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Extrait (Tune lettre à /'ami db la beligton
du 24 octobre 1848.
...Sachons le reconnaître : le christianisme se prête à toutes les formes du gouvernement humain, mais il ne s'identifle avec aucune. Le christianisme est fait pour survivre à tous les pouvoirs, tous plus ou moins fragiles, pins ou moins éphémères, quand même ils dureraient quatorze siècles, comme a duré la royauté française ! il est ici-bas, non pas pour progresser, pour se transformer, pour marcher avec le genre humain, comme le disent les courtisans de Torgaeillense humanité; mais pour montrer la voie, pour tendre la main à cette pauvre orgueilleuse^ pour la guider, la relever dans cette marche où elle trébuche bien plus souvent qu'elle n'avance.
Il a été, dès son premier joqr, ce qu'il est aujourd'hui, ce Qu'il sera toujours : la vérité tout entière, la vérité infaillible, immuable, incomparable. J^es vérités humaines, les vérités relatives et variables de Tordre politique et social , ne sont rien que par un rayon de sa vie : mais il ne se laisse pas plus confondre avec elles, que le soleil ne se laisse confondre avec ces lumières factices et éphémères qu'il nous est donné d'allumer et d'éteindre au gré de nos besoins ou de nos caprices.
Voilà ce qu'il faut proclamer et répéter sans cesse, en face de l'orgueil démesuré des pygmées de notre temps, toujours
APPENDICE. ao3
disposés à se compter pour des géants, à prendre leur impression du moment pour la loi éternelle du monde, et leur découverte d'hier pour le type du grand , du beau et du vrai.
Pour moi, je ne puis me défendre de sourire quand j'entends déclarer que le cftristianisme c'est la démocratie.
J'ai passé ma jeunesse à entendre dire que le christi^nii^me était la monarchie , et qu'on ne pouvait être bon chrétien sans croire à la royauté. J'ai lutté vingt ans, et non sans quelque succès, contre celte vieijle erreur, aujourd'hui dissipée. Je lutterais vingt ans encore, si Dieu me les donnait^ contre cette nouvelle prétention ; car je suis convaincu que ce sont deqx aberrations du même ordre, deux formes de la même idolâtrie, la triste idolâtrie de la victoire, de la fprce et de la fortune.
Me sera-t'il permis, en terminant, de hasarder un conseil aux catholiques? Reconnattrout-ils le droit de leur en adresser, à celui qui a si longtemp servi leur cause, et qqi , le premier, a levé leur drapeau dans I9 vie parlementaire? Je ne sais; mais s'ils le voulaient bien , je leur conseillerais avant tout, dans le temps où pous vivons, le calme, la réserva çt la dignité. La dignité! sans laquelle il n'est P&s de liberté vr^ie, pas de force durable; la dignité! cette humble et sainte dignité de rÉgiise, que pour ma part je me suis toujours appliqué h sauvegarder, pon moins que sa liberté môme, ^ans tou^s nos luttes contre la politique et la philosophie de ces dernières années. Mais, qu'on le sache bien, pour se maintenir daps cettp voie, la première condition est d'éviter un coptact ti^W fréquent, une alliance trop intime avec les rêves et les emportemepts de nos contemporains. Notre pause est asçpz forte, assez belle pour nous dispenser d'être les auxiliaires oa les courtisans de personne.. •
€h. de MOlfTALEMBEBT.
204 DKS INTISrAtS CATHOLIQUES.