Trélat, Société de Chirurgie. Loc. cit., p. 3 et
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» Cependant, quels que soient les avantages théoriques de ce mode d’aération, je défie qu’on cite aujourd’hui un seul résultat de salubrité qui puisse lui être attribué. C’est qu’en effet, Messieurs, c’est un système trompeur. A la moindre négligence du personnel spécial qui lui est nécessaire, il ne fonctionne plus. Souvent même, c’est volontairement qu’on en arrête la marche, ainsi que je m’en suis assuré plusieurs fois, pendant que je faisais le service en été, à l’hôpital Beaujon. Il nécessite des installations coûteuses d; l’ouverture des fenêtres et des portes en ti’ouble la marche, en établissant des courants directs et des remous immobiles. Enfin, et par-dessus tout, il est inconstant et place par moment les malades dans des conditions d’autant plus mauvaises quelles sont plus imprévues, ou plus ignorées.
» Aussi, nos voisins les Anglais, gens pratiques, ont-ils universellement renoncé à ces systèmes pour les hôpitaux civils et militaires; aussi avez-vous entendu MM. Giraldès, Lefort, Larrey se prononcer contre eux, en faveur des procédés de l’aération naturelle, qui est facile, constante, économique, et qui ne réclame pour condition essentielle, que la pureté de l’air extérieur.
» Il y a quelques années, mon frère, M. E. Trélat, professeur au Conservatoire impérial des Arts et Métiers, après des expériences comparatives sur les deux systèmes de ventilation employés à l’hôpital Lariboisière, avait conclu au point de vue physique, en faveur du système par propulsion. Éclairé depuis par de nombreuses visites d’établissements ventilés artificiellement ou naturellement, tant en France qu’en Angleterre, il a modifié son opinion première, et pense, ainsi qu’il l’a écrit dans un rapport fait au jury de la dernière exposition universelle, que si la ventilation artificielle est utile pour les nombreuses réunions, qui s’entassent accidentellement dans un local insuffisant et ont besoin qu’on renouvelle activement l’air respirable; les procédés simples de l’aération naturelle
i. Les dépenses de première installation sont par lit :
Système Léon Duvoir- Leblanc : 480 fr.
Système Thomas et Laurens : 808 fr. •
Système Van Hecke : 236 fr.
conviennent de préférence aux individus qui vivent d’une manière permanente dans un même lieu; que ces procédés doivent être appliqués aux habitations, et aux hôpitaux, qui sont aussi des habitations.
» Je pourrais aller chercher des preuves en faveur de ces opinions, qui sont adoptées par le plus grand nombre des médecins, jusque chez les partisans les plus convaincus de la ventilation artificielle. Voici une phrase que j’emprunte au livre bien connu du général Morin : « la purification des salles » par ' la circulation de l’air extérieur (aération naturelle) est » tellement salutaire, et même pour les malades, elle offre un » si grand agrément, que tout en attachant une grande impor- » tance à l’établissement d’une bonne ventilation artificielle, » il faut bien se garder de se priver de ce moyen si simple. » La vue du soleil, l’aspiration de l’air extérieur sont, pour » des malades, des jouissances qui peuvent influer plus qu’on » ne croit sur leur rétablissement. »
» Vous le voyez, ce n’est pas seulement parmi nous, qu’on pourrait à la rigueur taxer d’incompétence sur le côté matériel de la question, c’est par des hommes spéciaux, par les commissions anglaises, c’est même par le général Morin que les avantages de l’aération naturelle sont reconnus. Ce concert d’opinions a une importance, qui ne vous échappera pas. »
Nous pourrions citer bien des noms encore; nous ne le ferons pas : le discours de M. Trélat résume admirablement tout ce que nous avons raconté des expériences diverses essayées sur les ventilateurs mécaniques. Mais à ces preuves physiques et expérimentales , à ces preuves morales apportées les premières par les hommes de l’art, les secondes par la presque unanimité de la science, qu’il nous soit permis d’ajouter encore des preuves plus concluantes, s’il est possible, et que nous pourrions appeler preuves cliniques.
On n’a rien épargné dans les hôpitaux Beaujon et Lariboisière, pour apporter à chaque malade un volume d’air considérable, au moyen de la ventilation artificielle, et l’on voit pourtant que ces deux hôpitaux occupent le premier rang sur la table de mortalité; l’Hôtel-Dieu, quelque imparfait qu’il soit, donne une moyenne inférieure à celle de ces deux hôpi-
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pitaux, bien qu’on n’y voie fonctionner aucun appareil de ventilation.
La même remarque peut être établie à la Pitié, à Necker. Dans ce dernier hôpital, la mortalité général est restée de 1 sur 8 à 9 malades entrants, absolument comme dans les années antérieures.
