LONDRES I MADRID
Hippolyte-Baillièrb I C. B a i ll y -Bai l h é re
BORDEAUX: chaumas; i'eret; sauvai
Mi: lfe-i b
Oi'l.l. -,:n3. . ;(
iYV/YNT-PROPOS
Le travail que nous publions est bien celui que la Société de médecine de Bordeaux a couronné dans sa séance du 21 mars 1866.
Si la possibilité d’y intercaler des figures et d’appuyer nos conclusions des idées des travaux publiés récemment nous a imposé l’obligation d’y apporter quelques changements, ne fût-ce que pour le rendre plus digne de la haute distinction qui lui a été accordée, nous tenons à dire que ces changements portent uniquement sur la forme , et n’altèrent en rien le fond même du travail. Nos convictions, que de récentes discussions n’ont pu ébranler en rien, et notre déférence même pour la Société de médecine, qui a encouragé nos premiers débuts, nous font un devoir de le déclarer ici.
H. Jaquemet.
Paris, 26 mai 1866.
vv-'vr; t-t î-ivVy
r. . ' •’ ' • : ' ' : ' ci v.lnfn oh mî-jcc
: ' ’jf.cr < <lj v 1 1 i ■ *• TT
v'- . > • . :fi!‘ ■ '
- ■ .• t ' ni ï jj f ii >iJoni •
- ' i ■ : i ' ' ,Ù' ! ri
f f î : A ' . , Of fil Tl
ri ■■■ . •' ■: s" : J ) .ri il ri*) ‘loin ni (]m jh j
. ' • i * " '• r*; lii-M f u n in
INTRODUCTION
« Si c’est un subject que je n’entemle point,
b cela niesme je m’essaie, sondant le gué de bien loing ; et puis Je trouvant trop profond pour ma
taille, je me tiens à la rive »
Montaigne, Essais, liv. I, chap. 50.
Si c’est avec une fierté bien légitime assurément que notre siècle peut s’enorgueillir des conquêtes dont il a enrichi le domaine des sciences et des arts; si notre époque, si fertile en miracles de toute sorte, peut revendiquer pour elle une large part dans la marche incessante de ce quelque chose qui naquit avec l’humanité et qu’on appelle le progrès; si le xu6 siècle appelle enfin la reconnaissance des siècles futurs par ses précieuses découvertes, par ses nombreuses applications scientifiques, il est pour lui un plus beau titre de gloire...
« S’il est une époque, a dit M. Laurent 1 , qui se soit donné pour mission d’améliorer le sort du plus grand nombre, qui ait fait de cette idée sa sollicitude principale et constante et la mesure même de son développement moral, c’est bien le xixe siècle.
» A chaque phase de l’humanité, sa gloire; à chaque période
1. Laurent, Le Paupérisme et les Associations de prévoyance, p. 11. Mémoire couronné p.ir l’Académie des Sciences morales et politiques. Paris, 1860.
H. Jaquemet.
1NT1S0DI CTION
de la civilisation, sa tâche. La fin du dernier siècle a réalisé et fondé pour jamais, quoi qu’il arrive, le progrès politique ; ce sera l’éternel honneur et l’œuvre propre de notre temps d’avoir, sinon résolu, du moins posé avec quelque netteté et entrevu dans toute son étendue, le problème qui, depuis si longtemps, remue le monde, qui gît au fond de toutes les luttes sociales, qui est le secret de toutes les révolutions. »
Déjà préparée par les travaux des philosophes qui nous ont précédés, la question si complexe de l'assistance publique ne mourut pas étouffée au milieu des sanglantes terreurs de la Révolution française; nous oserions même dire que cette idée philanthropique se retrouve à chaque pas ; que, proclamée avec éclat en 178U, elle semblait attendre, pour germer, un peu de ce calme que demandent, pour croître, les grandes pensées et les généreux desseins.
Sans doute, « ce n’est pas d’aujourd’hui, pouvons-nous dire avec M. Thiers, que l’homme aime l’homme; ce n’est pas d’aujourd’hui qu’il y a des cœurs pour lesquels le soulagement des pauvres est une noble occupation, une consolation touchante, une prière à Dieu L » Mais c’est d’aujourd’hui seulement, nous osons l’affirmer, que les grandes questions qu’embrasse ce sujet si vaste de l’assistance publique paraissent sortir enfin du vaste chaos où elles étaient plongées; d’aujourd’hui seulement que les besoins du pauvre sont mieux connus, et la charité plus intelligente; d’aujourd’hui seulement que la science peut tracer, d’accord avec la raison, les meilleures conditions pour soulager l’indigent sain ou malade, pour construire les maisons qui lui donnent asile.
Et certes, pour circonscrire cette immense question, en nous bornantaux hôpitaux, il nefaudraitpas remonter bien haut pour retrouver les traces des utopies dont ces demeures du pauvre ont été le point de départ, et qui ne tendaient à rien moins qu’à la suppression complète de ces maisons de secours. Les hôpitaux sont-ils nécessaires? Telle est pourtant la question qui a occupé la moitié du siècle dernier, et que l’on retrouverait encore , si
1. Thiers, Rapport sur l’assistance publique (séance de l’Assemblée législative du üü janvier 1 850 ) .
INTRODUCTION
l’on cherchait bien, dans les philanthropiques rêveries de plus d’un écrivain de notre temps.
« Dans le siècle qui a immédiatement précédé le nôtre, au milieu des paradoxes qui pullulèrent de toutes parts, les objets sur lesquels la prudence ne permit pas de s’expliquer d’une manière positive et tranchante furent, non pas laissés, mais soigneusement érigés en problèmes. Celui qui concernait les hôpitaux, et qu’on ne peut se dispenser de reproduire ici, fut solennellement établi dans l’intérêt du pauvre malade, ensuite dans celui de la société entière, enfin dans l’intérêt de ceux auxquels, dans chaque Etat, appartient la puissance souveraine. O11 demanda sérieusement si les hôpitaux étaient compatibles avec la dignité d’un gouvernement sage, ferme et prévoyant l. »
Mais deux grands griefs surtout ont été articulés contre les hôpitaux : Ils engendrent la misère, a-t-on dit d’abord ; ils brisent les liens de la famille, ils démoralisent le peuple, a-t-on répété plus tard. Chacune de ces opinions a trouvé des défenseurs, et, disons-le tout de suite, de chaleureux défenseurs. Montesquieu fut un des premiers à se prononcer énergiquement contre le système hospitalier.
« Àureng-Zeb, écrit-il dans un passage devenu célèbre2, Aureng-Zeb à qui l’on demandait pourquoi il ne construisait pas d’hôpitaux, dit : « Je rendrai mon empire si riche, qu’il » n’aura pas besoin d’hôpitaux. » îl aurait fallu dire: «Je » commencerai par rendre mon empire riche, et je bâtirai des » hôpitaux. » La richesse d’un Etat n’empêche pas que les hôpitaux n’y soient nécessaires, parce que les richesses supposent beaucoup d’industrie; que, dans un si grand nombre de branches de commerce, il n’est pas possible qu’il n’y en ait toujours quelqu’une qui souffre, et que, par conséquent, les ouvriers ne soient dans un besoin momentané. C’est lorsque l’Etat a besoin d’apporter un prompt secours, soit pour empêcher le peuple de souffrir, soit pour éviter qu’il ne se révolte, c’est dans ce cas qu’il faut des hôpitaux... Mais quand la nation est pauvre, la pauvreté particulière est la pauvreté et la misère
1. Goste, Diclionnaire des sciences médicales, en CO vol. Paris, 1817, article Hôpital.