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Trousseau, Journal des Débats, 19 novembre

2. Lewy, Recherches sur la composition des gaz, présentées à l'Académie des Sciences, le 1er décembre 1845. (Annales de chimie et de physique, 3e série, 1846, t. XVII.)

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de mer *, l'air atmosphérique contient normalement de l'oxygène, de l'azote, de l'acide carbonique, de l'ammoniaque, quelques traces d'hydrogène carboné et une quantité fort minime et variable de vapeur d'eau. Cent volumes d'air contiennent 20,80 d'oxygène pour 79,20 d'azote, plus 0,008 à 0,009 de vapeur d'eau, et de 0,0003 à 0,0006 d'acide carbonique.

Mais cet air normal, destiné, par son introduction clans l'économie, à revivifier les animaux, est bientôt expulsé; pendant toute la durée de leur vie, les animaux empruntent à l'air qui les entoure l'oxygène qu'il renferme ; celui-ci circule dans les vaisseaux et les humeurs, pour être expulsé, après avoir subi plusieurs combinaisons chimiques, sous forme d'eau et d'acide carbonique. Si donc on suppose un certain nombre d'individus agglomérés dans un même local, il arrive un moment, si l'air n'est pas renouvelé incessamment, où sa composition normale aura fait entièrement place à l'acide carbonique et à la vapeur d'eau. Cet air confiné n'est plus propre à la respiration. Ce n'est pas tout encore : puisque nous parlons ici d'une manière générale de l'air respirable, qu'on nous permette d'indiquer les causes de sa viciation, soit lorsqu'il se présente à l'état libre, soit lorsqu'il est confiné. M. Félix. Leblanc, dans un important travail sur ce sujet 2, range sous les trois chefs suivants les sources d'altération de l'air non renouvelé : 1° respiration de l'homme et des animaux ; 2° foyers de combustion et appareil d'éclairage ; 3° transpiration cutanée et pulmonaire, et matières animales qu'elles contiennent.

Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que nous n'indiquerons pas ici le voisinage, soit de vastes manufactures, soit de dépôts de matières en putréfaction, et que nous prenons les conditions les plus générales et les plus communes de salubrité. Eu effet, et en dehors des corps qni entrent normalement

1. A. Morren, R: cherches sur les gaz que l'eau demer peut dissoudre en différents moments de la journée et dans les saisons diverses de l'année. (Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. XVII, XIX.)

2. Félix Leblanc, Recherches sur la composition de l'air confiné. (Journal de Pharmacie et de Chimie. 1843, 3e série, t. V.)

dans la composition de l'air atmosphérique, il n'est pas rare de voir d'autres gaz s'y mélanger, et voilà pourquoi l'on fuira toujours avec précaution le voisinage des volcans, des marais, des mines, sources continuelles d'émanations impures; voilà pourquoi le séjour de la campagne, éloigné des agglomérations de nos grandes villes, des usines de nos centres manufacturiers, sera toujours recherché par une hygiène bien entendue.

L'air confiné présente d'autres conditions, et nous demandons la permission de laisser ici la parole à un homme qui nous paraît avoir traité cette question avec la clarté qu'elle exige. Cela nous dispensera d'y revenir plus loin, soit à l'occasion de la disposition des salles, soit au sujet de la ventilation et du chauffage des hôpitaux. Examinons successivement avec lui l'acide carbonique, l'état hygrométrique de l'air expiré ; voyons quelles sont les meilleurs conditions de l'air respirable, au point de vue de la salubrité.

« Il faut admettre, comme un fait d'expérience, ditM. Grassi *, que la proportion d'acide carbonique de l'air des lieux habités et fermés croît avec le degré d'insalubrité, et peut, pour ainsi dire, en fournir la mesure. Plus la dose d'acide carbonique s'élève, plus la nécessité du renouvellement de l'air doit être considérée comme prochaine. Lorsque cette proportion atteint 1 p. 100, par le fait de la respiration, le séjour des hommes, dans une pareille atmosphère, ne saurait se prolonger sans exciter bientôt une sensation de malaise prononcé. La ventilation devient indispensable, si l'on veut que la respiration recouvre ses conditions normales. Toutes choses étant égales d'ailleurs, il ne semble pas douteux que l'acide carbonique, à cette dose, dans des lieux fermés, puisse exercer une influence sensible sur l'organisme, surtout si cette action se prolonge pendant quelque temps. Gela se comprend facilement, si l'on fait attention que l'acide carbonique augmente à mesure que l'air inspiré est transporté dans le torrent de la circulation, en sorte que, dans les moments qui précèdent son expulsion, nos organes se trouvent en contact avec un air notablement plus

1. Grassi, Chauffage et ventilation des hôpitaux. Thèse de Paris, i856.

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chargé d'acide carbonique que l'air expiré dans les circonstances ordinaires. »

Des expériences de ventilation indépendantes de toute idée théorique préconçue ont été faites sous la direction deM. Péclet, pour déterminer la quantité d'air à fournir à un certain nombre d'individus réunis, pour maintenir leur respiration dans les conditions accoutumées ; les assistants de l'enceinte étaient établis seuls juges du manque ou de l'excès d'air, sous l'influence de dosages variables. Or, des analyses faites, dans ces circonstances, par M. F. Leblanc, ont fait voir que l'air qui sortait de l'enceinte contenait une quantité d'acide carbonique comprise entre deux et quatre millièmes ; aussi ce chimiste distingué regarde le chiffre de quatre ou cinq millièmes comme la limite supérieure que l'on ne doit pas dépasser. M. Poumet * et d'autres hygiénistes sont plus sévères encore; ils ne veulent admettre que deux ou trois millièmes d'acide carbonique dans l'air qui sort de l'enceinte. C'est cette limite que j'adopte. Cette quantité est quatre ou cinq fois plus forte que celle qui existe à l'état normal, et vingt fois moindre que celle que contient l'air qui sort de nos poumons.