« Nous pouvons trouver des éléments de comparaison plus frappants encore » (C’est à M. Gallard que nous empruntons encore cette longue citation, beaucoup trop importante, pour que nous en voulions retrancher le moindre mot1.) » Si nous prenons deux hôpitaux ayant à peu près la même population, et dont l’un est resté démuni de toute espèce de ventilation artificielle, tandis qu’on a établi dans l’autre des appareils aussi perfectionnés que dispendieux; je veux parler de la Pitié et de l’hôpital Lariboisière. L’hôpital Lariboisière compte 006 lits réglementaires; mais il y en a habituellement un peu plus. La moyenne est de 034, ainsi répartis : 374 lits de médecine, 204 lits de chirurgie; 28 lits de femmes en couches et 28 berceaux. A la Pitié, le nombre des lits est de 620, dont 403 en médecine, 108 en chirurgie, 31 lits de femmes en couches et 18 berceaux. On voit que toutes les conditions sont à peu près les mêmes, avec ces différences cependant que l’hôpital Lariboisière est situé sur une hauteur, au milieu de larges espaces vides, tandis que la Pitié est dans un fond, à proximité des eaux bourbeuses de la Bièvre, et entourée des tanneries, qui bordent cette rivière; l’hôpital Lariboisière occupe une superficie de 51,872 m. q. 98 c., tandis que la superficie de l’hôpital de la Pitié n’est que de 21,777 m. q. 65 c. A Lariboisière, l’espace cubique afférent à chaque lit est de 52 à 63 m. c. et à la Pitié, il n’est que de 25 à 49 m. c., de telle sorte que l’espace affecté aux malades les mieux partagés de ce dernier établissement n’atteint pas le minimum dévolu aux moins favorisés de l’hôpital Lariboisière. Enfin, quoique le personnel médical de chacun des deux hôpitaux se recrute parmi les mêmes hommes, celui de Lariboisière est plus complet, puisque avec le même nombre de malades, il y a six
i. Loe. cit., p. 101.
médecins, tandis que à la Pitié, il n’y en a que cinq. De plus et cela n’est point sans importance, au point de vue de la mortalité, le nombre des lits affectés aux services de chirurgie est plus élevé à l’hôpital Lariboisière, où il est de 204, qu’à la Pitié où il n’est que de 168; et l’on sait que la proportion de la mortalité, qui est dans les services de médecine de 1 sur 7 à 9 admis, n’est dans les services de chirurgie que de 1 sur 16 à 18 ou 20 admissions.
» Toutes ces circonstances placent T hôpital de la Pitié dans des conditions d’infériorité manifeste, qui ne sont en aucune façon contrebalancées par le milieu, dans lequel chacun de ces deux hôpitaux recrute ses malades. En effet, s’ils sont l’un et l’autre placés au centre des quartiers populeux, celui qui environne la Pitié est le plus misérable de tous, puisqu’on y compte un indigent sur 8,17 habitants, proportion, qui ne se retrouve nulle part ailleurs. Puis si la Pitié et Lariboisière sont placés chacun à une distance telle du bureau central d’admission qu’il puisse paraître indifférent d’envoyer les malades, dans l’un ou l’autre de ces établissements, la Pitié étant un peu plus rapprochée, est plus exposée à recevoir les malades transportés sur des brancards, c’est-à-dire ceux, dont l’état est le plus grave. D’où il résulte que à priori , on est tenté de supposer que, toutes choses étant égales d’ailleurs, par le fait seul des circonstances que nous venons d’énumérer, le chiffre de la mortalité devra être notablement plus élevé à l’hôpitàl de la Pitié qu’à l’hôpital Lariboisière.
» Mais ce n’est pas tout : la Pitié n’a, comme nous l’avons dit, aucun système de ventilation artificielle, tandis que Lariboisière possède les plus perfectionnés et les plus actifs que l’on connaisse. Ce doit donc être une nouvelle et puissante cause de salubrité venant s’ajouter à toutes celles que nous avons énumérées en faveur de cet établissement. Or, contrairement à toutes les prévisions, on voit, en relevant le chiffre des admissions, et celui des décès, dans chacun de ces deux établissements, depuis 1864, époque de l’ouverture de Lariboisière, on voit, dis-je, que la proportion des décès a été sensiblement la même. »
De l’examen des tableaux que M. Gallard a joints à ces ob-
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servations, il résulte que pendant onze années, l’hôpital Lariboisière a reçu 100,718 malades, sur lesquels 12,616 ont succombé, soit 1 sur 7,98; tandis que la Pitié a reçu 103,707 malades, sur lesquels 13,189 ont succombé, soit 1 sur 7,86. Le maximum de la mortalité a été à Lariboisière de 1 sur 6, 83 (1860), et le minimum de 1 sur 10, 29 (1856); à l’hôpital de la Pitié, les oscillations ont été moins considérables : le maximum n’a pas dépassé 1 sur 7, 17 (1861), et le minimum est resté à 1 sur 8, 79 (1856). N’oublions pas de faire remarquer d’ailleurs que la Pitié, moins vaste que Lariboisière, a reçu plus de malades que ce dernier hôpital, par suite encombrement, par suite nouvelle circonstance défavorable.
La ventilation artificielle si peu salutaire aux malades auraitelle du moins l’avantage de faire disparaître les mauvaises odeurs des salles? -—-.Non ! cent fois non i et pour citer un fait entre cent : « M. Boudin, dans un de ses mémoires 1, parled’une salle de l’hôpital Necker, dans laquelle il y avait, dit-il, une ventilation de 105 mètres cubes, par heure et par malade, et qui cependant offrait une odeur notable au voisinage d’une femme affectée d’ulcères cancéreux. J’ai vu à l’hôpital Lariboisière un homme atteint de gangrène du poumon, qui était placé dans une salle où il recevait plus de 100 mètres cubes par heure, et qui cependant répandait autour de lui une odeur si forte que, pour garantir ses voisins, on fut obligé d’entourer son lit de tissus imprégnés d’azotate de plomb ou de liquide Ledoyen 2. »
Nous trouvons dans les courants établis des orifices d’entrée aux orifices de sortie une explication plus que suffisante de cette stagnation dans les coins des salles de l’air vicié : un seul moyen est efficace, pour le chasser, c’est ce que M. Blondel appelle la ventilation par bourrasques ; ventilation qui s’obtient... en ouvrant les fenêtres. Et qu’on ne s’y trompe pas, c’est à ce procédé qu’on reviendra un jour. En effet, on a exigé d’abord des constructeurs d’appareils à ventilation, des ventilateurs tels que leur fonctionnement s’opérât en fermant toutes