‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 3)Chapitre 101 sur 125 · CHAP. XI —L'EGLISE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

CHAP. XI —L'EGLISE CATHOLIQUE

établissait l'unité politique, et l'Église placée sous la loi du nouvel État aurait eu seule à en souffrir. Mais l'Église catholique est partout , au dehors conrinrie au dedans de l'Italie , dans l'ancien et dans le nouveau monde; c'est partout que l'abolition de la souveraineté temporelle du pape changerait sa condition et attenterait à ses libertés. Que M. de Gavour, dans le nouveau royaume italien, eût voulu séparer absolument l'État de l'Église, et mettre l'entière liberté religieuse du catholicisme à la place de son alliance avec le pouvoir civil, soit; je n'examine pas s'il eût eu tort ou raison ; il eût agi du moins dans les limites de son droit politique et de la souveraineté italienne. Mais prendre, quant à l'Église catholique, des mesures qui altèrent partout sa constitution et sa situation, qui atteignent les catholiques de France, d'Allemagne, d'Espagne, d'Angleterre, d'Amérique, du monde entier comme ceux d'Italie, qui préoccupent et inquiètent les missionnaires catholiques au milieu des cités de la

Chine et dans les îles de TOcéanic comme les prêtres et les fidèles à Paris et à Madrid ; enlever à toutes ces Églises, h toutes ces nations, à toutes ces consciences parfaitement étrangères au royaume italien , l'ancienne souverainelé , les anciennes garanties d'indépendance du chef spirituel de leur religion, c'est, à coup sûr, l'un des plus étranges actes d'usurpation que connaisse l'histoire et que l'esprit puisse concevoir.

L'Église catholique d'Italie a-t-elle pris quelque part à cet acte? Le catholicisme général a-t-il eu, au delà des Alpes, des représentants qui aient donné à la politique de M. de Cavour, je ne dis pas un assentiment formel , mais seulement quelque couleur, quelque apparence d'adhésion religieuse? On affirme, et je ne m'en étonne pas, que le clergé italien n'a pas tout entier montré, pour cette politique , la même répugnance , la même ardeur de résistance qui se sont manifestées dans d'autres portions de l'Église catholique ; la papauté, dit-on,

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est peu populaire en Italie, et même parmi ses défenseurs naturels, beaucoup s'y résignent froidement à ses revers. Le sentiment national, l'espoir de voir enfin l'Italie affranchie de la domination étrangère, un nouvel élan vers la vieille idée de l'unité italienne, peut-être aussi l'esprit général du siècle, ou sincèrement libéral ou aveuglément révolutionnaire, ont pénétre, dit-on, dans les rangs du clergé italien, et y conlre-balancent les alarmes que les attaques dirigées contre l'Église doivent lui inspirer. Je ne conteste pas; je sais quelle a été la part d'illustres catholiques italiens, ecclésiastiques aussi bien que laïques, dans les premières inspirations et les premières scènes du grand mouvement qui agite l'Italie : mais, comme il arrive toujours en pareil cas, ils étaient loin de prévoir avec quelle rapidité ce mouvement dépasserait leurs vues et se précipiterait vers une révolution contre l'Église , poursuivie par des passions et des ambitions purement temporelles. Malgré les noms et les écrits de

Tabbé Gioberti , de l'abbé Rosmini , de Silvio Pellico, de Manzoni, il n'y a rien, absolument rien de religieux dans ce qui s'est passé et se passe de nos jours. en Italie; ce n'est point au sein de l'Église même, ni sur des questions et par des dissensions de l'ordre spirituel que la fermentation italienne a pris naissance et s'est développée ; bonnes ou mauvaises, ses origines et ses tendances sont exclusivement politiques; ce sont des puissances politiques qui l'ont suscitée et qui Texploitent à leur profit; l'Église catholique n'est pour rien elle-même dans les idées et les actes qui bouleversent son organisation et sa situation ; elle n'a été ni consultée ni écoutée ; elle subit les volontés et les coups de conquérants étrangers qui portent sur elle la main et la frappent, dans les pays même où n'atteignent pas leurs conquêtes.

Quand la lumière s'est faite sur ces événe** ments, quand ils .ont pris leur caractère et leur direction véritables, la résistance n'a pas manque

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