L'air qui entre dans nos poumons, quels que soient son état hygrométrique et sa température, en sort'toujours à 38° et saturé de vapeur d'eau ; l'air qui est en contact avec la peau se charge aussi d'une certaine quantité de vapeur, et l'on conçoit que, si l'espace est limité et l'air non renouvelé, il arrivera bientôt à l'état de saturation et même de sur-saturation. C'est alors que l'on voit, surtout en hiver, l'eau se condenser et ruisseler sur les vitres et les murs des enceintes qui reçoivent un grand nombre de personnes. A ce terme, il est permis de croire qu'un séjour plus prolongé amènerait des modifications notables dans nos fonctions. En effet, l'évaporation cutanée doit se trouver, sinon totalement arrêtée, du moins notablement diminuée, puisque, l'air étant saturé, une nouvelle quantité de vapeur ne peut s'y former que par son échauffement au contact de la peau; or, celle-ci n'étant pas à découvert, les

1. Poumet, Mémoire sur la ventilation dans les hôpitaux,, (Annales d'hygiène publique. 1844, t. XXXII.)

mouvements de l'air sont trop gênés pour que l'effet soit prononcé. Quant à la respiration pulmonaire, elle ne s'effectue plus qu'en raison de la différence de tension entre la vapeur d'eau à 38° et celle qui saturerait l'espace à la température du milieu environnant; il s'en suit qu'une portion notable de la chaleur, enlevée à l'état latent par l'effet de la transpiration normale, tendra à s'accumuler dans nos organes et à élever la température, à moins qu'il ne s'opère, dans les procédés même de la respiration, une réaction capable de condenser cet effet.

Tels sont les inconvénients d'up air trop chargé d'humidité. L'état contraire serait également nuisible. L'air chaud et sec, permettant la formation d'une grande quantité de vapeur, enlève à nos organes beaucoup trop d'humidité, et occasionne une impression désagréable qui se traduit par de violents maux de tête : ce fâcheux effet est bien connu des personnes qui travaillent dans les bureaux chauffés par des poêles munis de bouches de chaleur. Des vases pleins d'eau et présentant une grande surface d'évaporation, remédient à cet inconvénient, en donnant à J'air une partie de l'humidité qui lui manque.

Pour présenter de bonnes conditions hygiéniques, l'air ne doit donc être ni trop sec, ni trop humide. Mais on ne trouve nulle part des expériences indiquant d'une manière positive le meilleur degré hygrométrique. D'Arcet dit que l, pour être tout à fait salubre, l'air doit être à moitié saturé d'humidité à la température de 1 S ou 16° qu'il adopte pour les théâtres, ce qui correspond à 7 grammes d'eau par mètre cube d'air. Divers médecins pensent que l'hygromètre doit marquer 72° dans une maison habitée, ce qui correspond à 6 grammes 43 d'eau par mètre cube d'air; cette évaluation se trouve d'accord avec celle que demandait d'Arcet. C'est aussi le point de saturation que j'adopterai par la suite. Je dirai donc que, pour être dans de bonnes conditions hygiéniques, l'air devra contenir une quantité d'acide carbonique ne dépassant pas 2 à

1. D'Arcet, Noie sur l'assainissement des salles de spectacle. (Annales d'hygiène publique, 1™ série. Paris, 1829, t. I.

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3 millièmes, et une quantité de vapeur d'eau égale à la moitié de ce qu'il peut dissoudre à 15 ou 16°, c'est-à-dire 7 grammes par mètre cube.

Mais nous n'aurions indiqué que d'une manière bien incomplète les conditions normales d'un air pur et ses causes de vi-, ciation, si nous ne parlions ici de ce que Alfred Becquerel appelle des miasmes physiologiques i. Nous avons dit un mot de la respiration pulmonaire et cutanée : les vapeurs qui se dégagent, soit de la muqueuse pulmonaire (il en a été question tout à l'heure), soit de la surface cutanée, se mêlent à l'air et s'y dissolvent; mais elles tiennent en suspension une matière animale éminemment putrescible, cause la plus puissante, sans contredit, de l'insalubrité de l'air. Péclet 2 a démontré ce fait d'une manière péremptoire ; et, dans beaucoup de cas, raconte Michel Lévy 3, où l'air des pièces contenant un grand nombre d'individus affecte péniblement la respiration, l'analyse chimique ne trouve pas dans sa composition un accroissement d'acide carbonique qui puisse expliquer la différence d'effet produit par cet air et par l'air libre.

Ajoutons, enfin (nous aurons plus loin l'occasion de revenir sur ce fait intéressant), que l'air des salles des hôpitaux tient en suspension des corpuscules organiques, pus, brins de charpie chargés de miasmes, etc., etc., dont la présence n'est pas de nature, on le comprend, à purifier l'air déjà contaminé par l'agglomération plus ou moins grande d'individus malades, dont les sécrétions sont presque toujours altérées.

Ces faits, nous avions besoin de les indiquer ; il nous sera peut-être donné de les développer d'une manière plus complète dans un autre chapitre.

L'air est, de tous les agents extérieurs, le plus indispensable à l'homme; mais il en est d'autres dont l'action n'est pas moins utile. Qui ne connaît l'influence de la lumière sur l'organisme, influence analogue à celle qu'elle exerce sur les végétaux, et qui nous conduit par analogie à la connaissance des effets qu'elle

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