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moins sans le vouloir et à propos des plus vulgaires incidents. Il y a des temps, en effet, où elle se sent malgré elle poussée à parler en distiques rimes de huit pieds, qu'elle ne prépare point et dont elle ne s'aperçoit qu'au moment oii elle a fini de les prononcer*. Dans le cas particulier, c'est exceptionnellement par un quatrain qu'elle répondit à quelqu'un qui la consultait sur des rubans de couleur bleue. Or ce quatrain, par son allure, par la vision d'une blonde tête d'enfant qui l'accompagna, et par la façon dont elle l'écrivit aussitôt après, laisse deviner une inspiration dépendant du cycle royal sous-jacent; tandis que dans la lettre suivante, où elle raconta la chose à M. Lemaître, sa plume glissa à son insu des caractères
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FiG. ]. — Fragment d'une lettre (écriture normale) de MU'? Smith, renfermant deux caractères martiens. [Collection de M. Lemaître.]
étrangers évidemment dus à l'affleurement du cycle martien dont elle vient de parler dans ladite lettre. (Voir tig. 1 un passage de cette lettre renfermant un V et un M martiens dans les mots vers et rimait.)
« J'ai entendu des paroles martiennes cette après-midi,
mais n'ai jamais pu les retenir. Je vous envoie celles entendues il y a bien quelques jours déjà, alors que j'ai eu la vision dont je viens de vous faire le dessin [lampe martienne]. Hier matin dans la matinée j'ai de nouveau parlé en vers sans me douter; ce n'est qu'en finissant ma phrase que j'ai senti qu'elle rimait et que je l'ai reconstituée pour bien m'en assurer. Un peu plus tard, en examinant des rubans, je me mis de nouveau à parler en vers et je vous les joins également, ils vous divertiront. Chose curieuse, j'eus à ce moment même la vision d'une tête d'enfant blonde et toute bouclée; les cheveux
ï Voici quol(jues échantillons de cca impromptus, assurément à la hauteur
étaient entourés d'un ruban bleu ; la vision dura tout au plus une minute. Ce qu'il y a de plus curieux encore, c'est que je ne me souviens pas du tout d'avoir porté des rubans de cette nuance étant enfant; des roses, des rouges, oui je m'en souviens, mais des bleus alors cela non, je n'en ai aucun souvenir. Je ne sais vraiment pas pourquoi j'ai prononcé ces paroles, c'est des plus amusant; j'ai dû, je vous assure, les prononcer bien malgré moi. Je me suis empressée de les inscrire sur un papier, et j'ai constaté, en écrivant déjà, que par moment, l'écriture n'était pas régulière, c'est-à-dire qu'elle changeait un peu de la mienne. »
Voici ce quatrain, que son crayon trop pâle empêche de reproduire en cliché, et où j'indique en italiques les mots et syllabes dont la calligraphie ou l'orthographe diiïèrent de celles d'Hélène et rentrent dans son écriture automatique dite de Marie- Antoinette :
Les nuances de ces rubans Me rappelent mes jeunes ans :
Ce bleu verdi, je m'en souvieti, Dans mes cheveux alloit si bien !
La tête aux blonds cheveux bouclés, ornés de rubans bleus, figure souvent dans les visions du cycle royal, et paraît se Tapporter tantôt comme ici à Marie- Antoinette elle-même, tantôt à l'un ou l'autre de ses enfants, spécialement au dauphin.
Bien qu'il soit Je plus souvent aisé de rattacher ces fulgurations, projetées par le travail souterrain clans la conscience ordinaire, aux divers rêves dont elles émanent, ce n'est cependant pas toujours le cas et il y a des visions d'une origine ambiguë et douteuse. Il ne faut pas oublier qu'à côté des grands cycles d'Hélène, qui sont le mieux connus, il circule encore dans son imagination latente d'innombrables petits systèmes accessoires, plus ou moins indépendants, qui alimentent une bonne partie des séances,
des circonstances qui les ont inspirés, mais sur lesquels il ne faudrait point juger les facultés poétiques conscientes de MUe Smith.
A une petite iille toute fièro de ses souliers neufs : « Marcelle est là, venez la voir, « Elle a ses petits souliers noirs, »
Dans une discussion culinaire :
= Vous détestez les omelettes « Autant que moi les côtelettes, »
A une personne quelque peu vaniteuse :
c Vos richesses, ma chère amie, « Ne me font point du tout envie ! »
tels que les révélations d'événements anciens concernant les familles des assistants, etc.; il n'est pas toujours possible d'identifier les fragments provenant de ces rêves isolés.
3. Automatismes téléologiques . — Les phénomènes spontanés de cette catégorie, ayant comme trait commun d'être d'une utilité plus ou moins marquée pour Hélène dans les circonstances de la vie pratique, peuvent se subdiviser eu deux classes suivant qu'ils se rattachent directement à la personnalité de Léopold, ou qu'ils n'affichent aucune personnalité distincte et ne font qu'exprimer sous une forme vive le résultat du fonctionnement normal, quoique plus ou moins inconscient, des facultés de mémoire et de raisonnement. Je me borne à citer maintenant un cas de chacune de ces classes, dont on verra d'autres exemples dans les chapitres relatifs à Léopold et aux apparences supranormales.
Un jour M"e Smith, voulant prendre un objet lourd et volumineux situé sur un rayon élevé, en fut empêchée parce que son bras levé resta comme pétrifié en l'air et incapable de mouvement pendant quelques secondes ; elle y vit un avertissement et renonça à l'acte projeté. Dans une séance ultérieure, Léopold raconta que c'était lui qui avait figé le bras d'Hélène pour l'empêclier de prendre cet objet qui était beaucoup trop pesant pour elle et lui aurait occasionné quelque accident.
Une autre fois, un commis qui cherchait vainement un certain échantillon, demanda à Hélène si elle savait peut-être ce qu'il était devenu. Hélène répondit comme mécaniquement et sans réflexion : « Oui, il a été remis à M. J. [un client de la maison] »; en même temps elle vit apparaître devant elle le nombre 18 en gros chiffres noirs de vingt à vingt-cinq centimètres de hauteur, et ajouta instinctivement : « Il y a dix-huit jours. » Cette indication fit rire le commis, qui releva l'impossibilité de la chose, la règle de la maison étant que les clients auxquels de tels échantillons sont prêtés à l'examen doivent les rapporter dans les trois jours, sinon on les leur fait reprendre. Hélène, frappée de cette objection et n'ayant aucun souvenir conscient relatif à cette affaire, répondit : « En effet, peut-être que je fais erreur. » Cependant, en se reportant sur le registre de sortie à la date indiquée, on constata qu'elle avait pleinement raison; c'était par suite de diverses négligences où elle n'était pour rien que
cet échantillon n'avait encore été ni l'apporté ni réclamé. — Léopold interrogé n'a aucun souvenir et ne paraît pas être l'auteur de cet automatisme crj'ptomnésique, non plus que de beaucoup d'autres analogues par lesquels la mémoire subconsciente d'Hélène lui rend des services signalés et lui a valu une certaine réputation bien méritée de devineresse.
Ou voit que si les automatismes spontanés de M"' Smith sont souvent le résultat fâcheux de ses moments de suggestibiUté, ou l'irruption intempestive de ses rêveries subliminales, ils revêtent quelquefois et même souvent la forme de messages utiles. Cette compensation n'est point à dédaigner.