‹ Des innovations dangereuses en homoeopathieChapitre 2 sur 2 · DES · texte numérisé non relu

DES

EN HOMŒOPATHIE

Messieurs ,

Depuis trois quarts de siècle, rhomœopathie lutte sans relâche contre des ennemis habiles et puissants. Elle se. défend pied à pied contre la raillerie, le dédain, le préjugé, la mauvaise foi. Loin de faiblir sous les coups d'incessantes attaques, elle a grandi peu à peu, elle a affermi sa marche, et les actes pubUcs par lesquels elle manifeste son existence n'étonnent pas moins ses adversaires que les faits qui démontrent sa supériorité.

A quel degré de perfection ne serait-elle pas arrivée si elle n'avait été obligée de combattre en même temps qu'elle édifiait !

Et pourquoi faut-il qu'aujourd'hui encore elle ait à se défendre contre les illusions d'une crédulité excessive, contre les agissements de l'amour-propre, et contre les calculs de ceux qui, tout en se disant ses adeptes, essayent de troubler ses eaux limpides ou de les détourner à leur profit ? Pourquoi faut-il qu'elle soit retardée dans sa marche par des perfectionnements illusoires ou par des innovations dangereuses ?

Nous avons pensé qu'il était nécessaire d'appeler l'attention de tous sur les erreurs des hommes de bonne foi et sur les manœuvres de ceux qui n'ont d'autre mobile que l'intérêt personnel.

C'est au moment où l'homœopathie a pris rang dans la science par sa constitution même et qu'elle s'est assise dans la société par l'évidence de son utilité pratique, que ces novateurs téméraires ou parasites surgissent de son sein.

Une terre meuble, richement préparée par un laboureur vigilant, eçt précisément celle quVnvahissent avec le plus d'avidité les végétaux inutiles ou nuisibles. Mais le laboureur en débarrasse le sol; et les plantes utiles y trouvent alors leur libre et entier développement. Gomme lui, mettons-nous à l'œuvre, et puissions-nous réussir à débarrasser le sol de notre doctrine des productions stériles ou malfaisantes qui divisent nos forces et tendent à paralyser son essor !

Parmi les innovations dont nous avons à dénoncer le péril, nous citerons tout d'abord celles qui portent sur le traitement des maladies.

Tout le monde sait que plusieurs d'entre elles ont un traitement basé sur des indications positives et dont l'efficacité est nettement établie. Ces traitements, qu'on peut appeler classiques, n'ont pas été respectés par les novateurs. Pour le choléra, par exemple, le traitement institué par Hahnemann dès la première invasion du fléau en Europe a fait ses preuves d'une façon éclatante dans tous les pays. On n'en a pas moins songé à le perfectionner.

Certains médecins en ont supprimé Ctiprum; d'autres ont voulu substituer Croton tig., ou Veratrum viride, à Veratrum album. Ici, on a proposé Agartcus mmc, ou Aconùum comme agents uniques de guérison ; là, on a trouvé que Moschus, Digitalisa Tabacum^... avaient leurs indications dans le choléra.

Or, il est certain que le choix de ces médicaments n'est justifié ni par la pathogénésie, ni par des changements survenus dans les symptômes de la maladie, ni par des résultats cliniques supérieurs ou même égaux à ceux que l'on a obtenus de VEllébore blanc, du Cuivre^ à^V Arsenic, Et le Camphre^ dont l'action abortive dans le choléra est un fait reconnu, n'a-t-il pas été dépossédé brutalement de cette propriété par quelques médecins qui

ont voulu en faire un préservatif, en dépit de la clini(|Ue et de rexpérîmentation physiologique ?

Déjà, en 1848, le D"^ Roth, après avoir dériiohtré la supériorité des médicaments classiques du choléra, cherchait à noufe prémunir contre la tendance à s'écarter de la pratique ancienne.

Tels sont, disait-il, les médicaments qae Ton peut employer contfe le choléra véritable. Qu'on ne nous reproche pas d'avoir passé sous silence la Ciguè viveuse , le Jatropha curcaSj le Lâchers, le Tabac, Nous avouerons que nous ne remartîuons' datis leurs effets physiologiques aucune analogie avec le choléra, et que les résultats qu'ils peuvent donner sont bien minimes pour qu'on les admette parmi les médicaments éprouvés. (BulL de la Société de médecine homœopathique de Fans, VI, 5.)

