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PENDANT LA GROSSESSE, DURANT ET APRES L'ACCOUCHEMENT

À 3e ArM1 les nombreuses affections auxquelles la femme est exposée, il en est peu qui intéressent davantage le médecin que les hémorrhagies utérines : elles mettent en danger, et peuvent même quelquefois faire périr deux individus également chers à la société. L'homme de l’art a souvent besoin, pour en prévenir les funestes effets, d’un profond savoir, d'un dicernement aussi prompt que juste, d’un sang-froid imperturbable. Ce n’est donc pas sans raison que les plus célèbres accoucheurs, tels que les Levret , les Puzos , les Mauriceau, les Smellie , les Baudelocque , les Gardien, Capuron, etc., etc., ont signalé, dans leurs ouvrages , les pertes de sang dans les différentes phases de l’accouchement comme des causes fréquentes de mort lorsqu'elles ne sont pas traitées convenablement.

Des hémorrhagies utérines pendant la grossesse. L'hémorrhagie utérine peut être définie tout flux dé sang fourni par lés vaisseaux de là fätrice, et se faisant à des époques indéterminéeés , soit que cé liquide s'écoule par le vägin, soit qu'il s’amasse dans l'ütérus ou qu'il s’épatiche dans la cavité de l'abdomen.

D’après cette définition , il s’en suivrait que toute évacuation sanguine qui aurait lieu par la vulve devrait être, pendant la grossesse, considérée comme un accident qui complique toujours cette fonction : mais il n’en est pas toujours ainsi; car si toutes les fonctionspeuvent présenter des anomalies, il est rare d’en trouver d’aussi diverses que celles qui peuvent avoir lieu chez la femme, relativement à l'exhalation sanguine du canal vulvo-utérin. En effet , cette évacuation périodique se fait pendant l’état de gestation, comme dans l’état physiologique; chez beaucoup de femmes ; nombre d'observations rapportées par les auteurs confirment ce que je dis. Parmi ces femmes4 les unes sont réglées jusqu’au troisième , au quatrième et cinquième mois seulement de la gestation; d’autres le sont jusqu’à la fin de la grossesse; on en a même vu qui n'avaient leurs règles que lorsqu'elles étaient enceintes.

Il serait donc essentiel, pour la sûreté de la femme et pour la tranguillité du médecin accoucheur, de pouvoir établir d'une manière précise un bon diagnostic. Cependant, si l’on fait des recherches dans les auteurs, on ne trouve qu'incertitude à cet égard.

Ainsi le toucher, proposé par Mauriceau, pour s'assurer de l’état de resserrement ou de dilatation du col utérin, est un moyen fort douteux; car ce col peut s’êtfé resserré après avoir donné passage au saug, dans une perte, ou même ne pas s'être dilaté, si le sang est très-fluide. -

« Néanmoins, dit M. Gardien , lorsque le flux se fait sans trouble, « qu'il est modéré, qu'il vient dans la période des règles, on peut le « considérer comme l'écoulement menstruel; si, au contraire, le « sang paraît subitement et en grande quantité, à une époque inso- « lite des règles , si l'écoulement est accompagné d’éréthisme général, « s'il a été précédé d’une cause capable de décoller le placenta, c’est « une véritable hémorrhagie. »

Les hémorrhagies utérines peuvent se manifester à toutes les époques de la grossesse ; mais c'est surtout dans les premiers mois. et vers les derniers qu'elles sont plus fréquentes elles atteignent les

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femmes de toutes les constitutions, de tous les tempéramens. Il est d'observation cependant que celles qui sont pléthoriques y sont plus sujettes que les autres. Les causes qui leur donnent lieu peuvent être divisées en prédisposantes et en occasionnelle.

1°. Causes prédisposantes. Parmi ces causes, on range une constitution forte, pléthorique, et une constitution faible, cacochyme (ce qui à fait distinguer ces hémorrhagies en actives et passives); la trop grande élévation de température, les bains de vapeurs, l'usage des chaufferettes, des parfums, des odeurs fortes; les vêtemens trop serrés ou trop chauds, les lits de plumes; une nourriture succulente où trop copieuse, jointe au défaut d'exercice ; les boissons excitantes, les écarts de régime, la rétention d'urine, la suppression d’une évacuation habituelle, l’omission d’une saignée; la danse, les mouvemens brusques; les affections vives de l’âme , telles que la colère (1), la frayeur, la joie, la nouvelle d’un accident fâcheux ; les veilles prolongées, l'habitation des grandes villes, où se trouvent réunies des causes d’excitation de tout genre; les jouissances prématurées , le coït trop souvent répété, l'onanisme ; la toux , le vomissement, les leucor-

fr

rhées excessives.

