‹ Des hyménomycètes au point de vue de leur structure et de leur classificationChapitre 5 sur 15 · CONTENU DES CELLULES · texte numérisé non relu

CONTENU DES CELLULES

Les principaux produits qu’on rencontre dans les cellules des Hyménomycètes sont les gaz, le protoplasma, le suc cellulaire, des matières colorantes solides ou liquides , des matières grasses et des dépôts solides cristallins.

Gaz. — La présence des gaz dans les cellules vivantes est un fait assez rare chez les Hyménomycètes ; on l’observe dans les grosses cellules blanches qui sont à la surface du chapeau de quelques Agarics ( Coprinus, Ag. atomatus, Ag. appendiculaius), auxquels elle donne la propriété de scintiller. On peut rapprocher ce phénomène de ce qui se passe dans les phanérogames à teinte argentée et brillante où cet aspect est dû à un jeu de lumière dans les cellules à air de l’épiderme.

Beaucoup plus souvent les gaz se trouvent entre les cellules dans les parties où le tissu est moins serré ; ce tissu prend alors une teinte plus sombre : ainsi, au centre d’un grand nombre de stipes d’Agarics , dans la couche de l'hyménophoi’e qui touche directement les tubes des Bolets, sous la pellicule du chapeau , etc.

Les marbrures violet foncé que présente la chair du Cortinarius violaceus , la teinte vert de gris intense de quelques parties de VAg. euchlorus, sont occasionnées par de l air interposé entre les hyphes.

Protoplasma. — La cellule des Hyménomycètes, examinée au point de vue du protoplasma et du suc cellulaire, présente beaucoup de caractères communs avec la cellule phanérogame. Le plasma y est toujours recouvert d’une membrane cellulosique contre laquelle il est appliqué. Cette couche de plasma est plus abondante dans les parties de la cellule où la vie est plus active, c’est-à-dire vers son sommet. Il suit de cette disposition que les ramifications des cellules ont lieu à leur partie supérieure ou au-dessus d’une cloison.

Le suc cellulaire est acide au tournesol dans les champignons supérieurs ; cette réaction est causée par l’acide oxalique à l’état d’oxalate acide, ainsi que l’ont montré les recherches de Plowright. [On ihe occurence of oæalic acid in Fungi].

Les mouvements plasmiques ont été étudiés avec beaucoup de soins par divers auteurs, notamment par M. de Bary, dans les cellules du Coprinus micaceus.

Le noyau des cellules est difficile à observer, M. de Seynes l’indique

dans les basides ; dans le stipe de VAg. vaginaius, nous avons vu des cellules sans noyaux, mélangées à d’autres éléments , dans le plasma desquels on distinguait un ou deux noyaux situés vers la partie inférieure des cellules.

Matières colorantes. — Les couleurs de Champignons supérieurs sont des plus variées, toutes les nuances peuvent s’y rencontrer ; néanmoins, certaines teintes dominent : le blanc plus ou moins pur, les diverses variations du jaune et du rouge s’y rencontrent communément , les teintes vertes sont plus rares ; on observe aussi le bleu, le violet améthyste, etc.

En général, la matière colorante est spécialisée dans l’épiderme, le tissu intérieur restant blanc ; mais dans un bon nombre d’espèces la masse entière du Champignon participe à la teinte superficielle, ainsi la chair du Cortinarius violaceus est violét foncée , celle de VAg. hiulcus, du Guepmia helvelloïdes est rouge, etc.

Les diverses colorations sont causées par des matières liquides ou solides contenues dans l’intérieur des cellules. La membrane est en général incolore, il est rare de voir cette paroi colorée et, dans ce cas, la coloration va en décroissant de l’extérieur de la paroi à l’intérieur. Les cellules externes des sclérotes à'Ag. tuberosus, Typhula sderotioïdes , celles des mycélium ligneux {Rhizomorpha) des Ag. melleus, Marasmius androsaceus, celles formant le mycélium stérile [Ozonium), du Coprinus sociatus, des stipes de quelques il/amsmî^s ont leur paroi colorée en brun. Mais, primitivement, lorsque le filament cellulaire se développe, il est toujours incolore.

Ordinairement on rencontre dans le même Champignon les matières colorantes à l’état liquide et à l’état solide. Dans VAg. melleus, on voit dans quelques hyphes du stipe une matière brune condensée en fragments anguleux, tandis que dans les squames du chapeau, les cellules sont gorgées d’un liquide jaunâtre transparent.