Bt, plus récemment, le docteur Crétin, qui avait eu recours à des médicaments nouveaux dans le choléra de 1855, s'exprimait en ces termes :

Si j'ai quelques regrets, c'est de ne m'en être pas tenu, cette année, aux médicaments qiii m'avaient réussi en \S^A: Ellébore blanc, Cuivi^e, Arsenic. {Bulletin de ta Société médicale homœopathique de France, VII, 204.)

Des perfectionnements analogues ont atteint une foule d'autres traitements dans lesquels des médicaments nouveaux, quelquefois dépourvus de toute pathogénésie, ont été substitués à des médicaments bien connus et jouissant d'une efficacité non moins incontestée. Cet écart a sa source dans un empirisme regrettable.

Il en est un autre tout opposé qui se révèle depuis un certain nombre d'années. Il consiste dans la prudence excessive de quelques médecins qui, ayant à leur disposition toutes les ressources de la matière médicale pure et les nombreuses observations cliniques de nos annales, renoncent au traitement homœopathique des tumeurs ilanches, des caries avec abcès par congestion, des fongus, des carcinomes, des ulcères invétérés, etc., comme si nos mécBcaments étaient absolument impuissants contre ces désordres organiques. Peut-on cependant élever des

doutes fondés sur tous les faits que nous ont transmis nos devanciers, et où l'on trouve parfaitement constatée l'efficacité de nos agents curatifs dans les lésions de ce genre? Plusieurs ont relaté des guérisons radicales dans un grand nombre de cas qui allaient être abandonnés à la chirurgie I Sans doute, les auteurs de ces observations n'ont pas toujours précisé la nature des désordres d'anatomie pathologique, ni les espèces morbides; mais ont-ils pu se tromper constamment sur le diagnostic général, ou ne pas apprécier la gravité des lésions?

Une autre innovation s'est produite dans ces dernières années : c'est l'accroissement excessif du nombre des médicaments. Des richesses de cette nature ne peuvent que nous appauvrir, car elles jettent la confusion dans la pharmacologie et dans la thérapeutique, et augmentent les difficultés des études pathogénétiques. Négliger les pathogénésies anciennes et en créer de nouvelles, mettre de côté des médicaments connus et en essayer de nouveaux, parce que l'étude de la Matière médical est hérissée de difficultés, c'est tourner l'obstacle et non le faire disparaître. Oublie-t-on que les études pathogénétiques ont valu à nos prédécesseurs, et valent à ceux qui les imitent, des succès tels que nos adversaires s'en sont émus jusqu'à vouloir leur fermer l'accès des assemblées de la science officielle, et que le public y a trouvé les motifs d'une enthousiaste admiration?

Un grand nombre de médicaments auxquels on s'adresse aujourd'hui ne sont connus que par un ou deux cas de guérison, ou par des essais pathogénétiques sans notoriété. Est-ce là une recommandation suffisante pour nous les faire accepter? Les lacunes et les imperfections de la Matière médicale ont fourni un prétexte à la multiplication funeste des médicaments. Le prétexte n'est que spécieux. Nos prédécesseurs ont, comme nous, constaté ces défauts ; mais, au lieu de les exagérer et d'y voir un motif de chercher d'autres médicaments, ils ont concentré leurs études sur ceux qu'ils avaient sous les yeux et se sont efforcés de perfectionner la matière médicale.

Il y a longtemps que le D' Piper, dans la pensée qu'il fallait refaire la matière médicale, a publié un livre sur les conditions et le but de t expérimentation physiohgique, et que beaucoup d'autres ont cherché à mettre en relief les symptômes caractéristiques des pathogénésies par l'étude et par de nouvelles expérimentations; c'est ainsi que le D' Kurtz déduisait ces symptômes de l'électivite et du mode d'action du médicament; et le D' Schrœn, de son action générale et de l'ensemble de ses effets physiologiques.

