‹ Des hôpitaux et des hospicesChapitre 10 sur 90 · Chapitre Ier. — Circumfusa · texte numérisé non relu

Chapitre Ier. — Circumfusa

Importante capitale de l’aération. — Résumé de nos connaissances sur la composition de l’air libre. — Des causes de viciation de l’air, et de l’air confiné. — Miasmes. — Climats. — Lumière, etc.

Quand, après avoir parcouru les nombreux travaux qui ont été publiés sur les hôpitaux, on se prend à réfléchir sur les mille détails qu’embrasse cette vaste question, on demeure bientôt convaincu qu’un fait capital domine, nous devrions dire résume tout ce que l’on a pu écrire, tout ce que l’on écrira sur les hôpitaux : nous voulons parler de l’aération. « Voyez , en effet, dit M. Félix Roubaud : emplacement, exposition, voisinage, problèmes d’aération; — construction, hauteur, division, distribution des salles, problèmes d’aération ; — ventilateurs, calorifères, fosses d’aisance , problèmes d’aération ; — literie, rideaux, peinture, etc., etc. H suffirait donc, à ce point de vue, de tracer les caractères d’une bonne aération pour avoir résolu la question qui nous occupe. 1 »

1. F. Roubaud, Des hôpitaux au point de vue de leur origine et de leur utilité, p. 105. Paris, 1853.

H. Jaquemet.

Devons-nous nous montrer surpris , nous qui savons tout ce que l’observation des règles de l’hygiène peut engendrer de biens, tout ce que leur négligence peut enfanter de maux? « On nesaurait trop le répéter, l’introduction et le maintien de bonnes dispositions hygiéniques dans un hôpital, sont plus salutaires encore que les meilleures méthodes de traitement médical, que les meilleurs procédés de chirurgie. Les moyens thérapeutiques agissent sur des individualités , dans des cas donnés, tandis que 1’iniluence hygiénique agit incessamment, et le jour et la nuit, sur des masses, sur la population des hôpitaux tout entière 1 . »

Devons-nous nous montrer surpris, nous qui savons que l’air est plus indispensable à la vie de l’homme que les aliments? Car, pour nous servir de l’expression si juste de Duchanoy2, « respirer, c’est vivre, » et la nourriture la plus substantielle ne saurait jamais maintenir en santé l’homme plongé au milieu d’une atmosphère délétère. « L’action de l’air sur l’économie n’a point de bornes, a écrit le savant directeur de l’école du Val-de-Grâce3 ; elle est également efficace pour fortifier et pour troubler la santé; permanente, elle modifie profondément les constitutions; passagère, elle nous impressionne diversement : dans les deux cas, l’air agit moins sur nous en raison de sa composition, peu sujette à varier , que par les qualités que lui communiquent certains principes, dont il est le véhicule, et pour ainsi dire l’excipient. »

11 n’est pas un hygiéniste, pas un médecin, nous oserions presque dire qu’il n’est pas un homme de bon sens qui ne comprenne que la viciation de l'air entraîne, par elle seule, les fléaux pathologiques qui accablent la classe ouvrière dans nos populeuses cités. Dès 1844, le gouvernement de la Grande- Bretagne avait pu établir, dans ses grands centres manufacturiers, ce fait aujourd’hui acquis à la science, accepté par tous les conseils de salubrité, que l’air altéré et vicié que respirent

î. Montfalcon et de Polinière, Traité de la salubrité dans les grandes villes. Paris, 1 8 'i 6 .