Les poils de la marge du Stereum purpureum sont remplis d’un liquide violet ou rougeâtre.

Dans le Cortinarius violaceus le liquide est d’un beau violet ; simultanément on trouve des cellules gorgées de granulations brunes qui donnent au champignon violet ses reflets rougeâtres.

Vi'Ag. euchlorus ne renferme guère qu’un liquide vert œrugineux.

Certaines parties primitivement blanches ne tardent pas à prendre une autre teinte par superposition d’un élément nouveau coloré : c’est ce qui a lieu dans les lames de beaucoup de Leptonia, Nolanea , dans VAg. appendiculatus , où la couleur des lames est d’abord blanche, puis devient rose ou pourpre par suite de la formation des spores qui ont elles-mêmes cette teinte.

Des parties d’un même Champignon, dont les unes sont exposées à

l'air et les autres non , peuvent avoir la même coloration , alors même qu’elles sont séparées par un tissu coloré autrement que ces parties. Ainsi dans le Boletus luridus , l’extrémité des tubes, celle qui a le contact de l’air, est rouge ; or la face inférieure du chapeau, celle où les tubes sont attachés a également la même couleur rouge.

La chair de plusieurs espèces qui est primitivement blanche , peut se colorer sous l’influence de l’oxygène, ou mieux, comme l’a montré Schœnbein, sous l’action de l’ozone. Ainsi, la chair des Boletus cyanescens et luridus ne tarde pas à devenir bleue au contact de l’air. Il semble que l’action de l’ozone a pour effet de détruire cette matière sensible à son influence ; en effet, vient-on à casser la chair du B. luridus , elle bleuit de suite, puis, au bout de quelques heures, la teinte pâlit et enfin redevient semblable à ce qu’elle était primitivement.

Ailleurs, au lieu d’avoir une coloration bleue, le tissu fracturé prend des teintes rouges ou jaunes au contact de l’air.

Matières grasses. — Les matières grasses accompagnent toujours le protoplasma, ce sont elles qui le plus souvent lui donnent sa.coloration. Elles sont contenues sousforme de gouttelettes huileuses jaunâtre dans l’intérieur des cellules. Les basides avant de fructifier en sont abondamment pourvus ; après le développement de la spore on les voit disparaître en 'grande partie ayant servi à la nutrition. C’est encore ce qui a lieu dans beaucoup de cellules qui, à un moment donné do la végétation, en renferment une grande quantité et qui sont comme des réservoirs d’aliments, comparables aux albumens et cellules amylifères des phanérogames.

La teinte de la matière huileuse est quelquefois suffisante pour se communiquer à la spore ; ainsi dans quelques Russules, les spores,vues en masse, ont un aspect butyreux dû à l’huile qu’elle renferment. A la germination l’huile s’émulsionne et finit par disparaître, absorbée par la nutrition.

Cristaux. — Toutes les analyses chimiques qui ont été faites des Hyménomycètes mentionnent la présence de sels de chaux dans les tissus de ces plantes. M. Plowright a montré que ces sels étaient des oxalates. L’examen microscopique vient confirmer l’action des réactifs et montre des cristaux d’oxalate calcaire dérivant du prisme droit ou de l’octaèdre à base rectangle, c’est-à-dire à six équivalents d’eau.

L’oxalate de chaux sousforme dérivée du prisme rhombo'idal oblique (raphides), si fréquent dans les cellules des phanérogames, n’a pas encore été indiqué dans les Hyménomycètes. Les cristaux étant très fréquents non-seulement dans les Basidiosporés mais aussi chez les Ascomycètes, on s’étonnera à bon droit de voir que ces cristaux ont été proposés quel-

quefois comme critérium entre les Lichens et les Champignons Thécasporés.

Les cristaux des Champignons ne sont que rarement contenus dans la cavité des cellules , ils sont d’habitude englobés dans la paroi des hyphes. Dans certains cas où les hyphes sont très minces, les cristaux paraissent isolés dans les mailles formées par leur entrecroisement ; mais si l’on fait agir sur eux l’acide azotique étendu, les cristaux se dissolvent et on voit leur place vide entourée par une très mince bande de membrane incolore dépendant dos cellules voisines. Cette manière d’être est analogue à ce qu’on voit dans les fibres des Conifères.

Lorsqu’ils se trouvent dans une cellule isolée, un poil par exemple, on voit très facilement qu’ils sont dans la paroi et souvent la paroi est épai'^sie à l’endroit où se trouve le cristal, en sorte que le poil devient bossu et rugueux.