2°. Causes occasionnelles. Les coups portés sur l'abdomen, les chutes sur les différentes parties du corps (2), les secousses d’une voiture mal suspendue, et roulant sur un sol inégal et raboteux; l’équitation, les pessaires , l'implantation du placenta sur le col de l'utérus,

(1) M. Capuron cite, dans son Traité des maladies des femmes grosses, que deux femmes furent prises de pertes utérines, l’une pour avoir soulevé. trop brusquement ses bras, et l’autre pour n’avoir pas su se modérer dans un accès de colère.

(2) Mauriceau rapporte que sa sœur, grosse de huit mois et demi de son cinquième enfant, mourut d’une perte utérine qui survint à la suite d'une chute qu’elle fit sur les genoux et le ventre.

(es la trop grande brièveté du cordon ombilical , son entortillement autour du cou de l'enfant, sa déchirure partielle ou totale ; enfin toutes les substances prises dans le criminel dessein de provoquer l’avortement. Les manœuvres pratiquées dans le même but, peuvent être regardées aussi comme causes occasionnelles.

Ces hémorrhagies peuvent être apparentes ou cachées : elles sont apparentes, lorsque le sang s'écoule au-dehors ; elles sont, au contraire, cachées, lorsque le sang s’amasse dans la cavité de la matrice sans s'échapper au-dehors. :

L'hémorrhagie apparente survient quand le placenta est décollé en partie ou en totalité, que le sang coule entre la matrice et les enveloppes du fœtus, et qu’il vient sortir par le col de cet organe. L’hémorrhagie cachée arrive lorsque le placenta est encore adhérent par son bord , et qu’il est détaché au centre ; lorsque les membranes sont encore adhérentes ; lorsque l’orifice utérin est encore resserré ; lorsque le cordon ombilical vient à se rompre, les enveloppes fœtales n’étant pas déchirées ; enfin, ainsi que Baudelocque l'a indiqué, lorsque la tête, trop volumineuse, vient s'appliquer sur l’orifice de la matrice, et la ferme assez exactement pour empêcher le liquide de s’écouler au-dehors. sû

Signes , symptômes. Les signes qui annoncent une hémorrhagie apparente sont toujours faciles à reconnaître : le ventre devient doulou-

reux ; le malade éprouve un sentiment de pesanteur à l’hypogastre et

à la région sacrée; les artères abdominales battent avec force; la peau, et particulièrement celle de l'abdomen et des lombes , offre une chaleur âcre et sèche au toucher; très-souvent les mamelles sont douloureuses ,»+plus fermes, et augmentent de volume; un sang plus ou moins vermeil, se coagulant très-promptement, sort de la vulve lentement, ou jaillit à flots. La perte cesse quelquefois pendant plusieurs heures et plusieurs jours, pour reparaître ensuite ; son retour est presque toujours précédé de caillots, dont l'expulsion est d’autant plus douloureuse que la résistance que présente le col de la matrice

est plus grande ; si on explore ce viscère; on le trouve ordinairement béant , et son tissu gonflé, relâché. Sil'hémorrhagie persiste pendant quelque temps, K femme pâlit, sa vue s'obscurcit , elle sent un bourdonnemeñt dans les 6reilles ; le pouls devient faible, et bientôt après il se manifeste des syncopes plus ou moins fréquentes; une sueur froide, gluante , s'écoule de la surface du corps de la femme, et la mort ne tarde pas à survenir , si l'hémorrhagie ne s'arrête pas d'elle même , par la formation d’un caillot ou par les secours de l'art. Tels sont les principaux signes. qui annoncent l’hémorrhagie apparénie3 telle peut être aussi sa terminaison funeste.

pales au contraire, est cachée lorsqu' un obstacle eniebi conque s'oppose à l'issue du sang au dehors, et que ce liquide s'épanche ou s’accumule dans la cavité utérine. Il peut arriver de deux chose l’une, le sang s'épanche ou d'une manière lente, ou toul à coup, et en grande quantité. Dans le premier cas, l’hémorrhagie peut être méconnue pendant quelque temps; parce qu'il peut s’accumuler beaucoup de sang dans.la matrice sans que la santé dela femme en paraisse seulement altérée ; dans le second cas, c’est-à-dire lorsque l’hémorrhagie latente est subite et assez abondante, la femme éprouve un sentiment de pesanteur, ou une douleur sourde: dans le lieu où le placenta s'est décollé ; mais, bientôt après, le développement rapide et démesuré dela matrice, dont le corps devient en même temps plus tendu ‘et plus ferme qu'à l’ordinaire ; la pâleur ow l'altération du visage, la faiblesse du pouls, le tintement d'oreilles et même la défaillance , augmentent beaucoup la probabilité de cette espèce d'hémorrhagie.

