RESULTATS IMMÉDIATS ET RÉSULTATS ÉLOIGNÉS
\ A) Résultats immédiats. — D’après la lecture de nos observations, on à pu se rendre compte, que les résultats immédiats du traitement ont été presque tou-
jours excellents, non seulement au point de vue fone-
tionnel, mais au point de vue anatomique. Après une
période d’immobilisation d’une durée très variable suivant la gravité des lésions et le degré d'infection de la plaie, les malades ont en général quitté l'hôpital avec un membre solide, peu ou point raccourci, et présentant, par conséquent, toutes les conditions nécessaires pour assurer un bon fonctionnement ultérieur. Dans les cas les plus simples, la fracture minutieusement nettoyée et mise à l'abri de l'infection a évolué comme une fracture fermée et s’est consolidée aussi vite. Les résultats sont tous excellents dans ce cas, nous ne nous y attarderons pas.
IL est beaucoup plus intéressant de signaler les résultats obtenus, grâce au traitement conservateur, dans les fractures de jambe graves, dont la plaie souillée ou même déjà infectée, les délabrements parfois considérables des os ou des tissus semblaient rendre la conserva-
tion du moins périlleuse, sinon impossible,
Dans presque tous ces cas, sauf deux exceptions dans lesquelles il a fallu recourir à l'amputation pour enrayer une infection menaçant l’existence du malade, on a pu conserver au blessé un membre solide, peu modifié au point de vue de sa forme, et présentant, malgré des pertes de substances parfois considérables, un raccourcissement presque nul ou très faible, chose si précieuse quand il s’agit d’un membre destiné à assurer la statique du corps. :
Le raccourcissement n’a jamais dépassé la longueur de 5 centimètres, et nous n’avons qu'un seul cas de ce genre (obs. II). Dans quatre cas il a été de 2 centimètres (obs. XX, XX VIII, XXXIV et XXX VIT). dans quatre cas - enfin (obs. V, XII, XVII, XXID) il a été de 1 centimètre seulement, c'est-à-dire imperceptible et presque impossible à reconnaître si l’on n'avait recours à la mensuration exacte du membre. Le malade qui présentait le plus fort raccourcissement (5 cent.}était d’ailleurs assez peu gèné pour marcher quand il quitta l'hôpital.
Chez presque tous ces malades la consolidation longue à se faire, à cause de la suppuration et parfois des phénomènes de nécrose osseuse, s’est faite en bonne position comme on a pu s’en assurer bien des fois par la radiographie.
Dans une observation ou deux (obs. XXXIV) seulement, nous avons noté une légère tendance au varus équin, position d’ailleurs peu gènante pour les blessés qui malgré cela marchaient très bien. Le cal qui est généralement plus gros dans les fractures compliquées
que dans les fractures fermées, n’a jamais été très volu-
mineux dans les observations que nous rapportons, et n'a jamais produit la moindre complication.
Grâce aux séances de mobilisation et de massage, la période de convalescence, parfois longue après les fractures de jambe, a été presque supprimée et les malades ont recouvré presque intégralement les fonctions de leurs membres, dès que la réparation osseuse a été accomplie.
Pour rendre notre statistique complète nous devons mentionner les quelques résultats mauvais, obtenus par le traitement conservateur, mauvais relativement, étant donné que ‘le nombre des fractures compliquées de jambe traitées, est assez considérable et que la conservation a été essayée dans les cas les plus graves et les plus désespérés.
Un seul de nos malades, — nous ne parlons pas de celui qui fait l’objet de l'observation XV et qui, alcoolique au dernier chef, est mort de deliriuntremens, — un seul, disions-nous, chez qui la conservation avait été tentée, a succombé rapidement à la suite d’une gangrène gazeuse si grave, qu'on peut se demander si même l’amputation immédiate l’aurait sauvé.
Dans 2 cas seulement, comme nous l'avons dit plus haut, malgré tous les efforts, le membre n’a pu être conservé, et il a fallu recourir à l’amputation pour enrayer la marche envahissante d’une gangrène gazeuse (obser. vation XXIX) et d'accidents infectieux graves qui menaçaient la vie du malade (obs. IV).
Dans un cas (obs. XXX), la consolidation du membre, sur lequel on avait pratiqué la suture osseuse, ne se fit pas, quoique la plaie, qui avait peu suppuré, ait guéri
dans un laps de temps assez court (un mois environ). On pourrait incriminer l'influence retardante de la suture osseuse sur la formation du cal; mais nous ferons remarquer qu'il ne s’est jamais produit le moindre abcès, la moindre fistule pendant toute une année que le blessé est resté à l'hôpital, et il nous parait que l’âge avancé de celui-ci (soixante-douze ans), sa débilité, peut-être un passé pathologique qui n’a pas été assez débrouillé, sont largement suffisants pour expliquer un retard de consolidation d’un an chez un malade qui, considéré comme un incurable, dut être envoyé à l’hospice d'Ivry.
