‹ Des hopitaux et des hospices (volume 2)Chapitre 85 sur 98 · Voyez p · texte numérisé non relu

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Quant à réunir des enfants et des vieillards, des femmes en couches et des impotents, nous ne voyons pas beaucoup, nous l'avouons encore, le bon côté de ce projet, à moins que l'on n'espère, par la réunion dans un même tableau de toutes les misères humaines, pouvoir offrir une étude instructive aux moralistes.

Quant aux inconvénients, ils sautent aux yeux : un pareil projet est l'antipode de tout ce que nous nous sommes efforcé déposer en règles et en principes dans le cours de ce mémoire.

Mais, va-t-on nous répondre, vous vous méprenez étrangement si vous supposez que nous allons construire un seul et unique édifice, vaste caravansérail où viendront s'entasser chaque jour les victimes de l'âge, de la maladie, de la séduction ou de la débauche; tout en réunissant nos hôpitaux dans le même local, nous les séparons complètement: nulle communication entre eux.

Alors où sera l'avantage, et pourquoi, puisque vous bâtissez trois ou quatre maisons, tenez-vous tant à les placer dans le même enclos? La dépense seule (prétexte que nous contestons d'ailleurs) pourrait décider à admettre le projet , mais si vous séparez vos hôpitaux, éloignez-les, de grâce, éloignez-les tout' à fait; car l'hygiène aussi bien que la lourde responsabilité que vous assumerez sur le directeur d'un pareil établissement vous conseillent leur isolement. Au moment où nous écrivons ceci, le fléau, qui a ravagé Marseille et Toulon, frappe à Paris avec une médiocre intensité, grâce à Dieu ! mais où sévit le choléra ? partout où il y a agglomération, dans les quartiers jesserrés, dans les établissements qui contiennent un grand nombre d'habitants. Dira-t-on pourtant que les casernes de Paris, où la maladie fait des ravages, ne sont pas construites en vue de procurer à l'armée de bonnes conditions hygiéniques ? dira-t-on que le lycée Saint-Louis, à peine achevé d'hier, étendant sa magnifique façade sur une des plus larges voies de la capitale et qu'il faut fermer aujourd'hui, doit être habituellement insalubre l ?

1. On nous rappellera peut-être que le lycée Saint-Louis touche à l'École pratique de la Faculté. C'est vrai; nous ne l'avons pas oublié; mais nous rappellerons à notre tour que les pavillons de l'école pratique, fermés depuis le commencement du mois d'août, ne sont pas encore ouverts. Le voisinage de cet amphithéâtre n'est donc pour rien dans la propagation de la maladie.

Non évidemmment : mais agglomération devient désormais synonyme d'insalubrité.

Sortons des généralités et jugeons en quelques mots un projet d'hospice général à la campagne : réunissons par la pensée dans un local de vingt hectares, par exemple, des vieillards, des incurables, des enfants et des femmes en couches : disonsle d'ailleurs avant d'aller plus loin, ce que nous écrivons ici sera l'expression la plus sincère de nos convictions basées sur la parole des maîtres, et nous pourrions dire avec l'illustre Montaigne : « Cecy est un livre de bonne foy 4, »

Nous nous sommes efforcé tout à l'heure de démontrer que ce que devraient rechercher par-dessus tout les enfants, les vieillards, les femmes en couches, c'était de l'air; les premiers à cause de leur extrême impressionnabilité; les seconds, pour activer par la révivification du sang l'atonie du système respiratoire; les troisièmes, pour dissiper le plus promptement possible l'infection miasmatique qu'elles portent avec elles, et combattre les effets si nuisibles de l'encombrement.

Nous avons appuyé en outre sur la nécessité d'éloigner de cette atmosphère empestée toutes les personnes susceptibles de souffrir de ce voisinage , et c'est bien à dessein que nous avons longuement insisté, en traçant le tableau de la fièvre puerpérale, sur la facilité avec laquelle les enfants et les opérés deviennent les victimes de ce mal terrible.

Or que fait-on? Ces petits êtres qui veulent de l'air, ces pauvres enfants débiles qui veulent respirer, puisque « respirer c'est vivre », on les place à côté de vieillards catarrheux, impotents, qui portent constamment avec eux, par suite de l'altéra-

1. « On se demande, disait dans son programme la Société de médecine de Bordeaux (Union médicale de la Gironde, février 1863), si l'atmosphère environnant de nombreux vieillards pauvres et impotents peut se rapprocher impunément de celle qui doit ranimer les forces de très-jeunes enfants malades ?

» Et encore si l'air ambiant de ces a*iles et hospices qui leur sont consacrés serait hien favorable aux établissements de maternité ?

