CHAPITRE X
Apparences supranormales.
La médiumité de Mlle Smith fourmille de faits supranormaux en apparence, et la question qui se pose est de savoir jusqu’à quel point ils le sont en réalité (1).
Le titre de ce chapitre, je le déclare, ne sous-entend aucun parti pris. Le terme d 'apparences n’y figure pas dans son acception tendancielle et défavorable de dehors trompeurs derrière lesquels il n’y a rien. Il est pris dans son sens franc et impartial, pour désigner simplement l’aspect extérieur et immédiat d’une chose sans rien préjuger sur sa nature réelle, et pour provoquer, par le fait même de cette neutralité, l’investigation destinée à démêler ce qu’il peut y avoir de vrai ou de faux, d’or pur ou de clinquant, sous l’éclat de la superficie. C’est précisément cette investigation — après laquelle seulement (en cas qu’elle aboutisse) il sera permis de dire si, et dans quelle mesure, les apparences du début étaient illusoires ou véridiques — qui constitue ma tâche présentement.
f1) Pour éviter toute perte de temps et tout désappointement au lecteur, je l'avertis que s’il lui faut absolument des conclusions fermes et arrêtées au sujet du supranormal, il fera mieux de ne pas aller plus loin; car je n'en aurai pas à lui offrir, et au bout de ce chapitre il se retrouvera Gros-Jean comme devant sur la télépathie, le spiritisme et autres problèmes connexes dont s'est engouée la curiosité contemporaine.
Tâche assez malaisée. Car s’il est toujours hasardeux de toucher à un sujet qui est la pomme de discorde des psychologues — et où l’on a été jusqu’à voir « l’Affaire Dreyfus de la Science » (x) — l’entreprise se complique, dans le cas particulier, de la foi absolue de Mlle Smith et de son entourage au caractère supranormal de ses phénomènes; état d’esprit infiniment respectable, mais qui n’est pas pour faciliter les recherches, toute velléité d’analyse et d’explication ordinaire y étant naturellement ressentie comme un soupçon injustifié, interprétée comme un indice de scepticisme irréductible. Qu’on veuille donc bien me permettre, en guise de précautions oratoires et d’entrée en matière, de m’expliquer sur la façon dont je comprends et désire aborder l’étude de ces faits apparemment supranormaux.