Les diverses formes des cristaux d’oxalate de chaux sont des octaèdres réguliers, puis la forme en enveloppes de lettres ; par suite de troncatures sur les angles, on obtient des figures variées, et enfin le cristal, en s’applatissant, forme des tables irrégulières. On observe également des m'acles qui ont l’aspect de sphères hérissées par les pointements de l’octaëdre.

Les cristaux peuvent se trouver dans toutes les parties du champignon, on les observe dans le mycélium, le stipe et l’hyménophore. Souvent ils sont épars, disposés au hasard, mais il arrive que certains hyphes en sont particulièrement incrustés ; ainsi nous en avons vu dans le stipe de VAg. ostreatus , où ils formaient comme un étui cristallin aux filaments celluleux et étaient constitués par des cristaux irréguliers aplatis en table. On retrouve ces hyphes oxaligènes dans le chapeau et la trame de beaucoup d’espèces [Ag. cricetorum.)

Dans quelques espèces, l’oxalate de chaux se localise en des points spéciaux du tissu ; ainsi dans VAuricularia mesenterica, on le rencontre en extrême abondance dans la zone qui s’étend au-dessous de l’hymenium ; les cristaux y sont épars en octaèdres quelquefois énormes, ou agglomérés eu grosses masses cristallines ; la zone gélatineuse en est privée et on en retrouve quelques-uns immédiatement sous l’épiderme.

Dans le MéruKus, corium l’oxalate est spécialisé dans les mêmes régions que chez ïAuricularia, mais au lieu d’être en cristaux bien nets, il se trouve sous forme deconcrétions sphériques de tous volumes, qui sont enveloppées dans une expansion de la paroi, ainsi qu’on peut s’en rendre compte par l’action de l’acide azotique étendu.

Ailleurs, certaines cellules de tissu , au lieu de s’inscruster irrégulièrement, renflent une de leurs extrémités et c’est dans la partie renflée qu’on observe un cristal unique, plus ou moins volumineux.

Nous avons rencontré ces cellules curieuses dans les stipes de Cortinarius tnolaceus et de Ag. euchlorus.

Les cristaux apparaissent dans le Champignon dès son premier développement et ne sont pas sensiblement plus abondants chez les vieux individus. Les espèces à croissance rapide et à tissus délicats, comme les Coprins, offrent plus particulièrement des cristaux l'éguliers très voisins de l’octaèdre ; dans les espèces charnues et dures, les cristaux sont le plus souvent aplatis , irréguliers.

llabitnellenient, dans la même espèce fongique, on n’observe que des cristaux d’une seule sorte ; cependant, nous avons vu dans le chapeau du Stereum hirsutwn les cristaux en enveloppe de lettre, mélangés avec des boules hérissées d'oxalate de chaux.

Les cristaux sont un rebut de l’épuration du plasma, on ne les voit que dans les cellules végétatives, l’hyménium fertile n’en contient jamais. Mais lorsque les cellules sporilères subissent une sorte d’arrêt de développement tel qu’elles demeurent stériles, elles conservent les attributs des cellules végétatives et alors peuvent contenir des cristaux d’oxalate de chaux.

Les cystides de i'Ag. oatrealus nous en ont montré quelquefois. Le Corlicium sumbuci est fréquemment stérile ; dans ce cas, nous avons toujours vu ses cellules byméniales ayant leurs parois incrustées de nombreux petits cristaux. Lorsqu'oti rencontre quelques basidos fertiles, ceux-ci sont toujours exempts d'oxalate de chaux.

Les exemplaires stériles de Polypofus ferruginosm, Irpex obliquas, Polyporus obducens, nous ont offert des cristallisations analogues. Dans le Polyporus abietinus et dans VIrpex fusco violaceus, les cristaux affectent une disposition spéciale dans l’hyménium au lieu d’être un grand nombre répandus sur toute la longueur de la cellule, il n’y a qu’nn cristal unique au sommet du cystide, cristal volumineux logé dans la paroi et souvent héi’issé de pointes.

Dans le llussula rubra,o\\ voit quelques cystides qui se terminent par une partie effilée supportant une masse opaque anguleuse. Cette masse est constituée par de l’oxalate de chaux empi isonné dans une membrane cellulosique : si on fait agir l’acide azotique, la paroi seule reste et est en continuité avec la cavité du cystide.

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