On ne peut pas dire la même chose de nos jours : on cherche, les caractéristiques plutôt dans les effets toxiques et curatifs ; de là une tendance marquée à se contenter de la notion des principaux symptômes d'une pathogénésie et de relations loin-' taines et incomplètes entre le médicament et la maladie.

Il est évident que les études pathogénétiques deviennent d'autant plus difficiles qu'elles s'étendent à un plus grand nombre de substances ; celles-ci, en se multipliant, jettent chaque jour plus d'incertitude sur l'application de la loi des semblables,' et nous forcent à constater que la somme de nos insuccès égale celle de nos négligences. Combien il serait plus simple et plus utile d'étudier parfaitement les pathogénésies les plus connues,' au lieu de les modifier sans méthode et de les remplacer sans motifs, au détriment de la science et des intérêts médicaux I

Le besoin d'innover s'est exercé aussi sur le mode de préparation des médicaments : nouvel écart qui contribue à augmenter la confusion par la multiplicité des produits, l^a pharmacopée hahnemannienne présente les divers degrés dé divisions au centième de toutes les substances médicamenteuses, depuis la teinture-mère (végétaux) et la première trituration (minéraux), jusqu'à la trentième dilution et au delà. Cette échelle posologique fournit aux praticiens des doses adaptées à tous les cas morbides, à toutes les variétés d'idiosyncrasie. Presque tous en font la règle de leurs prescriptions; mais quelques-uns ont voulu faire du nouveau, et ils ont proposé de substituer la proportion décimale à la proportion centésimale adoptée par Hahnemann.

Nous c^jnprenoDs que l'on ait recours à la première triivr ration décimale quand la première centésimale peut être considérée comme insuffisante, pour les cas où Ton veut employer une dose matérielle, par exemple pour le mercure, pour la morphine, pour le sulfate de quinine... Mais à quoi bon la deuxième décimale, qui correspond absolument à la première centésimale? A quoi bon la sixième décimale qui correspond à la troisième centésimale ; ou la douzième décimale, qui corres* pond à la sixième centésimale, etc., etc.?

\a posologie devait aussi mettre en travail l'esprit des novateurs. De tout temps on a regretté Tintroduction des doses massives dans la pi:*atique de quelques médecins homœopathes ; on y voyait une sorte de dérogation aux principes de la doctrine, un obstacle à sa propagation. Mais que dire des excès qui ont été commis dans le sens opposé? Que dire de ces très hautes dilutions qui sont venues jeter le ridicule sur rhomœopathie, accroître les obstacles à son développement et justifier toutes les craintes? Fruits de Tenthousiasme, de a faiblesse d'esprit ou de Tindustrialisme, les hautes dilutions ont été, à diverses reprises, préconisées et délaissées. Korsakoff, par un procédé dont il garda le secret, éleva hors de toute mesure les dilutions de Hahnemann ; et Jenichen reprit en sous-œuvre les dilutions de Korsakoff au montent où elles per devient de leur prestige. Un jour vint pourtant où Ton put croire que ces inqualifiables aberrations étaient enfin oubliées. Mais Hering les remit en honneur. Après lui, Lehrmann importa aux États-Unis les dilutions de Korsakoff en les exagérant, et Fincke alla plus loin encore dans cette voie de Texcentricité.

Ajoutons que les très hautes dilutions sont entourées de mystère, que le mode opératoire est resté voilé * et qu'elles sont exploitées dans un esprit de mercantilisme. Ces excès doivent

1. On croit savoir aujourd'hui que le chiffre des très hautes dilutions représente tout simplement le nombre des secousses imprimées à une dilution basse, la quatrième ou la cinquièi^e.

être coàdamnés au nom de rhomœopathie dont ils entravent le progrès, et au nom de la science dont ils blessent la dignité.

Parmi les perfectionnements que nous avons à passer en revue, le plus dangereux assurément est celui qui consiste dans le mélange de plusieurs médicaments.

Hahnemann a déployé l'éloquence la plus persuasive contre ces mélanges. Il a insisté sur la nécessité de n'employer qu'un seul médicament à la fois, et c'est une des réformes qui ont été le plus appréciées par toutes les écoles. Attomyr et GSgidi, sans perdre de vue le principe fondamental de la doctrine, proposèrent le mélange de plusieurs médicaments dans certains cas. Hahnemann s'opposa énergiquement à cette tendance qui ramenait à la polypharmacie.

