‹ Des Indes à la planète Mars (volume 2)Chapitre 75 sur 77 · Cas divers · texte numérisé non relu

Cas divers

On est toujours mal placé pour juger des réapparitions de défunts qu'on n'a pas connus, et dont l'identité saute aux yeux de leurs aboutissants. M. Lemaître en a cité deux cas, l'incarnation d'une personne « très vive et aimant à faire des nettoyages » [ce qui pouvait se savoir en dehors de sa famille immédiate], et celle de M""* Du-

boule qui revint dire des clioses intimes à sod mari [eu fait elle lui demandait pardon, ce qui n'étonna personne]. Il y a eu bien d'autres cas encore. Tous, je crois, ont entraîné la conviction des assistants intéressés. Ces scènes d'incarnation, qui sont souvent très pathétiques et où d'autres fois le rose se mêle au gris et le burlesque au tragique, ne vont jamais sans un certain effet nerveux sur les simples spectateurs ; on conçoit ce que ce doit être pour les parents et amis ! Mais des effets nerveux et des impressions organiques — palpitations, constriction de la glotte, perspiration froide le long du nez et des joues, petits frissons dans les téguments du dos, etc. — tout cela peut bien engendrer psychologiquement un certain coefficient de réalité, donner comme une sensation immédiate de la présence authentique du défunt : cette conviction subjective ne constitue point un argument que l'on puisse rationnellement peser. Il m'est donc impossible de me prononcer.

Car si je déclare que, dans tous ceux de ces phénomènes que l'on m'a racontés ou dont j'ai été témoin, je n'ai rien su voir qui dépassât, non pas l'hypothèse télépathique, mais tout bonnement la reconstitution artificielle du prétendu désincarné par l'imagination hypnoïde travaillant sur des données de notoriété publique et des inductions très naturelles ; si je dis que dans la voix de M"^ Smith intrancée je n'ai jamais perçu que des altérations suffisamment explicables par son état émotif passager, tandis que ceux qui avaient connu le défunt croyaient y retrouver son timbre de voix et ses intonations, leurrés qu'ils étaient selon moi par un processus archi-vulgaire^ ; si je fais œuvre de critique en un mot au lieu de m'abandonner à l'impression esthétique générale et immédiate, — je passerai inévitablement pour un affreux sceptique, un homme de parti pris, un empêcheur de danser en rond, etc. Aussi ferai-je mieux de me taire après mon refrain

' Fusion dos élriiients actuels tk- la peroe])tion avec les images muésiques i-eproduites; concrétiou d'Ampère, assimilation de Horbart, etc.

habituel : Tout est possihle, même le retour des décédés par l'entremise de M."^ Smith ; mais vraiment les preuves qu'on m'en a offertes ne sont pas encore d'un poids proportionné à l'énormité d'un pareil fait.

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