Réveillü-Parise, loc. cil
de vivre n’existe plus. C’est donc là qu’il fait bon vieillir, où l’on peut mourir tout à son aise et le plus tard possible. Le repos ! le repos 1 cette félicité de la vieillesse et en même temps un des meilleurs préceptes d’hygiène, 11e peut vraiment exister que dans la vie rurale, qui, selon Columelle, est parente de la sagesse, consanguineam. Quelque abondante que soit la part que Dieu ait mise dans le calice d’amertume d’un malheureux, le calme des champs peut la tempérer et la diminuer. Parmi ceux qui en ont fait l’expérience, je les appelle en témoignage, en est-il un seul qui, à la longue, ne se soit trouvé en quelque sorte régénéré, et n’ait senti avec surprise qu’il avait laissé sur les limites de son asile champêtre, sa faiblesse, ses infirmités, ses soins, ses inquiétudes, en un mot la partie débile de son être, la portion ulcérée de son cœur.... Beaucoup de maladies guérissent à la campagne, dit-il plus loin, et celles qui sont incurables y sont presque toujours adoucies. L’air est si bon, la nature si belle, le consentement du ciel pour la paix de l’homme est si manifeste qu’on est content de vivre, on savoure tout à la fois l’existence et les moyens d’exister. Il y a pour ainsi dire une surabondance de vitalité, car on a la paix de tous les côtés. La puissance calorifique et vivifiante de la respiration, dont j’ai tant parlé, semble acquérir à la campagne un surcroît d’activité, la vie intérieure a plus d’énergie, on se sent léger, disposé au travail, propre à lutter contre les résistances; les forces se raniment, le corps se révigore; la vie se raffermit en même temps qu’elle coule doucement et uniformément. »
C’est donc à la campagne que devra s’élever l’asile de nos invalides civils, et si nous nous sommes prononcé contre la construction des hôpitaux à la campagne, dans les villes secondaires, nous admettons au contraire les hospices en dehors des villes; les maladies dont sont atteints les vieillards qui en sollicitent l’entrée, n’exigeant pas habituellement des secours urgents. Il serait à désirer toutefois que cet hospice ne se trouvât pas assez éloigné de l’enceinte de la ville pour gêner les relations de ces pensionnaires avec leur famille, et il sera au contraire de toute utilité de faciliter ces rapports.
Nous n’avons pas à revenir ici sur les détails que nous avons
HOPITUAX SPÉCIAUX
tracés à l’occasion des hôpitaux considérés en général, et qui trouvent leur application ici. Nous ferons seulement remarquer, avec Parent-Duchatelet qu’un hospice de vieillards devra surtout s’étendre en longueur ; ce serait une faute énorme de multiplier les étages; car, dit-il, « près de la moitié des ouvriers et des pauvres, qui ont passé soixante ans, sont asthmatiques, affectés de hernies, de débilités, de paralysies générales ou partielles, et presque tous en hiver affectés de catarrhes chroniques, ce qui rend très-pénible pour la plupart, et presque impossible pour quelques-uns, l’accès des dortoirs. »
Il sera bon de placer l’infirmerie au premier étage et de conserver le rez-de-chaussée pour les infirmes. Celui-ci, élevé audessus du sol pour prévenir l’humidité, devra communiquer avec les jardins par des pentes qui permettent aux malades, se servant de chariots, de quitter facilement l’édifice. Les escaliers seront larges, les salles communes bien aérées ; de vastes promenoirs couverts et chauffés pour l’hiver, des jardins spacieux pour la belle saison seront spécialement ménagés pour les vieillards des deux sexes.
Asiles consacres à l'enfance. — « Y a-t-il au monde un être plus faible, plus misérable, plus à la merci de tout ce qui l’environne, qui ait si grand besoin de pitié, d’amour, de protection qu’un enfant? » (J. -J. Rousseau.) Est-il possible de ne pas se sentir ému en voyant souffrir de pauvres petits êtres, qui n’ont pour traduire leur douleur que leurs cris déchirants, et qui, trop souvent placés dans les conditions hygiéniques les plus mauvaises, ne peuvent espérer, s’ils y restent, recouvrer jamais la santé? Il est indubitable, en effet, « que la médecine des enfants, dit M. E. Bouchut 1 2, repose presque tout entière sur leur hygiène, et, moins on leur donne de médicaments, plus on réussit à les guérir. »
La thérapeutique même des maladies de l’enfance demande donc de les placer avant tout dans les conditions hygiéniques les plus favorables, de les entourer de tout ce qui est de nature
1 . Parent-Duchatelet, Note relative à quelques conditions que doivent présenter les hôpitaux destinés à des individus âgés de plus de 60 ans. ( Annales d’hygiène publique, t. IX, 1833.)
