Les Hôpitaux. Assistance et hygiène. Paris
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clos ou à l’air libre, qu’elles se composent d’individus sains ou malades, le résultat sera toujours de même nature. Les effets de l’agglomération ne tarderont pas à se faire sentir, en variant dans leur intensité et leur gravité suivant la forme des conditions initiales. »
Citerons-nous enfin les remarquables observations deM. Michel Lévy pendant la guerre de Crimée? On se rappelle que le conseil de santé des armées, surpris, à Varna, par une redoutable épidémie de choléra, se trouva dans la nécessité d’organiser des hôpitaux sous la tente. « L’accroissement numérique des malades, dit M. Michel Lévy 4, nécessita, dès le mois de juin, le traitement d’une partie d’entre eux sous la tente; et cette mesure donna de bons résultats
» Voici quelles étaient les dispositions communes de ces hôpitaux : Sur un sol sec et préalablement battu, on établissait, à la distance de trois ou quatre mètres et plus quand on le pouvait, des tentes-marquises, et, à défaut de celles-ci, des tentes turques de forme conique que l’expérience a fait prévaloir, car elles offrent moins de prise au vent, et se laissent moins imbiber par les eaux pluviales; elles reçoivent aussi moins de malades, trois à quatre, tandis que les premières, établies pour seize hommes, admettaient en moyenne huit malades
» Le traitement sous les tentes, avec les précautions voulues et l’opportunité de la saison, supprime les risques et les inconvénients de l’agglomération
» Dans les hôpitaux sous tente, il est entré 2,635 cholériques, qui ont donné 698 décès, c’est-à-dire 100 morts sur 376 malades. Cette mortalité est si extraordinairement favorable , qu’en ajoutant au chiffre mortuaire les décès survenus pendant la traversée et pendant la translation des malades du port de Varna, on la trouvera encore d’une bénignité sans exemple.
» Avec les tentes, point d’infection, point de foyer; pas un officier de santé n’y a succombé, tandis que dix-sept ont payé de leur vie leur dévouement aux cholériques, dans les bâti-
1. Michel Lévy, Discours sur la salubrité des hôpitaux. Bulletins de l’Académie impériale de médecine, année 1862, t. XXVII, p. 393 et suiv.
ments clos de Gallipoli, d’Andrinople et de Varna. La répartition de ces malades sons des tentes, par groupes de trois à huit, est une véritable dissémination : entre deux malades, l’air sans cesse renouvelé; entre deux tentes, l’air extérieur, les grands courants de l’atmosphère. L’hôpital -bâtiment délimite, condense, accumule les germes morbifiques quels qu’ils soient; l’hôpital-tente les sépare, les disperse, les dissipe Les An-
glais, abrités, pendant l’hiver de 1855-1856, dans des baraques planchéiées et aérées par de nombreuses fenêtres, ont joui d’une remarquable immunité, n
Nous avons entendu M. Verneuil agiter ce point si intéressant de la question ; si nous eussions été incrédules, le savant agrégé, avec sa parole facile et persuasive, nous eût bientôt convaincus.
S’appuyant sur ce fait, hélas ! indiscutable, qu’une opération chirurgicale quelconque donne des résultats très-différents,
« suivant qu’elle est pratiquée dans .les grands ou dans les i petits hôpitaux, dans les cités populeuses ou dans les petites villes, » M. Verneuil arrivait à conclure à la nécessité absolue des i petits hôpitaux, au point de vue de l’humanité, au point de vue r1 i même de la science. «Enseigner la thérapeutique, disait-il I t c’est poser les indications et contre-indications, discuter les mé- ! j
thodes et les procédés, motiver le choix des moyens et le mo- i 1
ment opportun de leur application. Si l’on veut progresser, il | ê
convient de faire une sage expérimentation, et d’essayer les nouveautés raisonnables; il est permis d’être parfois hardi, et d’in- v nover, quand les ressources dont on dispose paraissent insuf- I’ lisantes. Le professeur de clinique doit montrer aux élèves ce ; ci
qu’ils auront à faire plus tard dans leur propre pratique; leur I si
dire : Ceci est bon, ceci est mauvais, et, devant eux, il est censé n’employer que ce qui est le meilleur. Pour marcher dans cette voie, il faut être débarrassé de toute entrave, et n’avoir pas à j in se heurter que contre l’impossible. » ' ré
Or, dans les grands hôpitaux, pas de grandes résections ; de articulaires de la hanche ou du genou, pas de kélotomie dans Ce
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1. A. Verneuil, Société de chirurgie. Discussion sur l’hygiène et la salubrité des hôpitaux. Paris, 18t55, [). 50 et suiv. I