» La Société de médecine de Bordeaux ne peut taire que ces réflexions lui sont venues à l'occasion d'un projet dont l'application est méditée dans notre notre ville, et qui consiste à réunir en un seul lieu, à 3 kilomètres environ du centre de la ville, la plupart de ces asiles charitables. »

Ce paragraphe explique suffisamment pourquoi nous discutons un projet d'hospice général.

tion de leurs sécrétions, des causes de viciation de l'air, manifestes surtout chez des indigents trop souvent élevés dans la malpropreté qu'engendre la misère, et peu résignés sans doute à changer tout d'un coup ces habitudes déjà bien anciennes.

Mais c'est peu 1 ces faibles créatures, enfants ou vieillards, vous les placez dans l'atmosphère la plus délétère que vous puissiez créer, l'air ambiant d'un hôpital de maternité. Y songez-vous?

On nous répondra, je le sais : « Puisque c'est l'air pur que vous cherchez avant tout, puisque vous demandez la tranquillité pour le vieillard, de vastes jardins pour l'enfant, nous vous les donnons, et c'est à la campagne que nous construisons notre hospice général. »

La campagne ! la seule chose que nous y cherchions, vous la supprimez. Rendez-nous bien vite la ville, avec ses mille causes de viciation de l'air ; car cette agglomération même détruit tous les bienfaits de la campagne, et il nous importe peu qu'il soit au milieu d'une solitude, s'il est par lui-même un foyer de contagion pour tous ceux qui l'approchent. Les bienfaits de la campagne n'existent plus, dès lors que vous supprimez l'air pur des champs, en y créant cette cause d'insalubrité.

On a objecté en faveur du projet que nous combattons ici les motifs mêmes que nous invoquons pour le combattre. La fièvre puerpérale, a-t-on dit, est un fléau terrible qui fait chaque année des victimes, qui se transporte avec une extrême facilité. Une maternité est un établissement insalubre, et puisque nous ne savons pas d'une manière certaine si la maladie est contagieuse, o dans le doute, la prudence exige d'éloigner du centre de la ville un établissement qui peut être considéré comme une menace continuelle i. »

Il nous serait facile de répondre que la propagation de la fièvre puerpérale, ou pour mieux dire de cette affection bizarre qui se propage si facilement des femmes en couches aux autres malades, ainsi que nous avons eu occasion de le montrer tout à l'heure, ne sera en ville qu'un malheur isolé, et une

1. DrOré, Projet de construction d'un hospice général, Rapport au Conseil municipal de Bordeaux. 1866, p. 17.

épidémie dans un hôpital. Nous pourrions ajouter encore que si ces funestes accidents ont tant de propension à se propager dans l'enceinte d'un hôpital, il est notoire qu'ils ont beaucoup moins de tendance à frapper la clientèle privée, et à passer d'une maternité aux maisons voisines. A l'appui rappelons ce fait déjà cité : M. Tarnier, comparant la mortalité de la Maternité en 1856, époque bien funeste pour cet établissement, avec celle du douzième arrondissement où elle se trouve située, arrive à conclure que la mortalité est 17 fois plus considérable à la Maternité qu'en ville *. Aussi ce même auteur, que nous avons vu si sévère pour la construction d'une maison d'accouchements, ne craint pas de dire (nous avons souligné plus haut ce passage à dessein) , qu'il construira son établissement « au centre de Paris, si l'on veut 2. »

Il ne faut donc pas s'y méprendre : une maternité sera un danger d'autant plus grand pour les femmes en couches qu'elle contient, et pour son voisinage, qu'il existera auprès d'elle une plus grande agglomération d'individus. Que sera-ce si ces individus sont des vieillards ou des enfants, c'est-à-dire des sujets essentiellement prédisposés par la nature même de leur constitution à contracter des maladies. — Qu'on ne nous réponde pas qu'un hôpital n'est pas un hospice ! Cet argument n'en est pas un, puisque nous avons montré plus haut par des faits (page 75), que l'agglomération seule d'individus sains, enfants, hommes, animaux même, était par elle seule une cause d'infection. Il faut donc forcément admettre une double prédisposition à contracter la maladie chez les habitants d'un hospice aussi grand; leur âge d'une part, l'agglomération de l'autre, les préparent à l'avance à subir cette funeste influence, au même titre sans contredit que les malades de nos hôpitaux. « Une maladie contagieuse, dit M. Léon Le Fort 3, qu'elle se développe spontanément ou par des causes inhérentes à l'individu malade, comme la fièvre puerpérale spontanée, ou sous l'influence directe des causes extérieures, comme le choléra

1. Tarnier, De la fièvre puerpérale observée à l'hospice de la Maternité. Paris

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