Prognostic. Le prognostic de J'hémorrhagie utérine doit être subordonné à la rapidité avec laquelle le sang s’est écoulé ; à l'époque où cet écoulement est survenu , à la quantité de sang qu'à perdu la femme, à sa santé avant et pendant la gestation, à sonr:âgeet à sa constitution ; ainsi celle qui arrivera chez une femme jeune, forte et pléthorique , et qui n'est pas exténuée par de trop grands:travaux ,

(10) 3 par de grands chagrins ou par des privations , sera moins grave que chez celle qui sera faible où ces conditions se trouvent réunies.

Les auteurs s’enténdent généralement pour regarder la perte latente comme bien plus dangereuse que la perte apparente : celle qui résulte de l'insertion du placenta sur le col de l'utérus est très-grave; elle fait courir les plus grands dangers 4 la mère et à l'enfant ; elle peut même les faire périr tous les deux, s ils ne sont secourus à temps. En général, le prognostic sera plus fâcheux lorsque le placenta répondra centre pour centre à l'orifice de la matrice, que lorsqu'il n’en recouvrira qu'une petite portion. Le prognostic sera encore plus fâcheux, s’il survient-des convulsions, des syncopes. (Si fluxui muliebri convulsio et animi deliquium superveniat, malum. Mir. aph. 56.

sec5 }:

Traitement. La conduite que doit tenir Ie médecin dans le cas de perte utérine doit varier suivant le temps où ellese manifeste, suivant les causes qui y donnent lieu ,-et suivant son intensité. On peut prescrire , en général , les règles suivantes dans toutes les hémorrhagies utérines : la femme sera condamnée au repos absolu, couchée sur des matelats de crin owrde paille, plutôt que sur la plume.et la laine; dans une ‘position horizontale , le bassin étant plus élevé,qué le reste du tronc , les jambes et les cuisses à demi-fléchies ; les couvertures de son lit seront légères, afin qu’elle puisse sentir l'influence de l'air quand on le renouvelle. On la placera dans un appartement vaste , frais ét ‘bienjaéré,, éloigné autant que possiblé: de touteespèce de bruit. Tout ce qui pourrait occasionner des sensations'pénibles à la malade devra être soigneusement évité. Si la femme est forte ÿpléthorique:;ion prescrira ure-diète:sévère ; des boissons: délayantes accidulées ,'tels que la limonade ; l’orangeade ; l’eau de groseille ;: une ou plusieurs saignées seront pratiquées. Si, au contraire, Ja perte arrivait chez une femme faible ,;: on: emploiera un régime: fortifiant. Les (préparations sopiacées : doivent ‘âussi être, ordonnées:,; dans’ le cas où elle; serait nerveuse; irritable. Des ;compresses:imbi-

ro

(au) bées d'eau froide acidulée, plusieurs fois renouvelées dans la journée, appliquées sur l’hypogastre , les cuisses et les parties génitales ont souvent réussi à arrêter l’hémorrhagie.

Les ligatures appliquées sur les membres inférieurs, dans le but de modérer l'hémorrhagie, doivent être rejetées, malgré le conseii qui en a été donné par quelques médecins , entr'autre Monschion ; en effet, ce moyen, loin d’arrêter la perte de sang, doit, au contraire, la favoriser, en donnant lieu au reflux de ce liquide vers les artères pelviennes.

Galien, Prosper, Pasta, et tout récemment M. Kok, de Bruxelles, ont conseillé les injections astringentes dans l'utérus, en cas de pertes abondantes. Ce moyen, suivant MM. Gardien et Capuron, est plus nuisible qu'’utile, en ce que, d’un côté, le liquide injecté arrive rarement sur le lieu d’où part le sang, les enveloppes fœtales et le placenta s'y opposant; d’un autre côté, il peut détacher un caillot qui arrête ou modère l’hémorrhagie ; enfin , il peut encore produire une phlegmasie souvent dangereuse pour la femme.

