRÉDITAIRE ET FRACTURES

Au début de ce chapitre, nous devons bien en spécifier les termes.

Notre maître, M. Parrot, a décrit le rachitisme comme une des formes de la syphilis héréditaire, et si nous adoptions sa manière de voir nous serions conduit à parler des fractures chez les rachitiques, étude qui seule suffirait à constituer une thèse. Aussi, comme cette opinion de notre regretté maître n’est pas acceptée par tout le monde (1), comme, au point de vue clinique, il existe des différences incontestables entre le rachitisme classique, anciennement connu, et les manifestations osseuses bien spéciales dont M. Lannelongue a montré dans ses communications à la Société de chirurgie (2) la nature syphilitique, nous ne nous occuperons ici que de ces derniers faits. Quelques-uns de ceux-ci se trouvent résumés dans la thèse récente de notre collègue Berne (3).

Deux ordres de lésions peuvent se rencontrer dans la syphilis héréditaire : des décollements épiphysaires et des fractures vraies, les premiers donnant lieu à des pseudoparalysies,

(1) Voir la discussion de la Soc. de chir., 1883. (2) Soc. de chir., 1881.

(3) Berne. Des manifestations osseuses précoces et tardives de la syphilis héréditaire. Th. Paris, 1884.

Décollements épiphysaires.

C'est Valleix qui, en 1835, signala le décoilement épiphysaire chez les nouveau-nés syphilitiques. En 1865, M. Ranvier présenta à la Société de biologie le premier fait de disjonction des épiphyses chez un enfant mort un mois après sa naissance.

Wegner (1) a fait la remarque importante qu'il existe des altérations constantes, chez les syphilitiques héréditaires, à la limite de l’épiphyse et de la diaphyse des os longs et au niveau des cartilages costaux. Cette lésion suffirait à elle seule à caractériser la diathèse.

R. Müller (2), en effet, dans dix-huit autopsies de nouveau-nés syphilitiques, n’a vu manquer que deux fois ces altérations osseuses.

Selon Wegner, l’altération consiste essentiellement en une ostéo-chondrite; il se produirait d’abord une calcification trop rapide et trop étendue envahissant même le pourtour des vaisseaux médullaires, puis une prolifération exagérée des cellules du cartilage. Cette couche hypertrophiée, quin’est en somme que la couche spongoïde de Guérin, provoquerait consécutivement du côté de la diaphyse une suppuration éliminatoire qui détache l’épiphyse à la manière d’un séquestre.

Peu de temps après, Waldeyer et Kôbner (3) ont publié des cas analogues ; mais pour eux le processus serait celui d’un bourgeonnement syphilitique parti de la diaphyse et pénétrant dans le cartilage. Ce tissu de granulations doit

(1) Wegner. Arch. de Virchow, 1870.

(2) R. Muller. Arch. de Virchow, vol. 92-93, p. 532, 1883. (3) Waldeyer et Kôbner. Arch. de Virchow, 1873, p. 78.

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être rapproché destissus mous, semi-liquides qu'on trouve dans les gommes sous-périostiques.

Les recherches spéciales de MM. Cornil et Ranvier (1) les ont conduits à une opinion analogue ; c’est à l'extrémité de l’épiphyse et non dans le cartilage même que siège l’altération qui provoque le décollement.

Une troisième opinion s’est fait jour en Allemagne; O. Haab (2) veut, au contraire, voir dans ces altérations une désagrégation moléculaire de la substance fondamentale du cartilage, à quelque distance de la ligne d'ossification, Nous devons faire remarquer que ces altérations régressives sont peu en harmonie avec ce que nous savons des tendances de la syphilis. Verraguth (3) a pourtanttenté de soutenir l’opinion de Haab; mais le travail le plus récent, celui de H. Stilling (4), confirme les résultats de Wegner; il a en effet trouvé sous le cartilage un tissu fongueux d’un brun rougeâtre, parsemé de lacunes remplies de matière caséeuse; il y aurait donc bien là une formation de produits gommeux, analogues à ceux qu'on trouve dans l’ostéite gommeuse de la syphilis acquise.

En France, c’est notre maître Parrot (5) qui, le premier, a étudié ces lésions dans des cas de pseudo-paralysie causée par une altération du système osseux chez les nouveau-nés syphilitiques. Il admet quatre degrés de la lésion.

Dans le premier, on trouve des productions ostéophytiques denses sous ie périoste et un développement exagéré de la couche chondro-calcaire, qui se trouve entre Ja dia-

(1) Cornil et Ranvier. Manuel d’histologie pathologique, 2e édit., 1882. (2) O. Haab. Arch. de Virchow, 1876, p. 366.

(3) Verraguth. Arch. de Virchow, vol. 84, p. 325.

(4) H. Stilling. Arch. de Virchow, vol. 88, 3e fase., p. 509, 1882.

(5) Parrot. Arch. de physiologie, 1871-72.

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physe et l'épiphyse. Au deuxième degré correspond un ramollissement gélatiniforme de l’os et la disjonction de l’épiphyse. Le troisième degré est caractérisé par la « médullisation; » un tissu médullaire de nouvelle formation se substitue peu à peu aux ostéophytes, pénètre et envahit tout. Au quatrième degré apparaît du tissu spongoïde qui se développe sous le périoste et envahit, d'autre part, la couche chondro-calcaire du cartilage de conjugaison.

Wegner n’avait admis que trois degrés qui correspondent en grande partie aux deux premiers degrés de Parrot. Celui-ci n’a pas fait non plus de rapprochement entre les tissus granuleux qu’il décrit et des productions gommeuses.

Au point de vue clinique, nous ne pouvons mieux faire que de citer la description de notre maître : « l’état des membres des petits malades est comparable à celui que détermine une fracture, ou bien encore le rhumatisme articulaire aigu. C’est une inertie plus ou moins complète, parfoisdifficile à constater, dans d’autres cas absolue, Alors, s'il n'y a pas de douleur, on croirait avoir sous les yeux une partie complètement disloquée. Mais il n’est pas toujours possible, à cause de la douleur, de pratiquer les manœuvres destinées à mettre en relief cette flaccidité. Les membres thoraciques sont à l'ordinaire appliqués le long du tronc et en pronation. Les membres pelviens sont allongés contrairement à ce qui a lieu à l’état de santé, et, quand on soulève l’enfant, ils pendent et oscillent à toutes les secousses. »

L'examen cadavérique, faisant voir que les systèmes nerveux et musculaire sont intacts, mais qu'il existe des altérations considérables des os dont l'intégrité est indispen-

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sable au jeu des articulations, on ne peut faire intervenir que les lésions osseuses pour expliquer les troubles du mouvement.

Du reste, ces décollements épiphysaires peuvent guérir Parrot, Taylor, Kassowitz, Roques (1), Millard (2), Damaschino, Troisier). Ces deux derniers auteurs ont obtenu la guérison par l’administration du sirop de Gibert.

Stilling (loc. citat.) a publié deux cas de guérison, et croit que le cartilage épiphysaire peut reprendre sa fonction et contribuer à l’accroissemeñt de l'os. |

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