CHAP. III.-DANGERS ACTUELS
historique et le scepticisme portent, chacun avec ses armes propres, au christianisme dogmatique des coups divers, mais simultanés et continus.
Ces coups ne sont pas bien nouveaux. Plusieurs fois déjà, spécialement du xv* au xviii* siècle, le christianisme les a subis et leur a efficacement résisté. 11 a eu ses jours de force et de faiblesse, d'ardeur et de langueur, d'éclat- et de déclin. Il s'est défendu, tantôt par la puissance des traditions, tantôt par celle des transformations, surtout par sa vertu propre et intime. 11 est resté debout à travers toutes- les fortunes ; il a survécu à toutes les guerres. Il survivra également, j'en suis convaincu, à celle qui lui est faite aujourd'hui. Mais le mal de la guerre est grand, même quand l'issue n'en doit pas être funeste; les âmes souffrent, la société souffre des coups que reçoit le christianisme, de ses défaillances apparentes et de ses blessures, quoique non mortelles. Il ne périra point; mais il a besoin de bien reconnaître ses périls, de les regarder en
face, et de réunir toutes ses forces pour les surmonter.
Parmi ses adversaires, il en est qui l'y invitent
eux-mêmes , et qui , avec une sollicitude restée pieuse, s'inquiètent de leurs propres attaques. Je lis, dans un essai de M. Edmond Scherer intitulé la Crise du Protestantisme^ et qui a été publié dans la Revue des Deux Mondes, ce paragraphe * : « On s'imagine que toutes les difficultés sont résolues et l'on croit entrevoir l'avenir religieux de l'humanité dans une espèce de rationalisme chrétien, ou de christianisme rationnel , qui, sans exclure la ferveur, laisserait à la pensée toute sa liberté. Je ne demande pas mieux pour ma part ; mais je ne puis m' empêcher de demander avec quelque inquiétude si le rationalisme chrétien est bien une religion. Ce qui reste dans le creuset après Topération que l'on sait, est-ce bien l'essence des dogmes positifs, ou n'en serait-ce que le caput mortuum?
i Revue des Deux Mondes; 15 mai 1861, p. 423.