CHAPITRE
DES ÉCOLES PIEUSES DE SAITÎT-PAISTALÉOjV ET DE SAINT-LAÜRENT-AU-BORGO.
On doit à saint Joseph Calasanzio la fondation de la première école gratuite, ouverte à Rome, pour l’iiistruc-
tion des eofants du plus pauvre peuple. 11 était arrivé d’Espagne en 1592, la première année du pontificat de Clément YIII, et sa science profonde T avait fait nommer théologal par le cardinal Marc-Antoine Colonna. Associé à l’archiconf rérie des Saints-Apôtres qui distribue des aumônes aux indigents, il s’aperçut, dans l’exercice de cette charité, à laquelle il se dévouait avec un zèle surnaturel, que l’ignorance était la mère féconde et maudite du vice et de la misère. On voyait une foule de petits garçons abandonnés dans les rues par l’insoucieuse complicité de leurs parents, passer tous leurs jours à mendier leur pain. L’enseignement du catéchisme, renouvelé seulement tous les dimanches dans les paroisses , ne pouvait fructifier pendant toute la semaine. 11 n’y avait d’ailleurs à Rome, à cette époque, d’ autres maîtres que les instituteurs régionaires, très faiblement rétribués parle sénat; Joseph les pria d’accueillir dans leurs écoles ces pauvres petits malheureux ; mais ils refusèrent de s’en charger si l’on n’augmentait leur salaire. Il s’adressa au sénat pour en obtenir cette augmentation ; le sénat lui accorda des éloges , mais rien de plus , attendu les charges du budget obéré de la Chambre capitoline. Il se tourna alors vers, les pères Jésuites, afin qu’ils voulussent bien admettre au collège romain ses jeunes protégés et leur donner les premiers éléments de la science ; mais les Pères répondirent que le réglement du collège, confirmé par l’autorité pontificale, ne permettait de recevoir au nombre des élèves que les enfants instruits au moins déjà des principes de l’écriture et de la lecture. 11 s’adixissa enfin aux dominicains; mais le but de leur ordre élait tout. différent..
Alors, ayant en vain tenté toutes les voies, il résolut d’entreprendre lui-mème la réalisation de ses vœux et, en novembre 1 597 , il ouvrit la première école gratuite et publique à Sainte-Dorothée-in-rra5<evere, paroisse dont le digne curé , Antonio Brendani , mit à sa disposition deux salles et s’ associa lui-même à sa généreuse entreprise . Peu après, deux autres bons prêtres s’adjoignirent aux fondateurs et l’école compta bientôt quelques centaines d’élèves. L’instruction des pauvres étant par-dessus tout une œuvre de piété , saint Joseph donna à son institution le nom d'écoles pieuses. Il avait très intelligemment choisi pour son premier établissement cette partie de la ville , située sur la rive droite du Tibre, parce qu’elle était dans la plus grande pénurie et avait le plus pressant besoin de lieux d’instruction. 11 se mit donc à enseigner aux enfants le catéchisme, la lecture, l’écriture, l’arithmétique, leur fournissant le papier, les livres et tous les menus objets que leur pauvreté ne leur eût pas permis de se procurer. Mais le l)on curé Brendani mourut et la fatigue extrême força les deux compagnons de Joseph à cesser leurs travaux ; il prit alors à gage quelques maîtres, afin de ne point arrêter par l’absence des ouvriers le développement de l’œuvre sainte.
Du Trastevere, les écoles se transportèrent au palais Vestri, près de l’église de Saint- And ré-de-la- Vallée. I^à ])rit naissance une société de prêtres-instituteurs, et l’on donna à Joseph le titre de préfet des écoles pieuses. Le nombre des élèves s’éleva à 1 ,000. Les enfants juifs euxmêmes n’étaient point refusés, et l’on en vit jusqu’à 20 fréquenter les écoles ; le saint relançait souvent dans ses
prédications le barbare usage de la populace romaine^ qui poursuivait de ses insultes ces pauvres petits malheureux, à cause de leur religion.