2. Duchanoy, Projet d’une nouvelle organisation des hôpitaux, hospices et secours à domicile.

T. Michel Lévy, Traité d'hygiène publique et privée, 4e édition, 1862.

CIRCUMFUSA

pendant la vie entière les ouvriers agglomérés, soit dans les ateliers, soit dans les demeures malsaines, est le pourvoyeur ordinaire des hôpitaux ; l’enquête officielle1 le démontrerait suffisamment, si ce fait avait besoin de démonstration. Nous nous sommes d’ailleurs suffisamment étendu plus haut sur ce sujet, pour ne pas avoir besoin d’y revenir ici. Aussi nous rangeons-nous entièrement de l’avis de M. Martinencq2, et disons-nous avec lui : « L’hygiène est une science vraie ou illusoire. Si elle est vraie, la seule des conditions de salubrité d’un hôpital est un air pur, très-pur. Cette condition obtenue, toutes les autres ne sont pas certainement inutiles, mais elles ne doivent être remplies que pour ne pas nuire à la principale. Faites que la pureté de l’air au milieu duquel vous bâtissez un hôpital soit absolue, et vous pourrez, à la rigueur, vous passer des autres. Observez scrupuleusement ces dernières, et plongez un hôpital dans un air impur, ce sera à peu près comme si vous n’aviez rien fait pour la salubrité. Ce sera du temps et de l’argent perdus et incessamment renouvelés et perdus. »

Et lorsque, l’esprit rempli de ces diverses propositions, on pénètre dans nos hôpitaux, on s’aperçoit bien vite que cet air pur, cet air indispensable y manque. «Malgré l’apparence de salubrité, mes yeux, mon odorat, ma respiration, une certaine envie de cracher, le dégoût instinctif que j’éprouve, m’avertissent que les conditions de l’atmosphère dans laquelle je respire ne sont pas salubres. Mes sens ne me trompent pas, et la preuve, c’est que je ne vois dans ces lits que des visages pâles; tous ces malades sont décolorés, ils ont l’anémie hospitalière, affection cachectique semblable à celle des prisons, des villes assiégées et des casemates. Bien plus, si je consulte les tableaux mortuaires , je vois que, malgré la remarquable habileté des chirurgiens, le chiffre des décès après les opérations graves est effrayant3. »

1. First Report of the Commissionners for inquiring into tlie siale of large Towns and populous Districts. London, 1844. Second Report, 1845.

2. Martinencq in, Société de Chirurgie. Discussion sur l’hygiène et la salubrité des hôpitaux. Paris, 1865.

3. Amédée Joux, De l’insalubrité relative des hôpitaux. Thèse de Paris,

Là, la maladie est endémique, et, pour frapper le convalescent, revêt toute espèce de formes. Que de fois il nous a été donné de voir des hommes robustes, venus à l’hôpital pour des affections sans gravité, emportés par des maladies que le séjour seul de l'hôpital avait engendrées! Que sera-ce donc lorsqu’il s’agira de femmes et d’enfants! « Un enfant, disait en 1843 M. Trousseau U est amené avec une fluxion de poitrine : il guérit, et, pendant sa convalescence, il contracte la coqueluche dont est atteint un autre malade. Pendant le cours de cette maladie nouvelle, la rougeole, la scarlatine viennent l’assaillir, et quelquefois, enfin, lorsqu’il semble avoir triomphé de ces causes successives de destruction, il est pris d’une ophthalmie, qui a déjà frappé d’autres enfants autour de lui, et il ne retourne dans sa famille qu’aveugle ou défiguré. »

Il est incontestable qu’une viciation de l’air susceptible de déterminer de pareils accidents a son point de départ et dans les miasmes de toute espèce qui se développent autour de nos maisons de secours et dans l’encombrement de 110s salles de malades. Ces deux faits ont une importance trop réelle pour ne pas attirer notre attention, et nous y reviendrons plus tard; qu’il nous suffise de rappeler ici que les vastes -casernes, les parcs fermés d’animaux, les magnaneries où une large ventilation n’a pas été établie pour obvier à une agglomération trop grande d’individus, ont été souvent témoins d’épidémies meurtrières. Donc encore une fois, et si nous insistons tant sur cette proposition, c’est qu’elle sera le principe sur lequel nous nous appuierons dans tout le cours de ce travail, donc nécessité d’un air pur, d’un air très-pur.

Aussi, avant d’aller plus loin, croyons-nous devoir nous arrêter ici un instant, et résumer les données de la science sur un agent qui joue un rôle d’une aussi haute importance.

L’air atmosphérique, abstraction faite des exceptions posées par A. Morren et Lewy 1 2, dans leur magnifique travail sur la composition des gaz dissous par les eaux stagnantes ou l’eau

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