Le D' Molin père, peu d'années après, fit l'essai du mélange de deux médicaments : entre autres, celui de la Noix vomique et de la Pulsatille. Mais il y renonça bientôt, parce qu'il n'en recueillit aucun avantage réel ; il avait d'ailleurs compris que chaque mélange, pour servir de base aux indications homœopathiques, devrait être l'objet d'expérimentations physiologiques, et c'était aborder un travail sans fin et inutile.

Aujourd'hui, la polypharmacie est mise au ban de la science par les hommes éclairés de toutes les écoles. Claude Bernard a tranché la question en ces termes :

Au lieu de composer, dit-il, des remèdes qui, comme la classique thériaque, renfermaient une infinité de composés d'origines les plus diverses, et que la vieille pharmacopée semble n'avoir si bizarrement assortis qu*afin que chaque maladie y trouve son antidote spécial mais inconnu, nous employons aujourd'hui des principes purs, exactement dosables et à action parfaitement connue, et nous savons non seulement quelle est cette action, mais nous avons pu encore préciser sur quels éléments anatomiques elle porte. (Voir dans le Bull, de la Société médicale homosopathique, avril <878, l'article remarquable du docteur Claude sur l'éminent physiologiste.)

Et c*est au sein de rhomœopathie qu'on a cherché, dans ces derniers temps, à faire revivre la polypharmacie par des mélanges de médicaments à tous les degrés I

Ces prétentions ont été érigées en système dans des publica* tions spéciales que nous ne pouvons passer sous silence.

L'une d'elles a pour auteur le D' Gonan. Son livre est intitulé : Essai de thérapeutique positive. Il a eu les honneurs de la discussion dans la séance de la Société médicale homœopathique de France du 24 juillet 1876, sur le rapport du D' Ozanam.

Le système du D"" Gonan repose sur ce fait que l'urine contient les éléments anatomiques et chimiques de la désassimilation et les débris spéciaux des organes malades, les produits morbides. Ges éléments et ces produits, une fois reconnus, sont détruits par les substances qui guérissent la maladie et qui sont indiquées homœopathiquement par l'ensemble de leurs symptômes pathogénétiques.

Il mêle deux ou trois gouttes de un ou plusieurs médicaments à quelques gouttes de l'urine qui contient les produits pathologiques, et y ajoute deux ou trois gouttes d'Acide sulfurique pur ; puis, il examine ce mélange à l'aide du microscope. Si les médicaments sont bien choisis, bien homœopathiques, les produits pathologiques de l'urine disparaissent; ils sont détruits. En ce caS; il administre ces médicaments. Dans le cas contraire, il recommence l'opération jusqu'à ce qu'il ait trouvé ceux qui font disparaître ces produits.

Il est rare qu'un seul médicament suffise et qu'une première opération réussisse. Le D»* Gonan en mélange presque toujours trois et quatre ensemble, et il recommence son opération souvent un grand nombre de fois.

Bien que le système soit exposé avec une méthode scientifique et par un homme consciencieux, il s'en faut qu'il soit d'une facile application et exempt de tout danger au point de vue de la doctrine hahnemanienne. Il est possible que le rapport qui existe entre l'action destructive des médicaments sur les produits

de Turine et son action curative de la maladie soit à jamais pour nous un mystère, et ce n'est pas ce qui pourrait nous arrêter. Mais comment peut-on être certain de distinguer, dans les quelques gouttes du mélange soumis au microscope, les atomes de Belladone^ de Lycopodey de S épia ^ des atomes fournis par les organes malades et les éléments de Turine? Quel rôle joue, d'ailleurs, l'acide sulfurique dans la destruction des débris pathologiques? Et quel compte tient-on de sa puissance destructive parmi toutes ces molécules plus ou moins inertes ou passives ? A notre avis, l'œuvre du D^ Conan est confuse, et ouvre la porte à tous les abus. Des procédés de cette nature, alDrs même qu'ils sont mis en avant par des hommes consciencieux et convaincus, doivent être résolument condamnés par les disciples de Hahnemann; ils sont en opposition avec les principes de la doctrine qui fonde les indications sur l'unité pathogénétique du médicament et sur l'unité pathologique de la maladie, dans leur rapport d'homœopathicité ; ils ne peuvent qu'être funestes à ses progrès.

