Iberti, Observations générales sur les hôpitaux
qui n'est salubre, ainsi que le reconnaît le marquis Garzoni, son directeur, que « grâce au climat de la Toscane, dont l'heureuse influence a pu combattre et neutraliser les effets d'une construction défectueuse i ; » l'équerre de l'infirmerie de Bristol, le quadrilatère incomplet de l'hôpital des Diaconesses de Béthanie à Berlin, ou de celui de Hambourg, etc.
Fig. 5. — Hôpital et œuvre de Saint-Louis-de-Gonzague à Turin. Plan du 1er étage : 1, vestibule; 2, chambre pour la récréation des malades; 3, escalier principal; 4, église; 5, infirmerie; 6, passage derrière les lits; 7, dépendances; 8, latrines.
Nous avons peu de sympathies encore pour Saint-Louis-de- Gonzague à Turin, où l'on pourrait facilement reconnaître les idées d'Iberti. Quatre pavillons partent en divergeant comme les branches d'une croix grecque d'un bâtiment circulaire et central destiné aux services généraux ; ces quatre pavillons se trouvent réunis deux à deux par les bâtiments qui joignent leurs extrémités. Malgré les nombreux détails de service, qui montrent de la part de l'architecte d'excellentes intentions unies à une connaissance profonde des besoins des malades, et que nous regrettons de ne pouvoir reproduire ici, nous ne pouvons reconnaître comme salubre un édifice aéré en grande partie par les fenêtres ouvertes sur deux cours triangulaires (fig. 5). Serons-nous plus indulgents pour les pavillons isolés? On a prévu notre réponse.
1. Garzoni, Note communiquée à M. Husson. hoc. cit., page 384.
Citons pour appuyer nos idées l'hôpital de Clermont Tonnerre à Brest (fîg. 6). Peut-on admettre un hôpital composé de dix pavillons parallèles séparés seulement par un intervalle de 15 mètres et mis en communication par une galerie couverte? Où sont, demanderons-nous, les conditions de salubrité que nous réclamions tout à l'heure ? Est-il possible de dispenser largement l'air et la lumière dans un bâtiment si vaste, et (qu'on nous pardonne le mot) si compacte?
Mais nous entendons déjà les partisans du système des pavillons séparés nous crier que l'hôpital de la marine à Brest s'éloigne sensiblement de leur plan de prédilection; qu'il contient, en outre, 1,179 malades, qu'enfin il est étroitement enfermé par des bâtiments dépendant de l'arsenal maritime.
Choisissons donc un modèle plus convenable et voyons Lariboisière qu'on s'efforce de nous représenter comme le dernier mot du progrès ; Lariboisière, dont la construction, décidée en 1839, ne fut achevée qu'en 1854 et coûta plus de 10 millions de francs; Lariboisière, enfin, dont M. Husson a pu dire : « A part quelques appropriations de détails que l'administration compte encore réaliser, il présente, à un degré inconnu jusqu'à ce jour, toutes les conditions de bienêtre et de salubrité qu'un établissement de cette nature puisse réunir *. »
Mais, hélas ! cet hôpital, si parfait qu'on s'est empressé de le copier à Nantes et à Madrid, présente au plus haut point les défauts les plus graves et les plus sérieux : agglomération de malades, proximité des bâtiments, impossibilité d'assurer la circulation de l'air.
Mais, hélas ! cet hôpital si parfait est un de ceux qui donne la plus grande mortalité. « On a allégué, il est vrai, que cette mortalité s'explique pour Lariboisière par la gravité exceptionnelle des maladies aiguës et par un nombre excessif de maladies chroniques et surtout de phthisies, dit M. Trélat 2. Or, j'ai sous la main, continue-t-il, pendant que je parle, un tableau dont les éléments sont empruntés à la statistique médicale de 1861, d'où il résulte que c'est à Beaujon d'abord, à
i. Loc. cit., page 8.