‹ Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire a Rome, essai historique et statistiqueChapitre 70 sur 78 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

UES ÉCOLES RECIONAIKES.

Les plus anciennes écoles élémentaires de Borne sont celles que l’on nomme Écoles régionaires. Userait difficile dans l’absence complète de documents sur leur origine, de déterminer le temps de leur naissance ; mais du nom qui leur fut donné, on peutconclure qu'il en existait une pour chaque région de la \ille, de même que l’on appelle médecin ou chirurgien régionaire, celui qui est préposé par l’administration à la surveillance sanitaire de tout un arrondissement (rione) ou quartier. Rome fut divisée en treize arrondissements jusqu’à Sixte V qui, en V ajoutant le Borgo, porta leur nombre à quatorze; et l’on peut croire qu’à cette époque ou la population de Rome était la moitié de ce quelle est aujourd’hui et où l’éducation était fort peu répandue, surtout dans le peuple , les écoles n’étaient pas plus nombreuses que les divisions de la cité. Le sénat donnait I paul par jour d’appointements

aux mailres régionaires et ceux-ci exigeaient de plus de leurs élèves une baïoque , tous les samedis. Ck>mmc ils avaient étéjusqu'au temps de saint Joseph-Calasanzio , les seuls instituteurs populaires de Rome, ils croyaient avoir le monopole de l’ instruction primaire, et le saint eût à soutenir contre enx une vigoureuse lutte lors de la fondation de la première école gratuite et élémentaire pour lespauvres, en 1597.

Les écoles régionaires vécurent ainsi jusqu'à la moitié du dernier siècle, époque où, avec les fonds alloués aux maîtres , on fonda deux chaires à l’université romaine. Cette suppression a pu se faire sans que l’instruction publique en souffrit beaucoup , parce que de petits collèges élémentaires avaient été créés pour les remplacer , deux par les Pères Scolopii, deux par les Pères Doctrinaires et un par les frères des écoles chrétiennes. Les écoles régionaires sorties de la juridiction du sénat , furent soumises au recteur de la Sapience (université) qui est toujours un avocat consistorial. Le Fiscal de l’ université était spécialement chargé de la direction disciplinaire des maîtres qui, en se recrutant sans cesse, avaient fini par arriver au nombre de 40.

Léon XII, dans la constitution* par laquelle il organisa l’instruction publique dans les états pontificaux , poi-ta son attention sur les écoles élémentaires et leur tra<;a des réglements très sages. Elles furent placées dans la ville sous la dépendance du cardinal-vicaire de Rome, et partout ailleurs sous celle des évêques, parce que le pontife sentait bien que cette direction serait pour clics la

* QucnI di\ma StipiciKiri.

meilleure. A la suite de la bulle papale, se trouve le réglement des écoles privées élémentaires, publié le 25 septembre 1825. Dans celles-ci l’on enseigne la doctrine chrétienne, la lecture, l'écriture; quelques autres y ajoutent les éléments des langues italienne et française , les premiers rudiments de la grammaire latine, l’arithmétique, la calligraphie , les principes de la géographie , dv l’histoire sacrée et profane. Le professeur doit en outre choisir un livre de civilité qui instruise des bonnes manières, et le foire lire une fois par semaine. On admet les enfants dès l’àge de cinq ans accomplis, pourvu qu’ils n’aient aucune maladie malpropre et contagieuse. Les classes se tiennent dans la maison même du maître, et sont ouvertes trois heures le matin et trois heures dans l’après-midi, suivant un calendrier publié tous les ans et qui renferme peu de congés , afin que les enfants soient plutôt occupés qu’oisifs. Une enseigne en bois peint et portant de gros caractères, indique que là se tient l’école et que l’on y apprend telle et telle chose. La méthode suivie est le mode individuel , ce qui fait qu’un seul instituteur ne peut avoir plus de soixante élèves , et même quand il atteint ce nombre, U doit se faire aider par un sous-maltre, parce que le réglement a calculé que suivant cette méthode, le même professeur ne peut se charger av»c fruit que de trente enfants. Le maître reçoit de chaque éleve une rétribution mensuelle qui varie de 4 à 10 pauls, et j'approuve fort cet usage, parce que les parents s’habituent ainsi à faire quelques sacrifices pour l'éducation de leurs enfants, et que trop souvent on méprise les choses qui ne coûtent rien. Celui qui ne pourrait pas

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payer aurait d'ailleurs à sa disposition les écoles entiê^ remciit gratuites, comme nous le verrons plus loin.

