II. Phénomènes physiques
Cette dénomination consacrée recouvre plusieurs catégories assez diverses de faits étranges. Je ne parlerai que des deux sortes dont Mlle Smith a fourni des échantillons (dont je n’ai, d’ailleurs, jamais été témoin personnellement), à savoir des « apports » et des « mouvements d’objets sans contact ».
/. Apports.
Outre les causes inconnues présidant à leur transport aérien, l’arrivée, dans un local fermé, d’objets extérieurs
(*) Voir l’intéressant essai de classification des faits « parapsychiques » par M. E. Boirac, Annales des Sciences psychiques, t. III, p. 341.
{*) La doctrine des antériorités, ou précédentes incarnations, parait être un legs spécial d'Allan Kardec au spiritisme du vieux continent et fait défaut au spiritisme du Nouveau-Monde, ce qui diminue beaucoup la valeur dogmatique de ladite doctrine et me dispense de la discuter ici. Son rôle dans la médiumité de M"' Smith montre bien l’inlluencc suggestive du milieu.
venant d’une distance souvent considérable, implique pour la traversée des parois du local, soit le détour par une quatrième dimension de l’espace, soit la pénétration de la matière, c’est-à-dire le passage des molécules ou atomes de l’objet (ou même de ses éléments protyliques impondérables, résultant de sa dbnatèrialisation momentanée) entre les molécules ou atomes de la paroi. Tous ces accrocs à nos conceptions vulgaires sur la stabilité de la matière, ou (ce qui est pis) à notre intuition géométrique, me semblent si pénibles à digérer que je serais tenté de leur appliquer le mot de Laplace : « Il y a des choses tellement extraordinaires que rien ne peut en balancer l’invraisemblance ». Ce n’est point pour déclarer faux a priori tous les récits de ce genre, car on sait que le vrai n’est pas toujours vraisemblable; mais décidément, même dans le cas du brave M. Stainton Moses, le poids des preuves ne réussit pas encore à me faire passer par dessus l’étrangeté des faits.
En ce qui concerne les apports obtenus aux séances de Mlle Smith, ils ont tous eu lieu en 1892-93, dans les réunions du groupe N., où l’obscurité favorisa la production de choses merveilleuses en relation étroite avec les visions et messages typtologiques.
Je ne cite que pour mémoire certains phénomènes acoustiques mentionnés dans les procès-verbaux : le piano résonna à plusieurs reprises sous les doigts des désincarnés favoris du groupe (*) ; il en fut de même d’un violon et d’une sonnette ; une fois aussi on entendit des sons métalliques qui semblaient venir d’une petite boîte à musique, bien qu’il n'y en eût point dans la chambre. Quant aux apports — toujours reçus avec ravissement par les membres du groupe qui ne cessaient de les désirer ardemment et de les réclamer avec instance de leurs amis spirituels — ils furent assez fréquents et variés. En plein hiver, il pleuvait sur la table des roses, des poignées de violettes, des œillets, du lilas blanc, etc., ainsi que des branches de verdure ; il s’y trouva entre autres une feuille de lierre portant gravé en toutes lettres, comme à l’emporte-pièce, le nom
(>) Au dire d’un des témoins (déplorablement sceptique de sa nature), ces sons furent toujours confus et tels qu’aurait pu les produire le genou d’un des assistants appuyant sur le clavier et enfonçant plusieurs notes à la fois. Le piano était ouvert, et l’on faisait la chaîne debout tout autour.
d’un des principaux désincarnés en jeu. Lors des visions exotiques et chinoises (v. p. 260), on obtint des coquilles de mer encore humides et renfermant du sable, des monnaies chinoises, un petit vase chinois, contenant de l’eau où trempait une superbe rose (*), etc. Ces derniers objets étaient apportés en droite ligne de l’Extrême-Orient par les esprits, à preuve qu’ils eurent l’honneur d’une présentation publique dans une séance de la Société d’Etudes Psychiques de Genève et furent déposés sur le bureau présidentiel où chacun, moi compris, put constater à son aise leur réalité.
Parmi les témoins de ces faits que j’ai pu retrouver, j’ai rencontré toutes les opinions : la complète conviction de leur authenticité, le scepticisme le plus absolu, et un prudent éclectisme qui pense que quelques-uns de ces apports étaient véritables, mais que les autres pouvaient bien provenir de la poche de tel ou tel membre de ce groupe assez nombreux et mélangé. Mlle Smith elle-même, et Léopold que j’ai souvent interrogé à ce sujet, paraissent n’avoir pas d’idées bien arrêtées là-dessus, et je ne saurais mieux faire que de les imiter.