La seconde publication est celle du D"^ Finella. Ce médecin, qui avait vainement cherché sa voie dans son pays, vint un jour planter sa tente à Bordeaux, et c'est là qu'il a publié et annoncé bruyamment son livre : Nouvelle méthode homœopathïque, basée sur Vapplication des remèdes complexes au traitement de toutes les maladies. Son système a été longuement exposé, mais nonjugé, par le D' Partenay, qui lui a consacré deux articles dans les numéros de juin et juillet 1877 du Bulletin de la Société médicale homœopathique de France,

Le D' Finella a découvert que thomœopathie a renversé tous les obstacles avec la majesté de sa loi; mais que, malgré son triomphe, elle nest point encore sortie de Fenfance. Son application est très difficile, et elle ne sera jamais assez puissante pour guérir les maladies compliquées^ puisqu'elle est basée sur l'unité des remèdes (p. 5, 6, 7). ,

. La réforme thérapeutique de Hahnemann constitue l'un de ses

principaux titres de gloire aux yeux mêmes de ses adversaires. Une polypharmacie sans méthode et sans frein jetait la confusion dans la thérapeutique ancienne. Elle n'offrait aux praticiens qu*un amas confus de médicaments. Le fondateur de Thomœopathie, en substituant Tunité à la pluralité^ le certain à Tincertain, le médicament simple et connu aux fomiules complexes et sans effets certains, illuminante chaos et réalisa ce qu'avaient inutilement tenté une foule de médecins avant lui : une thérapeutique fondée sur l'unité du médicament. Cette réforme a eu le plus heureux retentissement dans toutes les écoles ; partout on a simplifié les formules sur la base de Vanité des médicaments, et voilà qu'un novateur, qui se dit pourtant le disciple de Hahnemann, ne craint pas de s'élever contre le maître et de faire entendre sa voix discordante au milieu de l'accord unanime des savants.

Le D' Finella n'apporte pas de preuves, même théoriques; il ne s'appuie ni sur des faits ni sur des expériences pour établir son système des remèdes complexes; il n'est armé que de phrases déclamatoires et de comparaisons forcées prises dans la nature ; il assure que P action d'un seul médicament est trop souvent absorbée par un seul tissu; qu'au contraire, un spécifique composé de plusieurs et mieux encore d'un nombre de médicaments égal à celui des organes et des tissus affectés agit sur tous à la fois, sans qu'aucun d'eux absorbe Faction d'un seul (p. 16).

Il formule autant de spécifiques complexes qu'il y a de maladies et, comme sa méthode doit être substituée à celle de Vunité du médicament^ dont ^application est très difficile^ il écarte avec soin toute préoccupation de diagnostic. « Par exemple, dit-il, si vous avez à traiter une affection de l'estomac, que la maladie soit occasionnée par un trouble du grand sympathique, par le foie, par une inflammation de la muqueuse, par une tumeur, le même spécifique destiné à combattre les maladies de l'estomac guérira aussi ces affections, parce que les tissus sont toujours les mêmes. » (P. 22.) Il réduit la thérapeutique à la notion du nom de la maladie et au numéro de son spécifique.

L'inventeur a composé vin^^nezi/* spécifiques destinés à com-

baiUe toutes le& maladies. Le plus simple d- entre eux résulte de la réunion de sept médicaments; celui qu'il recommande contre les maladies aiguës ou chroniques des yeux en contient dix-sept.

Il y a plus : un spécifique préparatoire composé d'un grand nombre de substances doit, dans la plupart des cas, appuyer l'action des autres, et souvent il est question d'en alterner l'emploi. Du reste, ajoute-t-U, t(ms les médicaments sont par fattement choisis; ils existent dans le même vékicuh à tétat de parfaite union. Aucun conflit ne se produit entre les composants d'une même for^ mule,

Qq a supposé que le magnétisme avait joué le principal rôle dans toutes ces combinaisons. Pour nous, nous constatons qu'un simple coup d'œil jeté sur un manuel de thérapeutique homœo* pathique démontre que les vingt-neuf remèdes complexes sont tout simplement composés avec les médicaments le plus souvent employés c<mtre les maladies auxquelles ils correspondent.