Les classes commencent et se terminent par la prière et , dès le matin , les enfants vont à la messe dans quelqu'cglisevoisinc. Dans les écoles mêmes, on observe d'autres pratiques de piété et l'on célèbre quelques fêtes, telles que celles de la bienheureuse Vierge, de saidt Louis ou d'un autre saint patron. A la fin de l'année scolaire, on distribue en prix , aux élèves les plus distingués , des’ livres, des images pieuses, des chapelets et l’on devrait y joindre aussi des médailles. Quant aux punitions , le réglementpcrmetqjuclquescoups, sur la paume de la main, d’un fouet composé d’une simple ficelle sans nœuds et défend tout autre châtiment corporel. (In grand nombre de maîtres n' usentmême pas de ce droit , eteuvisitant les écoles, j’aiol>servé que celles où de semblables punitions sont inconnues, marchent mieux que les autres.

Les maîtres, avant d’ être autorisés, subissentun examen sur les matières qui doivent faire l'objet de leur enseignement. Les fonctions d'iustituteur, jusqu’au milieu du siècle dernier, étaient remplies pardesétrangers, les Romains les trouvant au-dessous de leur dignité; aujourd’hui les choses sontbicn différentes, et plusieurs Romainsnedédaignent plus de s’y consacrer, parce qu’en effet ces fonctions sont nobles, très charitables et dignes de respect- et d’estime. J’ai connu personnellement quelques-uns des maîtres régional rcs; je ne puis que me réjouir de voir r instniction publique conliéc à des hommes d’ une si haute probité et dont plusieurs brillent par les qualités du cœur et de l'esprit. Puisqu'ils sont les plus anciens précepteurs

de la jeunesse romaine , ils ont droit à notre reconnaissance et à notre vénération. Une contribution mensuelle de trois pauls versés par eux en une caisse de prévoyance, que le trésor public alimente de dix autres écus, forme un fonds de retraite et de subvention pour les infirmes et pour ceux qu’un accident force à suspendre leurs leçons. En outre, deux maîtres suppléants, payés par l’État, fout r intérim des professeurs éloignés de leurs cours par une maladie.

Une députation, composée d’ecclésiastiques distingués, surveille directement les écoles , sous la direction et la dépendance du cardinal-vicaire de Rome, et les visite fréquemment. Elle examine les candidats et les approuve comme institnteui-s , en leur donnant un brevet qui se renouvelle tous les ans ; elle distribue les prix aux élèves et se réunit une fois par semaine pour discuter les affaires relatives à l’instruction primaire; à cette même commission sont confiés le maintien du réglement organique des écoles régionaires , la discipline intérieure , le choix des livres et tout ce qui regaivle les écoles, sous le rapport littéraire et disciplinaire.

Di>puis vingt ans, le nombre des écoles r^ionaires s’est notablement accru; on en compte aujourd’hui 55 dans toute la ville, et s’il n’existait dans le réglement un article qui exige entre les écoles une distance de 1 00 cannes architectoniques , le nombre en serait certainement plus considérable encore. Mais , outre celles que je comprends dans ce total , plusieurs autres écoles non reconnues par la députation et nommées, pour cela même, abusives, subsistent malgré ce défaut d’approbation et se soustraient

ainsi à la surveillance légale. Aujourd’hui l'on pense sagement à supprimer la loi de la distance, qui nuit à l'instruction pour ne favoriser que l’ignorance ; dans la multiplicité des écoles, les meilleurs maîtres prévalent toujours, et le public trouve plus de sources d’enseignement. Ce ([ue l’on doit avant tout exiger des instituteurs , c’est la probité et l’habileté; voilà les conditions qui doivent faire l’objet des recherches et des examens de la commission.

Le nombre moyen des élèves de chaque école peut sc lixer à 33 , de sorte que les écoles régionaires occupent 82 maîtres ou sous- maîtres et ont 1815 élèves environ. Dans les écoles aàwstï'es l’on compte bien 20 instituteurs et 300 écoliers.

Les écoles régionaires sont une très faible charge pour le trésor public qui leur donne seulement 1 00 écus par an pour les distributions de prix , 1 20 pour la caisse de prévoyance des maîtres , 62 pour le traitement des suppléants, 36 pour un appariteur; en tout 328 écus.

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