‹ Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire à RomeChapitre 18 sur 73 · DES HÔPITAUX NATIONAUX ET PARTICULIERS · texte numérisé non relu

DES HÔPITAUX NATIONAUX ET PARTICULIERS

Rome étant le centre de la religion catholique , presque toutes les nations y possèdent des églises et des hospices pour recevoir leurs pèlerins et leurs infirmes. Je dirai peu de mots de ces hospices nationaux dont quelques-uns ont été bien maltraités par les bouleversements politiques. Une égale infortune a pasé sur plusieurs hôpitaux appartenant à des corporations d’arts et métiers dont je parlerai dans ce chapitre même. Ils étaient très florissants lors de l’existence des maîtrises et des académies d’arts, abolies très sagement, au commencement de ce siècle, par le pape Pie VII.

L’ hôpital du Mont-Serrat pour les Espagnols, AiTagonais, Maïorquius, Catalans, Valençaiset Sardes est extrêmement ancien. Il naquit en 1350, sous Clément VI, de la générosité de deux dames Barcolonnaiscs,Giacoma rernandez et Margarita di Maïorica , (pii unirent leurs

fortunes et fondèrent cet asile pour les i)èlerius et les infirmes du royaume d’Aragon. Cliaiies V lui assigna 500 ducats de rente et d’autres Espagnols lui firent aussi de magnifiques dons. A cet hôpital qui existe encore on a joint celui de Saint-Jacques, fondé l’an du Jubilé 1 450, sous Nicolas V, par Alphonse de Parinas, évêque de Rodrigo en Espagne, et destiné à accueillir tous les pauvres pèlerins malades et blessés de ce pays, qu’un médecin, un chirurgien et des infirmiers devaient soigner avec toute charité. C’est à Saint-Jacques que logea saint Ignace de, Loyola lorsque, laïque encore, il vint à Rome |)our la première fois , méditant la fondation de sa compagnie.

Le cardinal Astorgio Agnense , protecteur j)articuliei’ des pharmaciens, créa pour eux, en 1450, une. confrérie et un hôpital près de l’église de Saint-Laurent-ïn-jVirandf/. Il s’y trouve quatre lits seulement, mais on pense à le restaurer, parce qu’il y a quatre ans que l’on n’y a reçu aucun malade.

La corporation des boulangers de Rome , forma , à l’exemple de lieaucoup d’autres , une confrérie nommée de Sainte-Marie-de-Lorette , fan du Jubilé 1500, sous Alexandre YI . Avec les offrandes des confrères et d’aulrtis pieuses personnes,ils achetèrent près de la place del-Macelde-corvi un terrain ou le célèbiiî Rramante leur éleva une église en l’honneur de Sainte-Marie-de-Lorette; près d’elle ils hîUirent un hôpital pour les pauvres boulangers malades. Pour leur service on y entretient un médecin , un chirurgien, deux infirmiers et un chapelain. L’ hôpital a aujourd’hui quatorze lits et pourrait en recevoir vingt autres ; on y admet toutes les maladies. Les revenus sont

joints à celix de l’église; des salles particulières sont réscr-

vées aux prêtres et aux clercs attachés à l’église et aux gens de service et boulangers propriétaires.

Sous Sixte IV, quelques pieux Milanais créèrent à Rome, pour leurs compatriotes, un hôpital aujourd’hui nommé Saint- Ambroise et Saint-Charles. En 1 568 , il se forma une congrégation de tous les cardinaux Milanais , Morone, Serbellone , Gallio , Trivclli , Alciati , Simonetti et d’autres pieuses personnes qui résolurent de donner à cette œuvre charitable plus d’extension; le nombre des lits fut augmenté, le traitement des malades amélioré et beaucoup d’aumônes réunies. Cet hôpital a trois salles qui peuvent contenir douze lits, mais n’en ont ordinairement que six; il admet toutes les maladies, excepté les chroniques et les contagieuses. Le nombre des infirmiers s’accroît selon les besoins. Je rappellerai que le grand cardinal saint Charles Borromée servit souvent de ses propres mains ses pauvres compatriotes dans cet hôpital et plus souvent encore y vint prêcher.

