‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 3)Chapitre 80 sur 125 · CHAP. III.— DANGERS ACTUELS · texte numérisé non relu

CHAP. III.— DANGERS ACTUELS

très -certainement. Car je distingue entre TÉvangile et mes opinions sur l'Évangile ; la parole du Christ, qui est esprit et vie, convient à tous : elle satisfait toutes les intelligences, les plus hautes comme les moins développées, les plus simples comme les plus sublimes ; elle répond à tous les états de Tàme ; elle est éternellement vraie parce qu'elle s'adresse à la substance même de notre nature. Mes idées, mes o|)inions sur l'Évangile, je les crois vraies; mais quelque chose me dit qu'elles sont imparfaites, incomplètes ; qu'elles répondent à un état d'àme particulier, que l'expérience les modifiera ; que, si elles me conviennent maintenant, le temps approche où elles ne me satisferont plus tout à fait, et que, par conséquent, elles ne peuvent satisfaire réellement que ceux qui se trouvent dans le même état d'âme que moi en ce moment, ceux qui ont les mêmes tendances, les mêmes besoins intellectuels ^ »

* La Lettre et l'esprit, sermon de M. Colani, page 116 Slrasbourg, 1801}.

DE L'KGLISE CHRETIENNE. 17

A l'as^pect de cette honnête anxiété qui accompagne une agression si vive, j'éprouve un sentiment d'estime mélancolique pour les agresseurs et de conliance dans la cause attaquée. Ainsi ce sont les ralioïKilistes et les sceptiques eux-mêmes qui doutent du mérite définitif de leur raisonnement et de leur doute ; ils travaillent à rendre, comme ils disent, la religion chrétienne rationnelle, et ils tremblent que, dans leur travail, l'essence môme de la religion ne périsse !

Je ne veux pas citer ici d'autres noms propres ; mais je suis persuadé que, parmi les matérialistes, les panthéistes, les critiques historiques, ceux qui sont sérieux et sincères, et sans doute beaucoup le sont, témoigneraient, s'ils laissaient paraître le fond de leur âme, la même inquiétude.

D'où provient cette inquiétude? Pourquoi ce trouble qui saisit tant d'esprits éminents au milieu de leur œuvre? C'est que, selon la belle expression de Montesquieu , ils exécutent bien plus qu'ils n'ont

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