La première pensée qui vient à l'esprit en lisant ces aberrations, c'est que la méthode du D' Finella ne sera complète que le jour où l'on administrera toHS les médicaments à la fois dans un seul spécifique. Ce serait plus simple et plus sûr, selon sa logique. C'est la seule conclusion à tirer de tout ce que dit cet au* tQur.

Lorsqu'on songe que, depuis Hippocrate jusqu'à nos jours, les travaux de tant de savants n'ont abouti qu'à constituer la science incomplète que nous connaissons, lorsque l'on considère les longues et patientes expérimentations par lesquelles Hahnemann et ses disciples ont élevé le monument impérissable de la Ma^ tière médicale pure, on est confondu devant l'assurance avec la<quelle un homme sans notoriété et sans mandat vient affirmer hautement qu'il a découvert les rapports sympathiques non seulement de tous les médicaments qui entrent dans un même spécifique, mais encore les rapports sympathiques de tous ceux qui entrent dans la composition des autres spécifiques (p. 32).

En résumé^ science nulle et thérapeutique par trop facile. Il suffit de connaître le nom de la maladie ou des organes

affectés et d'administrer le numéro du spécifique correspondant. N'oublions pas que ces spécifiques doivent être préparés et vendus par celui que Vàuteur a autorisé, pour l'avenir et exclusivement, à faire usage de sa signature^ précédée de ces mots : « préparés sous la garantie du D' Finella » (p. 2).

Une troisième publication, plus condamnable, s'il est possible, est celle du comte Matteï, réformateur sans titre et sans autorite, qui heurte à chaque page de son livre les règles de la profession médicale et les principes de l'art de guérir. Son livre a pour titre : Emanzipacione delV uomo dal medtco, pei remedii MatteL C'est un de ses disciples, M. Bérard, qui en a fait passer la doctrine textuelle dans notre langue, par la publication de son livre : Spécifiques électro-homœbpathiques du comte Matteiy avec préface de M. le comte. Science nouvelle.

Il nous faut dire quelques mots de cette méthode, non pour ce qu'elle vaut, mais à cause du bruit que l'on fait autour d'elle par d'incessantes réclames.

Le comte Matteï nous apprend qu'avant l'électro-homceopathie il n'existait pas de vraie médecine; que l'allopathie ne guérit pas les maladies, mats les atténue; que Vhomœopathie s'occupe trop des symptômes et pas assez du sang; que l'électro-homœopathie guérit le sang, supprime les causes et renouvelle l'organisme, et qu'enfin le plus courageux médecin c'est le livre de M, Bérard, au moyen duquel tout homme de sens commun peut traiter et guérir le cancer y ranévrisme, l'asthme, la goutte et toutes les maladies (p. 10-15).

La méthode du comte Matteï consiste à purifier le sang et la lymphe au moyen de ses spécifiques. Une lumière surnaturelle les lui a fait connaître, et il en a composé une matière médicale nouvelle dont il se réserve le secret. Si r inventeur s'est décidé à vendre ses remèdes, c'est parce que des spéculateurs cupides ont abusé de son désintéressement.

« Il ne s'agissait, poursuit le comte, que de quelques herbes dont les. unes avaient la propriété de guérir la lymphe et les autres le sang, herbes qu'il avait plu à Dieu de me faire rencon-

trer, alors que j'étais déjà parvenu à la vieillesse et quoique je n'eusse pas fait de la médecine ma vocation. » (P. 16.)

Cette intervention -de Dieu dans la constitution de la science nouvelle vient fort à propos dispenser l'inventeur de toute explication.

Deux seuls spécifiques lui suffirent d'abord ; mais bientôt il en inventa cinq autres, et l'on eut alors : i^Vantiscrofoloso; 2° Vanticanceroso; 3® Vantiangiotico; 4® Yanttvenereo; 5® le febrifugo; 6® le vermifugo; 7® le pettorale.