Le cardinal Stanislas Osio, évêque polonais, eut pitié des pauvres pèlerins de sa patrie , et voulant leur ouvrir un asile, obtint du. pape Grégoire XIII l’église de Saint-Laurent, depuis dédiée à saint Stanislas. Le cardinal mourut sur ces^entrefaites , mais il laissa ses biens pour l’exécution de son projet qui fut réalisé en 1 580. Dans ce pieux asile, les pèlerins polonais doivent trouver un gîfc et des aliments pour plusieurs jours, et s’ils tombent malades, on les y retient jusqu’à leur guérison et on pourvoit à tous leurs besoins.

En 1606, les garçons-boulangers llorentins élevèrent, du produit de leurs c|uêtes , un hôpital dans la rue Giulia et le confièrent à f administration de la compagnie de la

Pitié des Florentins. AntonioCappola, AntonioCcpparelli et Pietro Cambi, tous trois de Florence, ses principaux bienfaiteurs, méritèrent que leur buste soit place dans la grande salle de T hôpital.

Le bAtiment actuel fut commencé en 1G07, et le cardinal Bandini en posa la première pierre ax ec grande solennité; outre la salle commune, quelques chambres séparées étaient réservées aux malades d’une condition élevée. L’hospice compte aujourd’hui six lits, mais il pourrait en contenir vingt ; il admet les malades munis d’un billet des directeurs de la confrérie qui administre aussi la belle église de Saint-Jean-des-Florcntins. Les revenus sont communs à l’église et à l’iiôpital.

Urbain VIII accorda aux Lucquois, en 1 G3 1 , l’église de Saint-Bonaventure, assise au pied duQuirinal, et le enuvent voisin où se forma une confrérie de cette nation. Quelques années après, en 1G19, JeanGualtierotto, prêtre de Lucques, y créa un hôpital pour ses concitoyens pauvres et infirmes. Il a aujourd’hui quatre lits et un infirmier; il reçoit de préférence les confrères de l’association de Sainte-Croix et Bonaventure , dont les supérieurs dirigent l’église et l’hospice. Saint Félix de Cantalice habita ce lieu qui fut un couvent de capucins , avant qu’on ne transportât celui-ci à la place Barbérini.

Le Flamand Jean di Piétro fonda, en 1500, l’ hôpital de Sainte-ManeKle-l’Aine pour les Allemands, tandis qu’il s’en formait un autre pour les Allemandes à Sainley\av'wr-in-Campo-Santo. Le premier subsiste encore et i C' çoit surtout les pèlerins attaqués de maladies aigues, car

les malades chroniques sont envoyés aux hôpitaux publics.

A Saint-Antoine-des-Portugais , une noble dame , Jeanne de Lisbonne, ouvrit un asile à ses compatriotes. On y voit encore quatre lits demeurés vides depuis plusieurs années faute de malades.

L’hôpital des Saints -Barthélemy -et -Alexandre fut établi pour les Bergamesques, en 1560. Fermé par suite des vicissitudes politiques, on pense à le rouvrir ; mais la confrérie ne manque point, en attendant, de secourir à domicile les malades pauvres de sa nation , s’il en est dans la ville.

Pour compléter le cadre des hôpitaux nationaux et f)articuliers , je donnerai les noms de quelques autres établissements qui ont été brillants et ont honoré la charité de tant de nations catholiques. Les Flamands avaient l’hôpital de Saint-Julien à Césarini, fondé très anciennement, restauré en 1094 par Robert, comte de Flandre ; les Esclavons possédaient Saint-Girolamo, érigé en 1471 ; les Français Saint-Louis, fondé en 1178, où l’on recuit aujourd’hui les pèlerins. Clément VU avait, en 1 528, ouvert un hôpital pour les Maures et les Abissins à Saint-Étienne près du Vatican. Les Génois en créèrent un, en 155.3, près de leur église de Saint-Jean- Raptiste ; les Siciliens , en 1 595 , près de Saintc-Maried’ Ystric, ou de Constantinople; les Bourguignons àSaint- Claudc , en 1662. Enfin, comme les boulangers italiens avaient élevé un asile aux malades, à la i^ladone de Lorette, ainsi les lx>ulangers allemands, très nombreux alors eL aujourd’hui même à Borne, en ouvrirent un à Sainte-Elisaln^th , près Saint-André-de-la-ValIée. ’l'reize

corporations d’arts et métiers créèrent, eu 1298, un magnifique hôpital près de leur église de Sainte-Mariedu-Jardin-in-TVos/cvcrc. L’agrandissement et le perfectionnement des hôpitaux publics ont diminué le besoin de tant d’asiles nationaux et particuliers.

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