Si par l'emploi des moyens généraux que je viens d'indiquer on n'a pu se rendre maître de l'hémorrhagie utérine, il faut , sans plus attendre , recourir ou au tampon, ou à l'accouchement forcé. Quoique ces différens moyens ne puissent être employés dans tous les cas de perte, l’art peut cependant en tirer de très-grands avantages, et triompher des pertes les plus fâcheuses , si on a soin de les employer à propos. Ainsi, dans une hémorrhagie assez abondante pour compromettre les jours de la femme, le tampon est la seule ressource que puisse employer l’accoucheur, si surtout le col de l'utérus n’est pas suffisamment dilaté pour permettre l'introduction de la main; le tampon, dans ce cas, empêche le sang de couler, et favorise la formation d’un caillot qui peut oblitérer les vaisseaux ouverts; et, par sa présence, il excite les contractions de l'utérus, détermine l'avortement, accident qui, dans ce cas, devient très-avantageux pour la mère. Ici on ne pourrait terminer l'accouchement, car, comment introduire la main dans la matrice? le col utérin n’est pas dilaté.

Le tampon, quoique avantageux dans beaucoup de circonstances , ne doit cependant pas être appliqué au début d’une hémorrhagie produite par exhalation sanguine ou pâr une cause pléthorique géñérale ou locale , lorsque l’effusion de sang n’a pas été assez abondate pour fairé cesser l'espèce d’orgasme porté sur l'organe utérin; dans ce cas, il provoquerait l'avortement ; tandis que la perte eût péut-être cessée 8i l’on n'avait eu recours qu'aux moyens énumérés plus haut. Si la perte dépend du décollement du placenta inséré sur le col de l'utérus, il faut lui donner la préférence sur tous les aütrés moyens ; parcé qu’il peut détérminer la formation d’un œaillot entre la portion dénudée du placenta et le col.

Si le tamponnement n’a pu arrêter ou modérer l’hémorrhagie , «et que l’on ait à craindre pour les jours de la femme, il ne reste plus de ressource que dans l'accouchement artificiel. Ici deux procédés ont été conseillés. * |

Le prémier, celui des anciens, consiste à introduire de force la main dans la matrice, aller chercher les pieds de l'enfant, et à en faire l’éKtraction.

li est facile de prévoir à quels dangers on s'expose en suivant un pareil procédé. La métrité$ les convulsions, les déchirures du col ütérin én sont les inévitables résultats. |

Ge procédé est généralement abandonné.

Le second , celui de Puzos, plus régulier et plus sage, imitant en quélque sorte la lenteur de l'accouchement spontané, consiste à dilater graduellement l'orifice de l'utérus avec les doigts , pendant que de l’autre inain on pratique sur l'hypogastre des frictions. Quand par ces ifiañœuvres Oh ‘est parvenu à ranimer des douleurs, et que la poche des eaux est suffisamment formée , on la rompt pour procurer leur écoulement. Quelquefois le vide occasionné par l'issue des eaux de l’amnios suffit pour arrêter l’hémorrhagie, surtout si la matrice conserve assez d'énergie pour se resserrer immédiatement après, -et pour venir s'appliquer sur le corps du fœtus. Dans ce cas, si les douleurs augmentent, si la perte diminue ou s'arrête, et si l’enfant

se présente dans une bonne position, on peut sans inconvénient laisser à la nature le soin de terminer l'accouchement ; mais si, au contraire, après la sortie des eaux, l’hémorrhagie persiste , on introduit la main dans la matrice, on retourne l'enfant , et on amène les pieds à la vulve, où on les laisse quelques instans pour donner à la matrice le temps de revenir sur elle-même. Lorsqu'on sent que la matrice se resserre et diminue de volume à mesure qu'elle se désemplit, on achève l'accouchement sans attendre d'avantage. Quelques praticiens veulent qu'on attende , lorsque la poitrine s’est engagée ; mais ce délai, sans être de quelque avantage pour la mère , peut compromettre les jours de l'enfant, en l’exposant à la compression du cordon ombilical.

Le procédé de Puzos ne doit cependant pas être employé dans tous les cas de pertes utérines très-intenses. [Il ne convient nullement dans celles qui surviennent pendant les trois premiers mois de la gestation, parce que, si on rompt la poche des eaux, on rend la délivrance très-difficile, pour ne pas dire impossible , à cause du peu de dilatabilité du col utérin dans les cas d’engorgement, d’inflammation, de squirrhe de cet organe.

L'extraction de l'enfant étant devenue indispensable , à quellesépoque faut-il la faire?