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l’étranglement de l’intestin par un collet fort et résistant, pas d’opérations de cataractes par extraction, pas d’autoplasties, pas de réunions par première intention. « Les indications, dira le professeur, sont de réséquer ce genou, » et il fera l’amputation; « de débrider ce sac, » et il fera un taxis prolongé ; « d’extraire le cristallin, » et il abaissera la lentille. « L’humanité m’ordonne d’opérer cet ectropion, » et il n’en fera rien. Partouf des entraves, érysipèles, pourriture d’hôpital, en un mot toutes ces complications nosocomiales que l’agglomération entraîne avec elle. Que sera-ce lorsqu’on essayera d’aborder ces redoutables opérations qu’on appelle opération césarienne, ou ovariotomie? Il y a peu de temps, nous assistions, dans un des grands hôpitaux de Paris, et l’un des plus salubres peut-être, à une ovariotomie pratiquée dans les conditions les plus favorables; comme pour augmenter encore l’intérêt qui s’attache à des tentatives de ce genre, le sujet était une jeune fdle, presque une enfant, qui réclamait avec un courage au-dessus de son âge l’opération qui devait la délivrer de son infirmité. Tout marche à souhait : l’opérateur, habile chirurgien et anatomiste hors ligne, ne rencontre même pas sous son bistouri les obstacles si fréquents dans les kystes de l’ovaire. Mais, cinq jours après, l’ovariotomie comptait une victime de plus. Est-ce la péritonite, est-ce l'hôpital qui l’a tuée?La réponse ne saurait être douteuse pour nous.
Quelle conduite faudra-t-il tenir en pareil cas? La raison vous déclare que vous ne guérirez le malade qu’en opérant; l’expérience vous dit qu’il y a danger de mort à opérer dans cette atmosphère empestée; et voilà comment la science restera stationnaire et l’humanité en souffrance.
Donnez-nous, répéterons-nous avec M. Verneuil, des salles où l’on puisse faire des ovariotomies, des resections du membre inférieur, des amputations primitives, où la réunion immédiate réussisse, où l’on ne soit pas exposé à la mort pour une incision de quelques centimètres l. Ces salles, où les trouverons-nous? Ce ne sera pas assurément dans des hôpitaux de six ou huit cents malades.
t. A. Verneuil, Société de chirurgie, toc. cit., p. 60.
La première condition que nous posons donc comme d’une absolue nécessité, c’est de ne construire que de petits hôpitaux, pour éviter l’agglomération des malades; à façades parallèles, pour faciliter l’aération.
Un fait matériel est venu, il y a trois ans, donner gain de cause à cette manière de voir, au moins en ce qui touche l’aération. Au moment même où l’Académie de médecine entamait cette discussion 1, restée malheureusement inachevée, sur l’hygiène hospitalière, l’administration de l’assistance publique entreprenait des travaux de démolition à l’hôpital Necker; la suppression d’un bâtiment formant équerre avec la salle des hommes suffit pour lui donner momentanément une salubrité exceptionnelle. Mais laissons la parole à M. A. Desormeaux, chirurgien de cet hôpital : « Toutes les personnes qui visitent l’hôpital Necker, disait-il dans une note lue à l’Académie de Médecine 2, sont frappées de son aspect agréable, et sont convaincues qu’il doit être un des plus salubres qu’on puisse rencontrer. Telle était aussi ma pensée, et je ne pouvais m’expliquer le triste état sanitaire de la salle Saint-Pierre (salle des hommes du service de chirurgie), au milieu d’un ensemble aussi complet de bonnes conditions intérieures et extérieures, comparativement surtout à l’état sanitaire excellent de la salle des femmes, recevant librement l’air par l’une de ses faces. L’effet de la démolition du vieux bâtiment qui fermait le jardin au nord-nord-est a dévoilé, en la faisant disparaître, la cause de l’insalubrité que j’avais en vain cherchée jusque-là.
» Les démolitions, commencées le 22 mai et finies vers le 12 juin, ont livré un vaste accès à l’air, qui, maintenant, vient battre les deux côtés de la salle. Depuis ce moment, les complications des opérations sont rares, et celles qui viennent sont peu graves, rien n’ayant été changé d’ailleurs dans la salle. »
A l’appui de cette observation, M. A. Desormeaux exposait l’état comparatif du service et des résultats des opérations avant
1. Voyez Bulletin de V Académie impériale de médecine, t. XXVII.
2. A. Desormeaux, Remarques sur l'aération des hôpitaux, lues à l’Académie de médecine, le 5 août 1862. Gazette des Hôpitaux, 7 août 1862, p. 367.