Le succès ne répondant pas à ses désirs, il appela l'électricité à son aide, non pas l'électricité redoutable de nos appareils spéciaux, mais une électricité bénigne, qui se laisse emprisonner dans un flacon et devient un docile instrument de guérison. Le comte Matteï en a composé cinq liquides pour Tusage externe ; ils sont destinés à compléter l'action des remèdes internes. Le liquide n** 1 est rouge : il contient V électricité positive; le n^â est jaune : il contient Vélectricité négative; le n® 3 est blanc : c'est Vélectricité blanche; le n® 4, sans désignation de couleur, contient Vélectricité angiotique; le n'* 5 est vert ; c'est Y électricité négative verte.

En vain les cinq électricités vinrent-elles au secours des sept spécifiques ; il fallut augmenter encore le nombre de ceux-ci. Le comte créa successivement deux autres antiscrofoloso (le novo et le doppio), deux autres anticanceroso, et Vantiangiotico novo; puis, successivement, un troisième et un quatrième pettorale^ et enfin un spécifique destiné à surpasser tous les autres en puissance curative : ce fut le novo correctivo délia lirafa^ appelé plus tard simplement le novo^ et en dernier lieu tombé au rang de simple antiscrofoloso.

L'inventeur a soin de nous avertir que tous ces remèdes sont dépourvus de toute action nuisible y quils n'agissent qu'en cas de maladie, et qu'un homme sain peut en avaler plusieurs flacons sans en éprouver le plus léger inconvénient (p. 28).

La méthode du comte Matteï répond à ce côté faible de l'humanité qui la pousse vers les nouveautés enveloppées de mys^

tère ; elle ne pouvait que faire des prosélytes, et elle en compte un certain nombre. Nous en avons dit assez pour la faire apprécier à sa juste valeur.

, Est-ce donc qu'il est trop simple de suivre les sentiers battus et de se conforBaer aux préceptes de la science? L'art de guérir repose sur la connaissance de l'homme aain et de l'homme malade ; il met en œuvre des médicaments connus dans leurs effets physiologiques et s'appuie sur des indications positives. €'est la voie naturelle. Il n'y en a pas d'autres. En écarter les obstacles, c'est notre devoir; la suivre est notre unique ambition *.

Nous pourrions relever encore bien des innovations excentriques ou funestes, bien des perfectionnements qui cachent un danger sous les apparences d'un progrès. Il nous suffit d'avoir fixé l'attention sur les principaux écueils semés sur notre route. Ami sincère et désintéressé de Thomœopathie, nous avons jeté le cri d'alarme ; puisse-t-il être entendu !

L'homœopathie lutte avec succès, depuis quelques années,

1. Un des membres les plu« distingués du Congrès^ le D' Rsânesque, s'exprimait en ces termes sur le mélange des médicaments :

« Ne négligeons pas l'étude des observations qui portent le cachet de la bonne foi, de la probité scientifique et de la clairvoyance. Ajoutons-y les nôtres, et bien des cas embarrassants se simplifieront à nos yeux, à la condition de rester dans la tradition hahnemannienne , je veux dire dans Vuniié du remède,

« Cette unité dans l'emploi du remède est observée par les homœopathes expérimentés et convaincus, et peut seule donner aux observations la certitude nécessaire; elle devrait être la règle. Cependant, au milieu de pratiques plus ou moins singulières^ qui^ comme des ronces, ont poussé sur la route de l'homœopathie et que je ne veux pas énumérer ici, nous voyons poindre, à l'étranger et en France, une polypharmacie bizarre, un mélange extraordinaire .de médicaments réunis par nombres fatidiques; quelquefois même, cette thériaque moderne est associée à la thériaque traditionnelle dans des formules dangereuses, dont je ne comprends ni l'origine ni le but. J'en ignore aussi les efTets, et je suppose que cette thérapeutique, qui paraît extravagante, n'a de commun avec rhomœopathie que la prétention d'en arborer le pavillon. »

contre les ennemis du dehors. Elle doit combattre les ennemis du dedans avec la certitude d'en triompher. De grands devoirs nous incombent. Il nous faut maintenir notre doctrine sur ses deux lignes parallèles : la pathologie et la pathogénésie ; il nous faut enrichir et élucider la matière médicale par Tétude et l'observation, la compléter par les essais physiologiques et par la clinique; la rendre féconde par un diagnostic à la fois analytique et synthétique, en simplifier la pratique par l'emploi de médicaments préparés d'après des procédés uniformes et connus.