Dans un dernier cas, enfin, le résultat, quoique en somme mauvais, doit être considéré comme ayant une certaine valeur, puisque le malade, qui avait un membre encore impotent à sa sortie de l'hôpital, un an après l'accident se considérait comme très heureux d’avoir esquivé l’amputation qui avait d'abord paru presque inévitable. C’est le malade qui fait l’objet de notre observation XII. Après une fracture comminutive de l’extrémité inférieure des deux os de la jambe, réduite après. ablation d’esquilles et régularisation des fragments, la plaie suppura très longtemps, et le foyer de fracture nécessita à diverses reprises l’ablation de séquestres et d’esquilles secondaires. La consolidation se fit pourtant. Après bien des mois de soins assidus, la plaie se cicatrisa,et le malade aurait vraisemblablement pu marcher malgré un raccourcissement de 4 ou 5 centimètres, quelques mois après sa sortie de l'hôpital s’il ne s'était produit une complication. Au cours du traitement il se
forma au niveau de la face dorsale du pied une eschare qui s’élimina, créant un foyer d'infection qui nécessita l’ablation de deux cunéiformes.
Cette plaie suppura très longtemps, et obligea le malade à venir se faire panser tous les Luit jours à l'hôpital. Nous l’avons revu il y a quelques jours, et l’avons trouvé chez lui, la jambe encore étendue sur une chaise. La plaie du dos du pied est guérie depuis deux ou trois mois et le malade commence à faire quelques pas sans souffrir ; mais il n’ose pas trop se risquer encore, quoiqu on lui conseille de marcher, de peur de compromettre un résultat si péniblement acquis. Il se montre très salisfait d'avoir pu conserver son membre.
B) Résultats éloignés. — Pour bien se rendre compte de l'efficacité du traitement, pour apprécier la valeur des résultats, il ne suffit pas de constater dans quel état se trouve le blessé au moment où il quitte l'hôpital ; il est indispensable de connaitre les résultats éloignés ; résultats d’autant plus intéressants à connaitre que les fractures compliquées de jambe sont à cause de la gravité des lésions qu'elles présentent, de la longue période d’immobilisation qu'elles nécessitent, les fractures qui donnent lieu à la suite de la consolidation, aux plus nombreux accidents.
Il peut se produire d’abord des accidents au niveau de l'os et du cal. Parfois à une époque plus ou moins éloignée de la consolidation,le malade voit se former au niveau de son ancienne fracture un abcès qui s'ouvre à la peau et donne issue à une esquille osseuse plus ou moins volumineuse. La fistule ainsi formée qui est
Clermont
d’ailleurs peu douloureuse ei n'empêche pas le malade de se livrer à ses occupations, peut subsister dans certains cas pendant plusieurs semaines: Dans des cas très rares, l’abcès et la fistule peuvent être dus à la présence dans les tissus de tils d'argent qui ont servi à faire la suture osseuse et qui tendent à s'éliminer. Ce fait ne s’est produit qu'une seule fois chez nos malades encore n'est-ce point bien sûr. Il s’agit d’un malade (Observation XXX VII) chez qui la suture du tibia avait été pratiquée, et qui fut revu six mois après sa sortie de l’hôpital, porteur d'une petite fistule presque guérie non loin de la cicatrice de son ancienne fracture, fistule qui fut considérée sans autre information comme probablement produite par le fil d'argent.
Le cal des fractures exposées infectées, se formant dans des conditions beaucoup plus mauvaises que celui des fractures non infectées, est dans certains cas, quoique plus gros, moins résistant, et il peut se produire au bout d’un certain temps surtout au niveau de l'extrémité inférieure du tibia de nature spongieuse des déformations plus ou moins importantes témoignant que le cal a été tordu, ou s'est aflaissé ; ce fait ne s’est jamais produit chez nos malades, probablement parce qu'on ne leur a laissé quitter l'hôpital qu'un certain temps après la consolidation. Nous n'insisterons pas sur l’atrophie musculaire ou les raideurs articulaires qui n’existaient pas ou presque plus chez nos malades, la mobilisation précoce; le massage ayant atténué ou prévenu ces accidents.