Le 1®** octobre 1611, Galasanzio acquit pour 1,000 écus le palais Cenci , dans lequel ses écoles furent placées et restèrent jusqu’en 1746, époque où le nouveau collège de son nom , élevé à Saint-Nicolas-Cesarini , les renferma; mais ce local leur ayant été enlevé dans les mauvais temps qui suivirent, elles retournèrent à Saint- Pantaléon, et y sont encore. Saint Joseph mourut le 25 avril 1648, à 92 ans, et sa congrégation, connue sous le titre des Pauvres de la Mère de Dieu des écoles pieuses , devint un ordre régulier avec les trois vœux ordinaires, et pour quatrième, la consécration à l’enseignement.
Les Pères Scolopii (c’est le nom des religieux) observent à peu près la méthode établie par leur saint fondateur. Ils reçoivent gratuitement les enfants de toute condition, dès l’âge de sept ans, et leur donnent trois heures de leçons dans la matinée; trois heures après le dîner. Les élèves vont à la messe tous les jours , disent leurs prières au commencement et- à la fin des classes, et se réunissent même le dimanche, dans leurs sàllés, pouf se livrer à divers exercices reli^eux. I^es Pères accompagnent les écoliers jusque chez leurs. parents, ainsi que le faisait saint Joseph. Pour cela, les. enfants sortent en rangs de Saint-Pantaléon, se dirigent deux à deux vers les différents quartiers de Rome , la file diminuant petit à petit, au fur et à mesure qu’ils. arrivent à leurs habt-^ tâtions respectives. Ainsi l’on évite tout • désordre et les inconvenances qui ne manqueraient pas d’ arriver
parmi cette multitude d’ enfants livrés à eux-mèines.
Les écoles de saint Pantaléon se divisent en trois catégories : la première, de 125 élèves, embrasse le catéchisme, la lecture et l’écriture ; la seconde comprend l’étude des éléments de la grammaire latine, et compte 70 élèves ; la troisième, la grammaire supérieure et 56 écoliers : en tout 3 professeurs et 245 étudiants. Le local est très petit, et beaucoup d’enfants qui sollicitent leur admission sont forcément exclus des écoles, parce qu’une grande partie du palais leur a été enlevée , et que des boutiques ont remplacé les salles commodes et clarteuses jadis consacrées aux cours. 11 est donc d’ une utüité absolue, et il serait très facile en même temps , d’ agrandir ce petit collège, en le plaçant dans le palais Lancelotti, voisin de sa résidence actuelle , et dont la position est merveilleuse.
Les mêmes Pères ont à Saint-Laurent, dans le Borgo^ un autre petit gymnase de deux classes, très précieux pour ce quartier, le plus pauvre et le plus ignorant de la cité. La tradition veut que la chapelle de cet établissement soit élevée au lieu même où le saint martyr Laurent distribuait aux pauvres les biens de l’Église, pour les soustraire à l’avidité du tyran. Monsignor Mazuocbi da Cosenza , mort le 18 décembre 1625 évêque d’Alesanq, , laissa sa fortune à la confrérie du Saint-Sacrement, avec l’obligation d’ouvrir dans le Borgd une école confiée à la direction de Saint-Joseph. Il voulait éviter aux enfants de cet arrondissement le long trajet et la traversée pénible du pont Saint- Auge , qu’ils avaient à faire pour aller aux écoles de Saint-Pantaléon. Saint Joseph
ouvrit eu effet une classe dans une petite rue qui porta long-temps le nom des Écoles pieuses , et qui était, je crois, celle où Pie YI éleva le bras nouveau du Saint-Esprit. Quand la famille Gesi, en 1629, eut donné aux Pères Scolopii r église de Saint-Laurent, restaurée à ses frais, ils y joignirent pour leurs écoles un beau bâtiment, terminé seulement du côté de la place Saint-Pierre. Deux classes s’y tiennent; l’une de 120 élèves pour le catéchisme, la lecture, le calcul; l’autre de 20 enfants qui étudient les principes de la grammaire.
. La chambre apostolique donnait autrefois 400 écus aux écoles du Borgo, et une plus forte somme à celles de Saint-Pantaléon ; elle a, depuis, remplacé cette subvention par la cession de quelques biens immeubles.