Les auteurs ne sont point d'accord sur l’époque la plus favorable à cette opération ; les uns pensent qu'il vaut mieux opérer dès que la femme commence à éprouver de légères défaillances ; d’autres veulent, au contraire, qu'on atiende que les convulsions surviennent avant d'entreprendre l'extraction de l'enfant. Comme il est impossible d'indiquer d’une manière générale et invariable les limites ou s'arrête la nature impuissante, et celles où l’art doit commencer à agir; je pense qu'il ne faut jamais attendre que les douleurs aient” cessé totalement, encore moins que les membres soient froids, la faiblesse extrême , le pouls filiforme ; mieux vaut peut-être opérer un peu trop tôt que trop différer. L’accoucheur est le seul qui , dans ce cas, puisse juger, d’après l'abondance et la durée de la perte , la

(14) décoloration du visage de la femme , la faiblesse de son pouls , quel est l’époque la plus favorable pour terminer l'accouchement.

Hémorrhagies utérines pendant l'accouchement.

Ces hémorrhagies sont dues aux mêmes causes que celles indiquées dans l’article précédent ; mais l’implantation du placenta sur l’orifice utérin est sans contredit celle qui principalement les détermine.

Les auteurs anciens n’avaient pas connaissance de ce cas; quelques-uns font bien mention de la présence du placenta à l’orifice de l'utérus, mais ils ne croyaient pas qu’il pût y adhérer depuis le commencement de la gestation ; ils pensaient , au contraire, qu'adhérant au fond de l'utérus, ce corps spongieux , venant à se détacher par une cause quelconque , tombait sur l'orifice du col, et y prenait adhérence au moyen du sang coagulé. Ce n’est que depuis Levret qu’on en a acquis une connaissance positive.

L'implantation du placenta sur le col utérin est, suivant quelques auteurs, due au relâchement de l'utérus, soit naturel, soit accidentel ; à la mauvaise situation de la femme, à la station sur les pieds ou sur le siége immédiatementsprès la conception. Ces différentes causes sont plus ou moins hypothétiques. |

-Les signes qui peuvent faire reconnaître cet accident sont, une perte survenant sans cause connue vers le sixième ou septième mois : lorsque le travail se déclare, l'orifice de la matrice ne peut pas se dilater sans que les adhérences qu'avait le placenta sur cette partie ne se détruisent successivement , en sorle que la perte est d’autant plus abondante que la dilatation du col est plus considérable. Le doigt, introduit dans l’orifice utérin, lorsque sa dilatation est suffisante , rencontre une masse spongieuse , dont l’épaisseur empêche de sentir l'enfant, au lieu des mêmbranes lisses qu’on trouve dans les cas ordinaires. Indépendamment des signes fournis par le toucher , l’accoucheur peut reconnaître que la perte dépend de l'insertion du placenta sur le col de l’utérus, en faisant attention, 1°. que la perte

s'annonce subitement, et sans que la femme puisse soupconner aucune cause antécédente, soit externe, soit interne; 2°. qu’elle augmente pendant les contractions utérines, et diminue dans l'intervalle des douleurs ; 3°. qu’elle est peu abondante et dure peu la première fois, revient, par la suite, fréquemment et facilement ; enfin qu’après avoir cessé totalement, elle reparaît au bout de quelques jours et même de quelques heures. À chaque récidive , la perte est plus abondante et de plus longue durée.

Les moyens curatifs que l'on emploie dans cette circonstance varient suivant l'intensité de l’hémorrhagie et le degré de dilatation du col : lorsqu'elle est légère, on prescrit le repos, la situation horizontale, l’air frais, les boissons acidulées, et les applications réfrigérantes sur l’hypogastre , les cuisses, les aines, etc.

Si, malgré l'emploi de ces moyens, la perte continue, et qu’on s'apercoive que la femme s'affaiblit, que les douleurs languissent , que le col soit encore dur , resserré, et que le centre du placenta réponde à celui de l’orifice de la matrice, il faut employer le tampon , seul moyen pour sauver la femme. Les adhérences du bord du placenta ou celui du col s'opposent à un épanchement. Le col étant peu dilaté , on ne pourrait pratiquer l'accouchement forcé. ,

Le tamponnement se fait de différentes manières : le procédé auquel on donne aujourd’hui la préférence consiste à introduire dans le vagin, jusqu’à l’orifice du col utérin, le milieu d’une grande compresse carrée ; dont les angles sontretenus à l'extérieur , et à enfoncer successivement des bourdonnets de charpie dans la cavité qu'elle forme ; le tout est soutenu par un bandage en T, attaché à un bandage de corps; à mesure que le col se dilate , on a soin d'augmenter ka grosseur des bourdonnets. : :