Notre zèle ne doit pas se limiter aux calmes travaux du cabinet et de la clientèle. Il importe d'affirmer la vérité de Fhomœopathie contre le mensonge, de défendre son intégrité contre les innovations dangereuses, de travailler à son extehsion et à sa prospérité en la produisant au grand jour. La publicité, reine du monde actuel, offre des armes redoutables à toutes les opinions, à tous les partis, au bien et au mal; ne les laissons pas exclusivement au service de l'injustice et des plus déplorables spéculations. Saisissons-les d'une main sûre et hardie. Un groupe d'hommes réunis en société peut faire, sans encourir de blâme, ce que la dignité scientifique interdirait à un homme isolé. Une association régulière a pour devoir de faire valoir ses droits à la liberté et au progrès.

L'homœopathie a vécu dans le passé dont elle est la naturelle expansion ; elle vit dans le présent par le rapport exact de ses lois avec ses conséquences pratiques ; elle vivra après nous dans l'ordre de la science par sa constitution, et dans l'ordre des réalités sociales par ses bienfaits. Et, au jour prochain de son anniversaire séculaire, nous pourrons dire ce que Gross disait en 1840, en célébrant la cinquantième année de sa fondation :

L'homœopathie est restée fidèle à ses principes essentiels, qu'un demi-siècle n'a pu ni renverser ni faire oublier. Elle n'a perdu avec le temps que ce qui était accessoire; elle a perfectionné ce qui était susceptible de perfectionnement, et elle marche d'un pas ferme dans cette voie. Loin de rien perdre, elle n'a fait que gagner, et nous pouvons regarder avec confiance l'avenir. (Eev. crit. et rétrosp» de Vhomœop»^ t. II, p. 408.)

A cette époque, le temps nous aura couverts de ses omt)res ; mais rhomœopathie aura gravi les pentes escarpées de la postérité ; Toubli sera descendu sur les opinions erronées, sur les renommées factices, sur les spéculations égoïstes, et des lointains rivages de Tillusion et de Terreur ne se détacheront plus que des flots limpides qui apporteront à nos descendants les fruits mûrs du travail et de l'observation.

Dans YArt médical (n» de septembre 1879), le docteur Jousset s'associe énergiquement à nos critiques sur les innovations dangereuses en homœopathie :

« Nous sommes complètement de l'avis de notre confrère, dit-il, pour ce qui est des traitements nouveaux. Pourquoi délaisser Veratrum^ Arsenicum et Cuprum dans le choléra? Pourquoi remplacer Ipeca^ Bryonia et Phosphoncs par riodure de potassium dans le traitement de la pneumonie? Conservons avec soin les traitements dont l'observation nous a assuré l'efficacité, et ne nous lançons point dans de prétendus perfectionnements qui ne s'opèrent qu'aux dépens des malades.

« A propos du mélange des médicaments, le docteur Espanet fait une très juste critique des systèmes du docteur Gonan et du docteur Finella. Mais il s'élève principalement contre la méthode du comte Mattel. Cette prétendue réforme serait un déshonneur pour l'homœopathie, si elle pouvait être acceptée, à un degré quelconque, par les disciples de Hahnemann.

« Emploi des simples, dit en terminant le docteur Jousset, purification du sang, guérison des incurables, préparations mystérieuses, remèdes secrets^ exploitation des médicaments par Tinventeur, rien ne manque ici pour caractériser le charlatanisme le plus grossier ; et s'il est vrai que quelques médecins, particulièrement dans le Midi et en Suisse, ont eu la faiblesse de couvrir de leur science et de leur honorabilité de semblables turpitudes, nous les plaignons; il est des choses auxquelles un honnête homme ne doit jamais toucher. »

COULOMMIERS. •— Typ. Paul BRODARD.

UNiV; OF MICH)OAh,

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