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et depuis le fait que nous rapportons. Les résultats étaient probants.
On se rappelle peut-être comment M. Husson crut devoir répondre à M. A. Desormeaux, en essayant de s’appuyer sur des chiffres, alors qu’on lui citait des faits : « A entendre quelques chirurgiens, qui heureusement ne font pas encore école, l’on ne mourrait plus dans les hôpitaux que du bâtiment; mais les sophistes de la médecine auront beau faire, la nature de l’affection, la constitution et l’état moral du malade, la sûreté du diagnostic, l’opportunité de l’opération, l’habileté du chirurgien, les soins consécutifs, le régime alimentaire approprié, seront toujours les causes principales du succès ou de l’insuccès des opérations de la chirurgie 1. »
Eh bien ! vous vous trompez étrangement, administrateur d’élite, mais hygiéniste incomplet : on meurt du bâtiment dans nos hôpitaux encombrés, et vous le savez bien, car vous n’ignorez pas qu’il ne manque à nos maîtres ni la sûreté du diagnostic, ni l’habileté de l’opérateur, ni la bienveillance pour encourager les malades, ni le sens chirurgical pour agir en temps opportun; il ne leur manque qu’une chose, et celle-là vous la leur refusez !
Et quant à dire qu’ils ne font pas école (heureusement ! ajoutez-vous), l’ écririez-vous encore aujourd’hui, lorsqu’il ne s’est trouvé qu’une voix à la Société de chirurgie pour condamner votre système hospitalier ? Prenez-y garde! en défendant des projets qui ne sont pas les vôtres, vous en devenez le complice. 11 ne vous appartient pas de nous donner les hôpitaux que nous vous demandons. Du moins, ne défendez pas systématiquement ce que nous attaquons avec la raison pour règle et l’expérience pour guide.
Nous ne sommes pas architecte, et, quelque mauvais médecin qu’on nous veuille estimer, nous doutons que nous puissions jamais devenir un Perrault. 11 nous serait donc difficile de tracer un plan d’hôpital. Mais nous poserons du moins quel-
1. Husson, Lettre à l’Académie de médecine. Gazette des Hôpitaux, 14 août
ques principes; nous émettrons quelques idées qui ont une importance capitale au point de vue de l’hygiène.
Le nombre des étages fixera toutd’abord l’attention : de nombreuses observations ont parfaitement démontré que, dans la plupart des hôpitaux à plusieurs étages, la mortalité est plus grande dans les étages supérieurs. « Villermé, dit M. Tardieu l, a donné plusieurs faits qui paraissent concluants. Coste rapporte que le docteur Ilunter avait remarqué que, sur deux salles exactement de même dimension, l’une supérieure et l’autre inférieure, à nombre égal de malades et dans des circonstances absolument semblables, la mortalité avait été plus forte dans celle d’en haut, et qu’il fallait, dans les temps d’encombrement, pour que le nombre des morts fût le même, diminuer les malades dans la salle supérieure. M. le marquis de Pastoret 2 a montré une mortalité toujours plus forte dans les salles supérieures de l’Ilôtel-Dieu, là où des salles étaient superposées, tout étant égal d’ailleurs, i;
Ce détail n’avait pas échappé à l’illustre Tenon : « On sait, écrivait-il dans son premier mémoire 3, que, dans les spectacles, où il n’y a cependant que des gens qui se portent bien, l’air du dernier rang des loges est sensiblement malfaisant; il donne des maux de tête, la respiration est plus difficile. La raison en est simple : la respiration dénature l’air ; cet air vicié, plus léger que l’air ordinaire, monte et occupe particulièrement le dernier rang des loges de spectacle. Ce n’est pas à cette hauteur, et dans cette atmosphère d’un air altéré, qu’on doit imaginer de placer des malades surtout, quand on pense que cet air vicié et moins respirable est encore chargé de miasmes morbifiques. »
Tenon ajoutait que la crainte du feu seule lui suffisait pour proscrire un grand nombre d’étages, et il concluait : « Nous désirerions que les malades n’occupassent que le premier étage ; mais comme une pareille disposition produirait un grand
1. Ambroise Tardieu, Dictionnaire d’hygiène publique et de salubrité. 2e edilion, Paris, 1862, t. II, article Hôpital.
2. De Pastoret, Rapport sur l'état des hôpitaux , des hospices et des secours à domicile depuis l’an 1804 jusqu’en 1814. Paris, 1816.