Nous n'avons constaté qu'une seule fois l'existence
de troubles circulatoires persistant encore un an et demi après la guérison de la fracture compliquée. Il est vrai que le malade, dont nous avons déjà parlé, (obs. XXII) avait présenté une phlébite très grave de la saphène interne qui avait été jusqu'à déterminer des embolies pulmonaires. Ce malade dont la jambe est actuellement parfaitement consolidée marcherait très bien, quoique le pied soit en légère adduction et rotation interne, s’il ne présentait pas de troubles du côté de la circulation veineuse. Il existe un œdème dur à la partie inférieure de la jambe, surtout au niveau du cou-de-pied et des malléoles, qui s’accentue quand le malade a beaucoup marché. La peau sèche et luisanie présente l'aspect d’une peau mal nourrie ; la jambe est très variqueuse, la saphène interne est dure et présente par endroits des phlébolithes. Le malade trouve sa jambe plus lourde, et se fatigue plus vite qu’autrefois. Cependant grâce à l'usage d’un bas à varices il peut facilement exercer comme avant, le métier pénible de charretier.
Chez les autres anciens fracturés, les résultats fonctionnels éloignés ont été encore meilleurs. Ceux que nous avons pu retrouver marchent très bien et exercent sans aucune gêne des métiers souvent très pénibles. Chez la plupart, d’ailleurs, la forme du membre était parfaite.
Voici en quelques mots le résultat des observations que nous ont permis de faire la revision de nos malades. Pour plus de clarté nous allons suivre le même or-
dre que plus haut.
OBservATION IL (bis). — M... Julien. Ce malade dont la
fracture remontant à dix ans, a nécessité la résection d’un bout de fragment, etla suture osseuse, est sorti de l’hôpital, guéri, sans présenter le moindre raccourcissement. Il va actuellement très bien. Il ne souffre point de sa fracture et ne boite pas. Sa jambe a cependant une forme un peu spéciale. La face interne du tibia présente une légère concavité sur sa longueur, etles muscles de la face antérieure de la jembe font une légère saillie au-dessus du plan de la face interne du tibia. Ilexiste une cicatrice brunâtre, large comme le creux de la main, adhérente au niveau du cal qui ne présente rien de particulier.
On ne sent pas de trace de fil d'argent sous la peau. Les deux tibias ont la même longueur. Le pied est en très légère adduction et rotation interne. L’axe de la jambe prolongé passe sur le troisième orteil. Le malade a autant de force dans sa jambe qu'auparavant. Il marche très bien et longtemps sans se fatiguer. Il porte sur son dos très souvent des fardeaux pesant plus de 100 kilogrammes.
Ogs. II (bis). — D..., maçon; accide Yn 1898. Fracture infectée ; élimination de séquestres. Malgré un raccourcissement de 5 centimètres la jambe est très solide, et le malade exerce sans fatigue et sans gêne le métier de maçon. Il a recommencé à travailler trois jours après sa sortie de Vincennes! Il marche sur la pointe du pied, et, quoique il ne porte pas de bottine spéciale, il boite très peu. Sa jambe est très droite ; l'axe passe comme normalement entre le premier et le deuxième métatarsien, quoique le fragment supérieur déborde un peu le fragment inférieur, du côté interne. IL existe une cicatrice brunâtre adhérente au tibia. Depuis le
deuxième séjour du malade à l'hôpital, il n’est plus sorti
d’esquille. Le cal est normal, presque imperceptible, non douloureux. Les mouvements du pied ont la même étendue que du côté gauche. Pas de troubles trophiques. En résumé
très bon résultat fonctionnel.
Ogs. III (bis). — Maria B..., blanchisseuse. Accident en 1899. Nous n'avons pu trouver la malade,mais nous avons su qu'elle marchaït très bien sans boiïter et qu'elle exerçait
toujours le métier de blanchisseuse.
Os. V (bis). — Joseph M..., charretier. Fracture datant de 1899. Renseignements pris, le malade exerce toujours la profession de charretier. Nous n'avons pu le revoir, mais on nous à dit qu'il ne boitait pas et ne se plaignait pas
de sa jambe.
Ogs. VIII (bis). — B... Louis. Accident en 1899. Le malade va très bien et continue sans gêne son métier de mécanicien, sa jambe ne présente aucune déformation. Les
tibias des deux côtés ont la même longueur.
Os. IX (bis). — P..., relieur. Accident en 1899. Résection d'un fragment osseux. Extraction d’un séquestre. Le malade a changé plusieurs fois de domicile depuis sa sortie de l'hôpital. Tout ce que nous avons pu savoir c’est qu'il
ne boite pas et qu’il exercele même métier qu'avant.
O8Bs. XII (bis). — F1... Désiré, charretier. Accident en 1901. Cet homme est toujours charretier ; la fracture est très bien consolidée, mais il existe un léger déplacement des fragments qui fait que le pied présente un léger équinisme. Le malade est cependant peu gêné et marche assez bien ;
raccourcissement, 1 centimètre 1/2.
Oss. XIII (bis). — B... Pierre. Accident en 1901. Impossible à retrouver, mais nous savons qu'il marche bien ; il pro-
mène toute la journée des affiches-réclame sur son dos.
