DU REFUGE DE LA CROIX
Pour compléter l’énumération des établissements destinés à recueillir les pauvres femmes, je parlerai des lieux où l’on reçoit celtes qui, se repentant d’une vie déréglée on sorties des hôpitaux et des prisons , veulent mener une existence vertueuse. Ces asiles sont à Rome très anciens, puisque au temps de Léon X, le monastère des converties au Corso, détruit par la suite des temps, avait déjà été créé pour cet objet. Saint Ignace avait, en 1 542, établile monastère des Mal-Mariétsk la Longara, et le père Dominique du Jésus, en 1 615, avait fondé le monastère delà croix , transformé depuis en une maison de détention ; enfin, en 1628, s’était élevé le refuge de Saint-Jaccpics, devenu depuis un couvent. Ces établissements ayant cessé
d’ètre ou diangé de nature, on en a récemment créé de nouveaux, dont je parlerai dans les chapitres suivants qui termineront cette partie de mon livre.
Sur le Pincio est le refuge de la Croix, fondé en 1793, par une sœur Marie-Thérèse Sébastiani, qui, à l’ instigation d’un prêtre Espagnol, dom Ciro, réunit en une maison, près deSaint-Jacques-in-Augusta, quelques femmes traitées dans cet hôpital pour des maladies syphilitiques. Elles auraient peut-être été abandonnées sur le pavé et seraient de nouveau tombées dans la corruption sans le soutien d’une main bienfaisante et tutélaire. L’œuvre bénie de Dieu crût rapidement, quoique l’ humaine prudence fut éloignée de l’esprit de Marie-Thérèse, fille alors de 28 ans , inconsidérée et légère qui devait tôt ou tard se repentir de sonAction, et au lieu de convertir les autres, se perdre elle-même. Pie VII visita l’établissement et comme il lui plût beaucoup,’ il lui accorda, par un bref de 1804, l’église et le couvent de Sainte-Françoise romaine, appartenant aux Pères Trinitaires. Marie-Thérèse eût pour compagne unede ses sœurs, morte en juin 1 833. Cette même année, je visitai avec un vif sentiment de respect et d’ admiration cette femme héroïque, vouée au tiers-ordre des Carmélites. Elle était dans son lit, affectée d’un vice d’oi^anisation, mais toute joyeuse et résignée à la volonté du Seigneur. Elle avait près d’elle deux maîtresses et une tourière ; les filles réfugiées sont an nombre de vingt, parmi lesquelles on n’admet ni veuves ni fenunes mariées, et choisies par la snpérieure dans l’ hôpital de Saint-Jacques. Elles vivent en parfaite communauté , sans rien posséder en propre j elles filent de la
laine pour le compte d’un négociant et en retirent pour la maison un bénéfice de 30 écuspar mois. Cent autres écus sont accordés mensuellement par la commission des subsides et quelques aumônes ne manquent pas tous les ans. Avec ces revenus, tout marche parfaitement. L’église de Sainte-Françoise est petite , mais bien conservée et la maison est très propre , mais malheureusement insuffisante. Elle a un jardin, des réfectoires , dortoirs, une infirmerie , une buanderie.
Les hts se composent de paillasses, draps, couvertures ; la nourriture d’une demi-livre de viande , d’une feuillette de vin, de pain à volonté et de quelqu’ autre chose à souper. Souvent les pauvres filles sortent de bon matin pour prendre l’air dans des rues désertes, vêtues uniformément de robes grises, d’une guimpe blanche et d’une petite coiffe placée sur leur tête. Bien qn’il leur soit permis de quitter le refuge s’il arrivait quelles ))rissent en dégoût nne telle vie , on les voit presque toutes persévérer et même quelques-unes d’entr’ elles prennent l’habit monastique dans le couvent de Saint-Jacques à la Longara. Les parents les plus proches peuvent les voir une fois par mois. Le souverain pontife régnant, Grégoire XVI, voulut le 29 octobre 1832, visiter l’établissement comme l’avait fait Pie VII. Un député ecclé.siastique dépendant dn cardinal vicaire de Rome, l’administre d’une manière très satisfaisante. L’œuvre en résumé est telle qu’elle mérite de grands éloges et j’ai ressenti dans ce lieu une émotion que je ne saurais exprimer. Tandis que quelques conservatoires m’inspiraient une certaine mélancolie, ici j’éprouvais un sentiment de tendre satisfaction en
tant d'infortunées victimes de la séduction marcher au sein de cet asile silencieui dans les voies les plus élevées de la perfection.