CHAPITRE Vlï
leurs succès y bien plus encore que dans leur esprit aristocratique. Mais on voudra bien admettre aussi que ces vertus sont nécessaires par-» tout , et au moins autant aux monarchies absolues qu'aux gouvernements représentatifs. Cest {>our en avoir manqué que les monarchies se sont si souvent écroulées. Le seul gouvernemeot directement institué par Dieu, le gouvernement de rÉglise elle-même, a le plus grand besoin de sagesse et de modération, et c'est parce que Dieu , fidèle à ses promesses , en a départi une plus grande dose aux chefs de l'Église qu'à toute autre race de souverains, qu'elle est restée debout, qu elle a survécu à tous ses rivaux et enterré tous ses ennemis. Rien ne garantit qu'un homme, maître de tout faire, aura plus de sagesse qu'une collection d'hommes , même médiocres, placés à côté de lui pour le contenir. Rien ne le garantit : mais quand même cela serait certain, rien ne le fera croire longtemps aux hommes de notre sâècle; et, sans cette croyance, l'édifice croule par sa base.
En outre, on dénonce comme un danger social les triomphes de téloquence, comme si vraiment l'éloquence avait été une denrée si commune; on donne comme une découverte cet axiome, que t éloquence nest pas toujours de la sagesse , et on invoque l'histoire de tous les orateui-s depuis Démosthène. Je ne savais pas, pour ma part, que le régime parlementaire fût coupable de trop d'éloquence : j'eusse été tenté de lui reprocher la quan*
laB DKS INTÉRÊTS CATHOLIQUES.
tité de ses discours, plutôt que la qualité; et j'estime qu'il est fort glorieux pour lui de n'être réprouvéqu'au même titre que Démosthène!
Mais où en sommes-nous déjà tombés, pour que de si puérils sophismes puissent s'étaler sans contradiction dans les organes les plus répandus! Certes il conviendrait de les passer sous le silence du dédain, s'il ne s'était pas trouvé des plumes catholiques pour les transcrire. Heureusement le genre humain , et en particulier l'esprit français, en appellera toujours de ces jugements dictés par l'ignorance ou l'envie. Que les orateurs, s'il en reste, se consolent : on en a dit bien d'autres des poètes et de la poésie , depuis Platon. Et cependant toutes les fois qu*on verra couler le cours limpide et pur de la vraie poésie, on s'y abreuvera avec passion. Toutes les fois que jaillira du cœur d'un honnête homme ce torrent de pensées et de paroles qu'on nomme l'éloquence, il jaillira en même temps du cœur de sa nation un cri d'admiration et de sympathie. Jusqu'à présent il n'est rien que les hommes éclairés aient salué avec plus d'enthousiasme que la véritable éloquence; et, après les rares génies que la religion seule a inspirés et absorbés, la renommée ne place personne, dans Tordre intellectuel, au-dessus de Démosthène et de Cicéron , de Burke et de Mirabeau, malgré leurs faiblesses. INous tombons dans la banalité; triste apanage de ceux qui se dévouent à la tâche d'arrêter le paradoxe au passage. Hier il fallait défendre la notion même de la propriété; aujourd'hui c'est la parole humaine qui est sur