Lorsque l’orifice de la matrice a acquis assez de dilatation pour:permettre l’iniroduction de la mair ,.on procède à l'accouchement, en détachant le, placenta du-côté où. il offre le moins de résistance,, et seulement dans l’étendue,nécessaire. pour permettre à la main de parvenir jusqu'aux membranés ;, alors on les déchire, on va chercher

( 16 ) les pieds de l'enfant , on les amène jusqu'à ce que les cuisses se trouvent cernées par l’orifice utérin , etc. Quelques auteurs ont conseillé, dans ce dernier temps, de perforer le placenta dans son centre , lorsqu'on ne peut le détacher dans quelques-uns des points de sa circonférence. Dans le cas où la tête, parvenue dans le fond du bassin , aurait poussé le placenta devant elle , il vaudrait mieux alors terminer l'accouchement avec le forceps, au lieu de faire la version de lenfant , quoiqu'elle fût encore possible.

Hémorrhagies utérines après l'accouchement.

Ces hémorrhagies , plus fréquentes et plus dangereuses que celles dont nous avons parlé, peuvent tenir, 1°. à un état d'inertie de Ja matrice ; 2°. à un état de pléthore général ou local; 3°. à la présence d’un second enfant ou d’un corps étranger dans l'utérus ; 4°. à un état spasmodique ; 5°. enfin au renversement et aux déchirures de l'utérus.

1°. Hémorragies par inertie de la matrice. On entend par inertie cet élat dans lequel la contractilité et l’élasticité de la matrice sont comme eugourdies , et n’agissent plus. Elle peut être complète , c’est-à-dire attaquer toute la matrice, ou bien incomplète, et n’en attaquer qu’une partie, comme le col, le corps ou le fond , suivre immédiatement l'accouchement, au ne survenir que quelques heures après. On l'observe surtout chez les femmes d'une constitution faible , qui ont éprouvé des pertes antérieures. Elle a lieu aussi lorsque le travail a été long, pénible, douloureux; quand la matrice a été distendue par une grande quantité d'eau, qu'il existe plusieurs enfans , etc...

Si le col de la matrice participe à cet état d'inertie, s'il n’est pas bouché par un caillot de sang ; par le placenta, ou par tout autre corps, ou par un état spasmodique , l'hémorrhagie est apparente; mais si le contraire existe, le sang, au lieu de couler à l'extérieur ;

(17) est retenu dans l'intérieur de la matrice ; la distend au point de lui faire acquérir le volume qu’elle avait avant l'accouchement.

L’hémorrhagie interne se reconnaît aux signes suivans : la matrice, au lieu de se présenter sous la forme d’une tumeur ronde et solide, n'offre, à la main placée sur l'hypogastre, qu’une masse molle et volumineuse. Les tranchées utérines sont faibles, ou n’existent point ; le visage pälit ; le pouls s’affaiblit ; les yeux perdent de leur éclat ; la femme éprouve des éblouissemens, des tintemens d'oreilles, des syncopes, etc.

L'indication à remplir dans le cas d'hémorrhagie due à l’inertie de la matrice , consiste à réveiller les propriétés vitales de cet organe. Pour y parvenir , on a proposé de faire des frictions sur le bas-ventre ; d'appliquer sur cette région , ainsi que sur la face interne et supérieure des cuisses , des compresses trempées dans l’oxycrat froid, qu’on renouvelle à mesure qu'elles s’'échauffent. On peut favoriser ces moyens par l'emploi à l’intérieur des cordiaux, des boissons froides, etc. Van-Swiéten et Pleuck employaient , pour combattre ces hémorrhagies, la teinture de canelle. De nos jours, on fait usage du seigle ergoté , à la dose d’un gros, qu'on fait infuser dans quatre onces d’eau , et qu’on donne en trois fois, à une ou deux heures d'intervalle. Plusieurs exemples, cités dans les journaux de médecine, attestent l’efficacité de cette subsance, dans les pertes dues à l’inertie de la matrice.

Si ces moyens sont insuffisans , et que la perte augmente, par de légères titillations on irrite le col de la matrice avec les doigts ; on y introduit la main trempée dans l’eau froide ou autres liquides, et on ne la retire que lorsque la matrice a recouvré sa contractilité. On peut aussi, suivant le conseil de Saxtorph, y faire des injections avec de l’oxycrat , de l’eau à la glace. Mais, pour que ces injections produisent l'effet qu’on veut obtenir , il faut avoir soin de les y faire séjourner, en soulevant le bassin, et bouchant l'orifice de lutérus.