2. E. Bouchut, Hygiène de la première enfance, 2e édition. Paris, 1866.
à hâter la guérison de ces petits malheureux : c’est le but des hôpitaux d’enfants.
Pendant longtemps, ces infortunées victimes de la misère se trouvèrent placées dans lès hôpitaux d’adultes, au milieu môme d’hommes souvent corrompus, et le plus grand danger pour eux n’était pas l’air méphitique qu’ils respiraient. « En l’enfermerie, qui est de six toises de largeur seulement, disent des lettres patentes de François Ier, que nous avons déjà citées, y a six rangées de licts, chacun lict de troys piedz de largeur ou environ, en chacun desquelz il y a troys ou quatre malades qui nuysent fort les uns aux aultres, et en ladite enfermerie y a septs on huit lictz où se couchent vingt-cinq ou trente petits enfifans, lesquelz entfans, qui sont tendres et délicatis, à cause du gros ayr qui est en ladite enfermerie, meurt la pluspart, tellement que de vingt n’en réchappe pas ung. » Placés à côté des victimes de la débauche, ces pauvres petits êtres emportaient souvent avec eux les germes de leur hideuse maladie, plus souvent le venin fatal de la corruption.
Les enfants ont enfin trouvé dans des asiles, qui leur sont spécialement consacrés, des soins tout particuliers.
A ce sujet, on s’est souvent demandé ce qu’il y avait de préférable pour les petits malades, ou de leur consacrer un hôpital spécial, ou de leur ouvrir dans les hôpitaux d’adultes une ou plusieurs salles. Dans une petite ville, la question même ne peut être posée : pour une grande ville, nous ne saurions hésiter, la construction d’un hôpital spécial permettant d’appliquer d’une manière toute particulière les règles de l’hygiène aux petits malades.
Ainsi que nous le disions tout à l’heure, l’organisme faible et débile chez l’enfant, facilement impressionnable par les agents extérieurs, est d’une extrême susceptibilité; l’activité des fonctions respiratoires, celles de l’absorption expliquent suffisamment la facilité avec laquelle les enfants se trouvent atteints sous l’influence du milieu de maladies des voies respiratoires ou de fièvres éruptives.
Bien plus, d’après Baudelocque, les scrofules n’auraient d’autre cause que l’aspiration habituelle par les enfants d’un air vicié, ne contenant qu’une quantité insuffisante d’oxygène.
HOPITAUX SPÉCIAUX
C’est assez dire combien l’air confiné leur est nuisible. « Aussi l’espace étroit, dit M. Lévy *, qui trop souvent leur est assigné dans les habitations, ne tarde point à se convertir en un foyer d’intoxication miasmatique s’il n’est puissamment aéré. Les enfants périssent en plus grand nombre dans les quartiers étroits où les maisons sont mal bâties et les logements très-resserrés que dans les quartiers qui présentent des conditions opposées. »
Exposons donc l’enfant à l’action de l’air et du soleil, et, pour nous servir de l’expression de Ilufeland 1 2, donnons-lui chaque jour un bain d’air vivifiant.
En effet, dirons-nous avec M. Donné 3 : « Il ne s’agit pas de faire respirer l’air extérieur à l’enfant dans les rues d’une grande ville, de lui faire faire une course en voiture, mais de le laisser jouer au grand air. »
Cet agent deviendra donc bien nécessaire lorsqu’il s’agira de petits malades dont l’agglomération pourrait être fatale. Il n’est pas d’hôpitaux, en effet, où l’air pur soit plus nécessaire que ceux de l’enfance. La fétidité et l’abondance des sécrétions, au milieu desquelles se trouvent plongés ces enfants, altèrent avec une rapidité sans égale l’air qu’ils doivent respirer; grâce à l’activité de leur respiration, à la rapidité de leur absorption, ils sont bien vite imprégnés de cette atmosphère méphitique, et on voit souvent une effrayante mortalité dans les salles qui ne se trouvent pas dans les conditions de l’hygiène la plus rationnelle.
C’est donc de l’air pur qu’il faudra donner aux enfants, et nous pouvons citer l’autorité de M. Guersant, qui assure ne rien connaître de mieux pour la guérison des maladies chroniques, chez les enfants des grandes villes, que l’air pur de la campagne. Des enfants moribonds, par suite de dyssenterie, de diarrhée, de bronchite, de pneumonie ont dû la vie à cette prompte émigration accomplie même au milieu des rigueurs de l’hiver. Ajoutons d’ailleurs que l’établissement à la campagne