O8s. XVI (bis). — Pr... Louis, journalier. Accident en 1902. Tout ce que nous avons pu savoir de lui c'est qu'il
continue toujours à travailler, et ne boiïte pas ou très peu.
Ogs. X VIII (bis). — A... Marc, tailleur de pierre. Accident en 1902. Exerce toujours la même profession, marche très bien, ne boïte pas et ne souffre pas. Ni troubles trophiques, ni circulatoires. Les fragments sont consolidés en excellente position. Malgré 1 centimètre environ de raccourcissement, le résultat est si bon que le malade n’a pas été
dispensé de faire ses vingt-huit jours.
Os. XIX (bis). — M... Louis, garçon livreur. Accident en 1903. Revu en parfait état. Pas de raccourcissement ni de déformation. Marche très bien, ne souffre pas. Pas de trou-
bles trophiques ni de raidcurs articulaires.
O8s. XX (bis). — Georgette D... Accident en 1904. Impossible à retrouver ; mais nous avons su qu’elle a boité assez longtemps après sa sortie de l'hôpital. Actuellement marche-
rait bien.
O8s. XXII (bis). — Joseph L..., laitier. Accident en 1904. Est mort il y a deux ans tuberculeux. Il marchaït assez bien sans boiter ; il ne traînait un peu la jambe que quand il était fatigué. Travaillait peu, mais à cause de son état géné-
ral.
Os. XXIII (bis). — Georges H..., serrurier. Accident en
1904. Ablation de séquestre. La consolidation imparfaite à
la sortie de l'hôpital s’est achevée chez lui. Les fragments sont un peu déplacés. IL existe un raccourcissement de 1 centimètre. Pas de troubles trophiques ou circulatoires. Pas de raideur articulaire, Le malade marche bien sans boi-
ter, et il continue à travailler de son métier.
Ogs. XXIV (bis). — Auguste B..., encadreur. Accident en 1904. Excellent résultat. Cependant l’année quisuivit sa sortie de l'hôpital, deux ou trois esquilles furent éliminées, mais sans faire soulirir le malade, et sans que celui-ci fut obligé de s’arrêter. La jambe est consolidée en très bonne position ; l'axe passe entre le premier etle deuxième métatarsiens. Pas un centimètre de raccourcissement. Longue cicatrice de l’incision et petite cicatrice brunâtre au niveau du cal que l’on sent à peine. Aucun trouble d'aucune sorte. L’articulation du cou-de-pied a toute sa mobilité. Le malade marche très bien.
Il dit qu'il souffre quelquefois aux changements de temps.
Os. XXV (bis). — Adolphe G.., livreur. Accident en 1905. Le malade a été revu le 17 décembre 1906 en excellent état. Jambe très bien consolidée et en bonne position. Pas un centimètre de raccourcissement. Le malade marche très
bien.
Os. XXV (bis). — C... Louis, terrassier. Accident en 1906. Esquillotomie, ligature des fragments.— Le malade, toujours terrassier, marche bien et ne boïte pas. Le cal est assez volumineux mais non douloureux. Le fragment supérieur du tibia fait une légère saillie sur l’inférieur au niveau de son bord interne. Légère rotation interne et adduction. La cicatrice
assez large est adhérente sur toute sa surface au tibia. Pas
he —
de trouble trophique ni de raideur articulaire. Pas de rac-’
courcissement appréciable.
Os. XXVII (bis). — D.., Alphonse. Accident en 1907. Impossible à retrouver ; son ancien patron nous a dit qu'il se plaignait quelquefois de sa jambe, mais qu'il ne boitait pas, et qu'il continuait fort bien à exercer son métier de
garçon boulanger.
Onrs. XXXI (bis). — Femme L..., blanchisseuse. Accident en 1906. À commencé à travailler un mois après l'abla-. tion du silicate. Elle est toujours blanchisseuse et travaille debout toute la journée. Quand elle est très fatiguée, elle a quelquefois le cou-de-pied enflé. La consolidation est parfaite et en bonne position. L'axe de la jambe passe entre le premier et le deuxième métatarsiens. Pas de raccoui cissement du tibia. Le cal est quelquefois un peu douloureux. La cicatrice de la plaie est si petite qu'il est difficile de la retrouver. La peau est normale, pas d'’œdème et de trou-
bles articulaires. Résultat excellent. |
Os. XXXV (bis). Auguste Br..…., chocolatier. Accident en juillet 1908. Le malade revu, marche très bien, ne boite pas;
consolidation parfaite.
O8s. XXXVI (bis). — Hippolyte R... A quitté l'hôpital il y a deux mois et demi. Il ne boite pas mais quand il a beaucoup marché il présente un léger œdème au niveau du cou-de-pied et des malléoles. Le cal est encore un peu exubérant mais non douloureux. Il travaille actuellement
tous les jours.
Os. XXXVII (bis). — Charles L..., cocher. Accident