M. Évrat, dans un Mémoire lu à l’Académie royale de médecine,

(18) a proposé d'exprimer un citron dépouillé de son écorce dans la cavité de l'utérus. Ce moyen, qui a réussi quelquefois, doit cependant être employé avec beaucoup de réservé, à cause des accidens qu’il peut entraîner à sa suite. |

Les injections avec l’alcohol , les acides sulfurique et nitrique , conseillés par Pasta ; les bains froids indiqués par Levret , les douches d'eau froide recommandées par Sigault, etc., sont des moyens qu'on ne doit mettre en usage que dans les cas désespérés À et où les autres remèdes ont échoué. ,

Les révulsifs ont souvent produit de bons effets : ainsi, à l'exemple d'Hippocrate, on peut appliquer une large ventouse sur les mamelles de la femme. M. le professeur Récamier emploie, dans les mêmes vues, des douches ascendantes sur la région hypogastrique. Des frictions sèches sur les membres thorachiques, des ventouses , des sinapismes surtout entre les deux épaules, dans le cas d’hémorrhagie passive à la suite de la délivrance, ont souvent produit une révulsion salutaire.

La compression immédiate, au moyen d'une vessie de cochon introduite dans l'utérus , et distendue par de Tair ou un fluide réfrigérant, proposée par F'ernct , peut aussi être de quelque utilité.

Le tampon, proposé par Lérour , de Dijon , ést généralement regardé par les accoucheurs comme un moyen plutôt nuisible ‘qu'utilé; en effet, il n'agit qu’en s’opposant à l'issue du sang au dehors. Ea chose essentielle, dans cé cas, ést de remédier! à Finertie, cause de l’hémorrhagie. Le tampon est donc loin de rémplir cette indication; il est nuisible’, én cè sens qu’il péüt détérminer üne perte interne.

FO n WUFGUT GT: CFO 9 GA OL Hémorrhagies causées par ‘la pléthore générale ou locale: La pléthore générale reconnaît pour caüses la constitution de la femme où l'emploi des cordiaux , des'‘stimuülans, ss les femmes en couches, dans la vue de farétiser l'accouchement: 0: : TOR ‘TE

Les signes suivans la font facilement reconnaître : le visagé” “est

rouge, trés-coloré; les''ÿeux sont larmoÿans , rouges ; le pouls 'est

(049) plein, vif et serré; la respiration grande, un peu précipitée ; la chaleur du corps est augmentée ; la femme se plaint d’une céphalalgie assez vive , d’un sentiment de pesanteur dans les lombes ; elle sent des fourmillemens dans les membres ; le sang est épais, vermeil et. très-concrescible.

Le repos, tant du physique que du moral, des pédiluves sinapisés, des lavemens émolliens , des boissons délayantes et rafraïîchissantes, sont les moyens. qu’on emploie pour combattre la pléthore générale. Dans quelques cas, on pratique la saignée du bras.

La pléthore locale est due à l’accouchement lui-même, quand il a été laborieux, et qu'il a exigé de la part de la femme des efforts soutenus ; à des manœuvres inconsidérées , et à l’usage des bains Ge siège, etc.

Les symptômes qui la caractérisent sont, un sentiment de pesanteur dans les lombes, des tranchées utérines, une douleur gravative ou lancinante dans la matrice, un engourdissement dans les aines, les cuisses, un prurit des parties sexuelles, quelquefois des coliques.

On diminue la pléthore locale par les mêmes moyens qu'on emploie, dans la pléthore générale, et de plus par l'application des sangsues à la vulve, à la région lombaire ; par les cataplasmes émolliens sur lhypogastre; par les frictions irritantes et les révulsifs, tels que les vésicatoires , les ventouses sèches aux environs des seins, aux bras, etc.

3°. L’hémorrhagie due à la présence d’un second enfant dans l'utérus se manifeste toutes les fois que, dans une grossesse composée , chaque fœtus a un placenta qui lui est propre , et que l'expulsion du dernier fœtus est précédée de la sortie du placenta qui appartient au premier ; dans ce cas, l’accouchement du second enfant suffit pour faire cesser la perte. Celle qui est due à un corps étranger se reconnaît aux signes suivans : la femme se plaint de douleurs vives dans la région de l'utérus ; cet organe, qui n’est pas encore revenu à son état normal, est plus ou moins volumineux, suivant la grosseur du corps qui est contenu dans sa cavité. Par le toucher, on peut reconnaître

le corps qui entretient l’hémorrhagie. Si, en examinant le placenta après la délivrance, on voit qu'il en manque une partie, il faut se hâter de faire l'extraction de la partie restée dans l'utérus. Mais si le col était trop revenu sur lui-même, ou qu'il se fût contracté spasmodiquement ; si la perte était légère, et que les forces de la malade se soutinssent , on confierait à la nature le soin d’expulser le corps, en l'aidant toutefois par des injections émollientes , mucilagineuses, etc.

Lorsque la perte est entretenue par des caillots ou des portions des enveloppes du fœtus, on en fait l'extraction , soit en allant les chercher avec les doigts, soit en les divisant en plusieurs morceaux pour que leur expulsion se fasse ensuite très-aisément. Si le col de l'utérus est resserré, on cherche à le dilater par l'introduction successive de plusieurs doigts ; la main, parvenue dans l’intérieur de la matrice, vide tout ce qui peut y être contenu, etc.

4°. L’hémorrhagie qui est due à un état spasmodique , ayant. pour causes les différentes passions de l’âme , comme un accès de joie, de colère, se combat par les moyens généraux qui sont applicables à à toutes les espèces d’hémorrhagies, et, de plus , par l'emploi des antispasmodiques, des nafcotiques. Smellie administrait souvent le laudanum liquide de Sydenham. M. le professeur Desormeaux emploie l'opium avec succès.

5°. Hémorrhagies produites par le renversement et les déchirures de la matrice. Un accouchement trop prompt, le peu de longueur du cordon ombilical , les tiraillemens exercés sur lui pour extraire l’arrièrefaix , lorsqu'il est encore adhérent à l’utérus< sont les causes de cet accident. |

Le renversement de l'utérus peut être, ou incomplet où complet. Dans le premier cas, le doigt porté dans le vagin sent une tumeur tranchante d’un côté à l’autre, qui offre une cavité obtuse en haut, et un rétrécissement à l'endroit du col: sa sensibilité la fait distinguer du polype ou de tout autre corps. Dans le second cas, c’est-à-

(2) dire dans le renversement complet, la surface interne de la matrice venant proéminer hors de la vulve, et s'étendant quelquefois jusque sur les cuisses de la femme, fait qu’on ne peut la méconnaître. La main appliquée sur l’hypogastre ne sent plus cette tumeur globuleuse formée par la matrice, qui revient sur elle-même après l’expulsion du fœtus. |

On ne peut se rendre maître de l’hémorrhagie qui est due au renversement de la matrice qu’en procédant le plus promptement possible à la réduction de cet organe. Pour cela, on fait coucher la femme sur le dos, le bassin plus élevé que le reste du corps, les cuisses fléchies et maintenues écartées; on porte ensuite la main dans le canal; on repousse la matrice de bas en haut, en commencant par les parties qui touchent le plus près le col de cet organe. La réduction faite , on laisse la main quelques instans dans l'utérus pour en soutenir les parois, ranimer son action languissante et la faire se contracter. On aurait soin cependant, avant d’en faire la réduction, de détacher le placenta s’il était encore adhérent à cet organe. Si, après la réduction, l'utérus restait mou, sans énergie, et que la perte persistât , il faudrait alors avoir recours aux moyens qu'on emploie dans le cas d’hémorrhagie par inertie. à

Lorsqu'on rencontre trop de difficulté pour effectuer cette réduction , la malade expire presque toujours , épuisée par l’abon- : dance de l’hémorrhagie ou par inflammation violente qui s'empare de la matrice.

Dans les déchirures de la matrice , la femme éprouve , au moment où elles ont lieu, un sentiment de tiraillement, accompagné d’un bruit de craquement quelquefois assez distinct pour être entendu des persounes qui sont présentes ;-il y a en même temps une douleur vive et fixe, analogue à celle qu’on désigne sous le nom de crampe. Un instant de calme succède aux vives douleurs que vient de souffrir la femme ; bientôt elle éprouve dans tout l'abdomen le sentiment d’une chaleur douce ; son visage pâälit ; son pouls, par

{ za.) sa faiblesse, annonce l’hémorrhagie, qui ne tarde pas à survenir. À ces phénomènes se joignent des nausées, de l’anxiété, des vomissesemens et des sueurs froides.

Ces déchirures peuvent n’affecter que la surface interne de la matrice ou toute l'épaisseur de ses parois ; elles en occupent ou le corps ou le fond. La rigidité du col, lors du passage de l'enfant, les manœuvres imprudentes , en sont les principales causes. Les déchirures qui ont lieu au col et celles qui comprennent toute l’épaisseur des parois de l’utérus se reconnaissent facilement par le toucher.

Les moyens généraux qu'on emploie dans les hémorrhagies utérines ne peuvent être d'aucune utilité dans celles-ci : les injections astringentes et le tamponnement sont les seuls rationnels et vraiment curatifs.

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